III. ÉPHÉMÉRIDES
palais des Ming qu'il réduisit presque entièrement en cendres. » D'autres rangent ce désastre parmi les premiers événements du règne de King-tsong (aliàs King-tai ^ ^ 1450-1458). On y ressentit encore en 1484 les tremblements de terre qui, alors, désolèrent Pékin si affreusement.
De fait, pendant ces deux siècles, ciel et terre parurent conspirer à la fois contre la fortune nankinoise ; les Chroniques locales sont encombrées des mentions réitérées de désastres de tout genre. Outre la liste, très fournie, des tremblements de terre, dressée à la page 94, nous y glanons encore les éphémérides calamiteuses qui suivent :
1449, (6® L.) Violent orage pendant lequel sont brûlées les trois salles Kin-chen tien H JI* ^, Hoa-kien tien Ip ^ ^ et Fong-tHen tien ^ ^ SSi- 1454, (l^^e L.) Neige pendant 40 jours. Incendie terrifiant. 1457, (2® L.) Une bourrasque déracine les arbres du ifiao ling ^ ^. Les animaux en pierre du Tombeau du prince héritier /-wen T^ai-tse ^^ ^ :k -f Y sont avariés. 1460, (3®L.) Le temple du rc^'ao-rienfeongf ^ ^C'êP^st incendié. 1466, La famine est si affreuse qu'on se nourrit de chair humaine en ville.
1473, (7® L.) Un ouragan passe sur Nankin, causant d'immenses dégâts aux Terrasses du Ciel et de la Terre, ainsi qu'aux Temples du Hiao ling, 1480, (1) (8® L.) Un coup de vent ravage encore les plantations du Tombeau des Ming,
1482, Un tigre dévore plusieurs personnes aux environs de Nankin. ,
1483, (11° L.) Incendie de l'École nationale, le Kouo-tse Kien. ,, (12® L.) Incendie de la manufacture des vases de porcelaine. Le feu détruit ausgi la résidence de la famille du Ga-l Teng Yu % '^, Prince Ning-ho wang ^ ^ïj 3E-
1485, Un coup de vent arrache les arbres du Temple T'ai miao ^ J^, Les bêtes en pierre de la Ville impériale (Hoang tch'eng g J|J) et celles dressées en avant de la salle Ta-se tien ^ jE Jg, sont aussi partiellement brisées pendant l'orage. Alors, dit KHen-long (Delamarre, op cit.). Nankin est encore une des deux capitales.
1488, (3° 1.) Incendie dans le Jardin intérieur, Nei-hoa yuen ft ?B H- A la 5® lune (comme en 1388), la foudre fendit la tête «de la bête en pierre» de Hong-ou men ^ jlÇ P^. La même tempête ravagea les arbres de la grande avenue du Tombeau des Ming.
(1) 1478, la femme d'un officier, nommé Tch^en Seng-eul ^ fa -S ? met au mond e le même jour trois garçons et une fille, disent les chroniqueurs.
202 GH. XI. DYNASTIE DES MINO (suITB), 1368-1644.
1489, (4* 1.) Le tonnerre renverse le Temple Tsou^che tien jjjg IK fl à C/ien-Io hoan |l^ m ||. Cette dernière pagode est incendiée elle-même quelque temps après.
1490, (7" lune) La foudre renverse les murailles à l'ouest de la porte Ou men âfi p^.
1493, (4* 1.) Incendie nocturne de Tancien palais du Ou wang
,, (12 lune) Le tonnerre dévaste encore les plantations du Htao ling.
1494, L'orage ruine plusieurs monuments publics.
1495, (5" 1.) A la suite de pluies prolongées, un pan de mur au nord de Tch'ao^yang men s'écroule.
1502, Une violente tempête d'équinoxe ravage l'habitation des eunuques au Hiao ling, arrache les arbres, renverse les murs et les balustrades des ponts. Le Yang^tse kiang débordé reflue dans la ville, où il y a jusqu'à cinq pieds d'eau.
1522, (?• 1.) Nouveaux débordements du Kiang et tempêtes furieuses ; murs de la ville, palais et temples s'écroulent.
1523, Longue sécheresse, suivie de famine.
1534, (6® 1.) Dans un incendie au T'ai miao, la cuisine rituelle
et les salons latéraux furent détruits.
1553, (S** L.) Incendie du Kong-yuen J| ^.
