CH. XIII. DTN. RÉGNANTS (XXII') DBS TA TS^ING
insensiblement à Tanclen, peu regretté. On avait soif de paix, d'ordre, de tranquillité. Au cours de Tannée 1651, le Koup-tse kien H <? £f rÉcole nationale des Ming, fut transformé en École préfectorale ou régionale. Celle de la préfecture Yng-t'ien fou, de la même dynastie, devint TÉcole des deux sous-préfectures C/ianp-yuen et Kiangf-ning (1).
Au spectacle de la domination tartare qui évinçait progressivement celle des Chinois, le P. de Magalhaêns s'écriait: «Tant il semble que Dieu ait pris plaisir à confondre Torgueil incroyable de cette nation, en Tassujettissant à un petit nombre de barbares, pauvres, rustiques et ignorans : de même que si, pour punir TEurope, Dieu la livroit au pouvoir des Cafres d'Angole ou . de Mozambique!» (Nouvelle Relation de la Chine. — p. 204.)
Si bien assise que parût la domination étrangère, Nankin voyait pourtant de temps à autre sa quiétude menacée. Tcheng Tch-eng-hong, fils de Tamiral Tcheng Tche-long, devenu l'irréconciliable ennemi des Tartares, pour tirer vengeance du sort qu'ils avaient fait à son père, séquestré à Pékin, opérait avec sa flotte à l'embouchure du Yang-tse. Son quartier- général était à Amoy (g P^) pris en 1653. En 1656, le terrible Koxinga avait conquis Tîle de Tch'ong^ming ^ ^, qui recelait ses magasins et arsenaux à l'entrée du grand fleuve, en vue de Tinvasion du Kiang^nan. T^ong^tcheou JJ jft|, sur la rive nord, succomba en 1657; puis il enleva les villes de Tch'ang-tcheou '^ ji\ et de Tchen-kiang ^ f£ sur l'autre rive. Bientôt, remontant jusqu'à Nankin, il entreprit le siège de cette ville! De Mailla évalue sa flotte «à plus de 800 voiles;» du Halde lui donne «3.000 bâtiments» (2). Des ferments de révolte couvaient dangereusement dans la ville dégarnie et mal approvisionnée. Le Commandant tartare, qui ne disposait que de 6.000h., projeta de massacrer par surprise la population mâle en état de porter les armes. Le jeune vice-roi chinois, administrant Nankin et la province, le dissuada de mettre à exécution cette mesure extrême et hasardeuse. «Du reste, avait-il dit, voici ma tête; je serai la première victime.»
Le siège durait depuis 20 jours. Dans une fête, pour l'anniversaire de la naissance de Tcheng Tch^eng-kong, les assaillants firent ripaille et s'enivrèrent : les tartares et la garnison nankinoise, sous les ordres de Liang Hoa-fong ^ fb M.) ^^ profitèrent pour opérer une sortie nocturne. Enlevant tentes, butin et artillerie, ils tuèrent 3.000 hommes à l'ennemi, dont la flotte dut redescendre le Yang~tse. C'est de cette époque et par allusion à un épisode du combat, que Chen-tch'é men jpl|l ^ P^
(1) Martini, atlas sinensis, 1655 (L'approbation est de 1654) donne à Nankin une population d'un million d'âmes, sans compter une très forte garnison tartare. p. 98.
(2) De Mailla, XI, 44. — Du Halde, I, 471.
Si. tcheng tch'eng-kono (koxinga). 241
prit son second nom (moins usité) de Té-cheng men # JIE^ P^ ou «Porte de la victoire» (1657); Koxinga avait essayé en vain delà forcer.
