L’EFFORT HUMAIN CONTRE L’EFFORT NATUREL
Si l’intelligence de l’homme lui a permis de réajjggj grands progrès dans la lutte contre les maladies, si souvent son effort s ajoute à cdui de la nature pour limiter, peut-être un jour supprimer les maladies infectieuses, il ne faut pas croire que les deux forces s’additionnent toujours, ly’effort limité, intelligent de l’homme peut parfois contrarier l’effort aveugle, mais continu de la nature.
Pour se rendre compte des deux sens contraires dans lesquels peut s’exercer l’effort humain, ü suffit de se rappeler que la seule voie que peut
LES MALADIES INFECTIEUSES
suivre la nature pour réaliser la suppression d'une maladie est de frapper pendant des siècles toutes les générations de l’espèce sensible, ^'immunité qui suit l’atteinte de l’individu par la maladie naturelle se transformera ainsi peu à peu en une résistance héréditaire de plus en plus grande qui doit aboutir, en fin de compte, à une véritable immunité de l’espèce.
Par l’emploi des vaccins préventifs, l’homme agit Aarxi le même sens que la nature et son intervention s’ajoute, dans ces cas, à l’action de celle-ci.
Pes méthodes qui soustraient les individus de l’espèce sensible à l’attaque de la maladie naturelle ont ime action opposée.
Pe civihsé qui boit une eau pure évite par cette précaution la fièvre typhoïde, la dysentérie, toutes les maladies qui se prennent par l’eau. I^e noncivilisé, au contraire, absorbe dès le jeune âge les germes de ces maladies avec l’eau impure dont il s’abreuve. Ces germes lui communiquent ces maladies sous forme ou moyenne ou bénigne ou inapparente ; dans tous les cas, üs le vaccinnent.
I,es civihsés, s’ils se trouvent, du fait d’un changement dflTis leur vie, empêchés de suivre les précautions qui les protègent d’ordinaire rencontrent ces germes et contractent la maladie sous forme
mort des maladies infectieuses
sévère Si nous nous plaçons au point de vue de la disparition des maladies, ils constituent, à l’mverse des non-dviUsés, une réserve excellente pour la conservation de l'^ent pathogène et, par conséquent, de l’infection qu’il cause.
La suppression du pou, amenée dans les nations dvüisées par les progrès de la propreté, a supprime la résistance andenne qu’ofEraient les hommes de ces mêmes nations quand le typhus sévissait sur elles à toutes les générations. Ces hommes ofîrent donc, à présent, une sensibilité extrême à la maladie lorsqu’ils s’y exposent. Ils constituât donc eux aussi, une réserve de sujets sensibles pour la conserv^ation du virus. La mesure prophylactique, excdlente pour faire reculer le typhus, permet ses reprises le jour où, à la suite de misères ou de guerres, l’hygiène et la propreté fléchissant, le pou reparaît.
Ajoutons que ces considérations d’ordre prophylactique et général ne doivent pas empêcher les civilisés de suivre les méthodes rationneUes qui les protègent des épidémies, mais les engager, an contraire, à étendre le bénéfice de ces mesures
à leurs semblables moins civilisés. Qu’importe que
le tj-phns et la fièvre t>-pboide résistent en quelques pomts du globe d’où nous pouvons espérer un jour
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les efiFacer, si un nombre de plus en plus d’humains leur échappe. Nous devons avoir plus de foi dans notre action rapide et logique que dans les voies obscures, hypothétiques, et à longue échéance de la nature.
L’AVENIR DES MALADIES EVFECTIEÜSES
Nous ne saurions mieux terminer cet essai, où tout est plutôt façon d’envis^er les questions qu’hypotlièses, qu’en esquissant le tableau de ce que seront les maladies infectieuses dans 1 avenir. Il en naîtra de nouvelles ; il en disparmtra lentement quelques-unes ; celles qui subsisteront ne se montreront pas exactement sous les formes que nous leur connaissons aujourd’hui. Comment se répartiront-elles ? Si le nombre des maladies nouvelles dépasse celui des maladies qui disparaîtront, que deviendront nos descendants et les animanv domestiques dans un monde de plus en plus peuplé en microbes pathogènes ?
L’homme, par son inteUigence, est un tel facteiir Hflng l’avenir du monde qu’il nous faut, pour essayer de répondre, envisager deux cas, celui où la civilisation humaine ne fera que se développer et s’étendre davant^e, celui où la civilisation des hommes rétrograderait.
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Si la civilisation humaine se maintient, si elle continue de se développer et de s’étendre, les maladies infectieuses augmenteront de nombre dans toutes les régions du globe. A l’exception de celles qui, ancrées à certains sols du fait des conditions de leur conservation, ont peu de tendance à l’extension et de celles qui sont sous la dépendance d’un facteur climatérique, les échanges, les migrations porteront, en tous pays, les maladies humaines et animales de chaque région, h’œuvre est déjà très avancée ; elle est assurée d’avenir.
Mais, si l’homme civilisé doit fatalement poursuivre son rôle de propagateur des agents pathogènes, les progrès de la science humaine armeront de mieux en mieux nos descendants contre toutes les maladies. Plus nombreuses, plus répandues, les maladies seront moins à craindre. Une meilleure défense équiUbrera les dangers de menaces plus fréquentes. Au total, l’homme et les animaux domestiques ne seront pas plus souvent malades, sans doute moins, et üs mourront moins souvent.
Si la civilisation humaine subissait im recul, si des peuples moins civilisés et plus prolifiques prenaient, dans tm nouveau mo^^en âge, le pas sur les nations éclairées, si le nombre total des hommes venait à diminuer (la disparition de notre
U AVENIR DES MALADIES INFECTIEUSES espèce ne changerait rien à la solution générale que nous envisageons), dans ces hypothèses qui réduiraient ou supprimeraient la valeur du facteur humain, l’avenir des maladies infectieuses n’appartiendrait plus qu’à la nature.
Les espèces animales, y compris la nôtre, s’isoleraient et, avec elles, leurs maladies. Dans chaque ilôt (certains seraient réellement des îles), les passages des maladies contagieuses seraient de plus en plus malaisés. Du coup, certaines cesseraient d’exister dans certains foyers ; peut-être, les difficultés étant partout les mêmes, elles s’éteindraient. Celles qui subsisteraient, sévissant sur ks mêmes populations pendant des générations et des siècles, rencontreraient du côté de ces populations une résistance sans cesse accrue ; elles s’effaceraient pour, enfin, disparaître. Il y aurait donc, dans cet avenir lointain et h3q)othétique, moins de maladies infectieuses différentes sur le globe. Mais, l’intelligence humaine faisant désormais défaut, moins bien protégés, moins bien soignés, hommes et bêtes domestiques offriraient aux agents pathogènes une proie plus aisée et moins résistante. D y aurait donc, à la fois, moins de causes de m aladies, mais sans doute autant ou plus de malades et plus de morts.
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I/’observation des phénomènes de la nature, quels qu’ils soient, conduit à des conclusions identiques. ha. maladie infectieuse est tm phénomène biologique comme les autres. Elle porte les caractères de la vie qui cherche à se perpétuer, qui évolue et qiii tend à l’équilibre.
n ne sera pas sensiblement changé en apparence, pas du tout au point de vue global, dans les maladies infectieuses quels que soient les circonstances à venir et les efforts des hommes.
Nous devons faire confiance à ceux qui nous suivront. Pacifiques et meilleurs, ils sauront de mieux en mieux se défendre, protéger leurs pareils et les animaux utiles à leur vie contre la tourbe dantesque, mais inintelligente, indisciplinée des maladies infectieuses.