1586, (5^ L. ) Pluie torrentielle de 10 jours, avec inondation subséquente. Les barques naviguaient en droite ligne de Kiang^tong men jï }|[ P^ à la porte San^chan men ^ [Ij P5 (Choei-si men).
En 1617, 1619 et 1642, des myriades de souris franchirent le Yang-tse kiang, en s'^puyant les unes sur les autres. Arrivées à Nankin, elles dévorèrent la récolte et les provisions de riz.
Credat Judseus Apella !
1618, Chute d'un énorme bolide rouge à l'occident. 1623, (7° L.) Incendie des constructions de l'ouest à l'ancien
Palais impérial.
1626, (5® L.) Nouvel incendie au Tch'ao-t'ien kong, 1643, (11® L.) Une poudrière saute en ville; plus de 30 personnes succombent par suite de l'explosion.
L'usurpateur, dont le pouvoir se légitimait et s'affermissait chaque jour, outré de la résistance d'abord, puis de la sourde opposition de Yng-Vien fou f^Ji)^ (Nankin), délaissa cette ville au commencement du XV' siècle, pour établir sa Cour à Choent'ien fou JH 3Ç ^ (Pékin). A l'encontre de nombreux auteurs, nous ne voulons point ici introduire de dates précises, autres que celles déjà fournies. Mais à Pékin, l'on répara la muraille aux premiers voyages de' l'Empereur, qui fît commencer la construction du palais vers 1421. Sous les Ming, ville départementale, elle commandait à deux sous-préfectures. En effet, par respect
i m. PÉKIN CAPITALE. 203
pour l'œuvre du fondateur de la dynastie, Yong-lo n'osa ravir à Nankin le titre que cette ville tenait de Hong-ou, son père. Il lui laissa même ses six grands Tribunaux (Lou-pou "f^ |p) et il revint plusieurs fois dans la vieille capitale disqualifiée.
Pour être exact, il faut donc affirmer que le transfert de la Capitale officielle au nord ne s^accomplit que progressivement, et que plus d'un lien rattacha longtemps les deux cités, comme l'ancien régime au nouveau. «Les Ming qui habitaient Nankin, en arrivant dans leur capitale du nord, regrettèrent leurs rizières, leurs lacs de nénuphars, leurs splendides eaux du sud; ils voulurent en avoir l'image, et creusèrent le Che-tch^a hai + ^J M^^ (M^^ Favier, Pékin, p. 351). C'est un vaste lac, hors de la porte Heou men, et dont les aménagements, qui simulent quelque paysage nankinois, ne furent terminés que sous Wan-li IS H.
Les Mongols avaient réparé l'enceinte de Pékin en 1274. Hong-ou «rasa deux de ses portes, du côté du midi, pour la dégrader. Yong-lo, qui en rebâtit les murs en 1409, ne leur donna que quatre lieues de tour.»
La ville chinoise eut des murs en terre en 1524; plus tard on lui accorda des murailles et des portes en briques, puis elle fut réunie à la ville tartare ou capitale (Mém. concem. les Chinois II, p. 153).
En 1437, on revêtit les murs de Pékin d'un parement de briques. Ils avaient 47 li de tour (27 kilom.) et neuf portes comme aujourd'hui. En 1543, les faubourgs du sud (ville chinoise actuelle) furent entourés d'une muraille de 28 H (17 kilom.) de longueur (1).
Ainsi Nankin, découronné encore une fois, resta capitale honoraire de 1406 à 1644, année qui consomma sa déchéance, à la chute de la dynastie des Ming. Elle attend depuis lors le retour problématique de son ancienne splendeur, cette restauration de sa vieille gloire, que plusieurs lui prophétisent d'une vague manière. Elle faillit recouvrer inopinément, il y a trente ou quarante ans, cette dénomination de capitale, sous la domination sanglante des T'ai-p'ing >fç 2p. En temps et lieu nous exposerons comment le fatidique présage se réalisa temporairement alors. Quant à l'avenir, plus que jamais il egt à Dieu !
Les scènes paisibles, presque idylliques, du roman des Deux Cousines, le Yu Kiao-li 3Ê j^ ^^ connu surtout en France par la traduction de Stanislas Julien, ont pour théâtre le pays de Nankin. Plusieurs des personnages sont nankinois. . L'époque choisie est celle de Tchen-t'ong ]£ jg^, nommé après sa mort Yng-tsong ^ ^
(1) Cf. Bretschneider, Becherches historiques ... traduction C. de Plancy. Cf. supra, Introduction.
