‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 11 sur 167 · ADMINISTRATION. —MANDARINS · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION. —MANDARINS

Ce serait trop élargir notre cadre que d'y faire entrer une étude spéciale sur la magistrature nankinoise. Quelques remarques incidentes suffiront à Tintelligence des chapitres qui vontsuivre.

(1) Le nom populaire à Nankin est t^ou-tch^eug i J^ "mnraille, rempart de terre", ou encore wei-tch^eng^ wei-tae tj 4 ''enceinte extérieure".

(2) J'estime hors de propos de relever ici les inexactitudes des Encyclopédies et Dictionnaires géographiques, de toute langue. Parmi les quelqties erreurs commises dans les pages réservées à Nankin par Elisée Eeclus (T. VII, p. 452), je signalerai celles-ci : Il donne à la ville "une enceinte flanquée de tours," et elle n'a ni tours ni bastions. Il omet le Kiang-si parmi les Provinces dépendantes du vice-roi de Nankin, qui administrerait seulement celles du Kiang-sou et du Ngan-hoei. Enfin l'auteur place le Tombeau des Ming auprès de la "Montagne de la Porte d'or", ce qui paraît un lapsus. — La carte hydrographique anglaise du Yang-tse commet aussi plusieurs bévues, à la hauteur de Nankin. Auoune'^édition n'est correcte sur ce point.

10 APBRCU HISTORIQUE BT aioaRAPHÎQUB.

La Chine compte huit vice-rois, d'importance très inégale, et six tsiang^kiun ou maréchaux tartares, administrant le môme territoire. Un exemple récent de cette apparente anomalie : La Gazette de Pékin (15 août 1895) insérait un paragraphe qui a trait à cette administration supérieure en partie double. Tchang Tchet'ong, vice-roi intérimaire des provinces des Deux^Kiang, et, par intérim aussi, Maréchal tartare de Kiang^ning, rappelle que l'Empereur lui a confié il y a quelques mois cette dernière charge, quand le Maréchal Tartare (actuel) liong Cheng fut mandé à la Capitale, lors du jubilé de l'Impératrice douairière. Le 7 juillet 1895, le Tsiang^kiiin est rentré à Nankin et Tchang Tche-t'ong envoya le colonel mandchou Wen Yng lui remettre le sceau de son office. Le signataire représente donc au Trône que sa responsabilité est désormais dégagée sur ce point.

Nous disons Vice^roi pour nous conformer à Tusage (irrationnel) : Gouverneur-Général serait le terme exact (1). A Nankin, les troupes tartares sont astreintes à 9 jours d^exercices par mois, espacés régulièrement et remplissant quelques heures matinales (2).

Le Tsiang-hiun précéderait en réalité le Vice-roi, bien que l'autorité du premier s'exerce sur un nombre beaucoup moins considérable de sujets ou administrés (Ph. XVII et XVIII) (3). Les deux hauts magistrats viennent-ils à se croiser en chaise, les satellites de leurs cortèges respectifs, porteurs d'énormes écrans

(1) Au lieu de vice-royauté ^ É. Reclus emploie assez justement l'expression de lieutenance.

(2) Les Huit bannières (Pa-k^i /\ jpf) sont de quatre couleurs différentes et se répartissent en trois classes : celles des Mandchous, Man-kiun jm, des Mongols, Mongkiun ^, et des Chinois, Han-kiun ^@|. Chacune de ces "nations" ayant ses Huit bannières, le total réel s'élève à 24. Les trois premières sont dites supérieures ^ chang san-k^i JL, ZZ. ISR, et les cinq autres iiiférieures^ hia ou-k^i r 3dL /S^. (Cf. var. sîn. n" 9. Examens militaires, par le P. E. Siu S. J.).

