DYNASTIE DES M/NG.— RICCI
AERIVÉE DE RICCI, 1595.— ÉTABLISSEMENTS, CIMETIÈRES. 8IU ZO^^TG^-^-'J. — PERSÉCUTION. (1)
Bien que mis au fait de la déchéance politique de Nankin, le P. Mathieu Ricci (1552-1610), arrivé en Chine dès 1583, ne tarda pas à s'acheminer vers ses murs. Nankin restait pour lui la capitale de la civilisation, la métropole historique et légendaire, la patrie chinoise de la culture intellectuelle et policée, le séjour habituel de la société élégante et des classes influentes. Il y fît son entrée le 31 mai 1595, y revint Tannée suivante, puis en 1599. Aux deux premiers voyages, on lui refusa l'autorisation de demeurer intra muros ; il habita dans sa barque, au milieu d'un des faubourgs occidentaux, tous plus populeux jadis qu'aujourd'hui. Grâce à ses précieuses relations avec les classes lettrées et mandarinales, séduites par son savoir, sa vertu, et si abaissées depuis lors, il tenta, non sans succès, d'y établir la base provisoire de ses opérations apostoliques, avec le centre des chrétientés de la Chine moyenne.
Son plan, sagement mûri, était de tout ménager en cette ville pour aborder Pékin, la récente capitale de fait, but ultime de ses lointains voyages. S* François Xavier n'avait-il pas nourri le même espoir ? Epuisé par des années d'escarmouches victorieuses autour de la place, il avait succombé (1552) à 47 ans, aux portes mêmes de l'imprenable citadelle du paganisme chinois.
(1) Nous trouvons dans le Kou-kin-ta^o-lio o ^ ffi| PC » abrégé de l'histoire du sel, ancienne et présente, . un détail fort curieux. C'est la note de la quantité et de la qualité du sel consommé à la Cour de Nankin à l'époque des Ming.
Chaque année on dépensait :
1*^ pour les sacrifices aux idoles, 2000 livres de sel gris et 400 000 livres de sel blanc.
2® pour les gardiens des tombeaux dans la nécropole de la famille impériale, 3000 livres de sel blanc.
3^ pour les princes vivant à la Cour, 200 000 livres de sel gris et blanc.
4" pour les serviteurs de ces princes, 3500 livres.
5" pour les sacrifices aux mânes des ancêtres, 190 livres 6 onces de sel blanc le plus pur,
6* pour les musiciens de service à ces cérémonies, SOOOflivres de sel gris.
Tout ce sel provenait des salines de la Hoai.
210 GH. XII. DYNASTIE DBS MINa.-— RICCI.
Sur Ricci, sagement conseillé, Nankin exerçait une indéfinissable attraction par son passé plus encore que par son présent. Au reste, il n'y voyait qu'une étape pour monter à Pékin.
Le P. Trigault (1) a consigné en un latin, plud sémillant que précis, de curieux détails sur ces rapports de Ricci, à Nankin, avec rélite de la société nankinoise : Présidents des six Tribunaux, Princes du sang, noblesse indigène et locale (2), lettrés de marque, bonzes diserts et influents, eunuques hautains et tyranniques, grands mandarins tant civils que militaires. Ces derniers se montrèrent souvent, alors comme de nos jours, moins réfractaires que leurs collègues de la Littérature à l'influence chrétienne. Hommes d'action énergiques, ils ont moins subi Tinfatuation déformatrice d'un système d'études vaines, insuffisantes et arriérées.
En juin 1598, Ricci quitta donc Nankin pour monter par terre à Pékin. Il venait de passer dix jours à Kin-^yong ^ jgS, la patrie d'origine des Ming, dans le palais du vice-roi du Kiang-nan Tsao Sin^tang. Dénommé vice-roi de Sou^tcheou (rancienne Kou^ sou j^ im), le haut fonctionnaire ne résidait pas à Nankin, Cour royale^ et son séjour à Kiu-yong explique partiellement la splendeur relative de cette petite ville toute en ruines aujourd'hui (3). Wang Tchong-ming était alors Président du Tribunal des Rites, et Ricci sut gagner sa faveur.
Au retour, de Pékin, il passa par Sou'-tcheou, puis par Tan^yang, où son fidèle ami Kiu TaUsou le soigna dans une grave maladie. En janvier 1599, Ricci traverse Tcken^kiang et, rentré à Nankin (6 février), y revoit Wang Tchong^ming et le vice-roi. Au mois de mai suivant, il achète à demi-prix un tribunal que Ton dît hanté et, de ce fait, inhabitable. Cette maison, située non pas sur l'emplacement de la Mission ca-
(1) Trigault vint à Nankin au courant de 1611. Il y revint après un voyage à Hangtcheou et à Pékin : il quitta Nankin en 1612 pour aller à Maoao et en Europe. P. Havret. Si-ngan fou. II p. 87.
(2) Cf. de Chrittiartà eœpeéUtionej chap. 5, 6, et 7» du livre IV. — La noblesse dont il s'agit plus haut et qui "seule représente notre noblesse d'Europe" était en partie formée de la descendance directe des généraux anoblis par Hong-ou. Le P. Ricci fut invité par le jeune chef de la plus opulente de ces familles (au train quasi royal) à visiter son merveilleux jardin; on le taxerait aujourd'hui de truqué à la chinoise, (cf. op. cit. p. 856.) La romanisation latine de Trigault désigne ces nobles héréditaires par le vocable de Qmocww; faut-il l'identifier avec celui de Kouo-kong? et s'agit-il du jardin de Su Ta^ sis, d'après les plans indigènes, tout auprès et au sud-est de la mission catholique actuelle ? Ou bien n'est-ce pas simplement le nom d'un particulier Kouo^ suivi de Tappellatif Kong S Monsieur ii, Li-kong; Monsieur Kotio, Kouo-kong 135 ^ etc.