Les chroniques de Nankin (12® Kiuen^ fol. P) s'en expliquent ainsi : Quant aux portes, vers la fin des Ming on ferma iiTintch^oan men, Tchong^feou men et I-fong men, toutes au nord; de même, au début de la dynastie actuelle, Chen^tch^é men et TsHng^liang men furent également condamnées. Pourtant, la 16* année de Choen-tche J^f^ (1659), des pirates attaquèrent Nankin. Le colonel (||| ^) Liang Hoa-fong ^ flî S. ^^ rouvrir Chen-tch'é men (probablement fermée par peur de Tassaillant), combattit Tennemi et le défît. A Toccasion de cette victoire, le nom de Té'Cheng men fut assigné à cette porte, qui resta ouverte, comme celle d'I-fong men, rouverte alors par les autres généraux. Les trois susmentionnées demeurèrent fermées.
Ting-hoei men est la 4® des portes condamnées à Nankin ; en effet on exclut généralement de la liste celle de Heou-hou siao men ^ ^ ij^ P^, cette poterne (près de Ki-ming se à la jonction des deux murailles) que nous avons signalée plus haut à propos du vieux mur de T^ai'tch'eng,
Mieux instruit par le danger de cette alerte sur Timportance des forces navales de Tcheng Tch'eng^kong, le gouvernement tartare équipa enfin une flotte capable de tenir tête à la sienne (165j9), qui subit un grave échec sur la côte du Fou-kien (17 juin 1660). L'amiral partisan des Ming n'en saisit pas moins les Pescadores (archipel des îles P'ong^hou jg Jfl) et occupa partiellement et temporairement les meilleurs points de l'île Formose, aux mains des Hollandais (1). Il travaillait à transformer sa conquête en province chinoise, et projetait d'expulser les Espagnols des Philippines, quand il mourut le 2 juillet 1662. Son fils Tcheng king (mort en 1681) ne sut ni poursuivre l'exécution de ces plans, ni rien conserver des acquisitions paternelles. Les petits-fils de Koxinga se montrèrent encore plus incapables. Vers 1683, la Chine reprenait possession de Formose, au moins des régions maritimes de l'île ; l'intérieur montagneux resta toujours à peu près indépendant.
K^ang-hi avait élevé un temple à Tcheng Tch^eng-kong, ou
(1) En février 1626, une flotte espagnole, sur l'ordre du Gouverneur de Manille, sortit de Cavité, pour tenter par surprise la conquête de Formose. Cette "Belle-Ile" orientale, devenue enfin japonaise après quelques jours de république, excita périodiquement les convoitises européennes. Pauthier (Chine moderne^ I, 119) cite un mémoire présenté au Gouvernement anglais lui exposant les avantages commerciaux et stratégiques de la grande île et des Pescadores. L'auteur rappelle dans une note (ihid) que Louis XVI s'était ouvert à La Pérouse de projets dans le même sens.
En 1714, le P. de Mailla vint avec le P. Régis lever la carte de la partie méridionale de Formose, occupée par les Chinois et celle des Iles P^ong-hou.
S42 CH. XIII. DTM. RteNAXn i^nV) DBB TA n'ofci, 1644.
Koxinga. Le 15 février 1875, sur le rapport au trône du Commissaire impérial Chen Pao^tchen {t fl^ ^Ulf Tempereur régnant lui en fit dédier un autre à T'at-wan fou ^ flf ]^, la capitale de Formose. Koxinga canonisé devint comme le dieu tutélaire de Tile. L'on constate une fois de plus que les Chinois sont encore moins regardants que nous pour meubler leur panthéon historique: temples ou statues sont élevés souvent aux plus indignes. Les Japonais, maîtres de T'at-wan fou, y vénéreront-ils la mémoire du héros qui eut pour mère une japonaise? (1).
Les derniers tenants de la dynastie des Ming pékinois ou nankinois avaient enfin mis bas les armes devant la politique résolue, habile et tenace des Tartares. La résistance ne céda pourtant que peu à peu. «Pour réduire un fameux pirate, nommé Kouo^tch*en (2), les (quatre) régents (du jeune K*SLng''hi) n'hésitèrent point à tout brûler sur le littoral du FoU'kien, qui tenait encore pour les Ming,ii (A. Favier, Pékin, p. 170). Macao fut épargné à la requête des missionnaires, A. Schall et Le Faivre; v. de Mailla, Pfister.
