CH. XII. DYNASTIE DBS MING.— CHRISTIANISME
tranchaient avec celles de son actif compétiteur de Pékin, qui allait être le chef de la dynastie actuelle.
Ebauchons ici le résumé sommaire d*incidents d*un autre ordre, dont Nankin se vit aussi le théâtre.
L'Empereur Hong Koang 5/. 5b G® ^'ou-wang H ï) y résidait. Perdu dans d'inextricables difficultés au dedans et au dehors de sa capitale, il y manda le P. Sambiasi (9 j^ HI ^ |j^) qu'il avait su apprécier à K'ai'fong fou, puis à Hoai-ngan f^ ff. Il se mit en tête d'en faire un de ses ministres et de le députer en ambassade à Macao, pour y négocier la coopération des Portugais contre les envahissements tartares. Telle était la préoccupation constante de chacun de ces prétendants à cette époque: attacher à leur personne comme à leur fortune quelque jésuite, pour bénéficier de ses conseils et s'assurer la faveur portugaise, en vue de consolider leur branlant pouvoir.
L'empereur nankinois promettait d'embrasser le christianisme, quand il aurait expulsé les Mandchous. Sambiasi déclina pour lui-môme tout honneur; mais avec l'assentiment de ses supérieurs, posant à son maître de prudentes conditions, bientôt acceptées, il résolut de seconder ceux des projets impériaux, qu'on ne pouvait taxer de criminels. Muni de pouvoirs suffisants, dûment accrédité et pourvu d'une escorte considérable, il quitta Nankin, en mars 1645, pour se rendre à Macao. La prise de Pékin par les Tartares avait ruiné d'avance toute chance de succès. Nankin perdait encore une fois celle de refnonter au rang de capitale, et les événements prirent le cours que l'on sait. Quant au P. Sambiasi, qui mettait ailleurs ses espérances, il redescendit avec allégresse aux plus nobles et moins décevantes fonctions de la vie strictement apostolique.
Dans les derniers jours de 1644, on avait jeté en prison un bonze atteint de folie, qui était venu frapper une nuit à la porte Hong^ou men ^ |gÇ f^ en se proclamant l'empereur Tch^ongtchen Hoang-ti. Mœurs chinoises: le pauvre maniaque fut exécuté deux mois après (1).
A la 3* lune de 1645, Wang Tche^ming 3E i W "i^ inconnu, venant du nord, se donna encore pour le fils de Tch'ong-tchen H, le suicidé, et son héritier au trône; il fut emprisonné. Enfin, une femme, nommée Tong che^J^ se présenta au public coihme
(1) En cette année 1900, peu avant la révolution des BoxeurSy alors que le pauvre Koang-siUf au pouvoir de l'Impératrice-Douairière, avait déjà vu révoquer ses édits un peu précipités de réforme, le bruit courut dans les journaux que Sa Majesté avait réussi à quitter Pékin où sa vie n'était pas en sûreté. On affirma l'avoir vu à Han-k*eou. Il s'agissait d'une simple ressemblance. EUe coûta cher à l'inoffensif jeune homme, objet de ce quiproquo. Emprisonné par ordre de Tchang Tche-tong qui voulait s'en tenir à une simple détention, il dut être exécuté pour satisfaire l'austère loyalisme de Li P^inheng alors Commissaire-Général dans les Provinces du sud. V.N.C.D.N. 1900. Ed.
! m. ANARCHIE 1 NANKIN 1645. 225
r épouse d'un prince et tenta de jouer un rôle séditieux et politique en ville. On dut ainsi l'enfermer par prudence; 11 devenait urgent de refroidir l'ardeur contagieuse de cette ambition épidémique.
En effet, Tsouo Liang^yu 2£ S H se révolta contre le Prince Fou Wang jjg J, ''l'Empereur de Nankin", qui envoya Che K'o-fa contre lui ( 4® 1. 1645). L'armée du compétiteur s'empara de Tong-lieou ^ ^ une sous-préfecteure du Ngan-'hoei, On poussa le plus activement possible les préparatifs de la défense j Yuen Ta-tch'eng ^ ;^ $|( restant spécialement chargé de garder les rives du Yang^tsCj à la hauteur de Nankin.
