LIANG OU TI. BOUDDHISME. PAO-TSE KONG
L'on sait que Liang Ou ti favorisa si follement les sectes bouddhiques, que. son empire, d'assez médiocre étendue, si on le compare à la Chine actuelle, compta, assure-t-on, jusqu'à 13.000 pagodes, et que des bonzes accoururent du fond des Indes, pour participer à cette alléchante fortune, en ce pays de cocagne nankinois. C'est à Ou ti que l'on doit l'une des premières pagodes de Yu'hoa t'ai M ^ $» ^^ butte qui domine le Nan men au sud: un de ces bonzes célèbres, Yun-koang fa-che § :)fe fi 65» lui avait persuadé qu'il y était tombé une pluie de fleurs, pour pronostiquer la gloire de son règne. Cf. n® 14 des "40 paysages de Nankin".
Aujourd'hui à certaines dates, les pèlerins affluent encore, au bas de Ki-ming chan, à l'entrée de la pagode Ki-ming se, vers l'hermitage de cet ascète thaumaturge, Pao-tse kong ^ |ê S*î conseiller principal de Liang Ou ti. Il fut enterré (13® année de Tien-kierij 5cS ^^^) ï^oï^ loi^^ ^^ site du Tombeau des Ming, sur les pentes sud de Tchong chan, dans la pagode Ting-lin se ^^^- Une des filles du monarque y avait élevé une tour à 5 étages, reconstruite à Ling-kou se. L'Empereur Hong-ou ^ ^ (1368-1399) expropria les habitants de cette bonzerie pour leur en rebâtir une plus grandiose encore à trois kilom. à l'est. C'est le Ling-kou se moderne (Cf. Var. sin. n® 3. Croix et swastika, p. 85).
Les Lettrés y admirent sur une même stèle (refaite) trois chefs-d'œuvre: le portrait de Pao-tse kong par le bonze-artiste Ou Tao-tse ^ |g ^ (1), des vers du poète Li T'ai-pè ^ Jç ^, enfin des caractères écrits par le calligraphe Yen Lou-kong 01^ (Ph. XXVII).
Le 11 juillet 1898, j'ai photographié Pao-tse kong sur un autel ordinaire, avec une petite Koan-yn à ses pieds: il est accroupi, jambes croisées sur une base moulurée à lotus opposés: vêtu de la robe croisée des bouddhistes, agrafée par un anneau sur l'épaule gauche, demi-souriant (béat), tête émaciée d'ascète, longues oreilles, couronne à cinq pans ordinaire surmontée d'un haut Ting-tse (bouton) étage ! indique le sol de la main gauche et "enseigne de la droite". Ton vieil or rougeâtre. Tout l'attiraM du culte ordinaire des poussahs. — Sur la terrasse au bas de Ki-ming se, il y a des pierres de taille (Ph. XXVIII).
Bien que scandaleusement dévoué au bouddhisme, l'éclectique empereur construisit des temples somptueux à Confucius, fit refleurir les études littéraires, et, outre ceux des provinces, bâtit cinq
(1) On a du bonze-artiste Ou Tao-tse {Ou Tao-yuen ^f^ jS ^ui trois Koan-yn (ou plus)à Nankin, copies d'un môme type. La statue en pierre du Koan-yn se (pagode sur un rocher au coin S. E de la ville) remonte à cette époque, ou à celle des 6 dynasties. L'obscurité ne m'a pas permis de la photQgraphier. Ou Tao-tse est le peintre le plus brillant de cette époque... De son vivant même il jouit d'une grande réputation au Japon où il était connu sous le nom de Go-doshi. On conserve de lui un dessin original dans le temple de Manjugi à Kioto. Paléologue, Art Chinois, p. 263.
98 CH. V. DYNASTIE (jT) DBS LIANG, 582-557.
collèges à Nankin, pour 1.000 élèves entretenus aux frais de rÉtat (Biot, Essai ... p. 240). C'était, on le constatera, un lettré, un ** intellectuel" comme on dit aujourd'hui, un érudit, un adroit politique, une personnalité de tout point marquante, prédestiné à un rôle glorieux et fécond, s'il n'avait été le jouet des bonzes, la victime des sorcelleries taoïstes, de Toccultisme chinois. Rien de plus malaisé que de se former une juste idée de cette figure si complexe, à une époque mal connue, du reste, et très digne d'étude.
