DE CERTAINS MICROBES
n ne faudrait pas considérer comme une mutation le fait qu’un microbe qui ne s’était jamais trouvé, jusque-là, en contact dans la nature avec une espèce animale, montre d’emblee une virulence, parfois très haute, lorsque nous l’inocùlons à im individu de cette espèce. Nous avons vu qu’il en avait été ainsi de nombreux microbes d’origine européenne lorsqu’on les a inoculés, pour la première fois, au cobaye qui n’avait jamais pu les rencontrer Hans son existence américaine : microbes du charbon, de la tuberculose, de la peste, du typphus exanthématique, etc. Ce fait, fréquent dans nos expériences, se passe tout aussi bien, quoique souvent à notre insu, dans la nature lorsqu’une espèce animale est importée dans un pays nouveau. Elle y contracte fréquemment les maladies des espèces autochtones.
Atmcvm essai négatif antérieur n’ayant, par défi-
nition, été réalisé dans ces cas, il n'a pu s’y produire ce cliangeraent subit de la virulence dans lequel nous faisons consister la mutation. D’autre part, ü n’y a pas, dans ces cas, apparition impromptue du pouvoir pathogène, mais simple révélation, pour une nouvelle espèce, de ce pouvoir déjà constaté vis-à-vis d’autres êtres.
Ce serait cependant un tort de considérer ces faits comme définitivement négligeables dans la question qui nous occupe. Ils ont peut-être, pour la solution de l’origine des maladies, une signification que nous ne soupçonnons pas.
On peut, d’autre part, en rapprocher l’action pathogène des microbes du sol, si importante pour les graves comphcations qu’apporte la souillure des plaies profondes, anfractueuses, par la terre, surtout la terre végétale.
Un bon nombre de ces microbes ont eu, dans un récent passé, des contacts avec l’organisme des animaux, en particulier avec leur intestin. Ce sont à la fois, des microbes du sol et des microbes des selles. A ce dernier titre, ils ont pu acquérir, du fait de leur vie chez l’animal, des propriétés d’accou tumance qui facilitent chez eux le développement d’tm pouvoir pathogène. N’empêche que, même le tube digestif, ces infiniments petits se
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montrent avant tout des désintégrateurs inofiensifs des matières albuminoïdes. Aussi, lorsque certains d’entre eux déterminent les redoutables accidents dont les plaies se compKquent, phl^mons, gangrènes, abcès gazeux, les phénomènes se passent comme s’üs acquiéraient, à la faveur des circonstances, subitement des propriétés pathogènes.
Il se peut donc qu’il y ait des microbes, doués naturellement de la faculté de vivre et de se multiplier dans nos tissus, c’est-à-dire pathogènes d’emblée.
MODIFICATIONS DES BACTÉRIES EN RAPPORT AVEC L’ACQUISmON DE LA VIRULENCE.
ORIGINE DES INFRAMICROBES
Le mode ordinaire de multiplication des bactéries est, nous l’avons dit, la division transversale. Un individu microbien se coupe en son milieu et forme deux individus séparés dont la croissance reproduit rapidement et exactement celui qui leur a donné naissance.
L’étude des spirochètes nous a révélé un autre mode de reproduction, la multiplication par transformation de la bactérie en granules, très nom-
breux et invisibles. Nous avons vu que ces granules, véritables inframicrobes, redonnent, par suite de leur évolution chez le pou ou la tique et le sang des malades, des spirochètes d aspect et de dimensions classiques.
I^es spirochètes possèdent donc la faculté de se multiplier par deux procédés : la division transversale, la transformation en granules. Notre opinion, basée sur des expériences décisives, est que, chez les spirochètes, la forme adulte spiralée représente la bactérie dans son état ancestral, saprophytique, t^TidiR que le granule et le spirochète au stade invisible constituent le véritable agent pathogène. En effet, la première de ces formes est dépourvue de virulence ; les individus non visibles se montrent, au contraire, hautement virulents.
On peut se demander si ce que nous avons constaté, démontré en ce qui concerne les spirochètes, ne se rencontre pas chez d’autres bactéries, ne peut pas se rencontrer, sinon actuellement mais un jour, chez toutes.
