EXPLICATION DE LA VIGNETTE DU TITRE
Représentée sous les traits de celle de ses filles qui la personnifie le mieux , c'est-à-dire de Jeanne d'Arc, — une petite nation , la Lorraine , vient de triompher, à elle seule, par sa bravoure et surtout par sa foi , du fanatisme vandale qui mettait la torche et le poignard au service de doctrines hideuses. D'une main , elle tient, comme un archange , le glaive flamboyant ; de l'autre , son glorieux drapeau, le drapeau des Alérions. Sur sa poitrine , est ciselé , à titre d'insigne héréditaire pour elle, le plus beau souvenir des croisades : l'emblème héraldique du royaume de Jérusalem (').
En même temps qu'elle foule aux pieds le monstre héréticodémagogique , réduit par elle à l'impuissance , elle lève les yeux <au ciel , pour rendre hommage de sa victoire au Dieu des armées. Au dessus du front de l'héroïne, — qu'avait soutenue dans le péril une inspiration dix fois supérieure à ses forces , — rayonne , comme un astre béni, la croix nationale des Lorrains.
(•) Princes tout-à-fait souverains, à couronne indépendante et non vassale, les possesseurs du palais de Nancy se qualifiaient, comme on sait, non seulement ducs de Lorraine, et de Bar, maïs roi* de Hongrie, d'Aragon, de Sicile et de Jérusalem. — De si beaux litres leur venaient de successions directes indubitables , dont l'effet matériel s'était perdu, mais dont la trace honoraire avait subsisté ; litres, du reste , à la hauteur desquels s'était toujours maintenu le cœur de petits-fils de potentats : hommes à procédés inagniiiques, u auprès de qui, disaiton, les autres princes paraissaient peuple, n
LE DUC ANTOINE
LES RUSTAUDS
En rendant compte de l'ouvrage intitulé Nancy (1), le journal Y Univers, par un désir de justice et d'impartialité auquel il se regardait comme doublement astreint en sa qualité de feuille catholique, avait pris jusqu'à un cerlain point la défense des Radicaux luthériens de 1525. Persuadé a tort, d'après certaines chroniques du temps, que ceux-ci furent victimes, a Saverne, non d une méprise, mais d'un guet-à-pens, et qu'en outre le duc Antoine, après les avoir fait tuer, pilla ou rançonna tout le pays sur son passage, — Y Univers avait cru devoir protester contre le vainqueur, et s'intéresser aux vaincus. Il ne s'était point assez défié de la fausse bonhommie des méchants ,
(\) Nancy, histoire et tableau, par P. G. Dumast. — Vol. grand in-8° avec planches, vignettes, etc.; prix, 6 francs. Nancy, chez Vagner, éditeur, rue du Manège, 3 ; Paris , chez Sagnier et Bray, rue des Saints Pères, Ci.
ni de l'art avec lequel , dans tous les siècles , ils ont su faire écrire leur histoire, en se donnant de petits airs d'agneaux, en rejetant sur les honnêtes gens l'origine des querelles et des malheurs. Souvent on se figure ne faire qu'exercer l'équité , ou tout au plus l'indulgence , tandis qu'en réalité on devient le complice du mensonge, le propagateur involontaire de la calomnie.
Du reste, l'émission d'une erreur n'est pas toujours sans avantages : par les réfutations qu'elle amène, elle peut profiter à certaines vérités, en les rendant moins vagues et mieux comprises qu'auparavant. Ici, par exemple, provoqué a un nouvel examen des faits , l'auteur du Nancy, au lieu de découvrir par là qu'il en fallût affaiblir une partie, les a vus se dessiner beaucoup plus nettement , aux clartés d'une lumière devenue plus vive.
Gomme il ne voulait, celte seconde fois, rien avancer sur les Rustauds qui ne pût être admis en toute assurance, il s'était livré pendant deux mois à des recherches soigneuses. Or, le résultat de son travail, il l'avait rédigé sous forme de lettres, en réponse à Y Univers. Elles ne purent y être insérées, leur envoi ayant précisément coïncidé avec la révolution de Février; et depuis lors, les colonnes des journaux , remplies par de rapides événements , n'ont guère eu de place à donner aux études rétrospectives.
L'auteur publie donc ses lettres a part, dans le seul intérêt de la science. Elles se trouveront, du moins, mises a portée de quiconque a bien voulu faire quelque élude du Nancy, livre dont elles justifient et complètent la pensée sur un point essentiel.