(3) Kiu-yong est situé à une petite journée -de marche à l'est sud-est de Nankin. — Un peu plus tard, à Nankin même, le P. Sambiasi eut occasion d'exposer les vérités du Christianisme aux mandarins de la suite du vice-roi, venu de Kiu-yong, sur ordre impérial, pouc présider les sacrifices rituels au Tombeau dynastique de Hong-ou.
s t. Èicoî À NÂNitm. 211
tholique actuelle, mais à Hôiîg-men kang, aVaît été bâtie par le Président des Travaux publics. En arrivant, l'actif missionnaire avait logé avec son ami dans les dépendances de la Pagode Tchéng*ngen se ^ ,@, ^ (1), au centre de la vieille cité, à quelques pas au sud-est du pont Nei kHao ^ :f§. Deux frères coadjuteum chinois Jean et Sébastien Fernande^: raccompagnaient dans ces tentatives d'installation.
Est-ce là qu'il reçut la visite du brillant lettré de ChangAiài> admis, deux ans auparavant, à Pékin, en tête dô la liste des licenciés, et dont la conversion ultérieure devait avoir un si du* rable retentissement, au profit de la diffusion moderne du Christianisme en Chine (2) ?
Les données historiques dont nous disposons nous apprennent seulement que Siu Koang-k'i ^ 3È gt, candidat au doctorat, de passage à Nankin en 1600, y vit Ricci pour la première fois et recueillit de sa bouche les notions préliminaires, concernant la religion occidentale.
Ricci partit de cette ville le 18 mai de la même année, y laissant installés les Pères Cattaneo et de Rocha, au milieu d^utie cinquantaine de néophytes, répartis principalement en deux embryons de chrétientés, l'une au Han-si men, l'autre vers Kiang^ long men. Le plus âgé des deux Pères Emmanuel Diaz, les Visita en 1603. Deux ans après, on agrandit la modeste résidence du poste central par l'acquisition d'un terrain avoisinant. L'on venait de baptiser trois princes de la famille impériale, soUs les noms significatifs de Gaspar, Melchior, Baltha^ar, prémices de cette gentilité.
En 1605 sous Chen-tsong ( 1573-1620), il se produisit une tetttative d'émeute que le P. de Mailla, (X. p. 394) expose ainsi. «A la 11® lune, les mandarins de la cour de Nan-kin^ devant aller en corps à la sépulture impériale (de Hong-ou) faire les cérémonies accoutumées, un certain Lieou THèn^ôiu îfj ^ j^, de Fong-»-yang fou, secondé par neuf brouillons comme lui, rassemble plus de 10»0ÔO
(1) On releva cette pagode d'importance secondaire en 1896. Jadis hôtel d'un eunuque de la Cour, l'empereur King-tai (^ ^) le transforma en temple et lui donna le nom qu'elle conserve. {Cf. Kiang-ning fou tche flQ ^ /jj j© Kiuen X. p. 14.) Les auberges pour voyageurs abondent encore en ce quartier affairé. Des morceaux de fitèles fragmentées, épars Aux environs, laissent encore lire quelques traita relatifë ati délèbt^ eunuque.
(2) La famille de ces Siu f^y fixée aujourd'hui ^ Chwttg-hai et aux enVironë, habitait le pays de K^aûfongfou au début de la dynastie des Song (960-1280). La ville de Chang-hai montre un temple et un portique d'honneur, p^ai-leaUj élevés à la mémoire de Siu Koang-kH. Sa tombe mandarinale se voit près de la route qui mène à Zi-ka-wei (Siu-kia-hoei). Annales delà Prop. delà Foi. Lettre de M. Faivre, Lazariste miss, à Nankin, déo. 1842 p. 306. Visite au tombeau de Siuko-lao (de la femme et de la fille unique) description des animaux en pierre.
212 GH. ZII. DYNASTIE DBS UIHÙ. — ^RIGGI.
séditieux : il vouloit profiter du moment de cette cérémonie pour faire main basse sur eux, et se rendre maître de Nanking ; mais le Tribunal de la guerre, instruit de leur dessein, avertit les mandarins de ne pas sortir de la ville : on ferma les portes, et la garnison prit les armes contre cette multitude, qui fut bientôt dissipée. On arrêta Lieou T'ien-siu avec ses neuf complices et quarante des principaux. Gomme ces quarante étaient moins coupables, ils eurent la tête tranchée : Lteou T^ten-siu et ses neuf camarades furent condamnés à être exposés la cangue au col et à mourir de faim. L*Empereur confirma cette sentence, qui fut exécutée dans toute sa rigueur.»
A cette date de 1606, le P. Vagnoni séjourne à Nankin. Toutefois il ne devait être nommé Supérieur-général des Missions que trois ans plus tard.