Ee bacille de la tuberculose, celui de la lèpre montrent, comme les spirochètes, à la fois la multipHcation par division transversale et la transformation en granules. On connaît ceux-ci depuis les travaux de Fontès. Calmette et ses élèves nous = i39>
ont apporté, sur le rôle pathogène de ces granules, des indications d’nn grand intérêt. Elles sont encore trop récentes pour qu’il soit permis d’en tirer une conception générale ferme. Il semble ■logique, tout au moins, de penser que les deux formes du bacille tuberculeux, la bacillaire classique et la granuleuse filtrante, ne présentent pas des propriétés pathogènes identiques. Ees lésions tuberculeuses du type ordinaire seraient l’œuvre de la première ; l’autre causerait des lésions plus discrètes et certains troubles cachectiques.
Il y aurait lieu de faire intervenir, à notre avis, dans l’interprétation des résultats, deux données dont on n’a peut-être pas assez tenu compte : que le nombre des individus virulents, mieux leur masse, sont infiniment plus forts lorsqu’on inocule les cultures bactériennes, qu’avec ces mêmes cultures filtrées ; et que, d’autre part, si l’on peut opérer, du fait de la filtration, avec des formes uniquement filtrantes, les formes bactériennes ne sauraient être obtenues sans présence à côté d’elles, en elles, de formes granuleuses invisibles. (Des granules d’ailleurs tme bonne partie est arrêtée par le filtre en raison de leurs dimensions.)
Retenons, pour le moment, de ces faits que le bacüle de la tuberculose, dans sa forme granu-
leuse, est doué de virulence. Celui de la lèpre aussi.
Il existe donc, pour un certain nombre de bactéries tont au moins, des formes très petites, même invisibles, filtrantes et qui sont douées d’un pouvoir pathogène. Or, ces deux propriétés, invisibilité (filtrabilité) et virulence, sont précisément celles qui caractérisent les infra mi crobes. On est donc en droit de se demander si ceux-ci n’ont pas leux origine dans des microbes visibles, si, par conséquent, ils ne représentent pas des bactéries ayant, du fait d’une adaptation millénaire à l’organisme des êtres supérieurs, perdu la faculté de se reproduire par division transversale pour ne plus se multiplier que sous la forme de granules.
Nous avons soutenu le premier cette opinion.
En dehors des faits que nous venons de rappeler et dont les plus importants sont ceux qu’ont révélé nos études des spirochètes, nous pouvons donner, à l’appui de notre hypothèse, d’autres arguments.
E est tout d’abord un fait singulier, inexplicable autrement que par notre conception, c’est qu’on ne connmt pas d’inframicrobes saprophytes (i).
(i) n n’est pas, en efiet, démontré que les baelériophages soient des êtres vivants. On sait qu’on désigne sous ce nom des éléments ou pT ÎTin' ppg, caractérisés par la propriété de dissoudre certaines bactéries
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Alors que le nombre, qui nous paraît cependant notable des bactéries pathogènes, est tout à fait insignifiant à côté de celui des bactéries inoffensives et que les premières tirent, de toute évidence, leur origine des secondes, il n’existerait que des inframicrobes pathogènes. On comprend mal, dans ces conditions, d’où ces infiniment petits pourraient provenir.
I^es formes ancestrales des bactéries pathogènes ont pu devancer, dans leur apparition, les animaux supérieurs puisque les bactéries sont capables de la vie saprophytique. Quand et comment seraient apparus les inframicrobes, incapables de vivre en dehors des êtres qu’ils infectent? N’est-ü pas logique de leur donner pour origine les bactéries puisque précisémenfcertaines se multiplient sous formes de granules, c’est-à-dire d’inframicrobes.