Le Prince Joei TeHn^wang ^ ^ £, principal ministre auprès de l'Empereur tartare, avait tenté d'amener le souverain nankinois à reconnaître le pouvoir installé à Pékin. Il députa à Nankin le Fou-tsiang (1) Han Kong-wei gij ^ ^ ^ IK^ porteur d'une lettre habilement rédigée pour Che K'o^fa, le plus influent des généraux de cette ville. Ce dernier répondit en justifiant les prétentions de son maître au trône de Chine : « Ce. prince a sur l'Empire un droit incontestable: il est petit-fils de l'empereur Chen-tsong, cousin germain de l'empereur Koang'tsong 56 ^ 1620-1627, et par conséquent proche parent du dernier empereur Tchoang-lié ti, fils de ce Koang^lsong . Aussi notre choix a-t-il été également approuvé du Ciel et des hommes» (de Mailla X, 512).
Le Tartare recourut à la force, ultima ratio regum. Ses troupes battirent les généraux Che K'o-fa A PÏT & ®* ^^^ ^^^ M fil) commis à la défense de Nankin et de ses abords. Dans cette ville, l'empereur s'était fait amener du Tché-kiang l'imposteur Wang Tche-ming ^J^BB, qui exploitait sa ressemblance avec le Prince héritier et se faisait passer pour lui. Nombre de mandarins et de généraux embrassèrent sa cause, ce qui accrut outre mesure la difficulté de la situation. Les Tartares en profitèrent et prirent Yang^tcheou^ où Che iiC'o-/a défait se tua. Une trahison leur livra Tchen-^kiang mollement défendu (5 de la cinquième lune, 1645.) (2) Quand la nouvelle de leur approche parvint à "l'Empereur à Nankin" : il était ivre. Il ne recouvra assez de raison que pour s'enfuir éperdu, par la porte Tong-tsi men, vers
(1) D'après le Mesny's misceUany^ le titre de Fou-taiang 3!| j^ équivaut sensiblement au grade de Général de Brigade ou Contre-amiral.
TJne note de l'Hist. de de Mailla (X. p. 462) traduit Fou-taiang par «Major-général,» et Tsong-ping SB :^ par «Lieutenant-général.»
(2) De Mailla rapporte (X. 359) que le fameux Tcheng Tche-longlict infrà) donna l'ordre à son parent, l'amiral Tcheng Hong-koei fl) fSl S) gardant le passage du Ycmg-tae devant cette ville, d'y laisser traverser le fleuve aux Tartares. «Le premier soin du prince de Fou, en montant sur le trône impérial de Nankin, avait été d'él ever Tcheng Tche-long à la d^ité de Pe.»
226 CH. XII. DTNA8TIB DB8 MINe.— -CHRISTIANISME.
T'aUpHng fou. La populace tira de prison Wang Tche^-ming, son idole, pour racclamer successeur 'des Ming (de Mailla, X, 529.) Mais le mandarin-gouverneur Tcheng Tche^long ne ratifia point l'élection populaire ; il dégrada le monarque improvisé, qu'il contraignit de fuir à son tour par la porte Hong^ou men ^ £ P^' Le 14 de la 5* lune (1645), les Mandchous, commandés par le Prince Yu 'wang ^ q^» arrivèrent sous les murs de la ville, abandonnée par ses empereurs. «Nankin n'attendit même pas qu'on le sommât de se rendre», dit le P. de Mailla (X. 529). Kao Tcho iSS W (président du bureau des supplices) fut tué. Les mandarins Tchao Tse-long j® ^ H, Siu Yun-tsio ^ ^ ft et Wang To ^$f se signalèrent par leur précipitation à trahir ; ils livrèrent Nankin à l'armée des Ta^ts'ing (dynastie actuelle), dès que son avantgarde apparut en vue des Terrasses des sacrifices au Ciel, au S.B. de la ville. Le Prince Yu 'wang Si £ fit son entrée dans la Capitale du sud. Tchao Tse^long fut créé comte, sous le nom de P^ing^houo Kong ^ H &•
Quant à l'Empereur Hong^hoang (Fou Yeou^song,) il courut chercher un refuge vers T^ai-p^ing fou, à quinze lieues S. E. de sa capitale; mais on refusa de lui en ouvrir les portes. Il se dirigea sur Ou^hoUj un peu plus loin, et tenta d'y passer le Yang^ tse ; quand un de ses officiers, Vong Tse^kH S ^ ^' 1® voyant en danger de tomber aux mains des Tartares, le saisit à bras-lecorps et l'entraîna dans les flots, où il périt avec lui (1). Nankin n'avait abrité qu'un an cet essai de restauration impériale par un des descendants de ses vieux Ming. Les Tartares firent de l'immense cité, très forte pour le temps, une solide base d'opérations militaires, en vue de réduire la Chine centrale.
