ÉTABLISSEMENT DES TROIS ROYAUMES
Le V^ Royaume, dit des Han postérieurs (Heou Han ou Chou Han) eut deux empereurs en 44 ans (221-265) : Tchao-lié ti (ou Tchao-liéwang) et Heou tit Ils passent pour légitimes. Tchao-lié ti, auparavant Lieou Pei, le fondateur, descendait de Kin ti, 4® empereur de. la dynastie précédente, Han-tchao, Il fixa sa cour à Tch'eng-tou j^ :^, capitale du Se-tch^oan. La noble ville a installé son Kong yuen (Local des examens littéraires), dans l'ancien palais impérial, souvent remanié, de cette époque (1).
Le IP Royaume, dit Wei-tch'ao, dura 46 ans et commença en 221 (2). Il eut 4 empereurs, ou bien 5 en comprenant le fondateur Ts'ao Ts'ao [S), mandarin de Lo-yang (Ho-nan) qui était parvenu au titre de Wang J, ou Prince vassal. Il combattit Lieou Pei, fondateur du P^ Royaume, et Suen K'iuen^ dont il est question plus bas. Par ses talents militaires, Ts'ao Ts'ao retarda de 30 ans la chute définitive de la dynastie des Han; connu sous le nom de Wei yK>ang, Prince de Wei, il mourut en 220. Mais il sembla se survivre en son fils Ts'ao P^ei, qui, renversant Hiao-hien ti, dernier des Han, et usurpant le trône, donna le nom de Wei à sa dynastie, dont la cour resta kLo-yang. Par une fiction historique, on cote illégitimes les souverains de ce royaume.
Le IIP Royaume, ou (second) Royaume de Ou, dura 59 ans, à dater de 222. Ce royaume nankinois compta 4 empereurs : Ta ti, 222-252; — Fei ti, 252-258; — King ti, 258-264; — Wei ti, 264-280 (4).
(1) Entre les années 220 et 227 ap.J.-C, "Les Wei de Lo-yang envoyèrent chercher à Nankin des noix de muscade," na-totc-kou ou yu-iou-kou. Gf. Terrien de Lacouperie, Western origin... p. 370 ( |^ :^ ou 1^ Jl ^)'
(2) Wells Williams dit : 220 à 264. D'autres écrivent : de 220 à 250 environ.
(3) Chinese Eecorder, nov. 1886 p. 401 et 441. "il. Sketch of the Life and Times of Ts'ao Ts'aoy A. D. 100 to 220 by Kev. D. Z. Sheffield. p. 404." '^Ts'ao Ta'ao naquit à 8iutcheoUf nord du Tché-kiang : Son père Ts^ao Song était fils adoptif d'un eunuque célèbre Ts^ao T^etig" cf. de Mailla.
(4) Cet empereur porta huit "titres de règne" différents. En voir la liste dans de Mailla (T. XIII), qui expose l'origine et la raison de cet usage en vigueur depuis 19 siècles. Wen ti l'inaugura en 163 avant notre ère.
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Les limites de chacun de ces 3 royaumes demeurent partiellement incertaines. D'après E. Rocher (Lsl Province du Yun^nan, p. 156] les Ou étendaient leur autorité sur les Provinces duKiang- 60U, du Tché'hiang, du Hou-koang et du Kiang-si.
Les Wei gouvernaient le Chan^tong, le Tche-li et le Chen-si. Enfin les HeouHan régnaient (plus légitimement, dit-on, que leurs compétiteurs de Ou et de Wei), sur le C/ian-si et le pays de l'tcheou, comprenant le Se-tch'oan, le Koei-tcheou, le Yu7i^nan, avec une partie du Laos (1).
Homme de guerre habile et administrateur consommé, Tchouko Liang ^ J/^ ^, ou Tchou K^ong-ming J{^ ^, plus simplement Tchou Sien-cheng (181-234), fut le meilleur conseiller et général deLteou Pei qui, grâce à lui, s'établit souverain des Chou H an, à Tch'eng-tou, dans le Se-tch'oan. Il combattit le royaume de Guet celui des Wei, ceux-ci défendus par le Général Se-ma / ^ JUSSi son principal adversaire. K'ong-ming (2) fit plusieurs découvertes en matériel, armements ou tactique militaires. On lui fait honneur des machines (automates?) nommées "Mou-nieou t'ié-ma ^f; 4^ |K JS|/' "bœufs de bois et chevaux de fer (3)." Né au Hou-pé et enterré près de Ou^tchang yuen (4) au Se-tch'oan, il est canonisé sous le titre de Ou-heou ||Ç |^, le marquis belliqueux, martial, guerrier.» Il a depuis 1880 une petite pagode (5) dans Nankin, au bas de Ts'ing-liang chan, auprès du Siao-si hou; une pierre indique l'endroit précis où il serait descendu de cheval.