Une autre singularité, que seule notre hypothèse éclaire, est ce lien que l’on rencontre entre
et spécifiques, puisque chaque bactériophage agit sur une bactérie particulière. Si l’on admet que les bactériophages sont des inframicrobes, l’opinion la plus vraisemblable sur leur origine est celle qui en fait une forme invisible de la bactérie qu’ils attaquent et à laquée ils sont liés spécifiquement. Ce seraient donc des inframicrobes pathogènes, mais dont la virulence s’exercerait sur les bactéries et non sur les êtres supérieurs (animaux ou plantes).
certaines bactéries pathogènes et les virus invisibles de maladies infectieuses que ces bactéries sont cependant incapables de reproduire expérimentalement : constance du streptocoque chez les scarlatineux, du bacille de Pfeiffer dans la grippe, propriétés de certains bacilles du groupe proteus qui les apparentent exclusivement avec le virus du typhus exanthématique.
Ces rapports paraîtraient logiques si l’on admet tait que scarlatine, grippe, typhus sont causés par des formes invisibles de ces microbes, si bien liés à ces maladies : streptocoque, bacille de Pfeiffer, certains proteus. Et l’on s’expHquerait, en outre, pourquoi, dans trois expériences (contre plus de cent négatives) l’inoculation de streptocoques a pu, entre les mains des Dick et les nôtres, produire la scarlatine ; pourquoi les proteus auxquels on rattache le typhus exanthématique n’ont été rencontrés (et à titre exceptionnel) que chez des individus, atteints de cette maladie.
Dernier argument, enfin, cette constatation dont l’intérêt semble avoir été jusqu’à présent néghgé des observateurs, que les inframicrobes sont les agents des maladies qui semblent les plus anciennes, des maladies les plus propres à l’espèce qu’elles frappent, les plus difficiles à reproduire par
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conséquent dans d’autres espèces et, de tous les agents pathogènes, les moins capables de CTiltiver sur les milieux artificiels. Cette adaptation plus stricte, souvent tout à fait stricte à l’organisme animal, à certaines espèces même, serait facilement explicable par une origine bactérienne très ancienne, si ancienne que le pli de passage de la bactérie à l’invisible ne pourrait plus être rétabli et que ce ne serait qu’exceptionnellement qu’il se révélerait par la restitution de la forme primitive (cas du virus exanthématique, redonnant parfois des formes bactériennes classiques de proteus).
Et voici, dans cette hypothèse, comme on pourrait imaginer que s’est fait le passage de la bactérie pathogène à l’inframicrobe. Commençons même plus loin ; partons de l’ancêtre bactérien saprophyte.
Ea bactérie a d’abord été un microbe inoffensif du milieu extérieur, s’accoutumant peu à peu, ainstî que nous l’avons vu, à un organisme animal ; elle a acquis lentement la virulence. A ce stade primitif, la plupart des bactéries (sinon toutes) ne se reproduisaient que par division transversale. Ea reproduction par granules est venue ensuite. Elle a facilité le développement de l’aptitude pathogène
en dotant le microbe d’un mode de multiplication infiniment plus rapide et en opposant, aux moyens de défense des organismes attaqués, des formes nouvelles, bien plus nombreuses, mieux adaptées et plus persistantes. Il est tout aussi possible que la vie pathogène de la bactérie ait favorisé l’apparition, le développement tout au moins du mode de reproduction par granules.
L’agent pathogène présente d’abord à la fois les deux modes de reproduction dans l’organisme infecté (exemple du bacille tuberculeux, de celui de la lèpre). Plus tard, la forme granuleuse ayant pris le pas, elle seule conserve la propriété virulente ; sans perdre encore le lien avec la
forme bactérienne ancestrale qu’elle restitue régulièrement et qui continue à se reproduire par division transversale en même temps que par granules (cas des spirochètes).
Le stade suivant est représenté par tm nouveau progrès. La forme granuleuse a acquis des propriétés si nocives, elle s’est si bien accoutumée à l’organisme Qtiimgl que sa multiphcation se produit au stade le plus jeune, dès le granule, et que ce n’est plus que par exception que certains de ces granules restituent la forme bactérienne primitive (cas du virus exanthématique, redonnant parfois des proteus *= 145 “
kicolle.
