‹ NangisChapitre 2 sur 24 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

caveau du Saint-Esprit, aménagement etentretien du musée lapidaire de la Grange aux Dîmes, pose de plaques sur les monuments historiques, etc.)

Aujourd’hui, nous espérons présenter de l'Histoire de Nangis une édition digne à la fois de l’œuvre que nous avions à faire connaître et de Chauvet dont nous tenions à perpétuer le souvenir.

S1 cette œuvre contribue à entretenir le culte de la petite patrie afin de mieux faire aimer la grande, elle aura atteint le but le plus ardemment souhaité par son auteur.

Provins, mai 1910.

To PU

« Aux x1r° et x1n1° siècles, dit M. Félix Bourquelot dans sa notice: sur Boisdon, la France a vu s'opérer un mouvement considérable: dans la population, et les signes caractéristiques de ce mouvement. ont été le défrichement de beaucoup de forêts et la construction d’un. grand nombre de centres nouveaux. »

Cette remarque du savant historien provinoïis résume les origines: de Nangis et des pays voisins.

Nous n’essaierons pas de décrire ce qu'était au temps des Gaulois et sous la domination romaine la contrée où plus tard devait s'élever Nangis ; les Commentaires de César et les documents d’origine romaine nous renseignent fort mal sur ce point. Il y est bien parfois question de la rive gauche de la Seine, mais rarement de la rive droite. Tout ce que nous savons, c'est que le pays qu’enveloppe la: Seine à l’ouest et au midi par la grande courbe qu’elle décrit, était couvert d'une immense forêt, dans laquelle aucun chemin n'avait été ouvert ; la circulation n'était possible qu'en longeant la rive gauche du fleuve. Si les Gaulois faisaient dans ces parages des incursions, ce n'était que pour se livrer à la chasse ; car on y rencontre peu de traces de stations gauloises et peu de vestiges de la religion druidique. On ne trouve sur le territoire de Nangis aucune monnaie gauloise ou romaine, aucune substruction, aucun débris pouvant se rattacher à ces époques.

Lorsque les Romains, établis dans leurs villes fortes d'Autun et de Sens, voulurent pénétrer plus au nord, leurs légions ne purent s'engager dans cette forêt où aucun chemin n'était pratiqué, et durent suivre la route plus fréquentée longeant la rive gauche de l Vonne et de la Seine. f

Pour soumettre Lutèce révoltée, Labiénus, lieutenant de César, partit de Sens avec ses légions et suivit la rive gauche du fleuve. Mais, n'ayant pu forcer de ce côté les retranchements des Gaulois, il revint sur ses pas, prit d'assaut Mélodunum (Melun) pour y franchir la Seine, et s’aventura avec ses troupes sur la rive droite. Cette marche hardie lui réussit; les Gaulois, qui n'avaient pas prévu l'attaque de ce côté, furent défaits.

On ne trouve pas d’autre trace du passage des légions romaines dans l’angle formé par la Seine et la Marne jusqu’à l’époque où fut ouverte dans cette contrée une grande route militaire.

Après la conquête, lorsque les Romains voulurent fortifier leur puissance, il leur fallut ouvrir une route à travers cette contrée boisée afin de gagner rapidement les rives de la Marne et de l'Oise, et surveiller les provinces du Nord, les plus turbulentes et les plus exposées aux invasions. Ils construisirent une large route bien empierrée qui, partant de Sens, franchissait sur un pont la Seine à Jaulne et se dirigait en ligne droite sur Meaux, Beauvais et Boulogne-sur-Mer, après avoir traversé la forêt à l’endroit où elle avait le moins de largeur. Cette voie, qui a été pour la Brie d’une grande ressource au moyen âge, a été en grande partie utilisée à notre époque pour la construction d’une route départementale qui a conservé dans le pays le nom de Perré. Cette route forma au moyen âge la limite vers l’est du Montois et de la Brie française avec la Brie champenoise.

Les populations encore peu soumises rendaient dangereuse la traversée de cette forêt ; les Romains durent créer ia station militaire de Riobæ (aujourd'hui Chateaubleau). Ils élevèrent à l'entrée méridionale de la forêt une véritable ville fortifiée, renfermant dans ses murs l'emplacement d’un camp, qui, alimenté d'eau par des rangées de puits bien alignés, pouvait donner abri à toute une légion. Ils y établirent une garnison permanente et un gouverneur.

Ils durent aussi établir un poste fortifié à l'extrémité nord de

cette forêt, afin que, soit en allant, soit au retour, les voyageurs.

pussent trouver une escorte pour franchir ce passage dangereux. Ce poste s'appelait la petite Riobe (aujourd'hui les Orbies) et dépendait de la grande qui entretenait sa garnison. L'existence de ces deux stations, la grande et la petite Riobe, est démontrée par la désinance plurielle du nom latin Riobæ,qui les englobait toutes deux et qu'il faut traduire par les Riobes. Le primitif du mot actuel Les Orbies est donc bien le nom romain que ce hameau a porté à son origine; il a même conservé par habitude la forme du pluriel, bien que depuis l'invasion franque il n’y eut plus deux Riobes.

Les Romains ne’ paraissent pas avoir pénétré dans la partie la plus impraticable de cette forêt aui forme aujourd’hui le territoire de Nangis. Cependant un hameau d’une origine très ancienne et qui, par son nom, semble se rattacher à l’époque gallo-romaine, existait dans ces parages : il s'appelait Aspera-Silva (la forêt âpre, épineuse). Lorsque la langue latine se transforma sous l'influence du langage franc, il devint l’Apre-Sauve, et par corruption la Psauve (aujourd’hui hameau dépendant de Nangis). La meilleure traduction de ce nom serait la « forêt noire ».

Là, dans la partie la plus inextricable des bois, fut sans doute créé un refuge soit par des Gaulois insoumis, et cette population dut lutter longtemps contre la garnison romaine de Riobe, soit plus tard par les Gallo-Romaïins fuyant devant l'invasion des barbares. Peut-être ce hameau devint-il par la suite le refuge des serfs en

NANGIS 5 rupture de glèbe et fuyant devant la justice des seigneurs. Dans tous les cas, ce petit centre de population, qui remonte à une haute antiquité et figure dans les vieilles chartes du moyen âge, prouve surabondamment l'existence et l’importance de cette forêt couvrant le pays qui devait former plus tard la Brie française.

L'origine de cette bourgade ne paraît pas devoir être attribuée aux Romains. Ces derniers s’attaquèrent peu à cette forêt, si ce nest le long des rives de la Seine et à portée de leur pont de Jaulne, si toutefois on doit leur attribuer, ainsi que le fait M. Delettre, l'historien du Montois, la création des villages de Chatenay, d'Egligny et de Vimpelles.

Mais lorsqu'au v° siècle les Francs eurent assis leur domination sur les ruines de la puissance romaine, Clovis, pour donner satisfaction à ses Leudes, dut leur partager le sol conquis. Alors de grandes étendues de forêts, le long de la rive droite de la Seine, furent attribuées à des chefs guerriers qui en entreprirent le défrichement pour y élever leurs châteaux forts. La partie du Montois rapprochée du fleuve paraît avoir été comprise dans ce partage; mais le centre de la forêt était encore trop impénétrable et trop peu

connu pour y figurer.

Les Francs firent disparaître les restes des institutions romaines qui donnaient quelques libertés au peuple et imposèrent leurs usages et leurs lois. Ce fut l’origine de la féodalité. Le roi conservait pour lui les villes fortes, telles que Melun, Bray et Provins, et chaque chef pourvu d’un fief déclarait le faire relever du donjon royal ou seigneurial le plus rapproché et le plus propre à lui assurer protection. Le seigneur suzerain devait aide et protection à ses vassaux, et de leur côté les Leudes devaient, pour chacun de leurs domaines, des droits, redevances et honneurs féodaux, et le secours d'eux et de leurs hommes d'armes en cas de guerre. En échange ils avaient une autorité sans borne sur les serfs de leurs domaines.

