Nala et Damayanti
VOICI l'histoire de Damayanti et de Nala, telle, à peu près, qu'on la lit au troisième livre du Mahabharata, celui de la Forêt.
Le Mahabharata est un poème fort long, si long qu'ils sont bien rares, ceux qui ont eu la patience de le lire en entier. Et pourtant, à tenter pareille lecture, on goûterait des joies diverses : après de beaux contes, on trouverait de sages règles pour se conduire dans la vie; le poète, comme le philosophe, comme l'historien, reconnaîtrait le prix du vénérable livre.
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II est attribué à un de ces personnages presque divins qui jadis ont peuplé les ermitages de l'Inde.
Ces hommes merveilleux cherchaient à pénétrer les sciences les plus hautes; pour atteindre la vérité, ils s'adonnaient à des méditations profondes. Il faut pourtant que ses sublimes travaux aient laissé quelques loisirs au grand Vyasa : l'entreprise était vaste de réunir en un seul corps tout ce qu'il avait appris , c'est-à-dire tout ce qu'on savait au temps lointain où il restait assis aux clairières de piété.
Nous serions portés à croire, aujourd'hui, que Vyasa n'a jamais existé, et nous le mettrions volontiers au rang de ces héros légendaires en qui les peuples se sont plu à incarner leur génie. Peutêtre n'aurions-nous pas tort. Nous
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voyons dans le Mahabharata toute la grâce de l'Inde et toute sa sèverite.
Là, sous les arbres printaniers, parmi les lianes fleuries , passent les belles amoureuses , Draupadi, Çahuntala, Savitvi, et la plus tendre de toutes, celle dont, bientôt, vous n'ignorerez plus la cruelle aventure, Damayanti.
Là, dans les campagnes ensanglantées, combattent ces guerriers farouches dont les terribles exploits nous étonnent. Souvent ils ont les dieux pour compagnons :
Krishna ne dédaigne pas de conduire le char d'Arjuna, et quelles nobles leçons, quelles leçons bienheureuses donne au guerrier le dieu T
Là encore, dans une ombre mystérieuse, apparaissent ces purs ascètes qui, par la rigueur, par
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la constance de leurs austérités , nous épouvantent. Ils n'éprouvent plus rien des sensations humaines.
Pour eux, il n'y a plus ni plaisirs ni douleurs : ils vivent dans un rêve qui ne s'achèvera jamais.
Et ces amoureuses, ces guerriers, ces ascètes se rencontrent; ils s'entretiennent; ils prennent conseil les uns des autres; ils s'adorent, ils se haïssent. Le Mahabharatei est plein de fiers préceptes, il est plein d'émouvants récits.
Les poètes de l'Inde, qui révéraient Vyasa comme un saint et l'admiraient comme un ancêtre, comprirent très tôt le parti qu'on pouvait tirer de son œuvre immense. Ils la mirent en morceaux ; ils en firent des drames, des chansons, des traités. Et ceux qu'auraient rebutés les rudesses du vieux poème en prisèrent Vheureuse quintessence.
Pourquoi ne suivrions-nous pas Yexemple des poètes anciens ?
N'exigeons pas du lecteur un excès de courage. Essayons seulement de lui faire aimer les fraîches, les précieuses légendes que nous a transmises la prudence du magnanime Vyasa.
Ecoutez donc l'histoire du roi Nala et de la reine Damayantù Et puisse-t~elle vous charmer et, parfois, vous attendrir.
irasena, qui régnait au pays des Nishadhas , avait laissé deux fils.
L'aîné* Nala, était beau à rendre jaloux Indra, maître des dieux célestes. Quand il passait par les rues de la ville, à la tête de l'armée, il semblait le soleil dans toute sa gloire. Il était courageux, et, à l'heure des batailles, il agissait en héros. Il était pieux : il connaissait les Vedas, et il protégeait les brahmanes. Qui l'avait vu ne pouvait l'oublier et, par le monde, répétait ses louanges.
a Son frère, Pushkara, était petit
et malingre. Il aimait à vivre dans l'ombre, et le peuple ne l'apercevait guère. Il fuyait la foule, et restait caché, quand Nala donnait des fêtes.
