LES FAIBLESSES DE L’EFFORT HUMAIN
Nous venons de voir que nous commettrions nnp erreur si nous surestimions notre adversaire. Nous en commettrions une autre toute pareille si nous croyions à la perfection de nos moyens.
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Je ne dis pas dans leurs applications souvent difficiles, parfois impossibles, mais dans leur qualité foncière. 'Les effets de ces armes ne sont pas, ne seront pas toujours ceux que nous supposons.
Bien souvent, et pour des raisons diverses, nous ne pouvons appliquer qu’incomplètement nos méthodes. Tel produit qui assurerait la protection du sujet, s’il était employé à dose suffisante, en temps favorable, pour les raisons inverses ou pour d’autres, ne crée qu’une demi résistance. Un médicament, inoculé au cours de la maladie, peut avoir un effet analogue. U’infection à venir ou en cours s’en trouvera modifiée. Reprenons des exemples déjà cités, leur répétition rendra l’enseignement plus dair. Au Heu de donner, à nn sujet une immunité complète contre la fièvre typhoïde, la pneumonie par exemple, nous l’aurons protégé vis-à-vis de la générahsation du microbe, et le microbe, gêné dans son expansion, ira se locàHser sur un organe essentiel. Au danger aigu, momentané de la maladie générale, nous aurons substitué le danger tenace, plus important souvent, d’une locaHsation.
Avec certains microbes, tels le tréponème de la syphiHs, les spirochètes des fièvres récurrentes.
les trypanosomes, les inconvéments d’tme médication insuffisante sont autres ; üs ne sont pas moins réels. Si la dose du produit curatif inoculée approche de la dose stérilisante, la plupart des germes périssent ; mais ceux qui ont résisté donneront une descendance qui témoignera, vis-à-vis du même médicament, de résistances plus fortes, parfois insurmontables. I^e traitement aura donc eu pour résultat de créer des races microbiennes plus difficiles à détruire. Ainsi un tréponème qui n’aura pas été détruit par un composé arsenical deviendra, comme on dit, arsenorésistant. Nous avons vu que le contact du treponeme et du mercure, étabH depuis Vigo et les empiriques de la Renaissance, avait changé le mode d’activité de la syphilis, diminué son action sur la peau et les muqueuses, mais augmenté, par contre, son pouvoir de locahsation aux centres nerveux.
Dans le cas des vaccins vivants, tels ceux de la variole, de la rage, du charbon, il faut tenir compte des modifications que, du fait de la répétition des passages par mêmes animaux ou miheux de culture, les microbes de ces vaccins peuvent subir.
Il est certain que, depuis qu’on l’emploie, le vaccin
antirabique, passé par des milliers de lapins, a augmenté sa virulence pour cet animal et ü parait
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établi que, parallèlement, cette virulence a diminué pour l’homme. On peut craindre qu’tm jour ses propriétés vaccinantes se trouvent réduites de ce fait au point que les résultats du traitement préventif de la rage s’en ressentent. Déjà certains Instituts Pasteur, pour éviter cet inconvénient possible, ont substitué à la souche, isolée par Pasteur en 1886, des souches d’isolement plus récent. Tous les Instituts antirabiques appliquent un traitement plus énergique que celui de Pasteur et qui, du temps de Pasteur, eût peut-être été dangereux.
Nous avons dit la transformation qu’un seul passage par lapin fait subir au virus de la vaccine et qui se traduit par la production de pustules hémorrhagiques et la tendance à la locaHsation sur l’encéphale. Ces passages par lapin, employés dans la plupart des Instituts antivarioliques pour purifier le vaccin de génisse, ont donc constitué une erreur biologique et devront être proscrits à l’avenir.