L'Eglise réclamait aussi sa part dans le partage du sol conquis. En 632, les moines de l’ordre de Saint-Benoist obtinrent du roi Dagobert la concession de toutes les terres de la partie centrale du Montois restées sans maître et enclavées dans celles données aux Leudes. Ils y construisirent après défrichement le monastère de Donnemarie qui, par la suite, devait dominer tout le Montois.

Grâce au partage de Clovis et à cette dernière donation, le Montois fut défriché, mis en culture et pourvu de population bien avant notre contrée. Les nouveaux seigneurs y avaient élevé une suite de châteaux fortifiés qui formaient une ceinture le long de la forêt pour protéger leurs terres et arrêter les incursions qui pouvaient les surprendre de ce côté. Telle fut l’origine des châteaux de Gurcy, de Chalautre-la-Reposte, de Meigneux, de Nanville, de Beaurepaire, de Lizines, de Paroy et autres.

Aux vir* et 1x° siècles quelques parcelles furent encore détachées

de la forêt; en 751, Pépin le Bref donna à l’abbaye de Saint- Denis une grande étendue de terre et bois sur le territoire de Féricy.

Par des donations royales au cours du vin siècle, sous Pépin et Charlemagne, de vastes territoires sur Chatenay, Courcelles, La Tombe, Marolles, Salins et Montigny-Lencoup, furent distraits du domaine royal et donnés à des couvents, notamment à l’abbaye de Faremoutiers qui, peu à peu, y forma un vaste domaine qui fut l’origine de l’importante seigneurie de Marolles-sur-Seine.

Aïnsi, jusqu'au cours du x° siècle, le large plateau de la Brie française était resté couvert de sa forêt que la hache avait à peine entamée sur ses bords : elle s'appelait la forêt de Bièvre; elle cou ronnait les hauteurs du bassin de la Seine de Melun à Montereau, et joignait la forêt de Fontainebleau à celle de Chenoise, laquelle se prolongeait jusqu’à la Traconne, mais sur une largeur de terrain beaucoup moindre. Les espaces boisés sont encore nombreux dans cette contrée; les forêts de Barbeau, de Saint-Germain-Laval, de Valence, des Montils, les bois de Montigny-Lencoup, de Gurcy, de

Villeneuve-les-Bordes, de Villefermoy, de . Chatillon-la-Borde, la

garenne de la Croix-en-Brie, les bois de Louan et de Montaiguillon, pour ne citer que les plus importants, sont des parties non défrichées de cette forêt de Bièvre.

De même que la route romaine du Perré servait de limite d'un côté à la Brie champenoïse, la lisière de cette forêt paraît, sur les autres points, avoir également servi de limite à cette province, aussi est-il bien difficile aujourd’hui de déterminer exactement cette délimitation.

Tous les pays compris dans l’angle de la Seine, de Bray à Melun, peu habité alors et enfoui sous bois, ne fut pas compris dans le partage des grands vassaux; il resta dépendant du pouvoir royal. La partie basse, appelée le Montois. releva de la Tour de Bray ; le haut plateau que l’on appela la Brie française pour la dise de la Brie champenoise, releva du donjon royal de Melun. Les grands feudataires voisins semblent avoir dédaigné ce pauvre pays sans habitants et sans revenus.

Mais lorsqu’après l’an mille, le cauchemar de la fin du monde cesse de terroriser les populations, une sorte de réveil se produit ; un esprit nouveau semble souffler sur le peuple; des idées d'entreprise et de liberté, une poussée vers l'inconnu, qui se traduisent par les croisades et aboutissent au mouvement communal, pénètrent dans les masses. Le serf, las de se courber sans profit sur la glèbe, veut une part dans le produit de ses travaux; les grands espaces restés incultes l’attirent. La noblesse, elle aussi, veut récupérer sur ces vastes étendues sans maître les biens dont elle s’est dessaisie au profit du clergé; les grands ordres monastiques cherchent également dans ces parages des emplacements pour essaimer le trop-plein de leurs couvents; enfin la couronne qui trouve dans ce mouvement le

| NANGIS 7 moyen de tirer des revenus de cette contrée sans rapport, cède, moyennant redevances, aux ordres religieux et aux nobles de vastes terrains en friche, de larges tranches de forêt, à charge de les mettre en culture et d'y élever des habitations.

Pour arriver à ce défrichement, les nouveaux seigneurs traitent avec leurs affranchis et leurs serfs, et, moyennant cens et rentes, leur cèdent des parcelles de terrain, des fiefs en roture, à charge par eux de les mettre en culture. Ils créent de nouveaux centres qu'ils cherchent à peupler d'habitants au moyen de chartes et de franchises : c'est là l’origine du mouvement communal et la cause de l'extension de la bourgeoisie.

Alors apparaissent dans nos contrées les Villefranche, les Villeneuve, les Chateauneuf, les Neubourg, les Neufmoutiers, les Neuville dont les noms trahissent la nouvelle origine. Beaucoup de heux s'appellent Les Essarts, du vieux mot « essarter », alors plus usité que le mot défricher.

Voyons quelles furent à cette époque, pour la contrée qui nous occupe spécialement, les conséquences de ce mouvement dans Ja population. |

La première atteinte portée à la forêt qui couvrait alors le territoire de Nangis, fut, à mon avis, la création d’une route allant directement de Paris à Provins et Troyes. Les grandes foires de Champagne et de Brie commençaient à être connues et fréquentées et devenaient des centres d’approvisionnement pour les marchands parisiens. Ces derniers, forcés de suivre la Seine, réclamaient un chemin plus direct; ce chemin fut ouvert à travers la forêt à peu près sur l'emplacement de la route nationale actuelle de Paris à Bâle.

A cette époque où les malandrins et les détrousseurs de route foisonnaïent, il fallut bientôt assurer la sécurité de cette longue traversée de forêt, et créer sur son parcours, sinon une ville fortifiée, comme la Riobe romaine, du moins des fortins pour y loger ‘une garnison et servir de refuge pour la nuit aux voyageurs. Telle fut l’origine du Châtel, la première seigneurie créée sur le territoire de Nangis.

L'emplacement de cette forteresse près d’un tournant de la voie nouvelle et sur un terrain plutôt bas, alors qu'à peu de distance en arrière se trouve la butte du Haut-Mondé (la sablière actuelle) offrant un monticule tel qu’on en recherchait au moyen âge pour édifier les châteaux-forts, prouve à mon avis sa destination.

Une grande étendue de bois fut sans doute donnée en fief à un chevalier, à charge de défricher et de construire un château-fort pour protéger la traversée de la forêt et venir en aïde aux voyageurs. Cette forteresse, élevée en plein bois, ne trouva aucun nom local à prendre et ne fut connue dès son origine que sous le nom de Chastel, c'est-à-dire l'asile, le refuge fortifié. Son origine fut anté-

rieure à celle de Nangis, et ce ne fut que plus tard, après QE tion de ce centre de population, que ce fief prit le nom de Chastel- : les-Nangis. La famille autochtone qui créa la forteresse et Rae La longtemps cette seigneurie, prit le nom du Chastel, et, quoique ayant contribué à la formation de Nangis et seignéur pour partie de cette. ville, elle n’en prit jamais le titre. EE Ce qui prouve la mission du Chastel de protéger les voyageurs, c'est la création des deux Bertauches, la grande et la petite. La for. teresse ne pouvant étendre assez loin son action, le seigneur du Chastel fit élever sur le bord de la route, à droite et à gauche de son donjon, des avant-postes fortifiés appelés Bertauches ou Bretêches, afin de pouvoir étendre sa surveillance et porter sa protection à plus longue distance. La Petite- Bertauche, élevée à une demi-lieue. du Châtel, vers Provins, gardait le passage ‘du ru sortant de VS de Rampillon; la Grande- Bertauche, au contraire, plus rapprochée de Nangis, gardait aussi le passage d’un petit ruisseau qui, après” avoir rempli de son eau les fossés du Châtel, traversait la route en se dirigeant sur Nangis. Les noms de Grande et Petite-Bertauche existent encore aujourd'hui et sont portés par une maison de cam. pagne et une ferme. | Le village de Baïlly-Carrois, situé une lieue plus loin, sur la même route, me paraît avoir eu la même origine; là aussi un fort MU à devait protéger les voyageurs. Le nom de Bailly, d’après certains | étymologistes, provient du vieux mot latin Bailleium, ou Baïllium, auquel Ducange donne la signification de lieu entouré de palissades, ou lieu fortifié. D’autres le font venir de Baïla employé en basse latinité et en provençal, signifiant soin, garde, protection. Quelle que soit l’étymologie que l’on préfère, la signification est à peu près la même, et définit bien la mission de Bailly à son origine. On eût pu l'appeler aussi bien le Châtel, s’il n'y avait pas eu nécessité de varier les noms.

