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RELIGION DE HONG-OU

Nombre de monastères et de pagodes, fondés ou restaurés, remontent à cette époque de transition. Leur splendeur attestait les efforts de la nouvelle dynastie (indigène dans ses origines et son personnel administratif) pour remettre en vigueur les observances propres et traditionnelles du culte national, trop délaissé sous les Yuen Mongols, plus accueillants aux religions étrangères (1).

Par culte national, j'ai en vue cet amalgame de religion primitive et de bouddhisme confucéen, remanié, adapté, mâtiné de taoïsme,, de chamanisme et de lamaïsme, ce produit bâtard et complexe, qui défie l'analyse par son imprécision, ce mélange éclectique de superstitions et d'usages, moins justiciable de la théologie que du folklore, et très caractéristique de la Chine moderne.

En effet, pour peu qu'on ait vécu en ce pays, on admire avec quelle assurance des statistiques européennes répartissent les indigènes en catégories distinctes de bouddhistes et de confucianistes. Rien de moins chinois, de plus mal fondé en raison, de plus péremptoirement démenti par les faits : la réalité est que des millions de chinois sont à la fois bouddhistes, confucianistes et taoïstes ; seules les communautés catholiques et musulmanes comportent ce pointage, ce dénombrement appuyé sur des chiffres précis. Pour toute autre répartition en croyances religieuses (c'est à dessein que j'omets les «congrégations» protestantes), les éléments numériques, se défendant de l'intransigeante . rigueur qu'on leur suppose^ échappent à toute évaluation exclusive, exigent une place sur plusieurs listes, enjambent les divisions, passent d'une colonne à l'autre, faussent le détail, emmêlent les totaux et démontrent le ridicule de la tentative même (2).

(1) Cf. G. Devéria. «Notes d'épigraphie mongole-ohinoise » pp. 31-33— Item: Mendus pp. 84-86— Sur Confucius et Yu,en (pagode relevée en 1267), et sur l'inâuence de Ye-lu Tchou-t^sai empêchant le massacre général des Chinois.

(2) Elisée Beclus (T. VU. p. 275) avait déjà insisté sur le fusionnement pratique des trois sectes principales : Bouddhisme, Taoïsme, Confucianisme.

ail ne faut pas s'imaginer qu'un Chinois soit confucianiste, bouddhiste, taoïste, comme un Français est catholique ou protestant ; il se prosterne devant le monstrueux Bouddha ou l'idole ou la tablette de Confucius, suivant les occasions et le besoin du moment. Le lettré qui, dans son idole, vénère Confucius, ira dans le temple bouddhiste faire sceller un collier d'argent au cou de son fils, et fera venir chez lui des tao-se pour enterrer sa mère. Je n'ai pa^ vu un seul converti qui sût s'il était auparavant bouddhiste ou taoïste.» F. Colombel S.J. Études 1887.

Je parle de ce que nous avons sous les yeux. Il est inutile de distinguer ces deux religions : les Chinois ne le font jamais dans la pratique. On va à la pagode bouddhique

XXXI T'ai-tch'eng. Pagode de Ki-ming se.

XXXIII Tombeau de Su-ta. p. 175.

XXXIV stèle de Yong-lo pp. 197, 303.

XXXV Cage des criminels p. 215.

s III. RELIGIONS DE LA CHINE. 185

Et, à 100 millions près (population de la Russie), comment établir les rôles d'un recensement exact de la Chine actuelle?

En tout cas, on intriguerait sûrement au plus haut point un indigène auquel on poserait la question : êtes-vous Bouddhiste ou Confucianiste ? D'office, les mandarins eux-mêmes vont aux pagodes de tout genre, l'Empereur aussi.

L'on ferait gorge chaude, en Europe, d'un Chinois assez naïf pour publier les informations suivantes: la France consomme du vin, l'Allemagne de la bière, l'Angleterre du thé, la Belgique du café; — à Paris, 100.000 individus fument le cigare, 55.000 la pipe, 75.000 la cigarette... .

En somme, de tous les documents qui ont motivé cette digression, il ressort que la dynastie des Ming, moins accueillante au début que les Mongols pour la propagande du Christianisme

à la l*"» lune, on appelle le bonze ou le tao-ae le plus voisin pour s'assurer les faveurs de la fortune ; dans une maladie, on va brûler de l'encens à la pagode la plus proche, sans s'inquiéter ni de la doctrine ni de la divinité.» ibid.