• En dehors des Bannières, l'armée chinoise proprement dite, sans parler des irréguliers ( ^ yongyjongj braves), enrôlés ou licenciés selon les besoins, porte le nom de '*Régîments verts", Lou-yng ^ S» <1^ ont un drapeau triangulaire en satin vert, bordé de rouge à découpures, avec un dragon au centre. Cf. Mesny's Chinese miscellany^ vol. I. n<»" 528, 71fi, 678 et wg., 817 etc.). On y trouve la liste assez longue des villes où sont distribuées les garnisons non chinoises, tchou-fang m gJgT, de diverses classes. Ce recueil contient nombre de détails sur le recrutement, la composition et l'administration des contingents tartares. Bien qu'ils se soient distingués au Liao-tong pendant la guerre japonaise, sous les ordres du Général Song, théoriquement ils ne marchent point à l'ennemi. Leur rôle est de défendre la dynastie mandchoue contre les entreprises des Chinois. Armée d'occupation, ils maintiennent le vaincu sous le joug du conquérant.

(3) Le Tsiang-hiurij qu'on désigne encore par Tappellation littéraire Ta-yuen-yong y^ 7C iîj) exerce, en certains widroits, par cumuj administratif, une autorité à la fois civile et militaire sur les "gens de bannières" et sur leurs familles. Cf. Mesny^ op. cit. — Voir aussi Mayers, Chinese Government, 2<» édition by Playfair.

INTRODUCTION f II. It

en bois et carton, courent les interposer entre les deux palanquins. Ainsi les deux puissants fonctionnaires ne s'apercevant point, en vertu d'une fiction complaisante, sont dispensés de descendre, comme les y obligeraient les règlements du protocole mandarinaL Les fonctionnaires inférieurs ont à se dérober par une rue de traverse, dès qu'ils entendent le gong de leurs supérieurs (1).

Le Vice-roi de Nankin est préposé à environ 80 ou 90 millions d'habitants, répartis dans les trois provinces du Kiang-si, du Ngan^hoei et du Kianfif-sou. Ces deux dernières formaient jadis la province du Kiang^nan, qui, ajoutée à celle du Kiang^si, rend raison de l'expression consacrée provinces des Deux-Kxang, dont le territoire équivaut à celui de telle grande puissance d'Europe, France, Autriche, Allemagne....

Et que Ton songe à ceci, que, vu le relâchement des liens qui rattachent les vice-royautés au Gouvernement central, les hautes autorités provinciales jouissent d'un pouvoir discrétionnaire (Guerre, Marine, Commerce, Justice, Finances, Travaux publics) équivalant presque à une autonomie souveraine (2).

Tchang Tche-t'ong le vice-roi intérimaire (1895-1896), aujourd'hui à OU'tch'ang fou (Han-k'eoxt) est académicien, ou mieux Han^'im H ififi ; classé dans le 1*^ degré du 2® ordre, il porte, comme globule, la pierre précieuse rouge mat, et le faisan doré décore son rational {pou-tec||^). LiPouK'oen-i, le titulaire actuel, porte le même globule et le même rational, mais il n'est que bachelier, bien que classé dans le même ordre (Ph. XIX). Le traitement officiel du Gouverneur-Général de Nankin monte au chiffre dérisoire de 18.000 Taôls : on sait de reste comment ces intègres magistrats sont contraints de faire face aux charges énormes qui

(1) Meany's Chinese Miscellany, I. p. 28.

(2) Il n'échoit point tous les jours à un vice-roi, qui cumule tant de charges lucratives, de posséder aussi chacune des aptitudes et capacités, exigibles pour des offices si divers.

Inutile de rappeler que les candidats se réunissent à Nankin par milliers pour les divers examens. Cf. Examens littéraires et militaires du P. Siu S.J. Var. sin. n<» 5 et 9.