On peut en dire autant du village de Grandpuits situé une demilieue plus loin sur la même route ; là une ferme porte encore le nom de Chateaufort.

Mais cette forêt si gênante était condamnée à disparaître bientôt : Fe aux x° et x1° siècles elle est attaquée de tous côtés. Les moines, ces. grands initiateurs, donnent l’exemple, et les seigneurs rivalisent pour. se tailler de riches domaines sur ces terres nouvelles. On voit mi de larges entailles faites à la forêt. CR Les moines de la Charité-sur-Loire, ordre de Cluny, défrichent un bi vaste territoire et fondent un prieuré qui est l’origine de La Croixen-Brie (oro). Les mêmes moines défrichent les territoires de Clos fontaine et de Coutençon, et ces villages leur doivent leur M sinon leur origine.

Les noms des villages de La Celle, Vernon, Machault et Sani apparaissent dans une charte de Louis V, en 982.

Les moines de Tours, seigneurs de Mons et de Donnemarie poussent leurs défrichements jusque sur les territoires de Vanvillé, de Rampillon et de Fontains.

Les moines de Barbeau défrichent jusque sur le territoire de Fontenailles et y élèvent l’abbaye de Villefermoy. En 1145, le roi Louis VII leur donne sa terre des Ecrennes à mettre en culture. Le nom primitif de ce lieu, Screona, signifiant huttes de branchages, indique qu'il n'était alors qu'un hameau de bucherons.

Dans le partage du Montois, le comte de Champagne avait reçu la partie de la forêt de Bièvre formant aujourd’hui les territoires de Villeneuve-les-Bordes et de La Chapelle-Rablais. Au xr° siècle, ses descendants créèrent le village de Villeneuve, qui s’appela alors Villeneuve-le-Comte-Champagne, et, plus tard, Villeneuveles-Bordes-l’Abbé, ou Villeneuve-l’Abbé, après la donation de ce fief aux moines de Sainte-Colombe de Sens. C’est à ces moines qu’il faut attribuer l’origine de la Chapelle-Arablais, devenue par corruption la Chapelle-Rablais.

Le chapitre de Saint-Quiriace de Provins détruit le bois Hildon, qui lui appartient, et élève sur son emplacement le village de Boisdon auquel il donne une charte.

Rampillon est pourvu d’une église en 1107, par Daimbert, archevêque de Sens.

Les moines de Preuilly, après avoir défriché leurs domaines autour de leur couvent, poussent leurs travaux jusqu'à Echou-Boulains.

Les nobles ne restent pas en arrière; les villages de Baâli (Baïlly- Carroïis) et de Footin (Fontains) apparaissent au xIr° siècle, et leurs églises sont érigées en cures en 1231. Tous les villages entourant Nangis n'apparaissent et n'ont d'histoire qu'à partir du xx° siècle.

Le seigneur du Châtel fut des premiers à défricher ses domaines, Bientôt, à l'abri de son donjon, vint se grouper une population appelée par ses promesses et un village se créa dans la plaine qui s'étend entre le Châtel et la Grande-Bertauche. Cette plaine, portant encore aujourd'hui le nom de Vieux-Nangis, nous devons en conclure que ce fut là que s’éleva le premier centre de population pcrtant le nom de Nangis; ce village prit sans doute un grand accroissement, puisqu'une église fut construite auprès du château.

Maïs peu de temps après, sur une autre partie de la forêt longeant au midi le domaine du Châtel, fut créé un nouveau fief, et son possesseur, dont le nom ne nous est pas parvenu, fit, après défrichement, élever un château-fort. Il ne trouva non plus aucun nom de village ou de terroir à lui donner et il l’appela d’un nom tiré de sa situation et de son site : La Motte-Beauvoir, c'est-à-dire petite éminence et belle vue et il en prit le titre.

De même que le Châtel, la Motte-Beauvoir fut créée à une date

continuellement parcourue par des bandes de pillards dont les pas-.

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à la SO de Nangis, : si ce Lo avait eu une ex | antérieure, l’un ou l’autre des deux fiefs neût pas manqué d'en prendre le nom, ainsi qu'il était d'usage constant. Nous voyons au contraire l’un rester sans nom, le mot Chastel ne constituant pas AS ss RUE titre seigneurial, et l’autre obligé d'en fabriquer un de fantaisie. Le

Les deux bourgades en formation se constituèrent l’une près de es l’autre, non sans rivalité, chacune cherchant à attirer à elle la population qui faisait défaut à toutes les deux. Dans cette lutte, la Motte-Beauvoir devait bientôt prendre le dessus. Cette prédominance 5 eut plusieurs causes : comme ce château était plus important et mieux fortifié, comme il passa entre les mains d’une famille plus ge riche et plus puissante que les seigneurs voisins, les no vinrent de préférence se mettre sous sa garde. Bientôt même on vit les habitants du Châtel chercher peu à peu à se rapprocher ‘de la ter

Motte-Beauvoir. Un puissant motif poussait les habitants à s’éloi- di gner du Châtel, c'était la proximité de la grande route de Paris

sages étaient toujours marqués par des déprédations que la faible garnison du Châtel était souvent impuissante à réprimer. a A cette sombre époque du moyen âge, la population sédentaire était continuellement tenue en éveil. Lorsqu' elle n'était pas menacée par des invasions de l'étranger, elle avait à souffrir des luttes des grands vassaux entre eux ou contre la couronne, des brigandages de certains seigneurs et des rapines des bandes de partisans formées | de la lie du peuple et vivant sur le commun. Le laboureur n’osant pas s’écarter des habitations, n’ensemençait souvent que les terres tes plus rapprochées pour subvenir seulement à ses besoins, et lorsque le veilleur faisait entendre du haut du clocher le ae | d'alarme, il se hâtait de regagner sa demeure et de se ere à l'abri. QE | Cet abri était ordinairement donné par le château du seigneur ; se. La M à aussi, autant que possible, chacun cherchait-il à placer sa demeure D % auprès d’une forteresse assez puissante pour pouvoir résister à un de pe coup de main, et assez vaste pour donner asile à tous les vassaux, à leurs familles et même à leurs bestiaux.

Le Châtel était un donjon très à l’étroit entre les fossés qui l'enser. raient, dont les eaux baïignaient le pied de sa tour. Ce n'était cu’un Fo HR. poste fortifié ne pouvant recevoir une forte garnison, et encore te Le Me moins recueillir, en cas de danger, les serfs qui en dépendaient wt FA ke * vivaient sous sa protection. Le Châtel n'était que suffisant pee le. À service ro il était destiné lors de sa fondation.