En 1607, une centaine de baptêmes y sont conférés par ce dernier, aidé de trois collaborateurs, les PP. Ribero, de Silva et de Rocha. Ce dernier quitte la ville en 1609, après y avoir baptisé Paul SiuKoang-kH; Tillustre néophyte revint auprès des Pères passer la fête de Noël en 1610, année (ou 1611?) où ils posèrent la première pierre d'une église publique, qu'une croix de marbre allait bientôt dominer. Ce fait indique le chemin parcouru en quinze ans.
Plusieurs mandarins furent alors admis également au baptême. Nous verrons de leurs descendants rester noblement fidèles au dernier des Ming réfugié au Koang-si, lors de l'invasion de la dynastie tartare, encore régnante. Parmi eux Ton signale le chrétien Martin Tsin, général des troupes de l'infortuné monarque, le dernier des empereurs chinois^ si l'on exclut de la liste le souverain des T'ai-p'ing et son fils, qui, pendant onze ans, firent de Nankin le siège de leur gouvernement insurrectionnel. (1853-1864).
En 1611, Vagnoni Supérieur-général, se retrouve à Nankin, ainsi que le P. Nicolas Trigault, auquel il prescrit de rédiger les notes manuscrites du P. Ricci, décédé en 1610 à Pékin. C'est l'origine du précieux ouvrage De christianà expeditione ad Sinas, où sont consignés tant de renseignements inédits, mêlés de judicieuses appréciations.
Cette année aussi, à Pékin, Paul Siu usait de son crédit grandissant pour faire confier une première fois aux missionnaires la réforme du Calendrier de l'empire Hoang^li, ou « Calendrier jaune (1).» Il faut entendre cette mesure en ce sens que les Pères furent autorisés à aider les Docteurs chrétiens Paul Siu et Léon Li chargés de cette besogne.
(1) Mesny's Ch. Miscellany p. 260, n° 1292, appelle Hoang-li le calendrier jaune "the Chinese impérial calendar, as issued annually by the^Board of impérial astronomy. Peking".
s I. ACCUSATIONS DE CHEN-KIO, 1616. 213
Trigault partit en 1613 de Nankin; envoyé en Europe, il l'atteignit par les Indes et la Perse ; il devait en revenir après 7 ou 8 ans d'absence pour mourir à Hang^tcheou, qui garde sa tombe.
Sémédo vient alors se faire le collaborateur de Vagnoni dans ses œuvres de zèle à Nankin, que les P. Rodriguez et de Spira ne font que traverser. En 1615, Vagnoni et Sémédo sont les seuls étrangers habitant cette ville. Ils ont avec eux les deux frères chinois Jean et Sébastien Fernandez.
La sinistre année 1616 évoque la date de la terrible persécution qui faillit ruiner à jamais les consolants résultats de tant d'efforts. L'église et la résidence courent les plus imminents dangers. Le haineux Chen-kio ff^ JH, (1) l'un de ces confucianistes pharisaïques dont la lignée est si loin de disparaître, se trouvait alors Vice-président du tribunal des Rites à Nankin. Les mots de vertu aux lèvres, mais le cœur débordant du fiel de la moins excusable iniquité, il présente à la Cour son premier acte d'accusation contre le Christianisme.
La Cour hésite à persécuter. Dans un deuxième factum aussi éhonté, il reproche à Vagnoni, parmi d'ineptes accusations, «d'avoir établi sa demeure devant le palais du fondateur de la dynastie des Ming.» Ce détail topographique est accompagné d'un autre : En dehors des remparts, Vagnoni possède encore une maison de campagne, située directement en face du tombeaq du même fondateur de la dynastie régnante. Là une colline a été choisie pour être la demeure du "dragon impérial": peut-on permettre à ces rats méprisables d'en souiller le sol (2)?
De ces accusations retenons ceci: les missionnaires possédaient alors une maison de campagne, une chapelle probablement (avec un Kong-souo, ou centre de réunion pour les chrétiens), auprès du bourg de Hiao-ling wei, sur la route de Tchen-kiang^ presque au sortir de Tchao-yang men, en vue du Hoang ling, ou sépulture des Ming. La partie sud proprement dite de ce tombeau impérial et dynastique se trouvait occupée par les vastes Temples du Ciel et de la Terre, dont il reste si peu aujourd'hui.
En outre, l'acte d'accusation en témoigne aussi, la Mission occupait en ville, tout auprès de Hong-ou men, au bord ouest de la belle avenue dallée, Yu-lou ^ 0, qui relie cette porte au palais impérial, un établissement à l'ouest du tertre modeste (un remblai plutôt), connu encore, dans la ville tartare, sous le nom de
(1) Il était originaire de Hang-tcheou (Tché-kiang).
(2) Mémoire adressé par Chen-kio à l'Empereur Wan-li, mai 1616. Le Pien-kU 5/f fS ' apologie chrétienne par le P. de Pantoja (1571-1618) réfute ce grief que les missionnaires «habitent à Nankin une maison près du Kong-pou Jl pP Bureau des Travaux publics.»
ta CH. XII. DYNÀtTIB DS8 MINA. «<** CHRISTIANISME.
Honç'OU hang ^ jK BQi ou Butte de Hong'Ou (1).