Les mandarins nankinois, fidèles au passé, jetèrent les yeux sur un autre rejeton des Ming (de Mailla X, 531), Tchou /-/lai ^ £1 ^) Prince de Lou @, qui, à la mort de Hong^koang, se trouvait à Hang-tcheou. Le Prince de T'ang J|f se rendit auprès de lui pour le décider à accepter le trône. Très populaire, et, à
Il avait donné en mariage à sou fils une princesse du sang. Afin de l'attacher plus solidement à sa fori;une, il avait créé lieutenant-général des troupes de l'Empire son parent Tcneng ITong-koei. Mais dès lors, Tcheng Tche-long méditait de trahir les Ming de Nankin et de passer aux Tartares.
(1) Les Chroniques locales relatent que Hong-koang fut pris quelques jours après la chute de Nankin, dans le voisinage de la ville, et envoyé au nord. Du Halde '(I, 466) dit qu'il fut étranglé à Pékin. Nous suivons le récit de de Mailla (X, p. 530). Naturellement le Tableau synoptique en tête du volume adopte cette version sur celui qu'il appelle le dernier Empereur des Ming, mort dans les eaux du Tang-tse, à la $• lune de l'an 1645. En général, les historiens chinois l'excluent de la liste officielle des Souverains. Toutefois certains auteurs comptent Che-taou Tchang tij ou ^Hong-koang (antérieurement Tchou Teou-song ^ ^ 7^^ Prince de Fou JS) pour le 17«, ou même le 18« Empereur des Mingt dont il clôt, disent-ils, la dynastie.
s III. 8A1CBIA8I AMBASSADEUR À MAGAO. !^27
divers points de vue, recoin mandable, le nouveau souverain né se mit pourtant pas en peine d*enrayer les progrès incessants des Tartares, qui, retranchés dans leur boulevard de Nankin^ avaient, suivant une politique fort avisée, confirmé dans leurs postes les mandarins de la dynastie vaincue. Pour mettre fin à la guerre civile, le Prince de Lou, enfermé bientôt dans /fangtcheou, he livra aux Mandchous qui le mirent à mort. Ils lui avaient pourtant promis la vie sauve (de Mailla, X. 545).
Tout le pays de Tch^ang-tcheou, Sou-tcheoUj Song^kiang et Chang-hai avait accueilli les vainqueurs ; leurs habitants «les reçu^ rent avec la même affection qu'ils auraient fait les troupes chinoises» (de Mailla X, 531). Mollesse de caratère ou indifférence pour la dynastie indigène des Ming, la région du bas Yang-tse a depuis longtemps pris son parti de la domination étrangère. Le cas échéant^ elle accepterait avec la même apathie le joug d'une puissance européenne.
