VIRULENCE ET MUTATION BRUSOLT
Nous avons, jusqu’à présent, considéré la virulence comme un fait d’adaptation progressive de l’infiniment petit à l’oi^anisme de l’être supérieur. Une adaptation lente est indiscutable dans l’ordre expérimental. Nous en avons dté des exemples. La restitution au microbe du charbon de sa virulence perdue, l’exaltation ultérieure de cette virulence sont, de ces exemples, les plus connus et les plus démonstratifs. Nous connaissons, d’autre part, des faits nombreux de changement dans dévolution des maladies naturelles, ce qui impHq^e des modifications dans la virulence des microbes qui les causent.
L’adaptation progressive suffit si bien à expliquer l’origine des maladies infectieuses que nous n’avons point laissé supposer jusqu’à présent qu’une autre hypothèse y puisse aussi convenir.
Tout n’est pas transformation lente dans les opérations de la nature. Aux théories évolutionnistes se sont ajoutéees, substituées même pour certains, les opinions mutationistes. La mutation est un changement brusque dans un caractère.
On peut se demander si la virulence, l’aptitude
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à se développer chez un être vivant supérieur ne peut pas être acquise par rinfiniment petit, non seulement du fait de cette adaptation lente, fr^ile et progressive que nous avons décrite, mais aussi par une brusque adaptation.
Plus encore que l’adaptation lente, une virulence se révélant d’tm seul coup échapperait à notre investigation, aussi bien dans les faits d’observation du présent que dans les archives du passé. La maladie nouvelle se révélerait plus vite ; nous ne pourrions cependant la reconnaître dès les premiers cas. Or, c’est le premier cas seul, dans notre h3q)othèse, qui aurait valeur démonstrative.
Abandonnons donc, sans espoir de jamais le résoudre à la lumière de mutatîiftis naturelles constatées par nous, la question de l’origine première des maladies infectieuses. Contentons-nous de chercher si l’on a connaissance de faits de mutation, survenus dans les caractères des agents pathogènes des maladies. Le chapitre est nouveau, presque inédit. Si nous parvenons à découvrir quelques faits de mutation, si rares qu’ils soient, leur portée au point de vue général sera très grande.
L’étude de la vaccine nous offre les seuls faits indiscutables de développement brusque d’une
modalité nouvelle de la virulence. Le premier de ces accidents est lié à la découverte de la vaccine. Il emprunte, par là même, tme certaine obscurité au recul du temps et à l’incertitude des conditions exactes de la découverte.
Il semble bien que Jenner ait isolé la souche primitive de la vaccine d’une maladie du cheval, le horse fox. Passé, depuis lors, régulièrement de génisse à génisse, le virus de Jermer constitue le vaccin qui protège l'homme contre la variole. Nul ne saurait dire d’où venait, avant le cheval, le produit qui a fait depuis une si belle et si utile carrière. Ce qu’on sait, c’est que, depuis Jenner, jamais on n’a retrouvé de horse pox ou de cow pox (vaccines naturelles du cheval et de la vache), au moins de façon certaine. Le virus vaccinal est si répandu par le monde, du fait de son emploi journalier, que l’on peut attribuer tous les cas, considérés comme spontanés dans les espèces chevaline et bovine, à une contamination de l’animal par la vaccine de l’homme.
Or, Chaumier semble bien avoir réalisé, en dehors de toute contamination vaccinale, l’inoculation de la variole à l’âne. Par passages ultérieurs à la génisse, ü a obtenu une vaccine,identique, dans son action préventive, aux autres vaccines qui pro-
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viemient toutes, eu définitive, du premier pr<^ duit recueilli par Jenner. ^
L’expérience de Chaumier aurait donc répété le phénomène naturel qui se serait prodmt au moment de la découverte de la vaccme. Cette importante transformation de ^nrus enseigne tout d’abord qu’ü y a identité d’origine entre la variole et la vaccine, ensuite que, du fait d’un seul passage par l’âne, le virus varioHque subit une modification brusque qui le transforme en vaccme. Au lieu de donner à l’homme une maladie générale très grave, avec éruption généralisée, il lui donne une maladie réduite à des pustules locales, avec un minimum de symptômes, et qui le protège contre la variole.
Voici donc, du même coup semble-t-il, la nature de la vaccine dévoilée et un fait de mutation de la virulence prouvé. Mais laissons de côté ce fait qui laisse encore quelques doutes à l’esprit.
L’étude expérimentale de la vaccine nous en offre un autre qui n’est pas discutable. Le virus de la vache, inoculé au lapin, acquiert, dès son premier passage par cet animal, des propriétés nouvelles. Il donne à l’homme des pustules hémorrhagiques et il détermine plus souvent que le mrus vaccinal ordinaire un érythème généralisé. Il
semble bien démontré, en outre, ainsi que Netter l’a fait judicieusement remarquer, que, depuis qu’on emploie dans la majeure partie des instituts vaccinogènes la méthode de passage de la lymphe vaccinale par lapin afin de purifier les semences, le virus de la vaccine ait une tendance fâcheu^ à envahir l’organisme et à se fixer sur lencéphale.
On ne peut donc ignorer aujourd’hui que la virulence des microbes peut subir de brusques modifications dans le sens d’une activité plus grande. Ces faits ne sauraient toutefois prouver que le passage d’tm microbe de l’état saprophyte à l’état pathogène puisse se réahser de la même manière. Ils donnent seulement à penser que cette transformation brusque n’est pas unpossible. Si elle s’est réalisée au cours des siècles, elle a pu jouer son rôle dans la production de certaines maladies infectieuses actuelles, comme elle le pourrait jouer dans l’apparition de maladies nouvelles. La démonstration de cette hypothèse nous échappe et nous échappera sans doute toujours. Il y aurait exagération de la part de œux qui l’adopteraient à lui donner le pas sur l’opinion qui considère l’acquisition de la purulence par les microbes comme im fait d’adaptation pro-
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gressive. L’expérimentation nous a doimé trop d’exemples de cette adaptation pour que nous puisâons formuler des réserves valables sur la part que nous lui avons accordée.
aptitüde pathogène naturelle