On n'aurait su dire s'il était brave ou lâche ; il avait, pensait-on, pour seul désir de vivre ignoré, a-sa^aa.© fi Nala se plaisait fort à dompter les chevaux ; les plus sauvages ne l'effrayaient point. Il les montait, il les soumettait au joug, et il les réduisait à une extrême douceur. Par amusement il avait défié à la course les plus habiles conducteurs de chars ; il les avait tous vaincus, -aa fi Après les conseils où il traitait les affaires du royaume, il lui prenait envie, parfois, de se délasser en jouant aux dés. Il y avait quelque chance, mais il ne gardait point pour lui les gains qu'il faisait ; il les distribuait aux ascètes et aux malheureux. Il arrivait qu'au bruit du
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jeu Pushkara sortît de sa retraite.
Il suivait la partie, sans jamais s'y mêler; il jetait sur les gains deNala des regards d'envie, et, quand les gains étaient dispersés en aumônes, il haussait furtivement les épaules.
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u pays des Vidarbhas régnait un roi magnanime, nommé Bhima. Il avait une fille, Damayanti, qui était belle entre toutes les vierges. De visage, elle était plus gracieuse que l'astre aimable de la nuit, et ses yeux rendaient un peu ridicules les poètes qui vantaient le charme des lotus; elle avait le teint pur comme l'or ; ses longs cheveux frôlaient gaiement la terre, on eût pris ses jeunes seins pour des coupes vivantes, et de ses lèvres au sourire léger s'envolait une voix douce, qui semblait toujours chanter. qv&
e. Bhitna l'adorait, et il lui avait donné pour servantes les plus jolies filles de la contrée, mais Damayanti, parmi elles, brillait comme Téclair lumineux dans les nuées assombries. Il suffisait qu'on l'aperçût, pour se sentir l'âme pleine de joie, et les voyageurs qui avaient traversé le pays des Vidarbhas célébraient dans le monde la beauté de Damayanti. aaaaac3a i <5aî5a<3aî5a<5a'c3a'3a & Le temps approchait où elle devrait choisir un mari ; souvent, elle restait rêveuse, et, quand ses suivantes l'habillaient et la paraient, elle était inattentive à leur frêle babillage. ^aîsa^a^a^a^a^a^a'sa'csa'Ba'aa a Que de fois on avait répété devant elle: «Nala est le plus beau des rois. » ^a^a^a^a^aaa'aagatsa'csacsa'eja'sa
^mamsamifss UE de fois on
avait répété devant Nala : « Damayanti est la plus belle des princesses. » QvavQvaiZQ'Qa $$mmmmmM a Et Nala rêvait souvent de Damayanti. Il ne se plaisait plus dans les salles de son palais ; il écoutait avec impatience les discours de ses conseillers; il n'échangeait que de brèves paroles avec les envoyés des rois, ses voisins. Il cherchait la solitude, a^a-aa g. Il se cachait au fond de ses jardins. A l'ombre touffue d'arbres au frais parfum, il s'étendait sur une herbe fleurie. Il fermait à demi les
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yeux ; dans le jeu ténu de la lumière obscurcie, il croyait apercevoir un fantôme léger, et il s'écriait: « C'est elle, c'est Damayanti. La bien-aimée vient à moi.» Elle s'évanouissait et Nala en restait tout triste, a-sa^a-sa a Un jour, il vit des cygnes aux ailes d'or qui, du ciel, volaient vers le petit bois où il s'était réfugié. Les clairs oiseaux se posèrent près de lui, et il en saisit un au cou. Mais voici que parle le cygne. Il dit : azs e « Ne me tue pas, ô roi. Je ne mérite pas un mauvais sort. Si tu me laisses la vie, je saurai t'en récompenser.
J'irai au pays des Vidarbhas, je verrai la belle Damayanti, elle saura qu'elle est aimée de Nala, le plus fier, le plus grand des rois, et elle ne voudra plus d'autre seigneur que lui. » a^a^a?ja?5ai3a-?>a^a^a^aaac5a'ê5ac>a q. Nala eut un sourire; une larme joyeuse brilla dans son regard. Et,