L'histoire mentionne quelques autres essais avortés de restauration impériale en faveur des Ming, qui, après 276 ans de règne, ne pouvaient se résigner à abandonner la partie;, par ambition ou patriotisme, quelques-uns de leurs descendants firent une assez belle défense. Les provinces du sud, qui leur restaient fidèles, firent venir de SoU'^tcheou au Fou^kien un membre de cette famille Tchou Yu^kien ;^ ^ || prince de T^ang ^ (De Mailla le nomme Tchou Tsin^hien), Aidé de Tcheng Tche^long IK ^ tl [jadis condamné à la prison perpétuelle sous Tch'ang Tcheng pour rébellion, et délivré par l'amnistie générale accordée par Hong^koang au début de son règne à Nankin], il se laissa porter au trône en 1645. Il donna à la ville de Fou-tcheou (Fo-kien) le nom de T'ien^hing fou 5'^ ^ /iï et celui de Long-ou |^ HÇ aux années de son règne.
Le prince de Lou ^ (au Tché-kiang) et celui de Siùrt-kiang lï te (^u Kiang-si), protestant contre cette élévation au trône, prirent le titre de «Protecteurs de l'Empire», lequel comptait au moins quatre compétiteurs. Battu par les Tartares et victime d'une défection quasi-générale, le Prince de Lou se retirera plus tard aux îles Tcheou-chan ^/^ llj.
Le prince de T^ang Jg^, successeur des Ming, bien qu'il appartint à une branche indirecte de la famille impériale, brigua aussi le concours du P. Sanfibiasi, qui lui avait jadis rendu plus d'un service à Tch'ang^tcheou ^jjtl près Sou-tcheou. Le missionnaire déclina personnellement toute distinction honorifique; mais il fut assez heureux pour obtenir des édits favorables au christia* nisme. Officiellement accrédité pour la circonstance, il fut envoyé à Macao, avec l'eunuque Achillée P'an, baptisé à Pékin, et fidèle serviteur des Ming, sous les derniers règnes. Sa mission consistait, on le pressent, à entamer des pourparlers avec les Portugais, en vue d'une entente dont Sambiasi devait préciser la nature et spécifier les conditions. Les Mandchous complétèrent,
228 CH. ZII. DTNA8TIB DBS MINa.-HIHRISTIANISMB.
sur ces entrefaites, l'envahissement méthodique des provinces méridionales. Abandonné par Tcheng Tche^long, Long''OUj Prince de T'an^, abdiqua. Puis, en fuite vers le Kiang-si, et sur le point d'être atteint à Ting^tcheou ff jlH, il se jeta dans un puits en 1646. Sa femme fut décapitée à Fou-tcheou, Son frère Tchou YU'yué ^ $ 09 ^"^ proclamé Empereur de Chine (sous le nom de C/iao-ou) mais son règne doit être considéré comme mort-né ou non-avenu (de Mailla, X, 560).
L'année précédente, les Chinois du Tché^hiang (d'abord à Chao^hing ffj^ ^), firent preuve d'un courage voisin de l'héroïsme en face de l'étranger envahisseur. 'Il s'agissait pour eux de défendre leur chevelure; on leur imposait la tresse à la tartare et l'obligation de se raser partiellement la tête, mode qui triomphe encore aujourd'hui, pour rappeler aux «Fils de Han» leur servitude, avec la perte de leur indépendance politique. Depuis la conquête, seules les femmes chinoises conservent le costume national, qui ne parait guère plus que sur la scène des comédies historiques (1).
Au Koang-st, Kiu Che^^se i^ ^ fg le fils, vice-roi du Koang^si, un chrétien mieux connu dans les relations de l'époque sous le nom de Docteur Thomas, fit nommer empereur le 4 de la 10" 1. 1646, (pour succéder à Long^ou, Prince de T'ang J|f ) le Prince de Yong^ming wang ^ |S BE) ^^ Tchou Yeou-lang ^ ^ ijff, petitfils de Wari'li H J| (Chen''tsùng jjf ^). Le nouveau monarque prit le titre de Prince de KoeUlin jf^ :^, localité du Koang-si H If (de Mailla, X, 561.) Yong-li ^ J^ resta le titre officiel de ce règne de 15 ans. Le souverain écrasa d'abord, à Canton, l'un de ses rivaux, comme lui issu des Ming. Ce Yong-li, qui tenait sa cour à Tchao-k'ing fou ^ Jft J^ , écoutait volontiers les conseils des Pères, spécialement de Sambiasi, et ceux- d'Achillée P'an, de Thomas Kiu Che-ze S ^ îg (2)
(1) En août 1897, les joumanx rapportèrent que les Japonais, inquiets du grand nombre des immigrants chinois qui rentraient à Formose, pensaient à contraindre les indigènes de couper leur tresse occipitale. Parmi les rumeurs circulant à Nankin, lors de la saisie par l'Allemagne de la Baie de Kiao-icheou J^ t\ (ziov. 1897), je recueillis celle-ci : ces barbares d'Allemands poussent la tyrannie jusqu'à obliger les Chinois du Chantong à se débarrasser de leur "queue" t Les Busses ne sont pas moins cruels à Port- Arthur et au lÀcLo-tong !
