ROUTES — ENCEINTES
Tout continue encore à proclamer la puissance de Ming T'at-tsou dans le Nankin monumental et topographique contemporain. Il y reste aussi présent que Louis XIV à Versailles, par les souvenirs concrets et tangibles qu'il y a laissés. Et les
(1) Cf. Var. sinolog. n** 3; Croix et Swastika.
(2) Legge, Prolegomena, p. 41 du vol. II (The works of Mencius) des Chinese Olassics; Hong-kong, 1861. Voir aussi Devéria, fin de sa note Pasgpa, Mencius — V. supra.
(3) Un simple rapprochement chronologique fait mesurer au reste, la distance qui sépare alors la civilisation chinoise de la nôtre, au point de vue psychologique et religieux : vers cette époque, le monde européen s'enrichit du livre immortel, Imitation de Jésiis-Christ. En effet, Gerson vécut de 1363 à 1429, et Thomas a Kempis de 1380 à 1481.
t IV, NAJ^&IN SOUS HONO^OU, 187
ravages du temps^ conspirant avec ceux des hommes, n*effaceront que lentement son empireinte.
Nous renvoyons à la fin de ce chapitre l'énoncé des modifications si essentielles qu'il fit subir à la ville, en tant que cité et place forte. Disons dès maintenant que Ton se figure sans peine, à la vue des vestiges substantiels, respectés par Tâge et les vicissitudes humaines, quel essor de prospérité galvanisa soudain le vieux Kien-k'ang déclassé. Quartier-général des armées conquérantes, place de guerre formidable, capitale d'un jeune empire plein de promesses, résidence et cour d'un souverain à l'apogée du succès, âme et cerveau d'un robuste organisme, centre industriel et administratif, emporium et métropole, dépôt d'immenses approvisionnements, vaste chantier de travaux gigantesques, de bâtisses somptueuses, marché prospère de trafiquants enrichis, rendez-vous de savants, de lettrés, d'artisans indigènes ou étrangers, confluent d'une énorme population civile et militaire incessamment accrue: Nankin voyait tout contribuer, lors de cette resplendissante fin-de-siècle, à faire de lui une prodigieuse merveille de richesse, d'activité et de puissance.
Hong-ùu s'attacha à la ville qu'il associait à son enivrante fortune. Potentat chinois^ il alla jusqu'à rehausser la pompe de sa Cour asiatique par la présences de quelques éléphants. Une des portes sud-ouest de la grande enceinte retient le nom de Hiun-siang men HH ^ Pî) ^^^^ porte des éléphants dressés.» Un plan indigène désigne aussi l'emplacement d'un siang-fang ^ ^ «écurie ou remise des éléphants,.» dans le faubourg du midi (1). Pékin conserva jusqu'à nos jours cet usage, privilège traditionnel, emprunté aux monarques hindous.
Quelques larges artères de la «ville tartare,» de la (2) ville chinoise proprement dite et même de ses abords, frappent encore le visiteur par leur robuste et substantiel dallage en énormes rectangles de marbre. Hong^ou promit titres et degrés honorifiques aux richards qui contribueraient de leurs deniers à l'exécution de ces somptueux travaux de voirie urbaine. Un pavage inusable couvrit bientôt quelques kilomètres de rues et d'avenues
(1) Auprès de Xoa7î-yn wen ^ H fjïïin modeste établissement de la Mission catholique s'appeUe aussi Siang-fang (petite) "remise des éléphants". Peut-être y avait-il là une ferme annexe, au milieu de pâturages et de collines, alors très boisées.
(2) Nommons spécialement : hors ville, la route presque rectiligne du Choei-si inen à Kiang-to7ig men; en viUe, celle du Han-si tnen au Tong-tsi men par le Tch^ao-tHen kong; dans la "ville tartare", l'avenue toute droite du Hotig-ou men au Palais impérial, et ceUe très infléchie du Tong-tsi men aux Wai ou-long kHao 9r 5 fS IR» les cinq ponts-dragon de l'extérieur" que franchit cette "avenue impériale" Yu-lou ^ J^? sus-mentionnée. De nombreuses dalles atteignent plus d'un mètre de largeur, sur plusieurs de longueur et tme épaisseur proportionnelle.
v.g. du Han-si men à rc/i'ao-t'ien kong. L'historien et Tantiquaire accuseront pourtant le trop pratique souverain d'avoir entraîné^ par cet expédient, la ruine irrémédiable de nombreuses stèles à inscriptions qui, au dire des chroniques, fournirent à peu de frais des dalles pour ce pavage. Le pont de Sai-kong k^iao H X ^ fut bâti aussi par contribution publique ^ comme son nom l'indique.
Par ordre impérial, Yn-t'ien \fou (Nankin) fut partiellement reconstruit. Ses murs furent terminés la 23* année du glorieux règne; entreprise coûteuse, quasi extravagante, comme en fait foi Tétat actuel de la ville et plus d'une particularité récente de son histoire. C'est Hong-ou qui, en 1391, la doubla en étendue par l'addition de l'immense et plantureux espace compris entre Ts'ingliang chan, le Pé-ki ko et Hia-koan. En outre il enferma dans la nouvelle enceinte continue ce qu'on appelle maintenant jj| jj|, la ville Tartare.
Je parle d'enceinte nouvelle; ce qui m'y autorise, c'est que Hong~ou construisit plusieurs kilomètres de murailles sur le développement total des 38 kilomètres. Il commença le mur de la ville impériale, Hoang-tch'eng, et son propre palais à la 8® lune de la 2® année de son règne (1). Le tout fut terminé en quatre ans (1374). Pour le moment nous nous abstenons de détails plus explicites sur ces vastes travaux, dont on fait honneur^ avons-nous dit, à Tactif Lieou Pé-'v;en; s'il n'en prit point l'initiative, le grand ministre en eut au moins la surintendance (2).
L'on trouvera ci-contre le calque d'un très singulier croquis géographique, inséré à la page 9 des Chroniques [^ f|^ Jl ÛI JH ÏÈ^H + 't^AM- ^ première vue, sa déformation perspective, bien savamment intentionnelle pour des Chinois, du plan de Nankin sous les Ming, évoque l'idée d'une influence, sinon d'une provenance exotique. Etrangers et indigènes sont d'accord pour avouer cette impression. La vue cavalière du tracé, assez juste d'ensemble, serait-elle la copie, la réplique d'un plan dressé par quelque missionnaire jésuite cartographe, de passage ou résidant à Nankin (3) ?
(1) La ville impériale, plus spécialement le Palais, se nommait Kong-tch^eng ou Nei-tch^eng, "ville intérieure, et sa majestueuse porte du sud : Toan men j^ fl •
(2) J'ai pu constater que les inscriptions (cartouches) de nombreuses briques de la muraille, encore debout entre le Pé-ki ko et T^ai-pHng men, portent cette mention explicite: «la 10^ année de Hong-oun (1378). La matérialité du renseignement a sa valeur.
(3) Remarquons en finissant que, sur le plan ^^ ,a Nankin capitale des Ming»
1") Tcheng-yang m,en JE W TJ est indiqué en dehors de BoM/jr-ou wew, et ce nom est inscrit près d'un pavillon intérieur, contigu, là où on m'a indiqué Ta Ming men yÇ
2") Siun-siang msn, porte des éléphants privés est bien auprès et au sud de 8aihong-kHao ^ 31 1K P^ès le Nan-yo-miao W ^ JR actuel; mais le Siang-fang fSi^ remise des éléphants est au sortir de Hong-ou men, à l'ouest, près de la TsHn hoai.