(1) Cf. Zottoli II, préf. p. IG. Voir aussi la carte dixième de l'ouvrage autographié. Historical Atlas of the Chinese Empire, par E. L. Oxenham du Service Consulaire
Anglais; Changhai, Kelly, 1888. — Nous nous bornerons à la présente référence aux 22 cartes de cet Atlas qui forme un bref Compendiuni d'histoire chinoise. Elles seraient toutefois insufl&santes pour la monographie que nous essayons.
(2) Cf. Notes and queries on China and Japan, vol. III, p. 36 et 37. «Le tombeau de K^ong-ming.n — «Mémoires Conc. les Chinois,» III, pp. 98 à 104. — Mesn'ys Chinese Miscellany, vol. I, p. 118; — et les diverses indications de la Bihliotheca sinica d'H. Cordier, col. 253 et 285. — p. 50, le Fé-king de M' Favier le représente sur son charriot. Au sud de Tchao-tclwu (Yun-nan), Pon voit une colonne de fer, élevée à sa mémoire. (Cf. E. Rocher op. cit. p. 159). Il avait été précepteur de Tchao-lié ti (+ 221), premier des Heou Han, et Heou ti, son fils, l'avait nommé Gouverneur du pays de Y-tcheou.
A Se-ma I revient l'honneur d'avoir réuni les Trois Royaumes en un seul. Il mourut en 251. Son petit-fils Tsin Oïl ti fonda la dynastie des Tsin.
(3) La légende lui attribue aussi l'invention du baguenaudier. Il aurait laissé ce hochet à sa femme pour l'occuper en son absence, lors de ses expéditions belliqueuses.
(4) D'après le ?!| fÇ :S M. M "ÉC R ^ W Tchou-ko Liang est- enterré à Ting-kiun chan dans le ^ W^^,{^^ ^ Chen-si). Le héros avait désiré être enterré au Se-tch'oan, d'où est venue l'erreur du P. Gaillard. [Note de l'éditeur].
(6) Tchou-ma yen §J ^ flg, pagode de bonzesses, près de Siao-si hou. Dans l'intérieur de la pagode, se trouve le ^ ^ |£ 1^ fl^l "temple du marquis belliqueux Tchou-ko'' — Il descendit de cheval (Tchou-ma) au coin marqué par une pierre — Il conseilla à Ou Tati de choisir Nankin pour capitale, à cause de sa situation, du honfong-choei etc..
{ I. ROYAUME DE OU, SUEN K'IUEN. 37
PETITE STÈLE DANS LE TEMPLE DE TCHOU-KO LIANG k NANKIN PRÈS DE L'ÉTANG SIAO-SI HOU.
La stèle date de 1881, le 16 de la 12® lune : elle donne le motif pour lequel Sié Wei-nong ^ ^ jS natif de Ts^uen-tsiao hien ^ ^ ^ (au Ngan-hoei), alors (1881) maître des lettrés au Tsuen-king chou-yuen ^ ^ ^t^ "^ K, bâtit ce temple. Il avait son habitation près du Siao-si hou >J^ W ïîM î ^^ lui dit un jour que la colline située devant cet étang avait nom Tchou^ma pou ijÈ »§l ife (colline de la descente de cheval), parce que Tchou-koLiang, d'après la tradition, y était descendu de cheval. Très zélé pour honorer les anciens saints de sa religion, Sié Wei-nong ordonna d'y bâtir un temple à Tchou-ko Liang, malgré l'incertitude de l'arrivée historique de ce personnage à Nankin (vers 222-257). En effet, disait-il, les vertus et la fidélité de Tchou~ko Liang envers son prince méritent bien qu'on lui offre partout des sacrifices, à plus forte raison, à Nankin où il est peut-être venu. Han Pi-yuen H 5B3 ;jC' Tan-t'ou hien ^ ;g j^, composa donc les chants de réception et d'adieu adressés à l'esprit de Tchou-ko Liang, ainsi que le récit de la construction du temple, et les écrivit sur cette stèle (Ph. XXII).