Da leçon générale à retenir de tels faits aurait pu être prévue. Comme tous les êtres vivants, comme les microbes pathogènes naturels desquels ils procèdent, les microbes des vaccins sont sujets à des modifications de virulence. Nous ne devons
donc pas considérer nos méthodes de vaccination par virus vivants comme définitives, si excellents que soient les résultats de leur application actuelle. Tôt ou tard, il faudra apporter des modifications à leur préparation. A peine sont-ils découverts qu’il faut les surveiller.
Nous exposerons plus loin que parfois 1 effort intelligent que font les hommes pour la suppression d’une maladie infectieuse s’oppose à l’œuvre aveugle que la nature réalise de son côté vers le même but. Mais, avant de nous attacher à cette démonstration, nous devons revenir à notre point de départ et chercher les voies que la nature peut suivre pour amener la raréfaction, sinon la disparition des maladies qu’elle a créées. Nous savons qu’elle n’emploie aucune des méthodes qm réussissent entre les mains des hommes et que, par conséquent, la connaissance que nous avons acquise de ces méthodes ne pourra guère nous instruire sur les procédés naturels.
les méthodes de la nature
Le terme est inexact, la nature ne peut agir avec métHode et le pluriel est de trop, nous ne connaissons qu'un seul encliaînement naturel de
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circonstances qui puisse amener la disparition des maladies infectieuses.
On ne saurait, en effet, envisager ici, comme nous l’avons fait en parlant de la naissance des maladies, l’hypothèse d’une mutation qui ferait perdre brusquement à un microbe pathogène sa virulence. S ü peut suffire théoriquement qu’un microbe, inoffensif jusque-là, acquière, par suite d une mutation, un pouvoir pathogène pour que, de ce fait, une maladie nouveUe apparaisse, il faudrait, pour que des phénomènes de même ordre amènassent la disparition d’une maladie existante que tous les agents de cette maladie perdissent brusquement et ensemble leur virulence. Or le nombre de ces germes est immense ; üs sont éparpilles sur des étendues souvent très vastes, parfois même sur tout le globe, et beaucoup peuvent se rencontrer à la fois chez des animaux différents. Certes, par suite de circonstances diverses dont une peut relever d’une mutation (cette dernière hypothèse est invérifiable), des microbes pathogènes peuvent retourner à l’état de saprophytes ; e fait est sans doute journalier ; l’existence de la maladie n’en est pas, ne saurait en être compromise. ^
La seule voie par laqueUe uue opération natu-
reUe peut amener la disparition d'une maladie, c'est la répétition de cette maladie à toutes les générations sur les individus de l'espèce sensible pendant la durée de longs siècles. De ces atteintes héréditaires résulte, nous l'avons montre par l'exemple du typhus, une résistance de plus en plus grande des races sans cesse îrappees.
he typhus n'est pas le seul exemple que nous pouvons citer d'une maladie qui présente cette tendance vers la disparition naturelle. Étudiant .me méthode de vaccination préventive contre la dj -
sentérie bacillaire, nous u'avons trouve, E. Conseï
et moi, qu'exceptionneUement, dans la race mi-
gène de 'Tunisie, des sujets sensibles à cette maladie et pouvant servit de témoins. (D'expérimentation humaine sur la dysentérie bacillaire est lisible puisque nous possédons un remMe, spécifique contre elle, le sérum antidysentenque qm permet de l'arrêter à coup sûr dès l’appantion des premiers symptômes. Et nous n avons pas d'autres ressources dans l'étude de la maladie qm ne peut être reproduite dans une antre espece que la nôtre.) Pour pouvoir établir que notae méthode donnait bien l'immunité, ü nous a fallu faite appel à des sujets emopéens volontaires, des étudiants russes réfugiés en Tunisie avec les
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débris de l’année de Wrangel. La résistance, présentée par les indigènes tunisiens, ne peut être due qu’à ce fait qu’ils boivent, dès la naissance, des eaux imptures dans lesquelles la bacille dysentérique se rencontre et qu’üs se vaccinent ainsi insensiblement contre lui. La rareté extrême de la fièvre typhoïde sur la même population est due sans doute à tme cause identique. Avec la répétition des souillures, l’immunité héréditaire, si eUe ne joue pas encore actuellement de rôle, est en train de s’amorcer dans cette race.