Re RER

refuge à ses serfs dans Has vastes cours ‘entéurses de prb à } protégées par des fossés et défendues par une forte muraille flan- :

quée aux angles de quatre tourelles, dont l’une existe encore près de l'église. Ces deux cours devinrent plus tard les communs du château et forment aujourd'hui avec leurs vastes bâtiments, une importante ferme appelée la ferme du château. Donc rien d’étonnant à ce que les habitants du Châtel aient cherché à se rapprocher de la Motte-Beauvoir et à s'éloigner de la grande route dont le voisinage leur était si onéreux, mais ils ne quittèrent pas pour cela le fief auquel ils étaient attachés, et dont ils ne pouvaient s’écarter.

Un chemin conduisant vers Melun séparait les deux seigneuries. Les homme: liges attachés à la Motte-Beauvoir avaient établi leurs habitations à portée de la forteresse sous les murs des cours d’asile et en bordure sur la rive sud du dit chemin de Melun qui appartenait à leur seigneur ; les gens du Châtel transportèrent leurs habitations en face, le long de la rive nord du même chemin, sur la limite du fief auquel ils appartenaient, en sorte que le nouveau centre qui se créait par ce mouvement de la population se trouva assis sur les deux seigreuries, et le chemin séparatif devint la principale artère du village en formation. Les hommes du Châtel apportèrent avec eux le nom de Nangis que portait déjà la bourgade qu'ils délaissaient et ce nom prévalut sur celui de la Motte-Beauvoir, trouvé trop long et il s'implanta. Telle fut l’origine de Nangis.

Pendant tout le moyen âge et jusqu'au commencement du xvir® siècle, Nangis appartint toujours aux deux seigneuries qui l'avaient fondé. La route qui le traverse de l’est à l’ouest (aujourd'hui la rue de la Poterie, et son prolongement la rue Noas-Daumesnil) fut toujours la séparation des deux domaines seigneuriaux.

A mesure que Nangis prenait de l’importance, on vit le Châtel perdre peu à peu sa population; tandis que l’un devenait bourg, Pautre était resté village, bientôt même il ne fut plus qu’un petit

. hameau composé du château, de l’église et d’une ferme. Vers la fin du xvirr° siècle, l’église restait seule compagne du vieux donjon; ils n'étaient plus guère que des ruines lorsqu'ils tombèrent ensemble sous la tourmente révolutionnaire.

M. Maillé, le regretté collègue à Ja Société d'archéologie de Provins, à fait une notice très complète sur le Châtel et ses seigneurs, notice que j'ai regretté de ne pas retrouver dans les Annales de cette Société; aussi n’ai-je pas la prétention de traiter après lui ce sujet, et de refaire l’histoire de cette partie du territoire de Nangis. J’entends m'occuper spécialement dans cette notice de la seigneurie de la Motte-Beauvoir, dont l’histoire se confond davantage avec celle de la ville de Nangis.

Cependant, comme je n'aurai sans doute plus l’occasion, dans la suite de ce travail, de m'occuper du Châtel, j'ai pensé faire œuvre utile en coupant court à la légende si répandue à Nangis qui fait de Tanneguy du Chatel, accusé du meurtre de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, sur le pont de Montereau, un membre de la famille

nangissienne des du Châtel. Tanneguy était issu d'une famille du Limousin qui n'avait que le nom de commun avec les seigneurs de notre contrée ; il ne fut jamais possesseur du fief du Châtel-les- Nangis et ne vint pas y chercher refuge après le meurtre de Mon-

tereau.

PREMIERS SEIGNEURS Flore. — Venisy

« Le nom de Nangis, — dit M. Maurice Lecomte dans son étude des noms de lieux, — dont nous ne connaissons pas exactement le primitif, est cependant d'origine et de formation gallo-romaine; un des premiers actes où apparaît le nom de Nangis est une bulle du pape Adrien IV, de 1157, en faveur de Sainte-Colombe de Sens. La première forme paraît être Nangiacus, puis Nangeïum, Nangeis, puis Nangus, formes basses d'où dérive la dénomination actuelle. Nous trouvons inadmissible l'interprétation de Bullet qui décompose le nom de Nangis en deux substantifs soi-disant celtiques : Nan, rivière, et Gys, habitation, habitation de la rivière. » En effet, ce nom ne convient guère à Nangis et ne répond pas à sa situation. Du reste, qui donc en cette contrée, aux x° et xI° siècles, parlait encore la langue celte et eût pu fournir les éléments de la composition de ce nom avec des primitifs celtiques ? La langue latine était seule usitée dans le monde savant d'alors.

Nous préférons la traduction de Nangiacus en domaine de Nangius, nom qui fut peut-être celui du premier possesseur du fief du Chastel, car nous ne connaissons pas le personnage qui fit construire ce château.

Peut-être nétait-ce que le nom du premier pionnier qui commença le défrichement des terres du Châtel et construisit, à l'endroit appelé encore aujourd'hui le vieux Nangis, la première habitation sur le fief en roture qu'il avait conquis par son travail. Ce qui nous fait pencher pour cette opinion, c'est que nous trouvons un nom à peu près semblable à Nangius dans une charte du xirI° siècle concernant le chapitre de Champeaux. Dans cet acte, Simon d’Andrezel abandonne au chapitre une pièce de terre tenue par Rangius, pelliparius de Campellis (Rangis, barbier à Champeaux) ; peut-être ce Rangis appartenait-il à la famille du fondateur de notre ville, dont le nom, dans la suite des temps, s’est transformé en Nangis, d’une prononciation moins dure et plus facile. On sait combien la lettre R se

transforme facilement, surtout lorsqu'elle est placée au commencement d’un nom.

Autre hypothèse : une partie de la forêt de Bièvre portait aux environs de Chenoïse le nom de forêt de Hogis. Nous trouvons ce nom dans une charte de 1257, que nous relatons plus loin.. Peut-être la partie de forêt occupant notre territoire portait-elle le nom de Nangis par opposition et pour la distinguer de celle de Hogis. Ce sont là autant de suppositions parmi lesquelles le lecteur pourra choisir.

Les chroniqueurs et le Père Anselme, dans son PE des off ciers de la couronne, nous apprennent que le plus ancien des seigneurs connus de la Motte-Beauvoir, fut Fleury ou Flore, fils naturel de Philippe 1°, roi de France, et de Bertrade de Montfort, lequel vers la fin du xI° siècle épousa l’héritière de cette seigneurie ‘de la Motte-Beauvoir. Le nom de celle-ci n'est pas parvenu jusqu'à nous.

Ce fait ainsi présenté n'est pas entièrement exact. Le second fils de Bertrade portait bien, en effet, le nom de Flore, et Moréri le désigne comme seigneur de Nangis, mais son mariage ne put avoir fieu au cours du xi° siècle. En effet, Philippe I® enleva et épousa Bertrade en 1093 ; le second fils né de cette union ne fut en âge ce contracter mariage que dans la première moitié du xx° siècle. C’est également à tort que ce Flore est désigné comme enfant naturel. Bien que le mariage de Bertrade eût été cassé par le Pape, ses enfants furent maintenus comme légitimes et comme pouvant hériter du trône de France, à défaut du fils né du premier lit. Les descendants de Flore, qui furent seigneurs de Nangis jusqu'en 1402, étaient donc de sang royal:

Flore ne laissa qu'une fille, Elisabeth, qui épousa Amiel, seigneur de Venisy, et porta ses domaines à ce dernier.

Ce fut sans doute ce sire de Venisy dont la famille provenait de Venisy en Bourgogne, à quelques lieues de Sens, qui donna l’église de Nangis au chapitre des chanoines de l’église de Sens, avec un lot

de terre. Ces chanoiïines furent curés de Nangis jusqu'à la Révo-

lution, en se faisant substituer par un prêtre de leur choix, et possédèrent sur son territoire une petite ferme dont les bâtiments étaient situés rue du Gué.

Nous ne connaissons que les noms de ces premiers seigneurs de Nangis et n'avons pu relever aucun fait les concernant.

Héloïse et Pierre Britaud

Au milieu du xr° siècle, vers 1168, Héloïse ou Elvise, dame de la Motte-Beauvoir, fille et héritière du sire de Venisy, épousa Pierre Britaud et apporta en dot à ce dernier cette seigneurie. Ce fut à

Pierre et à ses descendants que notre ville dut sa prompte extension et sa transformation.