Je lis à la page 54 du Mesny's Chinese Miscellany (I, n® 321) que King Cheng-tan ^MW^ (1627-1665), grand lettré, forma une société politique à Nankin, vers cette époque, pour renverser la dynastie présente. Il fut décapité avec 16 ou 17 de ses complices, sur un ordre de K'ang-'hL, secrètement adressé au vice-roi du Kiang-nan (3).
Pendant la minorité de K'ang^hi, en 1662, les quatre régents (4) exclurent à jamais les eunuques de toute part au gouvernement. Le chef de cette engeance audacieuse, coupable de malversations excessives, fut condamné à mort. Des milliers d'eunuques, chassés du palais, furent renvoyés chez eux. Nous ignorons si ceux de Nankin encoururent aussi cette disgrâce, longtemps méritée. «La régence fit graver sur une plaque de fer, du poids de mille livres, qui subsiste encore aujourd'hui, une loi, en vertu de laquelle la nation Mantchéou s'engage à ne plus élever d'eunuques aux emplois et aux dignités. Cette loi est
(1) Nous avons dit qne son père fut baptisé à Formose, sons les noms de Nioolas Gaspard. Un Nm nombre de ces détails sont extraits de Vile Formose, d'Imbanlt-Hoart, qui trace (p. 83) un brillant portrait de Koxinga, anssi extraordinaire par ses talents que par ses vices.
V. Ohina Bevi&w vol. XIII, p. 67. Life of Koxinga. Baptisé, élevé à Manille chez les Espagnols et à Formose chez les Hollandais, il motirat à T^ai-wanfou le 23 juillet 1662. de Bongemont, Historia Tartaro-sinioa, pars 1^ .
(2) Il s'agit encore évidemment de Koxinga (Ko-sing yé).
(3) Le Oénéral Mesny dit avoir occupé on de ses descendants, comme secrétaire, an Koei-tcheou, et renvoie au Chinese reader's de Mayers, p. 85, n* 270.
(4) C'étaient 4 chefs de Bannières, choisis parmi les plus influents. Les Chinois traduisent ou figurent ainsi leurs noms tartares : So-ni fj^ J^ * SourJct-sa-a JK 3E S P^i Eo-pi-long -^ ^ |^i Ngao-pai îf ff -
I II. Ï'AKCNUI à KAfmm. ?<fe
toujourë en vigueur.» De Mailla, XI, p. 56.
L'empereur K'ang-^hij au cour» de flon ÎOttg fègtiè de 61 Mè (1662-1723) (KHeU'^long 1^ |S régna 60 ans et Louis 3tlV 72), 8è tendit trois fois, c. à d. en 1670, 1683, et 1699, à Moùkden, berceau des Mandchous, qui conterve aussi les sépultures de leurfl ftncêtred.
Nankin fut plus souvent encore favorisé de la Visite deTAMlf monarque.
VISITÉS DE K*ANG-HI X NAÎîKîN.— HËLAÏIONS avbc les ;tÊSXTÎÏËÔ.
Le premier Jour de la 11* lune 1684, 23' année dé êôn règ^e, il y habita chee le Tsiâng-^hinn {ff ^, vice-roi ou Maï^échal tartare, sacrifia le lendemain au Tombeau .de Hôfig^^u §| |$, puis visita rObservatôire de Pé^ki ko i^ jfS p^ I^om de Cette vii^ité, l'empereur, charmé de la vue splendide que Ton d de là sur le lac Heou^hou et la vaste cité, écrivit les oftractèree K^oang^ koan H H^ <ivue étendue» pour orner un pUn ou ihsoHption suspendue dans le kiosque de l'Observatoire. Il ne i^Bte j^Iue qu'un fragment de Cette inscription Impériale, brisée par leS T^aip'ing ^ 2|5 il y a quelque. trente ans, et relevée depuis sOUS- le kiosque actuel (1).