Pour résumer ce qui regarde les anciens établissements des missionnaires à Nankin : Riooi avait logé en 1599 à la pagode de Tch'eng^ngen se ^ ,g, ^, au milieu de la partie de la ville où la population est des plus denses. Il acheta, à cette date, une maison ou hôtel, près de Hong^ou men, intra muros^ et y installa une résidence, confisquée par Chen^kio en 1616. Le P. de Hocha avait un poste-annexe, avec un oratoire, h, Hiao-^ling wei, a proximité du tombeau de Hong-ou. Le P. Sambiasi put ensuite acquérir en 1637, grâce aux libéralités de trente chrétiens, le terrain du cimetière de Yu^hoaV^i, au sud du Nan men 2), et un autre emplacement, contigu sans doute à celui acheté par le P. Ricci, de la Mission catholique actuelle. Cet établissement serait donc un des plus anciens subsistant en Chine, et encore en mains européennes. On dressa à la porte une dalle portant gravé un éloge de la religion chrétienne, composé pour cette église, par un lettré célèbre de Nankin. Enfin, Tan 1641, Sambiasi, profitant de ses bonnes relations avec le vice-roi, acquit en ville la colline HoU'-chen ohan 8| jji|l [i|> au sud-est de Ts'ing^liang chan; il y éleva une chapelle, sur la façade de laquelle il inscrivit ces trois caractères mêmes, dont le sens est «Montagne de TÂnge gardien.» Les catholiques n'y possèdent plus qu'un cimetière, auprès de la pagode Hou-kiu koan J^ |B N> ^^ ^^^ missionnaires y ont leur pépuUure.
(1) Yu-lou oa Yu-iao "la route précieuse" désigne une voie impériale ; tout ce qui appartient ou a trait à l'empereur est qualifié de Yu «impérial» ; Hotig-ou kang peut Ûguifier pratiquement le bourg de Hong-ou men. (Non loin de Ta-Ming men).
«In eminentiorî situ civitatis fluminis alluyionem' illudebat. . Ërat in primario totius urbis vico, cujus latitudo fere in jactum lapidis exteuditur... Régis palatium, magistratuum tribunalia circumcirca conspiciebat . . . Cubicula, aul«e, decem ferè Nostris Buffioiebant... E vico ad alterum vicum longitudine (est-ouest) sua penetrabat et habebat in utrumque egrediendi commoditatem.wTrigault, "de Chriatiana Bœpeditione" ; libr.IV. c. VIII. p. 380 ou 371.
D'après les indications complémentaires du Pou-sié-tsi Qt W S » on s'accorde à placer cette résidence de Ricci (mai 1599) en ville, auprès de Hong-ou men^ entre deux rues qui aboutissaient à l'est au Yu-lou la "route précieuse" partant du sud de la ville impériale.
Confisquée, elle fut rachetée 150 taëls en 1616 par un Li Tch'eng ^ J^ . Elle était dans la rue Tch'ong-li Mai ^ H ^, quartier occidental Si-ynglB S » au n'» 3 8an-pou Zl W et présentait sept chambres de façade orientée au sud. Une tradition persistant chez les catholiques d'aujourd'hui témoigne de la parfaite installation de cette demeure, ot affluait le monde mandarinal et lettré.
Je suis redevable an R. F. Colombel de ces renseignements et de plusieurs «autres concernant cette époque.
(2) On y inhuma sans [retard plusieurs missionnaires décédés ailleurs ces années précédentes.
i II* ^BRSBGUTION W Cl|BN<*i.lO. 2lS
§ II
EXPULSION DES MISSIONNAIRES— RÉPOBME DU CAL^iNDRIBB.
L'orage avait pourtant grondé au milieu de cette atmosphère si sereine. Le 30 août 1616 était parvenu à Nankin Tordre (expédié dix jours avant de la Capitale, au nom de Wan^li) d'emprin sonner, puis d'expulser les Pères, c, à d. outre le frère Sébastien Fernandez si méritant, les Pères Longobardi, Aleni, Vagnoni et Sémédo. * Avertis à temps, les deux premiers, attachés à la résidence de Pékin, s'esquivèrent sans retard. Vagnoni est incarcéré le lendemain, avec le F. Fernandez (châtié de 35 coups de bambou en deux fois), et les gens de la maison, soit quinze arrestations en tout.
Plusieurs chrétiens furent abominablement torturés ; puis deux succombèrent, dans la geôle même, par suite des supplices, se refusant à renier leur foi.
Le décret de Wan-h' fut promulgué le 14 février 1617; il bannissait les Pères (1). Le 16 mars suivant, Vagnoni et Sémédo sont mandés au tribunal de Chen-kio. Sémédo malade y est porté sur des planches, une porte de maison peut-être, et on daigne l'exempter de la bastonnade. Vagnoni reçoit dix coups seulement, mais si cruels que ses plaies mirent un mois à se cicatriser. Revenu chez lui, il subit une nouvelle perquisition mandarinale, et on le ramène en prison avec Sémédo. Condamnés à l'exil, on les introduit dans une cage trop étroite (2), où on les enchaîne,
(1) L'on a osé insérer le document suivant, contre la religion catholique, dans le
nouveau T^ong-tchs Ohang-yuen et Kiang-ning hien tcke ^fa JBf» îS ' édition
1874 des Chroniques des deux sous-préfectures de la ville de Nankin (Kiu^n 8, page 10).
«La 9* année de Wan-li ^ jR) Li Ma-teou ^ 9 K pénétra en Chine; et ses disciples l^ang Fon^-sou (Vagnoni) et Yang Ma-nao (B. Di&z junior) deux portugais, habitèrent à Nankin pour propager et prêcher la religion perverse du Seigneur du Ciâl (Christianisnie). Il y eut, en fait, des gens qui se laissèrent tromper par eux. 8iu Jou-kou W iO liîF) agent du Bureau des Bites fS 1]S 11^ ^t* f expulsa ces prédicateurs. La 46* année du susdit empereur, ces européens quittèrent la ville. Mais Wang Fongsou^ ayant changé son nom, y rentra plus tard et en séduisit le peuple de nouveau.» Une note indique que ce texte est tiré de l'Histoire des Ming.