Les Bristaud ou Britaud (M. Félix Bouquelort, dans son //istoire de Provins, dit Bristaud, nous avons opté pour Britaud, forme plus usitée) étaient d’une vieille et riche famille provinoise, appartenant à la bonne noblesse de Champagne. Leur nom figure aux registres et cartulaires des comtes de Champagne et de Brie au nombre des principaux vassaux de ces seigneurs.

Ils possédaient de grands biens à Provins et dans les environs, notamment les seigneuries de Champcenest et de Courtacon et le vicomté de Provins.

Vers 1100, lorsque Etienne, dit Henri 1°, fils de Thibault III, comte de Blois, Meaux et Provins, voulut partir pour la croisade où il mourut en 1107, il mit en vente certains droits dépendant de son, comté de Provins afin de se procurer de l'argent. Dans ses lettres d'érection de la vicomté de Provins, il dit: « Nous avons désuni de notre comté de Provins les choses ci-dessus dénoncées et spécifiées pour être séparément tenues et possédées à titre de foi et nom de vicomte. » Ce fut un Britaud qui se rendit acquéreur de la vicomté et fournit l'argent demandé. Depuis, le titre de vicomte de Provins appartint à cette famille.

Les Britaud habitaient à Provins une grande maison sise en face l'église Sainte-Croix, appelée la maison des Britaud, et possédaient à côté de vastes prairies qui forment aujourd’hui le quartier de Sainte-Croix et du Pré-aux-Clercs. Cette maison était le siège de la vicomté et tout un quartier de Provins l’environnant en dépendait ; nous verrcns plus loin que de grands biens disséminés dans de nombreuses paroïsses du pays provinois en dépendaient également.

En 2156, Marguerite, vicomtesse de Provins, mère de Pierre Britaud, ratifia une donation faite à l’abbaye de Jouy.

Dans une charte du comte Henri de Champagne, de 1167, en faveur de l’abbaye de Saint-Jacques de Provins, on voit parmi les témoins : Drooco Britaudus et Petrus frater ejus (Dreux Britaud et son frère Pierre). Ce fut ce Pierre Britaud qui devint seigneur de la Motte-Beauvoir.

En 1176, une femme serve est donnée à Dreux Britaud par la comtesse Marie de Champagne, qui lui donne encore, en 1194, une femme qui avait été sa servante. En 1190, un Geoffroy Britaud, partant pour la croisade, donna à l'Hôtel-Dieu de Provins lusufruit du bois de Rouvray jusqu’à son retour, et la toute propriété s'il mourait en Terre-Sainte.

Pierre Britaud apparaît dans les actes dès 1155 et est témoin dans trente chartes concernant surtout Provins. Il était veuf de Hawide, qui fut inhumée en 1166 à Saint-Quiriace de Provins. Ce fut un personnage de valeur qui joua un rôle important, non seulement auprès des comtes de Champagne, mais encore à la cour du

roi de France Louis VIT, dont relevait directement Nangis. Il devint grand pannretier de france, et transmit cette dignité à ses descendants.

Pierre et sa femme Héloïse sont nommés dans la grande charte du comte Henri de Champagne, en faveur de l’église Saint-Quiriace de Provins, en 1176. Lorsqu'en 1179, le comte de Champagne, Henri le Libéral, partit pour la seconde croisade, il laissa Pierre Britaud, vicomte de Provins, pour gouverner la Brie pendant son absence.

Ce seigneur contribua beaucoup au développement et à la prospérité de Nargis; ce fut grâce à lui et à ses libéralités que ce centre nouveau, dont le manque d’eau devait entraver l’accroissement, ne resta pas à l'état de simple village comme ceux qui se créaient en même temps autour de lui. Il s’attacha au nouveau fief que venait de lui apporter sa femme, et résolut d'y créer un centre important en rapport avec sa vaste étendue. Ce domaine n'était alors qu'imparfaitement déboisé, il fallait donc de nombreux bras pour le mettre entièrement en culture. Pour attirer la population dont il avait besoin, il eut recours au grand moyen de l’époque et promulgua, en 1173, une charte qu'il fit confirmer par le roi Louis VII; malheureusement, nous n'avons pu en retrouver le texte.

A cette époque où se créaient tant de centres nouveaux, où il y avait concurrence, c'était parmi les seigneurs et les abbés à qui ferait les plus larges promesses. Le servage avait déjà reçu de fortes atteintes. La couronne et les grands feudataires distribuaïent les terres nouvelles aux seigneurs et aux couvents, « à charge d'y édifier un vilage libre de toutes justice, exaction, violence et coutume, sauf que les hommes paieront la taille à leur seigneur et acquitteront envers le suzerain l’ost (service militaire) ». 11 n’est déjà plus question de servage. | :

La charte de création d’une ville avait pour but : d’une part, d'assurer au seigneur les droits qu’il entendait se réserver pour constituer de beaux bénéfices, et de l’autre d’attirer et de retenir les laboureurs et les artisans en leur offrant les plus beaux avantages. Si nous ignorons le texte de la charte de Pierre Britaud, nous trouvons à la bibliothèque de Provins une autre charte qui est de la même époque (antérieure de dix ans) et qui peut être considérée comme un type du genre. C’est la charte donnée par le chapitre de Saint-Quiriace de Provins aux habitants du Boïs-Hildon, aujourd'hui Boisdon, canton de Nangis.

Cette charte, datée de 1163, est très courte, elle ne pose que les points principaux qui doivent frapper les masses. D'abord elle détermine le montant des redevances au seigneur : « Quod homines apud nemus Hildonis habitantes, pro censu ejusdem terre Ssingul? anniatim persolvent ecclesiæ beati Quiriaci, in festivitate sanctt Dionisii, duodecim denarios et unum sextarium aveñæ cl unum panem et

unum gallinacium ct unum denarium, in festivitate vero sancti Quiriaci quinque solidos. » Chaque habitant de Bois-Hildon paiera pour cens, chaque année, à l'église du bienheureux Quiriace, le jour de la fête de saint Denis, douze deniers, un septier d'avoine, un pain, un coq et un denier, et, à la fête de saint Quiriace, cinq sols. Le chapitre s’engage à n'user d'aucune violence au sujet de ce paiement (rec quicguam Super hoc violenter ab es exigemus). Comme tous ces habitants devaient être d'origines diverses, qu'il en venait de toutes les provinces de France, la charte leur promet de ne pas changer leurs habitudes et leurs usages, et décide que les habitants seront soumis, pour recueillir l'héritage de la terre, à la coutume de leur pays d’origine (/erram secundum morem patriæ relevabit) ; pour les ventes et les échanges, ils suivront l'usage local des lods et ventes. Les questions de propriété et de cens seront jugées par la cour du chapitre, mais suivant leurs lois d’origine. Les délits des habitants n’entraineront pas pour eux la nécessité de sortir de la ville neuve, il leur sera fait justice sur les lieux mêmes en présence du prévôt du chapitre ou du sergent. On sent combien on cherche à plaire à la population nomade qu'on veut attirer; on ne parle même pas de l’administration intérieure du pays qu'on laisse au libre arbitre des habitants. (Voir M. Bourquelot, Voice sur Boisdor.)

La charte donnée à Nangis, postérieurement à ceile de Boïisdon, était-elle encore plus alléchante ? Toujours est-il que la population afflua, et que, sous la généreuse administration de Pierre et de sa femme Hélcise, Nangis commença à s'étendre autour de son château et à prendre le dessus sur les autres villages qui étaient aussi en formation autour de lui.