(2) Thomas Kiu se montra toujours très fidèle à l'empereur Yong-li %i jR (1646- 1669 au sud de la Chine). D fut tuéjpar les Matidchous en 1650, 11« lune, k 9t t\ m après une défaite. D'après les Yu-p'i lié-té t'ong-kien-tsi-lan, Kiuen 119, p. 18 W ^ JB s fS jE ) après l'entrée des Mandchous, lui seul avec un officier nommé Ts4é Liang-hiuen jQ| AMO restait dans la ville. Celui-ci l'exhorta à s'enfuir et. lui offrit pour cela sa monture, mais il la refusa. Le généralissime des armées de Yong-li^ nommé Tchang T'ong-chang SR 1^ flt étant arrivé, Thomas Kiu lui dit qu'étant seul chargé de garder la ville, il devait mourir, mais que les autres pouvaient prendre la fuite^ Tchang T'ong-chang lui répondit qu'il voulait partager son sort. A ces mots Thomas Kiu sourit et lui oSrit une coupe de vin. Il fit venir son officier Siù Kao wA et lui remit
$ III. BOYM ET KOFPLER AMBASSADEURS k ROME, 1652. 229
et de Lucas Ts'in ^, nankinois, généralissime de ses troupes. Par leur entremise, il avait gagné Tappui des Portugais de Macao, qui lui fournirent (1649) quelques secours en armes et en soldats.
Les Tartares avaient pris Canton en 1647. Ils éprouvèrent pourtant de sensibles échecs au Koang^si que les mandarins chrétiens conservèrent plusieurs années à Tindigne empereur, Prince de KoeUlin (1647-1648). Le P. Kofïler, en grande faveur auprès de lui, travailla en vain à le convertir. Son ministère eut un plus consolant succès parmi le personnel de la cour, en particulier auprès de la reine-mère, la Princesse Hélène et rimpératrice, baptisées avec quelques autres dames. L'héritier présomptif, fils légitime de Tchou Yeou-la.ng, reçut également le baptême, du consentement de cet empereur, en 1648, sous le nom symbolique de Constantin. Il était né d'une mère chrétienne à iVan-ningf fou, Yong-li députa les PP. Koffler et Boym en ambassade au Pape Innocent X. Ayant traversé la Perse et le Levant, ils se trouvaient à Venise à la fin de 1652. On a raconté comment, au milieu de tracas sans nombre, Boym remit ses lettres impériales au pape Alexandre VII et repartit pour la Chine (1) (1656). Sambiasi était mort à Canton, en janvier 1649. Cette année même, Yong-li assistait à Tchao-kin fou à une messe dite par le P. Sémédo en la chapelle du palais.
Canton reconquis se rend encore • aux Mandchous (1652) après un an de siège. Ils envoient à leur tour Sémédo conduire des négociations et faire des propositions d'entente aux Portugais de Macao. (Le P. revint mourir à Canton en 1658.) Puis les Tartares envahissent le Koang-si et le P. Koffler périt dans la bagarre (1652).