Le nom de Wang Fong-sou ï H JJ fut en effet remplacé par celui de f^ao Ztche f^ ""^ >iîi»*
(2) J'ai rencontré parfois dans les rues de la ville, quelqu'une de ces cages destinées au transport des grands criminels. Construites en barreaux de bois grossier et tout à jour, elles mesurent environ 1 mètre de large, autant de longueur et !■» 50 de hauteur. On n'y peut demeurer qu'accroupi. Quatre hommes les transportent, comme des palanquins, au moyen de longs bambous, engagés sur les côtés. Le voyage s'exécute à petites journées, et sur la route, le peuple a tout loisir de satisfaire sa curiosité ou son animosité (Ph. XXXV).
216 GH. XII. DTNA8T1B DBS MIN&. «—CHRISTIANISME.
(30 avril 1617); puis on les emporte par voie de terre à Canton, qu'ils atteignent après un mois. On ose à peine relater leurs souffrances au cours de ce voyage.
En 1618, ils furent reconduits avec quelques égards à Macao. Vagnoni mourut au Chen-si eh 1640. A Nankin, Ton avait torturé les frères Sébastien et Jean Fernandez.
L'Église avait été renversée avec la résidence, et une partie de l'argent provenant de la vente des matériaux fut affectée à la réparation du tombeau de l'eunuque Hoang'kong.
La tempête fit place à une courte accalmie. En 1620, le P. de Spira (Van Spiere, de Douai) revenu à Nankin, y passa presque un an, dans une maison achetée par les chrétiens. La persécution portait ses fruits surnaturels : il y baptisa 50 adultes.
L'année 1622 ramena une recrudescence de sévices. On affecta de confondre les chrétiens avec les rebelles du Chan-tong, embrigadés dans la Société secrète du Pé-lien kiao â iS Sit ^^ Nénuphar blanc. Trente-quatre néophytes sont jetés encore en prison et torturés. Un vieillard du Kiang-si, nommé André, mourut à Nankin même, des suites de tourments horribles. En parcourant les rues de cette ville, le souvenir de ces épreuves glorieuses a bien souvent envahi notre pensée!... Chen-kio, f)j^ ^ devenu iiCo-^ao |9 ^ ^ Pékin, pouvait assouvir sa haine contre les convertis de Nankin, malgré la courageuse attitude et les efforts intelligents des mandarins baptisés (1).
Tout a une fin; le 27 sept. 1629 un édit impérial enjoignait à Paul Siu de procurer la réforme du Calendrier. Gomme il gardait la présidence du Bureau, dont il avait à choisir les membres, il en profita pour s'adjoindre quelques docteurs chrétiens, puis les PP. Lohgobardi et Schreck, beaucoup plus connu sous son nom latinisé de Terrentius, parfois travesti en Terrenz ou Terrence. Adam Schall et Jacques Rho leur succédèrent. Hongou, fondateur des Ming, avait introduit les méthodes de calcul des mahométans dans l'élaboration de ce calendrier ; mais, aux mains d'opérateurs ignares, peu au fait des théories spéculatives, le mécanisme s'était détraqué, affolé. Sans plus fournir les résultats pratiques, uniquement convoités, il se trouvait hors de service et d'usage. Nul ne savait désormais exploiter les procédés empiriques, appliquer les formules utilitaires, léguées par les directeurs d'antan. Et même au jugement d'une science trop courte pour les remettre au point, en état, elles se trouvaient
(1) Cf. Behaisne (Vie du P. Trigault... p. 155) qui cite ou traduit quelques documents originausi Voir surtout les notes érudites du 2* vol. consacré par le P. Havret à la Stèle de Si-ngan fou (Var-sin. n** 11), On y trouvera (en attendant la publication d'une histoire plus détaillée, que j'ai lieu de croire en préparation immédiate), de précieux renseignements sur la physionomie du Nankin catholique à cette époque.
s III. JÉSUITES OCCUPÉS À RÉFORMER LE CALENDRIER. 217
inexactes, fautives, menteuses, sans objet, puisqu'elles induisaient en erreur.
Ainsi les horloges portées à la Cour s'étaient-elles arrêtées, quand les donateurs n'avaient plus été là pour les remonter. Ainsi d'ingénieux automates gardèrent-ils des poses éternellement figées ! Ainsi encore, et plus tard, s'obstruèrent les conduites des Choei^fa ;f(C ^ ou travaux hydrauliques du P. Benoist au Yuen-ming yuen, dès qu'ils furent confiés aux soins exclusifs de l'incurie chinoise ; des porteurs d'eau durent bientôt en alimenter les réservoirs ; puis tout fut délaissé et ravagé.