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bacillaires). Enfin, le dernier pas est franchi lorsque l’^ent pathogène s’est définitivement libéré de la forme bactérienne. Son adaptation est alors devenue si parfaite qu’il ne peut ni restituer cette forme ni vivre en dehors de l’organisme animal (il ne peut donc être cultivé sur milieux artificiels) ni même infecter d’autres animaux que l’espèce à laquelle il est accoutumé. Or ces propriétés sont bien celles des plus évolués, suivant nous, des inframicrobes.
On pourrait, avec quelque témérité, aller plus loin encore, classer les bactéries pathogènes suivant une échelle de virulence progressive, d’une valeur au moins générale.
Au d^ré inférieur, se placeraient les bactéries lourdes, voisines des microbes du sol, donnant lieu à la production de spores, propriété irréalisable et inutile dans la vie pathogène, obligatoire au contraire pour la survie dans le milieu extérieur. Ces bactéries, dont le microbe du charbon et celui du charbon symptomatique seraient les types, sont vraiment alourdies à leur surface par les substances auxquelles sont liées les propriétés colorantes que caractérise la méthode de Gram. A cet étage, les agents de nos maladies sont presque toujours aisément cultivables.
A celui d’en-dessus, une adaptation plus complète avirait allégé les bactéries pathogènes. Elles ne se colorent plus par la méthode de Gram ; elles ne donnent plus de spores (i) ; elles sont moms indifférentes sur le choix des ammaux qu’elles frappent, mieux spécialisées à une ou quelques espèces, moins limitées dans leur action c’est-à-dire qu’elles donnent moins de lésions locales et plus souvent des septicémies. Ee nombre des espèces bactériennes, incapables de se développer sur les milieux artificiels, y est plus grand. On doit convenir que ces caractères qui s’opi)osent à ceux des bactéries de la première catégorie s’appliquent bien, de façon générale, aux microbes qui ne se colorent pas par la méthode de Gram.
L’étage d’en-dessus serait constitué par les bactéries en voie de transformation en inframicrobes ; et l’inframicrobe, libéré de la forme bactérienne, représenterait l’aboutissant de l’édifice.
Sans doute, une conception si osée prête aux critiques. Tant de facteurs peuvent intervenir, pour modifier l’évolution d’une bactérie, qu’un tableau général, comme celui que nous suggérons, est, nul doute, grevé d’exceptions nombreuses.
(i) Les microbes qui ne se adorent pas par la méthode de Gram ne donnent pas de ^res.
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Mais, quand or. y réflécliit, si hardie que paraisse notre conception, il est difficile de nier qu’elle ne permette de se rendre compte de l’origine et de l’évolution des bactéries dans leurs grandes lignes.
Nous y arrêter davantage serait allonger de façon imprudente ce livre. Retenons tout au moins ceci : que l’acquisition des propriétés pathogènes par les microbes s’accompagne souvent, pour eux, de changements visibles dans leurs structures et dans leurs modes de multiphcation. Cette conclusion limitée est indiscutable.
LA CRÉATION EXPÉRIMENTALE D’ÉPIDÉMIES ET SON APPLICATION A LA DESTRUCTION DES ESPÈCES NUISIBLES
Ra reproduction expérimentale d’une maladie infectieuse est, nous le savons, la condition nécessaire des prc^ès de son étude. Lorsque nous connaissons le mode de transmission naturel, rien ne nous est plus aisé que de reproduire la maladie dans l’espèce sensible, et, s’il s’agit d’une infection transmise par l’intermédiaire d’un invertébré, d’infecter cet invertébré lui-même. Les difficultés ne peuvent être que d’ordre technique ; elles concernent en général l’élevage de l’invertébré, mais
ces difficultés ne sauraient être au-dessus de nos moyens.
H nous est donc aisé, dans la plupart des cas, de reproduire, chez un individu, la maladie naturelle. S’il s’^t d’une maladie spéciale à l’homme, nous sommes évidemment tenus ou bien à l’abstention ou bien à une prudence d’autant plus grande que le mal est plus sévère. C’est affaire de conscience pour l’expérimentateur et, d’une façon générale, l’abstention doit être sa loi.
lya reproduction de la maladie chez un individu (homme ou animal) étant réalisable, pouvons-nous, s’il s’agit d’une affection contagieuse, aller plus loin, créer, comme le fait la nature, une épidémie ?