Rival de gloire de Pao-tse kong et thaumaturge comme lui, Ta-mo j^ jp (ou Dharma) figure parmi les plus illustres bonzes, attirés alors à Nankin ; son principal renom résulte des discussions auxquelles donna lieu sa vie légendaire et la ressemblance de son nom avec celui de S* Thomas, apôtre de l'Asie, certainement de l'Inde et peut-être de la Chine du sud-ouest. La question est loin d'être épuisée. «En 520 de notre ère, Ta-mo vint en Chine par le sud et la voie de mer, puis il s'attacha à un temple nommé Chaoling-se, Bodhidharma, arrivé à Nankin, vit l'Empereur Ou ti, des Liang, puis passa à Lo^yangn. On le représente marchant sur les eaux. «Les Chinois nomment cette image Ta-mo kouo-kiang, c. à d. Ta-mo traverisant les eaux.» [Pauthier, cité dans le Pé-king de M«^ Favier, p. 48) On traduirait plus exactement Ta-mo traversant le Yang-tse kiang. Ce thaumaturge aurait passé miraculeusement le Fleuve sous Nankin, auprès de Koan^yn men, où sa grotte, changée en pagode, à mi-hauteur de lia colline, est assez visitée (cf. Croix et sv;astika). A Nankin même, et aux environs, où son culte reste populaire, il a de nombreux autels, notamment à Pi-Zou se ^ J[ ^, à Ki-tche se jg|f ^ ^. Me^ Favier donne son portrait, p. 47 (1).
Une ligne menée du Kou-»leou au Yang-tse par Chen-tche men aboutirait à cette grotte, Cf. la 18" des '*48 vues de Nankin". Au sud du Pé-fti ko un vieil arbre {Pé-chou, cyprès?) date des Lou Tch'ao^ dit le peuple. Il est vraisemblable qu'il date au moins des Ming (2).
A la 5® 1. de 502, un inconnu, entré furtivement dans la ville impériale, incendia la porte Chen-hou men jj^^f^ et le salon
(1) Ne paâ confondre Ta-mo avec Ta-mou che. Cf. Journal asiatique^ janv. févr. 1897. Détails sur Ta-mou-che (ou Ta-mou-tou) envoyé à la cour de Chine en 719, par le roi de Tokharestan (Fou-ling). Ed. Cha vannes. "Le Nestorianisme et l'inscription de Kara-Balgasaorum" . Les Moni seraient dans les livres chinois les musulmans : et le mahométisme serait la religion monieune. Manière de ne rien trancher. — V. aussi : Stèle de Si-nganfou du P. Havret, II.
(2) Leang Ou ti obligea Tcheou Hing-se ^ Sk S^ fameux littérateur, en punition d'un crime, à mettre en vers mille caractères tirés du célèbre calligraphe Wang Hi-tche 3E. ^ Z • Il en aurait fait en une nuit le "i* ^ 5C » mille caracterum lucuhratio^ qu'apprennent encore les enfants des écoles. Zottoli. II. p. 113.
LIANa OtJ ïï .---TRAVAUX PUBLICS. 99
Tsonç'-tchang koan H :!£ 1|£ (place actuelle du Tch^ao^Vien kong). Puis il massacra l'officier de garde Tchang Hong^tch'e 5g ?/» JIE 5 Liu Seng-tchen g fi' 3^' "^ autre officier, s'empara de lui et le tua.
Liang Ou ti^^^ éleva alors une petite pagode aux mânes de sa mère. Il fît commencer ensuite les travaux de celle dô Tch^ang-kan se ^^ ^ (appelée, au royaume de Ou ^, Kiefi'» tch^ou se 9^^ ^). J'attire l'attention sur ce fait, parce que telle est l'origine première du monastère de Pao-ngen se ^ }§, ^, en dehors de la porte du sud, au milieu duquel on bâtit^ neuf siècles plus tard, la célèbre Tour de Porcelaine*
Maladies épidémiques en 503 et 504. Au début de 503 ^ l'Empereur inaugure son rôle de sacrificateur à la Terrasse du Ciel du sud (1). Il crée (505) le jardin Kien-hing yuen j^^^ à Mou l^i^Q ^ {É (aujourd'hui MouAing koan îB fê M)- ^" milieu de cette année, on construit un Temple à Confucius. (2). La pagode King^yé se ^'^^ et le Ts'ing^Mu se ^^^ datent d'alors. De même pour le Tsi'-ya koan ^ H 1^, sorte de pension ou Collège ouvert pour les étudiants des pays éloignés (3).
(1) A la 2® lune de 511, il saorifla pour la 1^*» fois au temple Ming-Vang ^ ^» De mOrne, îl la 2* lune de 514, pour le Labourage impérial dans le champ du Tsi iHen ^ Q, sis hors de la porte de l'est. On en changea, en 521, la terre consacrée.
(2) Le Prince héritier Siao T^ong offrit un sacrifice à ce Philosophe au Collège im" périal Kouo-tse hio ^ ^ ^ î en 509. A la 3« lune de 510, l'empereur s'y rendit et obligea tous les jennes gens de haute classe, inférieurs en dignité à son propre fils, à fréquenter cette école. Puis il leur proposa lui-môme les thèmes de composition.
(3) On construisit en :
507 La pagode I-p^an se fS ^^ ^'
510 Pen-yé se /$^^^î auprès du village de Tsiang-chan ^ lll M* Apeineenai-je trouvé trace à quelques li à l'est de KH-lin nien. On y montre une petite stèle (refaite) remontant originairement aux Ming.