Contraints par l'embarras d'une situation inextricable, mis en demeure de réparer un organisme qui ne fonctionnait plus et qu'ils n'avaient jamais bien compris, incapables de mener à bien la réforme urgente, réclamée en haut lieu, les mathématiciens de Pékin avaient donc suggéré à l'empereur de faire appel au savoir astronomique des missionnaires. D'après le P. de Mailla (X. 397), «le chrétien Pierre Li Tchi-tsao ^ je ïl président du Tribunal des Rites de la Cour à Nankin,» adressa un mémoire à Wari'li, la 41® année de son règne (1613) pour lui proposer d'employer les PP. de Pantoja, Longobardi, 8. des Ursiiis et Emm. Diaz le jeune, à la réfection du calendrier en détresse (1). On sait comment le conseil fut suivi ; pendant plus d'un siècle, des jésuites, puis d'autres missionnaires, demeurèrent chargés à Pékin de ce service officiel. Entre-temps, le P. Sambiasi avait reçu (1634, sous Tien^ki) l'ordre de déterminer la position géographique de l'ancienne Capitale du sud. De Mailla.
Les autorités de Nankin reçurent notification officielle, par les soins de Siu Koang-k'i, qu'il déléguait le missionnaire en cette ville, au nom de l'empereur. Le service du Tribunal des Mathématiques y réclamait sa présence : on avait notamment à prendre la hauteur du pôle, pour en déduire la latitude de Nankin; l'observation de quelques éclipses, ce qui impliquait un assez long séjour, permettrait en outre de vérifier la longitude du lieu. Siu Koang^k'i mourut sur ces entrefaites ; son successeur, Li THen-^king ^ Ji j^, n'en prorogea pas moins sa mission officielle au P. Sambiasi, délégué impérial, et dûment accrédité auprès des mandarins. Lors d'une éclipse de soleil, le Père traça devant eux, par avance, sur une feuille de papier, une sorte de graphique des phases successives du phénomène. L'heure venue, l'ombre du style d'un cadran improvisé suivit docilement la courbe anticipée, dessinée par le missionnaire astronome. Quelques centaines de conversions, dont celle d'un eunuque du palais, vieillard de 75
(1) Le "Docteur Léon," baptisé en 1610 par Bicci, et originaire du Tché-kiang, figure dans les relations sous les noms de Li Tche-tsao ^ Z SI» J^i Ngo-ts^oen ^ ^ ^î Li Tchen-tche ^ ^ Z f Li Liang-ngan * tR ^' Beçu docteur en 1598, il remplit à Nankin une charge au Bureau des Travaux publics.
XXI stèle des Han à Li-ehoei. pp. 33, 276.
XXXVI Parade.
s III. JÉSUITES OCCUPÉS À RÉFORMER LE CALENDRIER. 217
inexactes, fautives, menteuses, sans objet, puisqu'elles induisaient en erreur.
Ainsi les horloges portées à la Cour s'étaient-elles arrêtées, quand les donateurs n'avaient plus été là pour les remonter. Ainsi d'ingénieux automates gardèrent-ils des poses éternellement figées ! Ainsi encore, et plus tard, s'obstruèrent les conduites des Choei-fa ;}( ^ ou travaux hydrauliques du P. Benoist au Yuen-yning yuen, dès qu'ils furent confiés aux soins exclusifs de l'incurie chinoise ; des porteurs d'eau durent bientôt en alimenter les réservoirs ; puis tout fut délaissé et ravagé.
Contraints par l'embarras d'une situation inextricable, mis en demeure de réparer un organisme qui ne fonctionnait plus et qu'ils n'avaient jamais bien compris, incapables de mener à bien la réforme urgente, réclamée en haut lieu, les mathématiciens de Pékin avaient donc suggéré à l'empereur de faire appel au savoir astronomique dés missionnaires. D'après le P. de Mailla (X. 397), «le chrétien Pierre Li Tchi-tsao ^ je -ïl président du Tribunal des Rites de la Cour à Nankin,» adressa un mémoire à Wan-li, la 41® année de son règne (1613) pour lui proposer d'employer les PP. de Pantoja, Longobardi, S. des Ursihs et Emm. Diaz le jeune, à la réfection du calendrier en détresse (1). On sait comment le conseil fut suivi; pendant plus d'un siècle, des jésuites, puis d'autres missionnaires, demeurèrent chargés à Pékin de ce service officiel. Entre-temps, le P. Sambiasi avait reçu (1634, sous Tien^ki) l'ordre de déterminer la position géographique de l'ancienne Capitale du sud. De Mailla.
Les autorités de Nankin reçurent notification officielle, par les soins de Siu Koang-h'i, qu'il déléguait le missionnaire en cette, ville, au nom de l'empereur. Le service du Tribunal des Mathématiques y réclamait sa présence : on avait notamment à prendre la hauteur du pôle, pour en déduire la latitude de Nankin; l'observation de quelques éclipses, ce qui impliquait un assez long séjour, permettrait en outre de vérifier la longitude du lieu. Siu Koang^kH mourut sur ces entrefaites; son successeur, Li T'ien-king ^ ^ j^, n'en prorogea pas moins sa mission officielle au P. Sambiasi, délégué impérial, et dûment accrédité auprès des mandarins. Lors d'une éclipse de soleil, le Père traça devant eux, par avance, sur une feuille de papier, une sorte de graphique des phases successives du phénomène. L'heure venue, l'ombre du style d'un cadran improvisé suivit docilement la courbe anticipée, dessinée par le missionnaire astronome. Quelques centaines de conversions, dont celle d'un eunuque du palais, vieillard de 75
(1) Le "Docteur Léon," baptisé en 1610 par Ricci, et originaire du Tché-kiang^ figure dans les relations sous les noms de Li Tche-tsao ^ JZ SI) -^^ Ngo-ts^oen ^ ^ ^f ? Li Tchen-tche ^ 'SkZ,^ Li Liang-ngan^Sp iff^ ^« Reçu docteur en 1598, il remplit à Nankin une charge au Bureau des Travaux publics.