Par ordre de T'sao Ts'ao "^ ^, et aidé de son frère Swen Tch'é M f^^ 1® général Suen KHuen ^ >^, avait (198), au profit du royaume de Ou, pacifié la province de Nankin. Avec le concours de Tcheou Yu jg J^, il s'empara du pays de Kiang-tong "est du Kiang:'' Vainqueur de ses deux rivaux de gloire, Tchang Fei Jg ^ et Xoan Fu ^ ^ (cf. infra), ces braves mais infortunés généraux de l'empereur Heou ti (second des Han postérieurs), il se fit élire roi (équivalemment empereur) et vint de Ou-tch'ang (Hou~Koang) à Yng-t'ien fou ^JD^.^sl ville de Nankin, assignant à sa dynastie le nom, désormais célèbre, de Ou (1).
Il ne faut pas l'oublier : en 221, le potentat du royaume de Wei n'avait reconnu à Suen KHuen (le futur Ta ti) que le titre de Ou heou ''marquis de Ou.'' Le même suzerain de Wei lui conféra l'année suivante, par un décret solennel, celui de roi (en fait, prince) de Ou, Ou wang ^3^» t^*^® ^"^ ^^* étendu, comme généralisé, en 229, le titulaire s'affranchissant lui-même, et secouant toute relation de vassalité. Son frère aine Suen Tc^'é ^^, avait été massacré par un des domestiques de la famille Hiu Kong 1^^ (200), quand il recueillit sa succession politique. En 211, il avait transporté sa modeste capitale à notre Mo-ling et, pour la
(1) «During the time of the Three. Kingdoms, about A. D. 250, the old Kingdom of Wu formed a part of the new Kingdom of Wu founded by Sun-kuen whose capital was at Nanking » Notes on the history of Sop-chow, by Eev. P. Parker, Chin. Eecorder. 1885, vol XrV. p. 259.
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protéger, il rebâtit la forteresse de Che^t'eou ich'eng (213). Après avoir nommé Suen Yun ^, ;^ (le fils de SuenKiao ^, ^), marquis de Tan-yang (Nankin, 220), il établit à Ou-tch'ang, du Hou-pè ^ :[[j, le siège de sa domination, trop restreinte à son gré. En partant, il désignait Liu Fan g ^ pour gouverner, en son nom, Mo'ling 5^f^,ou Nankin, devenu Kien-yé ^||. Ce ne fut qu'en 229 (9* lune) que, se déclarant roi dans toute la compréhension du terme, il délaissa Owtch^ang ^ ^, ©t revint fixer à Nankin sa vraie capitale.
En 223, Siu Cheng ^ ^^ général des Wei, avait menacé cette ville, en remontant le Yang-tse, Les officiers des Ou avaient aisément mis en déroute ces troupes, prises de panique, grâce à dMngénieux stratagèmes. Mais les Wei reprenant Toffensive en234, le nouveau souverain dut marcher personnellement contre eux, pour les réduire. Il avait confié à son fils Suen Teng ^, ^ la défense de Nankin. Ce jeune prince mourut en 241 ; on l'enterra d'abord à Kiu-yong 'gj §, puis on apporta son cercueil au Tsiang ling ^ |^^, près de la colline Tchong chan ^ ^Ij, sépulture de l'Impératrice Pou fou-jçn ip -^ A décédée trois ans avant lui. Le Général Ma Meou ^ ^ tenta d'assassiner Suen K'iuen (245), et fut mis à mort.
Les numismates spécialistes savent qu'en236on coula àNankin de grandes sapèques valant cinq cents petites, et deux ans après, de plus grandes encore, en valant mille. Un décret impérial les supprima toutes, l'an 246. Cf. sapèques n^s 37, 38, 39, 40, 41 , 42, 43.
Une comète avait apparu à la 10® lune de 236. Des vers à soie sauvages élaborèrent, au début de l'été 231, des cocons delà grosseur d'un œuf!
En fait de travaux hydrauliques, nous relevons ceux-ci : le grand censeur Hi Kien %^ j^ creusa (240) le canal Yun-tou jgî^, qui baigne au sud le Tch^ao-t'ien kong et se décharge dans la TsHn hoai hors ville, un peu au sud de la porte Han-si men r^
Puis on entreprit la Ts'ing-k'i ^ ^ autre canal qui traverse aussi le Nankin actuel, à l'est.