Il n’y a pas là qu’une curiosité à satisfaire. S’ü était possible de créer des épidémies chez certaines espèces animales particulièrement nuisibles, nous posséderions ainsi une arme incomparablement active contre elles et contre les dommages qu’elles nous occasionnent. Il y a loin, nous le verrons, de l’espoir qu’a friori on en peut concevoir à la réalisation pratique.
La première idée de l’application de la virulence d’un microbe à la destruction d’tm animal nuisible appartient à Pasteur. L’Australie se plaignait des dégâts que caiisaient, dans ses cam-
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pagnes, les lapins récemment introduits. Pasteur eut l’idée d’employer, pour la destruction de ces rongeurs, le microbe du choléra des poules dont ses travaux avaient montré le pouvoir pathogène presque foudroyant pour le lapin. Un premier essai, pratiqué en Champagne, donna des résultats très nets. A la suite, Adrien Uoir partit pour l’Australie ; mais diverses interventions, en particulier celles de sociétés protectrices des animaux, empêchèrent l’application de la méthode. U Austrahe emploie des équipes de chasseurs, tout un armement de guerre et un fort budget pour la destruction de ses lapins.
Il n’est pas dit, d’ailleurs, que le procédé aurait eu, en pratique, l’action que Pasteur en attendait. Ce qui est advenu ‘de l’application de procédés analogues rend sceptique. En tout cas, la méthode avait un inconvénient considérable, celui de communiquer la maladie, non seulement aux lapins, triai»; encore aux oiseaux de basse-cour qui y sont tout aussi sensibles. Ua première condition à remplir pour tm virus destructif est de n’agir que sur l’espèce contre laquelle on l’emploie.
Eoeffler et, à sa suite, Danysz ont préconisé, pour la destruction des souris, rats, campagnols et autres rongeurs sauvées, animaux dont les
dégâts sont extrêmes, l’emploi des cultures d’un microbe particulier, isolé d’une épidémie de campagnols. Ce virus, dont l’activité est expérimentalement exaltée avant sa distribution, a donné, en pratique, des résultats très variables. D’ordinaire excdlent pour la destruction des campagnols, souvent des souris, il se montre moins efficace contre les rats et il est sans action sur les rongeurs sauvages, tels que les gerbüles, merions et gerboises. Même vis-à-vis des campagnols et des souris, il faut, povur réussir l’épidémie, un ensemble de conditions favorables ; si l’ime manque, on ne réussit pas et, dans tous les cas, tôt ou tard, l’épidémie s’arrête d’elle-même. Bn outre, toute épidémie est suivie d’un renforcement de la résistance des sujets qui ont guéri ; il en resuite donc qu’une seconde application du même virus au même lieu ne saurait détruire que les animaux nés depuis la dernière épidémie, et peut-être pas à coup sûr ; car, si le virus a continué de se propager dans l’espèce, il s’est atténué et a réalisé des vaccinations par passs^es. Il faut ajouter que le virus de Boeffler n’est pas inoffensif pour 1 homme ; il appartient en effet au groupe des bactéries auquelles sont dues les fièvres paratyphoïdes.
On ne fait pas ce que l’on veut, en matière de
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création d’épidémies. Où la nature ne compte que des réussites, éclatantes il est vrai, mais exceptionnelles, l’homme, en dépit de son intelligence, ne saurait se vanter de réussir à coup sûr.
Nous ne parlerons que pour mémoire des essais de destruction des sauterelles par les virus. Ils ont abouti, en pratique, à des échecs.
Ne concluons pas de ces exemples qu’il n’y a rien de mieux à espérer d’autres applications des mêmes méthodes dans l’avenir. H ne faut pas leur accorder a ‘priori une grande confiance ; on devra en outre se méfier, dans tous les cas, des propriétés pathogènes du microbe employé vis-à-vis des espèces autres que celles qu’on se propose de détruire.