204 CH. XI. DTNA8TIB DBS MIN6 (SUITB), 1368-1644.
(1436-1450), et les allusions historiques abondent dans cet ouvrage écrit vers 1450 (1).
Plus d'un auteur indigène se plaît à décrire la vie élégante, raffinée, libre aussi et dissolue, de la société nankinoise, au déclin de la dynastie des Ming. Le barbare de Tartarie guettait cette proie riche et facile.
En 1441 nYng-tsong ^ ^ (1436-1450) établit dans les deux capitales du nord et du sud, Pékin et Nankin, des écoles spéciales pour Tinstruction littéraire des militaires.» (Biot, Essai. ..^ p. 444) Cette double fondation témoigne de Timportance relative conservée par Nankin. On appelait Ou-hio |ë^|pt ces écoles; chacune avait ses officiers instructeurs, chargés de former à la littérature, peu technique, cent jeunes «cadets» militaires (ibid, passim).
Comme T'ien-tsin, Ou-tch'ang fou et plusieurs autres villes, le Nankin actuel possède ses collèges pour le recrutement des officiers de terre et de mer, outre une «École de langues», le Tchou-ts'ai hio-t'ang ^ ^ ^ ^, récemment ouvert.
En 1507, on rétablit la charge d'Intendant des Soieries impériales: Nan^king Tc/ie-fs'ao $ ]l^ M^ j^* Un mandarin tartare en est encore le titulaire.
D'effroyables malheurs s'abattaient sur l'Empire. D'autre part, l'expansion asiatique, comprimée, éprouvait même un mouvement de recul; notamment en Europe, la gloire mélangée des conquérants de race jaune entrait dans la pénombre d'une phase d'éclipsé, qui, malgré quelques lueurs d'éclat fugitif au 18* siècle, se prolonge encore aujourd'hui. Yvan-le-grand de Russie (1462-1505) refoulait les Mongols et fondait chez lui un empire moscovite-. De nos jours, par un retour offensif, il s'extravase sur la frontière ouest, nord, et est de la Chine, en attendant qu'il absorbe une zone du vieux Cathay, dans une mesure impossible à prénostiquer. Sort inéluctable, auquel semble se résigner une trop large fraction du monde mandarinal !
Les pronostics d'un avenir mystérieux ne doivent pas nous faire oublier notre enquête historique à travers le passé.
Pendant Tannée 1519, Tch'en Hao ^ ^, Prince Ning wang ^ ïî ^"î s'était révolté à Nan^tch'ang au Kiang-si, s'était assuré la complicité de l'eunuqUe Lieou Lang ^ ^, occupant le poste de Nan-king Cheou-pei ^ J^ *3F "ffll- Mais leurs projets séditieux étaient surveillés par Klao Yu ^ ^, le Préfet de la Chambre des armées Ping-pou chang-chou ^ ^ fS^ ^- Grâce à son sagace dévouement, on s'empara sans bruit de plus de 300 affidés secrets, et on les mit à mort. La sédition projetée avorta de ce fait, à Nankin.
(1) Cf. la traduction de S. Julien, t. I. p. 7, note. L'épisode du chapitre VI se déroule dans une pagode de Kiuyong, à 14 lieues est de la grande ville.
$ m. MORT DE OU-TSONG, 1521. 205
A la 7® lune, Tempereur Ming Ou-tsong ^ ^ ^ (Tcheng-té jE J^) marcha en personne contre le prince Ning-v^ang, A la 12® lune, se trouvant dans sa Capitale du sud, il ne logea pas dans l'ancien palais, mais habita un hôtel préparé pour lui, près du Nan men. Selon la coutume, il profita de ce voyage pour se rendre au Hoang ling (1520, 1^^^ lune); les sacrifices terminés, il fît donner des représentations scéniques. L'été suivant, on lui ménagea une excursion (6® lune) à Nieou^t'eou chan ^ |g [Ij, où il habita dans un Temple funéraire, bâti sur le pic de Touest. A la 8® lune intercalaire, on lui amena des prisonniers, provenant des bandes rebelles levées par le Prince Ning wang ^ ^ au Kiang-si, En quittant Nankin, sa Majesté se livra au plaisir de la pèche à la ligne, auprès de Long-kiang k'eou f| Jï CI [Hia-koan),
Ou'tsong ^ ^ (Tchou Heou-tchao ^ ^ ^, Tcheng-té ]£ ^ 1506-1522), onzième empereur des Ming, en cours de visites dans les provinces du sud, vint passer une dizaine de mois à Nankin, sa seconde capitale ; il s'y trouvait présent en octobre 1519 et la ville lui donna une série de fêtes à cette occasion. Peut-être entendait-il fuir les incursions audacieuses des Tartares, qui l'inquiétaient sans cesse à Pékin. Il y rentra pourtant au début de Tannée suivante, et y mourut en février 1521 (1).