Yong-li s'enfuit au Koei^tcheou jl j|î^, au Yun^nan (1654) et plus tard (1662) en Birmanie (Mien-tien ^ %) (2). Livré alors aux Tartares, il se pend dans la capitale du Yun^nan, la «18* année
ses sceaux officiels afin qu'il les rapportât à l'empereur Tong-li ^ JJB* Us passèrent ainsi toute la nuit. Le lendemain, quelques cavaliers Mandchous étant survenus, Thomas Kiu leur dit "Nous avons attendu la mort trop longtemps". Conduits auprès du chef tartare, ils s'asseoient par terre. * On leur commande de se soumettre : ils le refusent. On leur ordonne de se raser et de se faire bonzes ; ils résistent. Alors on les conduit dans une prison où ils restent plus de 40 jours> s'occupant de poésie. Enfin conduits au supplice, ils se montrèrent tout rayonnants de joie et on leur coupa la tête. Thomas Kiu reçut de la dynastie actuelle le titre de Tchong-siuen i% JgL î on peut donc l'appeler Kiu Tchong-siuen kong M «S* S &'
(1) Boym S. J. (1612-1659) polonais, mort sur les frontières du Koang-si, 22 août 1669.
(2) Cf. E. Rocher, La Province du Yun-Tian, p. 185. Le Prince de Koei, arrivé en 165i, serait resté 7 ans en Birmanie, essayant de faire valoir ses prétentions au trône. Pour de Mailla (XI-p. 34 et 46), le Mien-kouo est le Royaume à*Ava.
230 Cfi. ZII. DtNASTIB DBS MINa. -^HRISTUmBlfS .
de son règne». Le petit prince Constantin, son Hls, baptisé à sa naissance, disparait vers Tftge de 14 ans, dans ces terribles péripéties, et les princesses chrétiennes de la Cour sont conduites avec égards à Pékin.
En 1649, pour mieux résister à ces membres de la famille des Ming, les Tartares établissent trois princes vassaux, [sorte de lieutenants-généraux du royaume. L'un des plus marquants de ces Chinois fut K'ong Yeou*té Ji^^» prince de Kin-c/ian ^ |lj, descendant de Confucius et Tun des premiers ralliés aux Mand* ohous. Il reçut le titre de Ting^nan -wang 3É ^ 3Ei «Prince pacificateur du sud." En fait, il y alla combattre le Prince de Koei 4É) des Ming, que soutenait Tamiral Tcheng Tch'eng^kong M JA^ (flls de Tcheng Tc/ie-long), avec le général Tchang T'ong* chang ^ ^ jR et surtout le chrétien Kiu Se^se. Ces deux derniers furent pris par Kong Yeou'-té, qui tenta vainement de les gagner aux Tartares, puis leur enjoignit de se raser la tête, au moins de s'habiller en bonzes. Sur leur constant refus, ils furent exécutés en 1650 (de Mailla, XI, 34).
Le P. de Mailla (X. 545 et seq.) accumule les détails sur la vie militaire, maritime et politique du turbulent et ambitieux amiral Tcheng Tche^long qui, ayant successivement aidé ou trahi les empereurs éphémères de Nankin, du Tché-kiang et du FoU'kien (Prince de T'ang), finit, à la suite d'aventures dramatiques, par se soumettre aux conquérants mandchous. Amiral, pirate, chef de bandes ou d'escadre, ces qualificatifs lui conviennent également. La carrière complexe et mouvementée de Lieou Yong^fou 9i ^ÎH ^^^ ^^ continent chinois, au Tonkin et à Formose ces 15 dernières années, donnerait quelque idée de la sienne (1).
Natif du Fou-kien, domestique chez les Portugais de Macao, il y avait été baptisé sous le nom de Nicolas-Gaspard. Son oncle établi au Japon lui légua une part de sa fortune, part qu'il augmenta par son aptitude au commerce. Bientôt il acheta des navires, qu'il arma contre les pirates ; insensiblement transformé en corsaire, commandant à 3.000 jonques, retranché à Amoy où il s'était bâti une forteresse, il s'arrogea un contrôle sans appel sur tout le cabotage maritime. L'immense personnel à son service et sous ses ordres comprenait des Cafres (chrétiens?), esclaves noirs libérés. Redouté des mandarins, cet écumeur des mers fut reconnu par eux grand Amiral des
(1) En dépit du rôle piteux joué naguère par Liêou Tong-fou S| :^ j£ (étemel bonheur: Hao — Yong-ting ^ S ou bien Lieou I) à Formose, où il évita toute rencontre avec les Japonais et abandonna ses propres troupes, le vice-roi de Canton parlait (janvier 1898) de l'envoyer à Hai-nan ^ ^» défendre cette île contre les projets éyentuels de la France. Entré en 1882 dans l'armée chinoise, né en 1836 au Koang-si. — Mesny. n? 669.