Le souverain se rendit aussi au champ de Mars, le fà-ftiaotchang ^ ^ JE, pour y recevoir les hotntnageâ des riianâ&rins et du peuple (1684)-
Il reçut également à sa résidence le F* Oftbiani et le P. Valat qui lui expliquèrent, sur son désir, la sig^iiâcation symbolique et figurative de leur crucifix (cf. Var. ëin., n* 3).
Le P. de Fontaney demeurait à Nankin en 1688, avec le P. Gabiani (2), Mg^ de Basilée OU Lotiô TchôU-kiao j|i ^ jR (DOttl Orégoire Lopez, chinois et dominicain), le P. Jean-^^ançolS de Léonissa, franciscain, devenu ensuite évéque de Bérite, puis le P. Basile de Olémona et VlP^ Tévêque d'Argolis. OeS déixx derniers, religieux franciscains aussi, demeurèrent plue d'un an k Nankin (cf. Lettrés édifiantes, p. 427).
Le Péhîng de Ms^ Favier reproduit le portrait de M^ LOpesi qui tomba malade en cette ville, tl fut enterré au cimetière de
(1) Cf. he« MiêêionB eathoUqttes, 1688, p. 102, article Ûtx f. A. OoloUthél str l'Obgèfvatoire de Nankin, auP^-A;i kot On y trdttveM uti deflsin dmiHAhi tiiié idé» de VêitsÀ Acttjôl des lieux. La stèle qui gît renversée à l'est en entrant, mentionne l'érection de la pierre qui porte ces caractères (21^ an. dé K'ang-hi).
(2) Le P. A. Pfister S. J. a réuni de nombreuses et int^:«88anteâ nottoes ma Ut PP. de la Compagnie de Jésus en Chine, recueil autographié. Le P. H. Havret en a inséré plusieurs aU n" 12 des Var. sin.
244 CH. ZIII. DTN. Ri0NANTB (ZXII*) DBS TA TS^ING, 1644.
yu-/ioa Vai et avait légué aux franciscains la maison qn'il possédait, non loin du 7'ong-tst men, k l'endroit où s^élève, dit-on, la «Pagode du Feu», le Hotio^hen miao 9C Wf A*
Mer Giceri S.J. US lU (1637-1704), sacré à Macao en 1696, vint s'établir aussi à Nankin et y mourut en 1704; on Tenterra, comme Ms^ Lopez, au Fu-hoa rat. C'est la raison qui fait parfois nommer ce cimetière «le Cimetière des évéques», aux Chrétiens nankinois. Neuf missionnaires jésuites y reposent, dans le territoire (ou aux environs) conservé par la Mission catholique, sans compter W^ Lopez. V. Nankin port ouvert.
La pagode élevée sur la triple arcade du Kou^leou ^ ;|||, à cheval sur le Afa-tou, la route européenne, abrite une belle stèle, dressée sur une lourde tortue. L'inscription qu'elle porte a trait ' à cette visite impériale ; elle relate les circonstances du voyage impérial et les conseils donnés par l'Empereur aux Nankinois : «Éviter la prodigalité, les dépenses inutiles, et se défaire de leur nonchalance paresseuse.» Au dos (nord) sont les noms des mandarins, La stèle en bel état de conservation, ornée d'une jolie bordure [de |dragons mesure 1" 47 de largeur sur 3" 15 de hauteur, sans le couronnement. Elle a été élevée par le vice-roi Wang Sin^ming BE tf ^-
En 1689 (25* jour de la 2* L), K'ang-hi était revenu à Nankin. Il y entra par la porte T^ong^tsi men^ Le P. Gabiani alla à sa rencontre avec le P. de Fontaney (1643-1710) arrivé en cette ville le 31 mai 1688. Les deux Pères se tinrent à genoux sur le pont Chang'-fang k'iao Jl jjT 'Bl (pont sur la Ts'in hoai, au s.e. de Tenceinte, entre Kao^kHao men "^ ^ f^ ^t Kia-kang men ^ M P9)* L'empereur chevauchait, entouré de ses gardes-ducorps et escorté de deux ou trois mille cavaliers. On le reçut splendidement; sa visite occasionna des frais considérables. Le Tribunal de Tlntendant des soieries impériales lui servit de Hing'kong fî #, ou Hôtel de passage.