Pierre poursuivit sur ses domaines le défrichement de la forêt de Bièvre, mais, d'accord avec le seigneur du Châtel, avec l’abbé, seigneur de Donnemarie, et les autres riverains, il conserva urie longue lisière de bois, large d'environ deux cents mètres, qui enveloppait les deux seigneuries nangisiennes, et les séparait du Montois et des fiefs voisins ; cette longue ceinture de bois s'appelait les Haies de Brie. Il est souvent parlé de ces haies dans les chartes du moyen âge, car c'était dans leurs limites que s'exerçaient les pouvoirs et la justice des seigneurs de Nangis, et qu'ils percevaient les droits de rouage et de péage par terre. Une de ces haïes, que les vieillards de Nangis ont pu connaître, prenait naissance aux environs de Closfontaine ; peut-être, primitivement, faisait-elle suite au bois de Monthiboust, elle longeait la Psauve et la ferme de Préhoubreau, gravissait les hauteurs de Rampillon, où depuis a été établi le réservoir des eaux de la ville, passait entre la Bouloie et la ferme du Mesnil, et rejoignait, vers Valjouan, les bois de Villeneuve-les- Bordes. Cette haie a été détruite vers le milieu du xix° siècle, mais on en retrouve encore la trace; quelques parcelles conservées de-ci et de-là indiquent son parcours.

Dans un acte que nous rapportons plus loin, nous avons trouvé

trace de l'existence d’une autre haie qui s’étendait autour de Nangis dans une direction opposée à celle que nous venons de décrire; nous en reparlerons en énonçant cet acte, Ces haies de Brie devaient

servir à la protection de notre territoire, car une vieille charte, rela-

tive à l’abbaye de Jouy, les appelle jirmatas Nangii, la défense de Nangis.

Ayant vu combien les foires et marchés avaient contribué à la fortune de Provins, Pierre Britaud voulut aussi en instituer &Gans sa nouvelle seigneurie; mais cette création, qu'il avait préparée, il ne put la réaliser de son vivant, la mort le surprit vers 1180. I} laissait quatre fils : Henry, Dreux, Gilles et Hugues, et une fille, Marie.

Plusieurs historiens, notamment l’auteur de l’Æzstoire dis grands ofhciers de la couronne, et M. Félix Bourquelot, dans son histoire de Provins, font jouer à Pierre Britaud un rôle qu'il n’a pu tenir. D'après eux, 1l se serait attaché à la fortune de Charles d'Anjou, aurait participé à la conquête du royaume de Naples, comme son principal lieutenant, et, pour prix de ses services, aurait été nommé connétable de Sicile et gouverneur de Naples. Or, il n’y eut aucune expédition de Naples ou de Sicile pendant la vie de Pierre Britaud: Il n’était pas né lors de la conquête de ce royaume par les Normands de Robert Guiscard, en 1070, et il était mort depuis longtemps lors de l'expédition de Charles d'Anjou, en 1265. Il doit y avoir eu confusion. Nous verrons plus loin quel Britaud a pu porter ces titres.

Héloïse et Adam de Melun

Héloïse, veuve de Pierre Britaud, épousa en secondes noces Adam de Melun. Ce fut ce dernier qui, administrant Nangis au nom de sa femme, donna en 1185 une charte qui institua les foires et marchés en cette ville. Nous donnons plus loin la copie d’un acte relatant les droits des seigneurs de la Motte-Beauvoir sur les marchés de Nangis, acte que nous soupçonnons fortement d’être la reproduction un peu rajeunie de la charte d'Adam de Melun. Cette création de marché était la consécration de l’importance prise par Nangis; elle dut lui attirer tout le commerce de la contrée.

Cette charte amena la création d’un fief nouveau. Au nord-ouest

de Nangis fut créée la grande place du marché aux bêtes sur de vastes terrains qui, donnés à cet effet par le roi, constituèrent la nouvelle seigneurie qui prit le nom de Marché-les-Nangis. Bientôt cette place, qui, ainsi que les mots « les-Nangis » l’indiquent, était créée en dehors de la ville, fut entourée de constructions qui la rattachèrent à Nangis, et devint un fief important surtout à cause des redevances qui étaient perçues sur les marchands. Il résulte d’un acte de foi et hommages de 1437, rapporté plus loin, que ce fief

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avait haute, moyenne et basse justice, et qu'il relevait directement du roi à cause de son château de Melun.

De même que Provins avait ses places de change et son hôtel des Osches où l’on pesait et mesurait les rc bande à où les officiers du seigneur enregistraient les marchés, percevaient les droits et rendaient la justice, Nangis avait son hôtel de Changart du Marché-les- Nangis ayant la même destination. Cet hôtel, qui était situé à l’angle des rues actuelles de la Poterie et du Commerce, fut le siège de la nouvelle seigneurie, Il resta le centre de l’administration des foires de Nangis tant qu’elles eurent de l'importance; mais lorsqu'elles perdirent de leur vogue, lorsque tombèrent les grandes foires de Champagne et de Brie, n'ayant plus d'utilité, il devint l’Hôtel-Dieu de Nangis.

On peut voir encore, sous la maison portant le numéro 46 de la rue de la Poterie, une grande cave voûtée en ogive, reposant sur un

pilier central enterré jusqu'au chapiteau, et Brant tous les carac-

tères d'une construction de la fin du xu° siècle. Cette cave est tout ce qui reste de l'hôtel de Changart et de l’ancien Hôtel-Dieu de Nangis.

Le nom de Changart explique, à mon avis, la destination première de cet hôtel, c'est un dérivé du mot « change ». Nous avons trouvé de vieilles chartes qu'il existait aussi autrefois à Coulommiers la

cour de Changeart.

Par suite de la création de ce nouveau fief, Nangis se trouva partagé entre trois seigneuries ayant leurs sièges, leurs règlements et leurs administrations séparés. Au sud de la ville était le fief de Ia Motte-Beauvoir, séparé des autres par la rue de la Poterie et la rue Noas-Daumesnil ; au nord-est, le fief du Châtel séparé du précédent par les rues sus-désignées et de celui de Changart par la rue actuelle du Dauphin; enfin le fief de Changart du Marché-lesNangis, séparé des deux autres par les rues de la Poterie et du Dauphin. Ce dernier fief possédé par les seigneurs de la Motte-Beauvoir finit par se fondre dans l’ensemble de leurs domaines et disparut complètement lorsque l’hôtel fut transformé en hôpital; aussi n’a-t-il laissé aucun souvenir dans la population.

Henri Britaud

Henri Britaud, fils aîné de Pierre, hérita des domaines de son père et fut aussi grand pannetier de France et vicomte de Provins. Son nom figure aux anciens registres des fiefs du roi.

En 1193, Henri et sa mère Héloïse, dame de la Motte-Beauvoir, introduisirent dans Provins les Templiers qui étaient déjà établis à Bruille, près la Croix-en-Brie, et à Notre-Dame du Val (lermitage), située hors de l’enceinte de Provins.

Par acte en date de cette année, qui a ceci de remarquable qu'il

commence par les mots : Voverinf universi (sachent tous), comme les chartes des comtes de Champagne, Henri et sa mère donnent à Dieu et aux Frères du Temple, en aumône, pour leurs âmes et l'âme de Pierre Britaud : « La maison qui fut à Etienne Maitre, et la place qui est à l’entour, et la maison de feu Hugues de Flandre, sept logements contigus à la place de la Grand Maison, plus un grenier et deux places près Sainte-Croix, et le cours des eaux à posséder par eux en toute liberté et sécurité sans aucune coutume, comme mon père les avait ». La désignation des lieux est bien précise ; la donation contenait les biens qui s'étendent de chaque côté de la voie des Prés vers Sainte-Croix et le cours d'eau. Ces biens devaient avoir une grande valeur puisque, bien qu'ils fussent donnés à titre d’aumône, les Frères du Temple donnèrent en retour à Henri Britaud trois cents livres à prendre sur la maison du Temple.

Il y a lieu de penser que cette somme ne devait pas constituer toute.

la valeur des biens donnés. Henri employa ces trois cents livres en un achat de cent arpents de terre dans les communs des Essarts de Bouy.