511 Kiai-t'o se 1^^ ^i au village Tai-tsHng U jSim M' ^ la requête de l'impérftivïcQ Thgi\B,nie Siiten-té Hoang-heou M. ra ^ /O *
5 1 2 Réfection de la terrasse Si-tsing t'an ^ JH à Tckoftg chan.
513 Reconstruction d'un nouveau T^ai-ki tienicZ. Œ J8* it „ „ „ Tai miao ^ ^ •
517 Construction de la salle Tche-king tien ^ Q% JP(i delà terrasse King-yang t*ai "St ^ s 3t de sept pagodes *Ju ^ * ^^ 519, construction du Hoei-je se ^ Q
522 „ „àvi Mong-sin-ni se <£ i^ Jq ^• 524 „ „ Tchong-tsao se * js ^' 527 „ „ Yuen-kiu-ni se H ^ ^ ^* „ Ouverture de la porte Ta-t^ong men yZ 38 P J • 529 Construction de la bonzerie GJien-yen se ffl^ j^ ^» 533 „ „ „ „ Fa-yuen se S % ^•
535 „ „ T'eou-t'ouo se M pE ^» Wan-fou-ni se ^ ^ /a ^' Pen-yuen-ni se ^ i^ ^ ^ et Yen-si-koan M^ m'
Siao T'ong HH, ou Tchao-ming T'ai-^e D8 Ç^ ic ^> Théritier présomptif, va occuper son palais du Tong-kong ^ ^ restauré alors (506).
Trois éléphants entrent, à la 3* lune de 507, dans la ville de Nankin, qui soutenait, sur toute la ligne, son rôle de Capitale, résidence du souverain (1). L'inondation désole les quartiers bas; on dut élever de sept pieds la chaussée (médiane) de la grande avenue impériale, ménagée, selon Tusage, au midi du palais. La salle Yué-ou t'ang ^ fÇ ^ prit le nom de Té-yang -^ ^, et le THng-song t'ang ]fô ^ ^ devint le I-hien f| R.
Liang Ou ti changea en bonzerie la maison où il était né et il la dénomma Koang^tché se ^ ^ ^ (2).
Hors de la porte Ta-se-ma men :^ "^ JS|, on ouvrit dans l'enceinte celles de Chen-long k'iuè If f| |S et Jen^-fou k'iuè t J^ f^ (508) ; puis celle de Kouo-men g f^, au sud de la ville Yuè tch'eng M M» ^ P®^ pr^s à Mou'ling koan. Cf. XL §. 13.
L'année 510 fut occupée par d'importants travaux hydrauliques. Pour contenir l'eau du canal T'sin Hoai on mena une digue, s'étendant (rive nord) depuis Che-Veou tch'eng jusqu'à Tong-i yS. (^ (près du palais des Ming, un peu au S.O. de Tchong chan; pour la rive sud, une autre fut menée de la porte de bambou HeoU'tchoU'li men H ^ ^ P^, jusqu'à San-k'iao H |§ (3).
En 511, on renforça de trois arcades successives les portes de la ville impériale M M i^ "ë mf^ 3 ^m l^m:^^-
L'examen des Nan men, Han-si men, Choei-si men, Tong^tsi men actuels montre la disposition vraisemblable de ces défenses murales. Deux larges avenues furent ajoutées aux rues existantes.
Dès la 4® lune de 517, on abrogea l'offrande rituelle des
L'an 536 on construisit les pagodes Ts^e-vgen se j^ }S* ^ï P^ou-hoa se ^ flî ^ï Hoa-tch^eng se TU JSR ^' Foii-hing se Tf^^^i Chan-yé se ^ ^ ^î Han-lin se ^ ^ ^J etc.
En 538, érection de la pagode Tong-îing-koan tI5) ^ jSL ' 545 Liu-t^ong se ^ 5B ^ et K^o-han se t& S ^' 547 Yeou-yen se }^ ^^ et Hiang-ni se ^ J^ ^'
(1) Ils avaient été probablement amenés de Birmanie on d'Indo-Chine. Kemarquer sur la carte le Siun-siang men SI|| ^' r J et 1® Siang fang ^ ^ qui indiquent des remises ou étables pour les "éléphants privés".
(2) D'après le Tao-koang kiang-ning-fou tche 5B I^C flC hS /nf *Ct» ? elle aurait été au N. E. de Nieou-t^eou-chan t^ ffi LU ? non loin de la pagode ruinée de Tsing-mbig se
tBB ^* Au centre, la pagode Zoar7.^-^c/ié sfi "jt ^ ^î à l'est, celle de Tsi-^c/mo se ^ ^ î à l'ouest, Tsing-ming se ^ Bq ^' Les restes de cette dernière subsistent seuls, à l'extrémité sud d'un étroit vallon. L'empereur avait en outre fait faire une statue duBouddha, appelée le OM-Zta?î)7-c7î.eoui^owsia72^ ^ 5 9 W ^ et l'avait fait placer dans le Siao-tchoang-yen se ^]> ^ j® "^î ou petite pagode Tchoang-yen.
(8) ji^jL^m-îtnmi^mmm^^i&^m^M