Nous assistons à des faits analogues dans les pays d’Europe, pour la diphtérie et la scarlatine. On possède aujourd’hui, avec la réaction de Schick, un moyen de reconnaître si un sujet est sensible ou non à la diphtérie, si, par conséquent, ü est susceptible de la contracter. Or, un certain nombre de personnes, même parmi les enfants, montrent par la recherche de cette réaction, qu’üs sont réfractaires. Dans les salles des hôpitaux d’enfants où la diphtérie se rencontre, Lereboullet, Robert Debré et Joannon ont remarqué que le nombre des sujets réfractaires s’accroît sans que ces enfants aient présenté cependant une atteinte clinique de diphtérie.
Ces auteurs ont donné à ce mode de vaccination
naturelle le nom très juste d’immunisation occulte. Occulte de même est l’immunisation naturelle vis-à-vis de la scarlatine-telle qu’elle s’est révélée en Pologne à Hélène Sparrow dans ses vastes enquêtes sur la sensibilité des enfants des écoles par emploi de la réaction de Dick. Plus le milieu familial où vit l’enfant est antihygiénique, c’està-dire plus il y a de chances qu’ü soit en contact dès ses premières années avec le germe de la scarlatine, plus le nombre de réfractaires est grand.
Ces faits expliquent que ceux qui ont cherché la reproduction expérimentale de la scarlatine chez l’homme se sont heurtés à des échecs à peu près constants (on ne connaît que trois succès sur plus de cent tentatives publiées) ; car üs n’ont rencontré, expérimentant exclusivement sur des adultes, que des sujets vaccinés à la suite de contaminations occultes. Mêmes faits pour le rhumatisme articulaire aigu, pour la poHomyélite (paralysie infantile). Il est des maladies, comme celles que nous venons de citer, dont la rareté n’est qu’apparente, qui frappent la plupart de nous sous formes très bénignes (inapparentes) et ne se présentent à l’observation que dans leurs formes à grand éclat qui sont rares ou exceptionnelles.
Il est tout à fait probable que ces maladies
NICOLLE
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notis offrent des exemples d’infections en voie de disparition. I^a poliomyélite (paralysie infantile) est, quand on l’observe à son début, extrêmement réduite Ha n?; ses symptômes généraux qui se résument en une fièvre sans caractères, d’une durée de quelques jours à peine. Cette fièvre laisse à sa suite des atrophies musculaires définitives très graves. Il est à supposer qu’autrefois la période fébrile de la maladie offrait un plus grand édat et que, peut-être alors, la localisation nerveuse si sévère se montrait plus rare. Si la fièvre de début avait tout à fait manqué depuis qu’ont commencé les observations valables, on n’aurait sans doute pas sû rattacher à un processus infectieux fébrile les symptômes de paralysie. Ils auraient paru constituer à eux seuls tme maladie spéciale. Supposons la syphilis, modifiée du fait de son évolution naturelle ou du traitement de telle façon qu’elle se réduise à ses localisations nerveuses à longue échéance, paralysie générale et ataxie, nous nous trouverions devant des faits obscurs du même ordre.
Il est donc probable que, dans la voie d’atténuation progressive, d’effacement, les maladies infectieuses ont passé, passent, passeront par des formes inapparentes. Nous voyons l’impor-
tance capitale de ces formes de connaissance si récente. Première et dernière étape dans la vie des maladies, forme possible dans une espèce à la seconde de ces étapes quand l’infection est encore à la phase de symptômes dans l’autre, la maladie inapparente est le réservoir insoupçonné de bien des maux.
Aussi pouvons-nous dire que nous sommes environnés sans le savoir et porteurs, de temps en temps, «îgns le savoir davantage, de maladies inapparentes.