Par suite de cette donation, la grande Maison des Britaud devint le siège de la commanderie du Temple à Provins. Les chevaliers établirent un hôpital construit et doté par la vicomtesse Héloïse où l’on recevait les pèlerins qui allaient à Jérusalem ou en revenaient.

La commanderie possédait alors (dit M. Lefèvre dans son Æ/sstoire des rues de Provins) un ensemble de maisons, jardins et prairies s'étendant de part et d'autre des rues Sainte-Croix et de la chaussée Sainte-Croix depuis la grande rue du Val jusqu'aux murs de la ville, et suivant la rue des Caves (aujourd’hui rue aux Aulx) jusqu'à l'auberge de la Levrette. Il est infiniment probable, ajoute-til, que c'était là le quartier donné par Britaud, là du reste qu'était le siège de la vicomté, et cette partie de la ville garda longtemps le nom de Vicomté.

En 1207, les Templiers reçurent encore de Raoul Britaud, neveu de Henri, le moulin de la vicomté, aujourd'hui le moulin de la Ruelle. Ce fut la veuve de ce Raoul Britaud qui fonda le village de Bezalles sans doute sur ses terres.

Ces donations furent louées et ratifiées par Dreux et Gilles Britaud, frères de Henri, et par sa sœur Marie; à l'égard de Hugues, il est dit qu'il ratifiera lorsqu'il aura été fait chevalier. On voit également dans cet acte Herbert, Raoul et Godefroy Britaud, sans doute descendants de Dreux Britaud, frère de Pierre, se porter cautions d’'Héloïse, leur tante.

En 1194, Henri et sa mère Héloïse firent une donation à l’Hôtel- Dieu de Provins, qui fut confirmée par Dreux, frère de Henri.

Nous trouvons encore en 1195 une donation par Henri et sa mère, au profit des Templiers, de toute la dîime du lieu appelé le Teïstre, situé sur le territoire de Rampillon. A cette occasion surgit une dif-

ficulté soulevée par les religieuses du Paraclet et par le curé du Châtel-les-Nangis, qui avaient aussi des droits sur la dîme de cette contrée. Un accord intervint en 1198, qui fut ratifié par Michel, archevêque de Sens.

En mars 1222, Henri se porta caution de la fidélité de Thibault IV, comte de Champagne, envers le roi Philippe-Auguste (Cat. des Actes, n° 1385).

Le 20 juin 1224, Henri Britaud reçoit un acte par lequel Dreux, chevalier, donne à l’Hôtel-Dieu de Provins des prés à Everly, provenant d'Héluine la Britaude, leur mère.

Henri Britaud mourut avant 1233, selon la chronologie du Père Anselme, mais d’après un travail récent de M. l’abbé Bonno, sur l'abbäye de Jouy, il vivait encore en 1247, et, à l’appui, ce dernier énumère des actes où Henri figure. En 1238, il eut un différend avec les moines de l’abbaye de Jouy, au sujet du droit de rouage et de péage sur les chemins avoisinant les bois et grange de Monthiboust, territoire de Gastins, appartenant auxdits moines, différend qui fut porté devant l’archevêque de Sens, et vidé par l’abbé du monastère de Sellières désigné comme juge.

Par un autre acte, en 1241, Henri ratifia un legs fait sur son fief, de quatre arpents de terre situés près le bois de Monthiboust par Arnulf ou Arnoul de Nangis à ladite abbaye de Jouy.

Jean Britaud

Henri Britaud laissa plusieurs enfants : Jean, l’aîné, qui hérita de ses titres et seigneuries ; Héloïdis, qui épousa Guillaume III des Barres, grand-sénéchal de Philippe-Auguste ; Henri, qui est connu par une charte de 1241, par laquelle il fonda à Provins le monastère des Cordeliers, et leur donna des biens sur Courtacon; et Guillaume, qui mourut jeune.

Jean Britaud, grand-pannetier de France et seigneur de la Motte- Beauvoir, épousa Marguerite de Nemours, dame de Fontaine (Fontains), sœur de Pierre de Nemours, seigneur de la Chapelle- Gauthier, laquelle apporta en dot le domaine de Fontains.

En octobre 1243, un accord intervint entre Jean Britaud, l’abbé de Saint-Jacques de Provins et le prieur de Champcenest, au sujet des dîmes de cette paroisse et pour la création d’une chapelle dans le château de Champcenest.

. Par acte de juillet 1248, Héloïdis Britaud, femme de Guillaume des Barres et sœur de Jean, qui avait reçu dans le partage de la succession de son père ce qui restait de la vicomté de Provins, vendit, avec l'assistance de son mari, à Thibault le Chansonnier, comte de Champagne et roi de Navarre, le titre de vicomte et tout ce qui composait encore ladite vicomté, comprenant tous les biens et droits

qu’elle pouvait avoir sur les paroisses de Beauchery, Louan, Villegruis, Villiers-Saint-Georges, Mont-le-Pothier, Saint-Martin-Chennetron, Bousac, etc., moyennant trois cent trente livres de monnaie

de France. Jean Britaud ratifia cette vente. RAS

Par suite de cette vente et de la cession précédemment faite aux FAT EC Templiers, la vicomté devait disparaître entièrement. Cependant, nous voyons ce titre reparaître plus tard, porté par les.commandeurs de l’ordre de Malte, successeurs des Templiers dans la commanderie de la Croix-en-Brie et de Provins. Il y a lieu de croïre que ce | LS fut le résultat d’une usurpation. La donation de 1193 faite par MNT Henri Britaud aux Templiers ne porte pas la cession du titre de DA vicomte; c’est donc à bon droit que Guillaume des Barres le rétro- : céda au comte de Champagne. Du reste, les Templiers ne prirent pas la qualité de vicomtes de Provins, non plus que les premiers … commandeurs de l’ordre de Malte. Ce fut Thomas Dubuisson qui prit le premier ce titre en 1369, sans doute parce qu'il occupait l’emplacement du siège de l’ancienne vicomté, et, depuis, cette usurpation s’est perpétrée dans tous les actes des commandeurs de la Croix-en- Brie.

Nous voyons encore que Jean Britaud vend en 1253 aux Dames de l’abbaye du Lys, près Melun, quatre livres tournois de cens assis. ae sur deux cent quarante arpents de terre (la ferme du Corroy), situés PAYS à la Croix, d’un revenu annuel de cinq muids de froment, mesure de Nangis

En 1248, Jean Britaud, avant d'entreprendre un voyage sur mer, fit don à l’abbaye de Jouy de cent sols de rente pour plusieurs services anniversaires pour le repos de l’âme de lui, de sa mère et de Guillaume, son frère défunt. Dans le même acte, il reconnaît que son père a déjà fait pareil don à cette abbaye, et il désigne le péage de Nangis pour fournir les.sommes données. Marguerite, sa femme, ratifia cette donation.

Nous trouvons encore une autre donation par Jean Britaud, à la même abbaye, de trente arpents de bois situés dans la forêt de | À Hogis, pour le repos de l’Ââme de ses parents et de son frère Guil- EVA laume, donation qui fut ratifiée par sa femme Marguerite, et con- | firmée en 1257 par le comte Thibault de Champagne. ,

Enfin, par acte du 3 octobre 1270, Jean Britaud donne encore à 24408 l’abbaye de Saint-Jacques de Provins, pour son prieuré de Champ- 2 04 cenest, vingt-quatre arpents de terre et un muid d'avoine à prendre, a . à Champcouelle, sur la grange de l’abbé de Rebais. D’après le Père ‘04 Anselme, devenu veuf, Jean se remaria, vers 1275, avec Helvide de | Bormont et mourut peu après en 1278. M. F. Bourque! ot place sa | mort vers 1270. ss

La Bibliothèque nationale (fond Gaïgnière, n° 5467, p. 118)

possède le testament de Jean Britaud en date de 1263. Il est aïnsi conçu :

« {n nomine patris.… Ego Johannes Britaudi, miles, notum.… ordino et facio, pro remedio anime, meæ et Margarilæ carissime uxoris meæ, el predecessorum. Lego monasterio de Joaïco decimas libratas terre annut redditus, apud Chamsenes, pro duo pitanciis in die anniversoriorum nostrum. Îtem 200 libratas terræ annui redditus pro una missa de defunctis, pro me et Margarita, uxore mea, et predecessoribus in perpeluum, prius nostrum obituum ubi eligimus Sepulchrum. Ilem domui Leprosorum de Nangis, 50 libratas; domui Dei de Nangis, 50 libratas; Item Jsabelli, filiæe Jacquet de Chamsenes et heredibus 40 libratas terræ annui redditus apud Camposenes ; si religionem iniroierit, pro suis necessariis 20 libratas, qguandiu vixerit, et monasterio C libratas annui redditus. Ecclesiæ de Nangus C solidatos annui redditus apud Camposenes pro lampade die et nocte.