Vers 1531, Che-tsong jjl: ^ imposa au Tse-kin chan (abritant les sépultures dynastiques de Nankin) son nouveau et emphatique vocable de Chen-lié chan ipf ^^l llj . Les collines qui dominent le TsoU'ling U ^ de Fong-yang fou, et celles du Hoang-ling à Nankin reçurent de semblables appellations. Tout fut ruiné, ou à peu près, sous le dernier des Ming: la 8® année de Tsongtcheng ^ |j|, les bandes tartares prirent Fong-yang et incendièrent les temples de son Hoang-ling, sépulture des ancêtres de Hong-ou, fondateur de la dynastie expirante (cf. de Groot, p. 1275.)
(7® 1. 1555) Des pirates japonais, remontant le Yang-tse, comme les Normands nos fleuves de France sous les Carlovingiens, n'osèrent attaquer Nankin, à la vue, dit-on, de la bonne garde qu'on y faisait. Ainsi parle la tradition. Toutefois, l'histoire moins apprêtée et d'accord avec les Chroniques régionales, si elle maintient l'exactitude de l'incident en général, le présente sous un jour moins glorieux pour Nankin. Ces pirates, montés sur 72 barques, n'y arrivèrent qu'après avoir pillé les villes de Hoei-tcheou fou ^ )i{ J^ ^t de Ning-kouo fou ^ ^ J^. Les soldats de la capitale du sud, qui se hasardèrent à leur barrer le chemin, furent honteusement battus, perdant quatre officiers.
Par bonheur, les forbans japonais se retirèrent bientôt sur
(1) Cf. de Mailla, X, 297, et Bretschn'eider, Mediœval Eesearchea. vol. II, p. 318.
206 CH. XI. dtoàstir D19 MiNO (suitb), 1368-1644.
Pan^A'tao Hgi m (non loin du Yang-Ue, à 20 li de Nankin, sur la route de T'ai^p'ing fou). La grande ville respira; mais la peur d'un retour offensif fit établir, en 1592, de solides garnisons à Hia^hoan, pour y défendre le passage de Lon^-feiangf ftoan H JH H contre une invasion japonaise (1).
Une insurrection militaire avait éclaté, à la 2® lune de 1561, au camp de Tchen-ou yng ^ H^ ^i établi durant l'hiver de 1545. Plusieurs chefs furent massacrés ; on supprima ce camp en 1557.
A la 10* 1. de 1604, un magicien nommé lAeou T'ien-siu JRI 3^ ^ fomenta aussi une sédition. Suen K'oang if:^, préfet du tribunal militaire à Nankin, le fit emprisonner et décapiter, noua reviendrons sur ce fait.
L'an 1600, on avait réparé la pagode de Pao-ngen ae et son principal ornement, le Pao-ngen t'a, la fameuse ♦•Tour de porcelaine".
L'hiver de 1616, Ting pin "J* ft recreusa le canal envasé de la TsHn'-hoai ^ f{|.
Nankin exerçait alors une singulière fonction: on y reléguait les fonctionnaires dégradés pour fausses dénonciations et les Grands convaincus de quelque méfait irrémissible. Ainsi, en 1505, des eunuques tout-puissantSi accusés de corrompre le jeune empereur Ou^'lsong et disgraciés, demandèrent cette ville comme lieu d'exil (2).
Cette capitale secondaire était, sous les Ming, la résidence attitrée d'un Chef des eunuques, maître du Palais, préposé à la garde des portes de la ville et jouissant du cumul de plusieurs charges lucratives. En général, ces eunuques (ils étaient plusieurs milliers) se posèrent en ennemis décidés des missionnaires, pour entraver leurs efforts d'évangélisation. Toutefois, les apôtres de la vraie foi nouèrent d'excellentes relations avec plus d'un et l'on compta quelques conversions solides parmi cette classe de gens néfastes, si pernicieuse encore à la Chine d'aujourd'hui : Nous aurons occassion de reparler de ces rapports (3).