$ III. TGHBN& TGHB-LON& OU COXINGA. 281
côtes de Chine, à charge d'envoyer annuellement un tribut substantiel à Pékin. Ainsi encore Lieou Yong-^foUj l'ancien chef de pirates du haut Fleuve rouge au Tonkin, transformé en soutien du trône impérial, protégera le Céleste Empire contre la France et le Japon (1).
Tcheng Tche-long, créé par les Tartares lieutenant-général, avec le titre de «Pacificateur du Midi» PHng-nan wang, 1648, fut perfidement attiré à Pékin, où on Tinterna avec des protestations de déférence hypocrite. Il y mourut en prison, peut-être exécuté (1661) (2). Son fils Tcheng Tch'eng-kong §5 J$ J^d, pour lequel il avait osé rêver la succession au trône des Ming, (3) jura de le venger et tint parole. Nous indiquerons quelques pages plus bas ce que les Mandchous, spécialement la ville même de Nankin, eurent à souffrir de ce ressentiment filial (4).
Les années 1675 et suivantes avaient vu échouer la nouvelle tentative de restauration en faveur du Prince de Koei, descendant des Ming, rappelé de Birmanie ou du royaume d*Ava. Ou San^^koei, rallié aux Mandchous, qu'il avait introduits à Pékin, fit étrangler au Yun-nan ce dernier compétiteur et son fils, pensant avoir enfin exterminé tous les membres de la famille de Hong^ou. En fait plusieurs membres subsistent (L'un d'eux, converti au catholicisme, est mort jésuite) ; mais leur condition sociale ne saurait porter ombrage, pour Tinstant, aux souverains tartares. La Chine comtemporaine encourt pourtant un danger latent et
(1) Yu man-tse n'a-t-il pas vendu sa soumission plus ou moins sérieuse, au prix d'un grade de colonel de l'armée régulière ? Au reste, le Gouvernement de l'Impératrice qui devait 2 ans plus tard faire cause commune avec les Boxeurs, ne voyait-il pas d'un bon œil les efforts de ce chef de brigands pouî* chasser les Européens du Se-tch'oan ?
(2) Voir dans les fascicules autographiés du P. A. Colombel S. J. II« P. (1644-1840) p. 148. et 149,1e détail des relations du P. dé Magalhaens à Pékin avec ce Tcheng Tche-long.
(3) On s'en souvient, Hong-koang l'avait déjà marié à une princesse du sang des Ming de Nankin. Le Prince de T*ang, de la même famille, ne laissant point d'héritier, Tcheng Tche-long tenta de lui faire adopter son fils, sous le nom* de Tchou Tch^eng-kovhg "TPi wL ^ 6^ ^6 l'introduire ainsi, selon le code chinois, dans la lignée impériale. Le plan paternel souleva la plus vive opposition (Le jeune homme fut nommé Tcheng Tch^eng-kong). Outré, le père mit son épée au service du Prince de Lou, un autre compétiteur issu des Ming. D'après les chroniques, en 1659, ce même Tcheng Tch'eng-kong SP wL ^ f connu comme célèbre pirate, attaque la ville de Nankin, mais il est repoussé par le colonel Liang Hoa-fong :^ w ^ Tu lH > et ce fut à cette occasion que le nom de la porte Chen-tché men JpÇ J^ f J (porte du calcul divin) changea en celui de Té-cheng men ^ Jw il (porte de la victoire).