«La majorité des habitants de la Chine se complaît dans plusieurs religions, croit en plusieur divinités, bien que ces religions ne s'accordent nullement entre elles», de Harlez. La Controverse et le Contemporain, 1885 p. 601.

"But in religion, the Chinese go in for a triple alliance of Confucianism, Taoism and Buddhism. Sometimes a man is only a follower of Confucius, sometimes he is only a Taoist, sometimes ail three, sometimes only two. And so for anybody to ask what are the numbers of Confacians, Taoists and Buddhists in China". Lettres de trois cyclistes, Fraser, Lunn and Lowe. N. CD. N. 19 janv. 1898. Autant demander combien d'Anglais préfèrent la sauce blanche à la sauce piquante.

Le Gouvernement chinois reconnaît les dignitaires bouddhistes et taoïstes. — ^V. ap. Mayers, Chinese Government, les principales dignités de ces deux sectes, reconnues et patronnées par le Gouvernement. Part X.

En fait, comment le Gouvernement chinois, qui a si souvent proscrit bonzes et tao-se, pourrait-il bien à cette heure déterminer quelles sont à ses yeux les religions hétérodoxes Sié-kiao (-Jp ^) condamnées par les lois de l'Empire ?— Le christianisme est probablement pour lui la pire de toutes : «le cléricalisme, c'est l'ennemi!»

Cf. Douglas ^^China'* London 1882, pp, 316-818 : Amalgame des 3 doctrines, emprunts et concessions réciproques. "Confucianism has provided the moral basis on which the national character of the Chinese rests, and Buddhism and Taoïsm hâve supplied the supematural éléments wanting in that System — Speaking generally then, the religion in China is a medley of the three great sects, which are now so closely interlaced that it is impossible either to classify, localise or enumerate the members of each creed.» Bouddhisme: Loi S— Taoïsme: Voie JS — Confucianisme : Doctrine,,instruction JJ •

Cf. fin du chapitre précédent, et Devéria, note sur l'épigraphie Pasgpa. — V. etiam Missions de Chine et du Congo n° 28. mars 1891. Cimetières chrétiens de Mongolie, découverts par le P. de Brabandére en 1890. — pierres tombales crucigères — deux Cimetières chrétiens trouvés près de Ili en 1886. Journal asiatiq. : nov. déc. 1886.

A l'entrée de beaucoup de pagodes nankinoises, on trouve l'inscription Ming-tHen tati^^^J^T^ Magni cceli magno Imperatori, équivalence du D. G. M. des Bomains^

que les T'ang du VIII* siècle pour celle du Nestorlanisme (1), entreprit dans une pensée politique, de favoriser une sorte de réaction religieuse, moins au bénéfice du confucianisme officiel que des superstitions bouddhiques.

Nous verrons plus tard la dynastie actuelle, tartare-mandchoue, à peine chinoise, renchérir encore sur cette tactique et amener ce double culte, qui se compénètre de plus en plus, au point culminant occupé par lui dans les institutions et les habitudes du Céleste Empire.

Hong-ou irrité, en 1372, à la lecture d'un passage de Mengtse^ Taccusa d'avoir parlé sans respect de la dignité impériale. Il ordonna de le dégrader, en expulsant sa tablette des temples de Confucius. Puis, il déclara coupable, par avance, quiconque oserait lui soumettre des observations à ce sujet. Un lettré, président du Bureau des châtiments, lui fit une courageuse observation. Dans un nouvel édit, l'empereur réhabilita Mencius et le rétablit à sa place comme l'un des assesseurs de K'ong foU" tse. Il déclara en outre qu'il constituait l'un des plus sûrs interprètes de la doctrine du philosophe (2). Quant à ce dernier, explique du Halde (I. 444), nHong-ou ne permit pas qu'on lui rendit les honneurs qu'on rend aux Rois, ainsi qu'avaient fait quelques-uns de ses prédécesseurs : mais il voulut qu'on l'honorât en qualité de Sien-ssée, c. à d. de maître de l'Empire.» En somme, comme la majorité des souverains et la masse des lettrés du céleste Empire, il descendit logiquement la pente fatale qui part du confucianisme rationaliste et égoïste pour aboutir au fétichisme bouddhique (3).

§ IV

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