Bu Halde, Reclus, de Mailla, Malte-Brun, Balbi etc. vantent les Bibliothèques de Nankin. lia parlent probablement des librairies ou bien des bibliothèques particulières. (A Cycle of cathay by W. A. P. Martin D. IX New-york 1896. p. 28S. fait mention, auprès du tombeau de Confucius» d'une bibliothèque sans volumes). Car dans les nombreux Chou-yuen indiqués sur notre plan il n'y a en fait de livres que ceux qui y sont apportés, en fraude, par les candidats aux examens. Les Chou-yuen servent aussi de classe aux étudiants désireux de profiter des leçons de maîtres célèbres et rétribués aux frais de la ville ou des notables. En Chine, il n'y a pas actuellement de bibliothèque publique : et peut-être n'y en a-t-il jamais eu. La collection ES j$ ^ S éditée par K*ien-long, a été donnée par lui à des familles de Canton, Hang-tcheou, Yang-tcheou qu'il voulait spécialement honorer. Elle compte des milliers de tomes dont le seul abrégé remplit 120 volumes.

pèsent sur leurs épaules. Les exigences avides de la Cour de Pékin nécessitent plus d'une habile malversation (1).

La Chine compte 16 Fou-f'ai ou Gouverneurs (2), dont deux dépendant de Nankin ; Tun réside à Sou-tcheou, l'autre à iVgankHng. Ces deux villes possèdent aussi chacune un Fan-rai ou Grand-Trésorier (3), et un Grand-Juge, .Vié-rai j|^ $. En outre, un 3* /an-i'ai réside à Nankin. La province du Kiang-sou est ainsi la seule de TEmpire à posséder deux Trésoriers, se partageant (de Nankin et de Sou-tcheou) Tadministration fiscale du Yang-tse inférieur. Le fanA'ai Joei Tchang ^ iB|t, cassé le 9 oct. 1896, pour exactions, et son remplaçant Song Tcheou arrivé à Noël de la même année, sont tous deux des tartares (KH-jen), comme plusieurs fonctionnaires, leurs collègues à Nankin. L*on sait que plusieurs postes (v.g. celui de Directeur des soieries impériales) sont réservés à ces tartares ; les chinois (Han^jen) en sont exclus.

Dans cette même vice-royauté, un Hio-t'ai, Grand Examinateur, demeure à Kiang-yn (Kiang-sou) et un autre à T'ai-pHng^ fou. Au-dessous de ces grands dignitaires, viennent les divers tao't'ai du tribut, de la guerre, de la marine, du sel, etc (4)... Les 7 Préfets Tche-fou, vice-préfets Tche^li-tcheou et sous-préfets Tche-hien occupent, avec les Préfets de Police, les principaux postes administratifs, pour lesquels je renvoie à VAnnuaire officiel mis à jour tous les trimestres. Ajoutons que Nankin compte plus de deux cents heou-pou-tao, ou tao-t^ai titulaires en expectative, plus ou moins besoigneux, vivant parfois d'une sorte de rente annuelle que leur fait le vice-roi, et attendant une charge. La Chine aussi souffre d'une pléthore et de fonctionnaires et de candidats faméliques. '

(1) Depuis 1731 (9« an. de Yong-tcheng) le vice-roi de Nankin porte parmi ses titres celui de ^^Taong-li yen-ou SB 3 9i ^Pv administrateur en chef de la régie des sels." Cette charge l'oblige à assurer la perception des taxes de la gabelle. En cas de déficit dans la rentrée de cet impôt, à lui de le combler. — Traitement de quelques mandarins :

Vice-roi de Nankin : 18 000' Fou-t*ai de Sou-tcheou : 12 000*

Trésorier de Nankin : 8 000* Fan-t'ai de Sou-tcheou : 10 000*

Grand- Juge de Sou-tcheou : 8 000* Tao-t'ai de Chang-hai : • 4 800*

Les préfets (tche-fou) descendent à 3 ou 2000* ; les sous-préfets à 800* et moins. Et ils

doivent offrir des cadeaux, à de nombreux Supérieurs, payer leur charge etc.

(2) Si le Tche-t*ai était dénommé "Gouverneur-Général", &VLfou-t^ai conviendrait bien le titre de Lieutenant- Gouverneur.

(3) Le fan-Vai est presque l'égal du vice-roi : entre eux, ils s'appellent "frères, ti-hiong." Le 17 août 1897, le vice-roi Lieou K'oen-i sortait de sa capitale pour recevoir au T^se-koantHngle Général commandant la place, la première autorité après le Tsiang-kiun.

(4) Cf. Piry, Manuel de langue mandarine.

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