‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 51 sur 167 · RÉVOLTE DE HEOU KING · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE HEOU KING

coûte de nouveau 100 millions de sapèques au Trésor. Les Bonzes s'entendaient aussi bien h caresser qu'à cultiver, puis exploiter financièrement la manie impériale. Des relations affirment que Ou ti se rétira chez eux jusqu'à douze fois. En dépit de ces excentricités, l'histoire le représente comme un souverain de haute valeur, et tout ne dément point cette appréciation, difficilement conciliable à première vue.

Un mois après, il regagne son palais. Puis, il ofïre un dîner aux mandarins dans la salle Té-yang Vang f^, p^ ^ et fait en personne l'inauguration du Wang-yeou yuen î^^> récemment ouvert (1).

Selon la coutume presque invariable de ces époques, ce règne prospère en définitive, devait sombrer dans quelque sanglante insurrection.

A l'automne de 548, Heou King g| ^ se révolte à Cheou-yang S 1^ (2) (CheoU'tcheou du Ngan-hoei). Bientôt il s'empare de Liyang ^ ^ (Ho-tcheou ^\i jt| du Ngan-hoei), Siao Tcheng-té H ^ ;j^, Prince Lin-ho wang f^ ^ [J, fournit des barques à ses troupes ; elles traversent le Yang-tse, arrivent sur Kien-k'ang ^ ^ (Nan-kin), guidées par ces deux rebelles, emportent Che Veou tch'eng, Pé-hia tch^eng et Tong^fou. A la 11® lune, Heou King élève sur le trône son allié Siao Tcheng-tè H jE (*.

Cependant Siao Luen H ^, Prince Chao-ling 'wang ?|5 ^ BE? accourait du Tché-kiang au secours de son légitime souverain. Sans tarder, il fond sur les insurgés, aux abords de Tchong chan, près de la pagode Ngai-king se ^ ^ ^. Le succès trahit ses efïorts : il fut bientôt refoulé vers King-k'eou iji; P (Tchen-kiang). Aux derniers jours de 548, Heou King rompt les digues méridionales du lac Heou hou et inonde la capitale (3). Nombre de généraux marchent en vain à la tête de leurs contingents à la défense de Nankin et de leur empereur ; ils sont pour la plupart victimes de leur héroïque fidélité (4).

(1) Le R^ J. Edkins a fourni à la China Beview des détails inédits sur un moine*, d'Indo-cbine, Sangahala, qui, venu à Nankin sous les Ts^i ^î y resta sept ans et y rencontra d'autres ascètes bouddhistes hindous. Ces bonzes, fort instruits, versés dans le& arts, la littérature et les sciences, très influents, de ce chef, à la Cour de Liang Ou tiy s'occupaient à des traductions de livres religieux, dans cinq établissements ofi&ciels. La, Cochinchine elle-même était alors vassale du royaume de Nankin, dominant le sud-ouest de la Chine (Cf. Chinu Beview XV» vol; 1886-87, n° C, p. 366).

Des documents assurent que Liang Ou ti avait réuni une flottille considérable sur le Yang-tse, en vue d'attaquer le Japon.

(2) Il gouvernait pour Ou ti la province du Ho-nan. Du Halde place Cheou-yang au Ohan-si (I, p. 385). Mais il s'est trompé sans doute, car Cheou-yang du Chan-si appartenait à cette époque aux Wei du Nord ^t 3^*

(3) Ne se contenta-t-il pas d'ouvrir les écluses, vannes, barrages?

(4) L'un des principaux griefs, nourris ou allégués, contre Liang Ou ti, était sa prodigalité pour élever des tours et des monastères. Quel ministre insurgé fut jamais à. court d'excuses et de prétextes pour légitimer sa révolte ?

106 CH. V. DYNASTIE (x*) DES LIANG, 502-557.

Les événements suivaient leur cours presque fatal. Pourtant la cause du droit faillit un instant triompher; Si'ao L,uen se maintenait encore (1^^'^ lune, 549) au midi du Tchou-tsio hang :^^^. D'autre part, Siao -Se || g, Prince Pou~yang wang f^ ^ £> du parti de l'ordre, mettait en déroute les rebelles à Tong-fou tch'eng, A la 2® lune, HeouKing, à court de provisions, implora la paix; il l'obtint: mais, à peine approvisionné en riz, il oublia son serment et reprit les hostilités. Il emporta d'assaut la ville impériale, pénétra dans le palais et y trouva Liang Ou ti dans la salle T'ai'hi tien. De là, il publia un décret imaginaire de cet Empereur, enjoignant de licencier les troupes fidèles qui accouraient au secours de leur souverain en danger. Un édit annexé détrônait 8iao Tcheng-té ^ jE fê*

Moins de deux mois après, le pauvre Liang Ou ti (502-550), âgé de 86 ans (549), mourait de tristesse (?) dans la salle Tsing-kiu tien^ Jg^(l). Le jour même, Siao Rang |||B, le Prince héritier, S** fils du défunt, monta sur le trône (2). Heou King fit périr son ancien allié Siao Tcheng-té^ ainsi que Siao iiC'io |||g, marquis Yong-ngan heou :^ $ -gl, lequel avait voulu assassiner Heou King. Le défunt empereur fut enterré au Sieou ling ^ ^ à Tan^yang J^ ^.

Heou King affectait les allures de Protecteur du nouveau souverain ; sans relâche il pressait son pupille de se rendre à Si'tcheou |g" jfl et il lui offrit même un banquet officiel dans le parc Lo-yeouyuen, Un inconnu assassina Siao Tse |||§, marquis Ou-ling heou HÇ ^ -§1, près de la porte Koan-mou men Jf ^ p^ . Heou King fît lui-même périr Siao Hoei-li || '^ Jg, Prince iVank'ang wang Fè* J^ 3E' ^"^ avait attenté à ses jours.

Au printemps de 551, il fît construire, auprès du Tchou-tsio hang J^ ^ ^, une ville qu'il nomma Hang kouo |^ g. La forteresse achevée, il renversa l'empereur Liang Kien-wen U ^ f^ ^ ^ (550-552), le confina dans le palais Yong-fou seng :à<: JJÈ ^Si rabaissé au titre de Prince Tsin-ngan wang § ^ ï- Il intronisa en sa place Siao Tong ||i|g, prince Yu-tchang wang g| 3|È ï- La tragi-comédie ne tarda pas à se couronner de son dénouement prévu : Heou King détrôna Siao Tong, mit à mort Liang Kien-wen ti, âgé de 49 ans et 3® fils de Liang Ou ti, puis se proclama luimême empereur (11^ lune, 551). Il massacra aussi une vingtaine de princes de la famille impériale.

(1) Des historiens aflarment que, séquestré par Heou King dans une pagode près de Ki-ming se, il y périt de faim et de misère. «Un peu de miel que demanda Kao-tsou Outi pour adoucir l'amertume qu'il sentait au gosier lui ayant été refusé, il mourut tout-à-coup, âgé de 86 ans». Du Halde, I. 386. Plusieurs fois, des ministres ferrés sur la "morale en action" invoquèrent ce trépas lamentable pour détourner les Empereurs de favoriser le Bouddhisme. V. g. en 819 et 1503.

(2) Son nom dj-nastique est Liang Kien-wcn ti, et il se signala par sa dévotion ridicule à Lao-tse, patron du Taoisme.

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