218 CH. XII, DYNABTIS DU lflN&.«-<€HRIBTIAMIBtE.
ans, fort influent alors, furent les récompenses les plus appréciées de son zèle perspicace.
Il appartiendrait à l'histoire d'exposer avec quelle haineuse ténacité les adversaires du nom chrétien et de Tinfluence occidentale s'employèrent en haut lieu, le plus souvent par d'inavouables procédés, à contrecarrer les travaux scientifiques des missionnaires. Qu'il nous suffise de renvoyer le lecteur, curieux de ces particularités, au Choix de documents officiels du P. S. Couvreur, qui a reproduit et annoté nombre de pièces sur la question (1).
Le P. de Mailla (X. 447) explique ainsi l'entrée en scène des jésuites astronomes: «Gomme il y avait eu, le 1^^ de la 5^ lune (1629)' une éclipse de soleil, dont le calcul, fait selon la méthode de Ko Cheou-king, astronome de la dynastie des Yuerij ne concordait point avec l'observation, Siu Koang*k% assesseur du tribunal des mandarins de l'empire, proposa» les missionnaires «pour aider à réformer l'astronomie.»
Ce Kouo Cheou^king ^^^i né en 1231, fut présenté à Kou'bi'lai en 1262. Il suivait «la méthode d'occident.» Astronome mécanicien et hydraulicien très inventif, comme son père, il confectionna de nombreux instruments pour l'observatoire de Pékin. Le P. Ricci, qui examina les deux qui subsistent, «en parle comme de répétitions de ceux qu'il vit à Nankin,» sur le Pé-ki ko.
Il semble que les anciens instruments de Nankin et de Pékin furent fondus à K'ai^fong fou (latitude 36*) et se trouvèrent conséquemment inutiles pour la plupart sauf eomme instruments de démonstration. L'observatoire actuel de Pékin fut bâti en 1279. Verbiest l'enrichit et le remania en 1678. Celui du Pé-ki ko daterait peut-être de 1280, quand Kou-bi^-lai «fit fondre 13 exemplaires des mêmes instruments pour être distribués dans tout l'Empire.» Les chroniques de Nankin paraissent le rajeunir d'un
(1) Choix de Documenta. Ho-kienfou^ 1894. Cf. p. 83. Réforme du Calendrier. Mémoire de Tang Koang-sieny Président du KHn-tHen kien SK j^ ffi (Tribunal des Mathématiques), contre Verbiest et ses projets de réformes. Janvier 1619.
— p. 87. Verte réplique de Tempereiir K*ang-hi blâmant le mémoire susdit.
— p. 89. Béponse de Verbiest (janvier 1669) et communication de ses corrections au calendrier de 1669, le 29 déc. 1668.
— p. 91. Béponse ambiguë des Ministres d'État accusant réception du rapport de Verbiest, et concluant à son renvoi à une Commission d'examen. 1669.
— p. 93. Réponse de cette Commission en faveur de Verbiest (1669) et li4 confiant la rédaction de tout le calendrier pour la 9® année de K*ang-hi (1670).
— p. 93. Destitution de Yavg Koang-sien; justification de Verbiest; itemàe Ou Ming-hiuen :^ Çq fel » vice-président du Tribunal des Mathématiques.
Plus, trois autres documents en ce sens. Yang Koang-sien était originaire du Hoeitcheou fou, Ngan-hoei.
{ III. FIN Dsg; MiNa. 219
siècle, et faire honneur de sa fondation à Hong^ou (1).
De Mailla, à propos des instrunients de K^ai^-fong fou, avait cité (IX. 407) un mémoire indigène «où l'on dit (1280) que depuis les Han l'astronomie chinoise avait été changée jusqu'à 70 fois. En dépit de ces adaptations et réformes, la nécessité d'une refonte ne s'en imposait pas moins. Les missionnaires jésuites y pourvurent alors avec assez d'ingéniosité pour que leur œuvre ait pu jusqu'ici, se passer, de retouche essentielle.
Sous Wan-li ( Chen-tsong jjjjf ^ 1573-1620), les Japonais avaient infligé d'humiliants échecs à la Chine débilitée, impuissante, incapable d'en tirer vengeance. Sa dynastie sénile semblait dès lors pencher vers sa ruine.
Koang-tsong ^ ^ (1620-1621 Tc^ou Tch'ang-lou ^ ^ ^, fils de Wan^li) promettait de faire meilleure figure: après quelques mois de règne, il est empoisonné par les eunuques, aux dires des missionnaires contemporains, bien renseignés sur les intrigues du Palais.
Sous T'ien-kH 5Ç JBfc (1621-1628) les progrès des Mandchous s'accentuent au nord ; Tindigne empereur, maintenu en tutelle par Wei Kong-hien, l'un de ces eunuques, meurt de débauches à 23 ans.
Tch'ong-tcheng ^ ||[ (1628-1644) auquel le P. Schall avait réussi à faire observer une éclipse de soleil à Pékin (1642), clôt la liste officielle et dynastique des Mingj émigrés de Nankin, et les derniers souverains chinois.