(4) Les Japonais appelaient ce Tcheng Tch^eng-kong (fils de Tcheng Tche-long et d'une japonaise) du nom de Coshinga, Kosenga et Koxinga, corruption de K<mo Sing-yé (ou Kok 8eng-ya, en dialecte du Fou-Men. cf. Imbault Huart, op-cit). Des relations européennes le désignent par Cogsing, latinisé en Quoiaingtu. (cf. Historia Tartaromn. nova, authore Francisco de Rougemont S. J. Lovanli, 1673.!
232 GH. ZII. DYNASTIE DBS MING. — OHRISTIANISlklB.
perpétuel du fait de courber la tôle sous un joug étranger; des fauteurs de désordres et des chefs de sociétés secrètes savent trop perfidement exploiter cette situation. Pour plusieurs écrivains chinois, le Prince de Koet est réellement le dernier empereur des Ming, qui auraient ainsi duré jusqu'en 1659, 16* année de Choen^tche (1).
Ou San^koei se révolta en 1673, reprit Thabit chinois, souleva le C/icn-si, le Yurt'^nan, le Koei^tcheou, le Se-tc/i'oan et la moitié du HoU'koang, soit le tiers du Céleste Empire (2). D'autres insurrections anti-dynastiques se produisirent aussi au Koang-tong, au Fou-fticn, en Mongolie (en faveur des Yuen ou des Ming), et à Formose. K'ang^hij occupé par la guerre des Eleuthes, dut faire face à tout. C'est en ces conjonctures qu'il enjoignit au P. Verbiest de lui fondre des canons. Le Général Mesny nous confie à la page 52 de sa compilation (vol. I. 1896.) qu'il a vu quelques-uns de ces canons sur les murs de la ville de Yuri" nan fou (3). Il témoigne qu'ils sont, à tous égards, supérieurs à ceux que les Chinois peuvent usiner avec leurs méthodes propres. Mais il a tort de supposer «que la haine invétérée, vouée depuis les jours de R'ang^hi à tous les missionnaires chrétiens, soit principalement le fruit de l'assistance, fournie par les Jésuites aux Tartares, contre les Chinois.» Forte de cette artillerie, la dynastie actuelle aurait, en 1678, comprimé les
(1) De Groot, vol. III, mentionne l'ouvrage de Mao KH-lin ^ "^F w ' contemporain de Koti Yen-ou ffi ^ JÇ ©t auteur d'une série de mémoires 8\jr les Ming, publiés sous le titre T*ong-che Che-i-ki Jj^ £ fp JS K '
(2) Son fils avais été retenu comme ot|ige à Pékin ; lui-même y fut mandé. Justement défiant, il répondit : aSi l'on me presse, j'irai, mais à la tête de 80.000 hommes.» Poussé à bout, il abandonna la cause des Mandchous. Son fils fomenta en vain une sédition à Pékin ; il mourut dans les supplices.
(3) N. C. D. N. 2 fév. 1898. Relation des 3 bicyclistes. — Sur les murs de Yunnanseng ''two of thèse cannons were cast in the old days by the Jesuits, who blessed them (qu'en savent-ils?) and had across affixed in relief a nice ^i appropriate design to put on murderons instruments !»
Celarvaut bien V.R. (Victoria Begina), ou la bouteilleTde Champagne que l'on brise en lançant un croiseur ou un torpilleur à l'eau !
Une lettre de M. Faivre, lazariste, missionnaire à Nankin, où il arriva le 20 juill. 1840, raconte (Ann. de la Prop. de la Foi, t. XVI. Lyon 1844, p. 290) qu'il vit à Kiuteheou fou W !/M Jn- ^^ Tché-kiang, parmi les curiosités de la ville une dizaine de canons qu'on dit avoir été fondus par les missionnaires européens; quelques uns d'entre eux sont au moins des pièces de 24.»
Il vit aussi le cimetière des X«« à 2 lieues de la ville. "Il a au moins 200 pieds de long. sur 80 de large." Les missionnaires d'autrefois sont dans le caveau d'une antique chapelle. Bans le plus grand, dans des urnes, sont les cendres de 10 jésuites : dans celui de gauche, les Cadavres de 2 jésuites, les 2 derniers qui aient évangélisé le Tché-kiang. Bans celui de droite, deux catéchistes (cantonais) des Pères.