Enfin le mandarin Tch'en Hiun ^ ^ fut envoyé à l'automne de 245, au sud de Fang chan ')j ^Ij, pour y endiguer le cours supérieur de la Ts'in hoai, attribuée à Ts^în Che hoangAî, On aurait encore aujourd'hui un urgent besoin de leurs services pour y réparer ces digues!
Aux premiers jours de 247 l'on commença la construction du palais nommé T'ai-tch'ou kong >(cU^ terminé l'année suivante. Pour un bonze d'occident appelé K'ang Seng-hoei ^j^'^on avait en même temps élevé la pagode Kien-tch'ou se ^^ %. Ce renseignement prend une valeur appréciable, si l'on considère que là est Torigine du monastère bouddhique de Pao-ngen se ^ ]§, ^, dans l'enceinte duquel surgira plus tard la Tour de porcelaine, si renommée dans l'univers. Du reste le peuple chinois faisait preu-
f I, ROTAunR DS OU. 222^280. 3Ô
ve dès lors de faon éclectisme légendaire en fait de toWrance religieuse: la même année vit bâtir la pagode Tong^yuen hoàn^yti^ à Fàttg chan "jf ll(, desservie ou niême fondée par le taoïste Ko Yuen ^ Tg. Des historiens voient même dans ces travaux les pre* mières traces certaines de l'introduction des pagodes au Kiangnan. Nous pouvons au moins en déduire que le pays de Nankin jouissait d'une certaine prospérité, puisqu^l trouvait assez d'argent pour ce coûteux superflu.
L'empereur Ou Ta ti tomba malade au retour d'un sacrifice qu'il présida dans le temple du Ciel, au sud de sa capitale, à la fin de 251. Il mourut 4 ou 5 mois après. Son fils 8uen Liang ^ ^ lui succéda sous le nom de Liang 7^. Le défunt fut enterré au Tsiang ling j^ |^ sur les pentes du Tchong chan.
L'automne de 258 fut particulièrement humide, bien que les pluies fussent rares. L'Empereur entreprit de dégrader, puis d'exécuter, son Premier ministre Suen Lin ^j^; mais ce dernier le détrôna et lui réserva le titre de Koei^ki v^ang '^ ^ ï-
L'histoire le connaît sous le nom de Feiti^^, ''empereur détrôné". L'on jnanda Suen Hieou ^ {t^c, appelé prince Lang-yê Wang ^P SfIS ï, et oit le couronna à la 12® lune de cette année. Lors d'une audience générale aux mandarins, King ^i ^ ^ le nouvel empereur fit mettre à mort le ministre Suen Lin ^ j^.
Un incendie ruina alors Chemt^eou tch^êng; la mention du désastre prouve l'importance relative de la forteresse à cette date de 263,
King ti -^ ^ mourut un an après et fut enterré au Ting ling ^ Ig. Le premier ministre Tchang Pou 5R ^ suggéra à Tchou Vai'-heou ^ ^ j§^, l'impératrice-mère, d'introniser Suen Hao ^ ÔS (fils de Suen //o ^ t^, l'aîné des enfants du défunt et mort lui aussi), au détriment de Suen Tan ^ ;g, son oncle, héritier légitime. Elle eut à se repentir d'avoir trempé dans cette intrigue : l'empereur, élu en vertu de ce passe-droit, la fît périr dans son parc (été de 265).
Le royal meurtrier transporta incontinent sa capitale à Outch'ang |gÇ g (Hou-pé) confiant sa Cour de Kien-yé à la garde de Ting Kou "y @ et de Tchou-ko TsHng. Ils repoussèrent (266) les attaques du marquis Yong-ngan heou ^ ^ Ê| {Suen KHen ^ ^) en révolte. L'empereur se hâta de revenir à Nankin. Il y bâtit le palais Tchao-yang kong B8 ^'^ et le temple funéraire de son père Suen Ho ^ %. L'an 270, il emmenait à Lo-yang f^ ^ (Ho-nan) sa mère et ses femmes, quand une tempête de neige les contraignit de rebrousser chemin.
A cette époque (276), on dressa à Yen chan ^ |Jj (Tsing^^ ming se ^ ^ ^), une stèle (1) pour transmettre à la postérité les
(1) Stèle des Ou en tbois pièces (276). En 1091, Hou Taong-che flS ^ 6$ mandarin chargé du transport des provisions de l'empereur H IS Su W ZË W^SIS)