Les missionnaires eurent à lui improviser une artillerie malgré leurs répugnances bien naturelles, qu'on interprétait pour des sympathies envers les envahisseurs du Céleste Empire. Auprès de Koan-yn men, parmi les premières maisons du village, une
(2) Cf. A. Wylie, The Mongol astronomical instruments in Péking^ Leide, Brill, 1878, p. 36.
Item. P. Colombel, S. J. Missions Catholiques 1888, pp. 102-104.
Trigault, de Christiana Expedit. Le P. Colombel décrit d'après les vieilles relations les 4 instruments fondus à K^ai-fong fou et étudiés à Nankin par le P. Ricci. Il suppose qu'ils ont disparu sous K*ang-hi, quand le P. Verbiest fit prévaloir les méthodes européennes. Quand K^ang-hi vint visiter le Pé-hi ko en mars 1689, cette colline n'était plus qu'un lieu de promenade, v. infra sous K^ang-hi.
Pékin avait conservé deux de ces vénérables reliques qui se voyaient dans la .grande cour de l'observatoire avant l'insurrection des Boxeurs. J'ignore si elles ont pris le chemin des pays étrangers en compagnie d'autres antiquités. M»* Favier en donne de belles photogravures. Ed.
220 CH. XII. DYNASTIE DBS MING. CHRISTfANISME.
stèle, dressée par ce Tch'ong^tcheng , défend d^exploiter les richesses minéralogiques du voisinage, pour ne pas nuire au forxQ'^hoei, aux heureuses conditions climatériques et telluriques de la ''Capitale et des sépultures Impériales/' Il ne prévoyait pas qu'en 1897, sous une dynastie tartare, Ton penserait à exploiter, à une demi-lieue de là, des Glons d*anthracite pierreuse et qu*il serait question d*y employer un outillage européen (1).
Cependant, les Tartares s'enhardissent au point d'installer chez eux un Empereur (1635), sur les confins de la Mandchourie, avec les six grands Tribunaux, rivaux de ceux de Pékin. Les rebelles, prétendants à l'Empire, surgissent simultanément partout, dans la Chine disloquée, avide de réformes et déchirée par les factieux. L'un d'eux, Tchang Hien-tsong S JR ^ (^^ Mailla, XI. p. 17), menaçant les villes de Ngan-k'ing et de Yang-tcheou, fait trembler Nankin, dont il ravage les abords. Bientôt, refoulé partiellement, il se déclare empereur au Se-tch'oan. Ce monstre de cruauté, qui favorisa, puis persécuta les missionnaires, appelés à sa Cour, périt de la main des Tartat;es en 1649 (2).
A Nankin, la religion chrétienne jouissait d'une tolérance moins précaire vers cette époque. La famille Ts'in |R, descendant
(1) Quelques puits d'essai sont percés (avril 1897) dans les collines, hautes au plus de 200 mètres, qui avoisinent les "12 grottes" Che-eul fai tong. Voir au sujet de ces tentatives d'exploitation des richesses du sons-sol dans la région de Nankin, le North China Daily News du 28 janvier 1896. Il traduit un long passage de la Gazette de Pékin (22 sept. 1896) insérant un Mémoire collectif du vice-roi Lieou K*oen-i et do Tchao ChoU'k^ao jSwiS^ Gouverneur du Kiang-aou, sur les dépôts de fer et de charbon trouvés autour de Nankin et de Tchen-kiavg.
(2) de Mailla XI. p. 26. an. 1649. Tchang Hien-tchwtg fsjt tuer au Se-tch*oan ( Tch^e^ig-tou) GOO.OaOh., 400.000 femmes et 25.000 bonzes dans cette Province. Les PP. de Magalhaens et Buglio y baptisent des enfants, à cette occasion.
Louis Buglio, S. J. Li Lei-ae Tsai-h^o TJ ^ »S S Pj !•«' apôtre du Se-tch*oan, y baptisa en 1640 le D»" Pierre de sang royal, qui convertit tous les membres de sa famille.
Le P. de Magalhaens alla l'y aider. De ses mains fut baptisé un mandarin militaire, Thomas Jen Tou avec toute sa famille dans une chapelle qu'il avait dédiée à la S** Vierge au milieu de sa propre maison.
A l'arrivée du terrible Tchang Hien-tchovg en 1643, les Pères s'enfuient et sont rejoints et ramenés : On les introduit au palais en 1644. L'usurpateur, extrême en qualités comme en vices, les fait mandarins, leur commande des sphères célestes et terrestres. Lors des massacres, * les PP. sauvèrent beaucoup de monde et le P. de Magalhaens baptisa une douzaine d'enfants moribonds, tout en courant pour lui-même les plus grands dangers. Le tyran" se fit couronner à Tch^eng-tou en 1646, "Boi et Empereur de toute la Chine." Les PP. baptisèrent plus de 150 personnes, entre autres le beau-père du tyran, qui était venu de Nankin pour accompagner sa fiUe. Il reçut le baptême avec son fils aine, et ils furent nommés Pierre et Paul. Bientôt ses 2 autres fils suivirent son exemple, ainsi que sa mère, ses 2 filles et toute sa maison de 32 personnes. Notes du' P. Pfister p. 298. Le tyran, malgré sa frénésie de cruauté, reconnaissait la valeur de notre Beligion. Souvent les PP. lui tinrent tète héroïquement. Il fut tué le 3 janvier 1647 d*une flèche reçue an côté dans une escarmouche contre les Tartares. Les PP. faillirent être