« Æxecutores : dominum Erardum de Valeriaco ; Johannem de Carrois, miles ; dominum Guillelmum de Nangis ; Capellanum domim regis fratrem Henricum dictum Tuebuef, canonicum Paristensem ; et fratrem Johannem de Maregniaco, monacum Jotaci. Sigillum meum apposui et sigillum Margaritæ carissime mec, et ad petiionnem meam, Gaufridus, Abbas Joaïci, et dominus Johannes de Carrois, miles, sigilla sua cum nostris apposuerunt. 1203 in die ascensionis domini. »

Traduction : « Moi, Jean Britaud, chevalier, ai fait ce testament sour le salut de mon âme et de celle de Marguerite, ma très chère femme, et de mes aïeux. Je lègue au monastère de Jouy dix livrées de terre de revenu annuel sur Champcenest, pour deux distributions de vivres à faire aux jours de nos anniversaires.

« Je lègue deux cents livrées pour une messe de reguiem à perpétuité, pour moi, Marguerite, ma femme, et mes ancêtres, et d’abord pour notre obit là où nous choisissons notre sépulture.

« Je donne à la maison des lépreux de Nangis cinquante livrées,

à l'Hôtel-Dieu de Nangis cinquante livrées ; à Isabelle, fille de Jacquet, de Champcenest, et à ses héritiers quarante livrées de revenu annuel sur Champcenest ; si elle entre en religion, je lui lègue pour ses besoins vingt livrées tant qu’elle vivra, et au couvent cent livrées de revenu. A l’église de Nangis, cent sols de revenu sur Champcenest, pour l’entretien d’une lampe de jour et de nuit. « Exécuteurs testamentaires : Sire Erard de Vallery et Jean de Carrois, chevaliers, Sire Guillaume de Nangis, le chapelain du roi, Frère Henri, dit Tuebœuf, chanoine parisien, et Frère Jean de Marigny, moine de Jouy.

« J'ai apposé mon sceau, et celui de Marguerite, ma très chère femme, et, à ma demande, Geoffroy, abbé de Jouy, et sire Jean de Carrois apposèrent leurs sceaux avec les nôtres, le jour de l’ascension de Notre-Seigneur, douze cent soixante-trois. »

Erardus de Valériaco, porté au nombre des exécuteurs testamen-

taires, était Erard, sieur de Vallery, seigneur de Marolles-sur-Seine (près Montereau), connétable de Champagne, chambrier du roi, qui suivit saint Louis à sa première croisade. Jean de Carrois était seigneur du domaine de Carrois, situé sur le territoire de Baïlly. De nos jours, le château a disparu, il n'y a plus qu’une ferme. Mais le plus remarquable des personnages témoins de ce testament est Guillaume de Nangis, le célèbre chroniqueur, né à Nangis, dont les récits des événements de son temps ont été mis à contribution par tous les historiens. Sa présence à cet acte prouve combien il était apprécié de son vivant, pour que lui, simple moine de Saint-Denis, fût devenu le familier de son seigneur suzerain.

Jean Britaud ne laissa que deux filles : Philippe, qui fut héritière de ses dignités et domaines, et qui les porta dans la famille de Montmorency par son mariage, en 1260, avec Bouchard de Montmorency, et Marguerite, qui entra dans l’ordre des Sœurs mineures de Provins.

Un acte qui a longuement attiré notre attention est un testament, cité par quelques auteurs, fait en 1310 par Marguerite de Trainel, qualifiée dame de Nangis, femme de Jean Britaud, connétable de Sicile et grand-pannetier de France. Cette Marguerite de Trainel

/ » A . ° \ était-elle la même personne que Marguerite de Nemours, première

femme de Jean Britaud ? Nous le présumons. Dans ce cas, elle aurait survécu à son mari, et le second mariage de ce dernier avec Helwide de Bormont serait apocryphe. Nous n’avons rien trouvé pour trancher cette question.

Ce qui nous a surtout frappé dans cet acte, c’est le titre de connétable de Sicile donné à Jean Britaud; cette fois, 1l ne paraît pas y avoir d'erreur. Si un Britaud fut connétable de Sicile et gouverneur de Naples, ce fut Jean; plusieurs faits viennent confirmer ce point d'histoire. D'abord Jean vivait en 1265, époque de l'expédition du duc d'Anjou; nous l’avons vu faire son testament en 1263, longtemps avant sa mort, sans doute en prévision Ges dangers qu'il aïllait courir dans cette expédition alors en formation. Qui trouvons-nous comme. premier témoin de ce testament ? Erard de Vallery, connétable de Champagne, chef déjà désigné qui devait commander l’armée du duc d'Anjou. Le gendre de Jean Britaud, dont nous parlons ciaprès, prit également part à cette expédition; sa présence y est bien constatée. |

Jean, après la conquête de Naples et de la Sicile, paraît être revenu en France, laissant son gendre pour défendre les territoires conquis ; nous parlons plus loin de cette expédition et de ses suites.

La famille Britaud, qui disparaît en 1278 pour faire place aux Montmorency, portait de gueules au sautoir d’or; son écu était gironné de douze pièces. Ses alliances et ses nombreux dons prouvent qu’elle était puissante et riche. Elle doit être considérée comme la véritable fondatrice de Nangis. C’est elle qui contribua à son prompt

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développement par ses libéralités qui appelèrent et groupèrent autour du château les populations nomades et les attachèrent à ce nouveau sol. Ce qui prouve la haute situation et le crédit de la famille Britaud, c’est l’alliance de sa dernière héritière avec un membre de la famille de Montmorency. Ces derniers, qui portaient le titre de premiers barons chrétiens, étaient à la tête de la noblesse française et jouaient déjà un grand rôle à la cour.

Les Britaud avaient pris Nangis à l’état de hameau, ils le laiïssèrent bourg bien constitué et jouissant de tous les organes nécessaires. [ls avaient établi les foires ct marchés, avaient construit la vaste et belle église qui existe encore aujourd’hui et qui, malgré les révolutions, porte sans faiblir ses six siècles d'existence. La population avait déjà son administration particulière, et, grâce à sa charte originelle, n’avait pour ainsi dire pas connu le servage. L'église était en effet pourvue d’un clocher et d’un beffroi, ce qui établit qu'à l'époque de sa construction, Nangis était déjà constitué en commune; le clocher et la cloche étant les premiers signes distinctifs de la com-

. MUne.

Il résulte du testament de Jean Britaud que Nangis était déjà doté à cette époque d'un Hôtel-Dieu et d’une léproserie enrichis par les dons de leurs fondateurs. Il jouissait donc alors de toutes les institutions qui constituaient à cette époque un bourg d’une certaine importance. Aussi désormais le nom de la Motte-Beauvoir, devenu par corruption la Motte-Beauvais, tend à disparaître, et celui der Nangis à le remplacer. Les seigneurs portent désormais le titre de sires de Beauvais-Nangis.

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