L'autorité et l'influence, régulière ou usurpée, de ces eunq^
(1) V. de Mailla X. pp. 326-327, incursions japonaises au Tchê-hiang, Kiang-nan^ Ghan-tong etc.
(2) De Mailla, X, p. 267, 273, 392. Les plus fameux de ces eunuques étaient Lieou Kin ^ Jm (exécuté plus tard), Li Fang 2J& ^Ç? Wang Yoy Hoang Wei, Tchang Yong SS ^' Aux environs de Yu-hoa t*aiy en dehors de T*ai-j7**w^ wen et surtout dans la direction de Nieou-t^eou chan^ au sud de Nankin, les tombeaux d'eunuques abondent. Nous nous en oocuperons dans un travail spécial.
(3) Voir Trigault, De Gkristiana Expeditione, livre IV, eh. VIII, p. 858, sur la rapacité des eunuques. Le P. Martini témoigne avoir visité les Temples du Ciel et de la Terre à Nankin, quand «ils étaient sous la garde d'un- eunuque de haut rang, devenu chrétien,» Novus Atlas sinensia p. 98. Amsterdam, 1654.
i III. RBVOLTBS AU NGAN«*HOEI. 207
ques n'était pas moins étendue que redoutable ; il importait extrêmement de les ménager tout autant que jadis sur les rives du Nil et de TEuphrate. Les collines aux abords de Nankin conservent de nombreux vestiges de leurs sépultures, parfois somptueuses.
Ironie de l'histoire ! Hong^oUj lisant l'avenir dans les souvenirs du passé, avait pourtant interdit à tout eunuque de se mêler des affaires de l'état, d'entrer dans l'armée, même d'apprendre à lire. Lettre morte que ce décret si sage comme tant d'autres ailleurs qu'en Chine !
Lq P. de Magalhaêns prévenait ainsi ses lecteurs de l'existence anormale des deux capitales chinoises : «Durant le règne des Ming, on comptait treize provinces et deux Cours ; parce que la ville de Nankin était Cour comme celle de Pékin, et avoit de même six suprêmes Tribunaux, et tous les autres qu'on voit en cette dernière (1).» La coexistence et les attributions respectives de S. Pétersbourg et de Moscou, de Vienne et de Buda:Pesth, donneraient une idée .approchante de l'anomalie d'une capitale ainsi doublée ou dédoublée (2).
L'alerte fut des plus vives à Nankin quand, en 1637, Tchang Hien^tchong ^Jl^^S (un vulgaire chef de brigands, ou le héros malheureux d'une revendication politique et nationale, selon les opinions conservatrices ou avancées des chroniqueurs) réussit à s'emparer de Ngan-k'ing ^ ^, la capitale du Ngan^hoei, L'orage passa sans causer d'autre mal que la peur. Ainsi en fut-il lors de la prise de Ho-tcheou ft ji\ par des rebelles (1642), dans cette même province. Ces tentatives maintenaient Nankin sur le quivive ; l'on veillait surtout aux portes plus voisines du Yang-tse Kiang,
Nous reviendrons à loisir sur ces révoltes. Le premier personnage, empereur au Se-tch^oan, favorisa, puis persécuta les missionnaires; il fut tué par les Tartares en 1649. Le second, Li Tse-tch'eng ^ g J^ parvint à gouverner pour un temps le tiers de l'empire et finalement prit Pékin en 1644; son rôle appartient dès lors à l'histoire de Chine.
En dehors de ces événements presque locaux, de ces particularités sans retentissement général ou limitrophe, rien de saillant pour l'ensemble de cette période transitoire ; l'intérêt se porte ailleurs. Endormie dans sa quiétude, la **Cour du sud", peuplée de jouisseurs inactifs et satisfaits, se voit de jour en jour préférer sa rivale du nord, aux mains d'une race plus agissante. Une lente et sourde évolution prépare l'avènement, avec la sujétion à un peuple étranger, de l'âge actuel, moderne du moins :
(1) Nouvelle relation, p. 202.
(2) En 1897, on proposait à l'Italie de prendre Florence pour capitale effective tout en laissant à Rome la prérogative de capitale Whonneur.
208 CH. XJ. DTNASTIB DBS M1N6 (SUITB), 1368-1644.
accident gros de conséquences pour les destinées ultimes de la Chine contemporaine. Un duel s'engage entre le conservatisme rétrograde et Tactivité entreprenante des nations occidentales : nul n'en peut prévoir le dénouement.