«Pendant le séjour de l'Empereur à Nankin (du 26 au 30 de la 2* lune), écrit le P. de Fontaney, nous allâmes tous les jours au palais, et il nous fit Thonneur d'envoyer aussi tous les jours chez nous un ou deux gentishommes de sa chambre. Il me fit demander si Ton voyait à Nankin le Canopus; c'est une belle étoile du sud que les Chinois appellent Lao-jen sing JE A M (Fétoile des vieillards, ou des gens qui vivent longtemps) ; et comme je répondis qu'elle paraissait au commencement de la nuit, sur ce, Temperçur alla un soir à l'ancien observatoire Koan^sing Vai 1^ £ ^, uniquement pour la voir» (1).
(1) Cf. Lettres Édifiantes. Le Koan-sin^ Vai W S 3K est le Pé-hi ho actael.— Le VidUa/rd ^S A » OanoptiSj est nne étoile de première grandeur, VAlpTia de la constellation: le Navire d*Argo. Cette brillante planète resplendit sur le gouvernail de la figure astrologique.
I II. &'ANGh-HI ET LES JÉSUITES. 245
R'ang-hi quitta Nankin le 22 mars 1689 (!•' de la 3» lune) pour rentrer à Pékin. Sorti par T'ai^p'ing men, il s'embarqua à Yeu'-tse ki ^ ^ fl|) ^" village de Koan-yn men jR "B^ P^- Les Pères arrivèrent après lui à ce petit port, sur un faux bras du Kiang : la barque impériale descendait déjà le grand fleuve. Ils la suivirent jusqu'à I^tch^eng j|| ^, soit une quinzaine de lieues, puis ils la devancèrent à Yang^tcheou. A Wang-teou, l'empereur fit amarrer leur barque à la sienne, pour la remorquer quelque temps, pendant qu'il les entretenait amicalement dans sa demeure flottante. «Nous l'attendîmes, au bord d'une rivière (après Wang-teou), poursuit le P. de Fontaney. Il nous aperçut et eut la bonté de faire approcher notre canot, que sa barque traîna durant plus de deux lieues... Ce grand prince nous traita dans cette dernière visite avec beaucoup de familiarité..., et, après avoir fait mettre dans notre canot du pain de sa table, et quantité d'autres provisions, il nous renvoya comblés d'honneurs» (1).
Que les temps sont changés! s'écriera-t-pn à la lecture de ces particularités à peine croyables. Deux siècles seulement nous en séparent; changement n'implique pas nécessairement progrès!
L'on rapprochera utilement du récit ci-dessus abrégé ces lignes qui figurent dans le Troisième voyage (1691) du P. Gerbillon en Tartarie : «Le soir, dit ce missionnaire, l'Empereur s'étant rendu dans l'appartement d'Yang-sin tien ^ t^ ^ où j'étais, il me parla d'une manière fort obligeante, en me demandant l'explication des usages d'un thermomètre et d'un baromètre qui étaient là, et que le P. de Fontaney lui avait donnés à Nankin» (2).
Le 3* voyage en Tartarie eut lieu en 1691. Le 22 mars de 1692, parut un édit impérial, par lequel K'ang-hi, après une consultation motivée du Li^pou JH ^ ou Tribunal des rites, autorisait le libre exercice de la religion chrétienne dans la Chine.
L'an 1699, troisième visite du souverain à Nankin. Gomme en 1689, il résida à l'Hôtel de la rue Ki-siang kiai ^ fj^ ^, où il avait établi son Hing-kong ff '^ provisoire (3). On l'y revit à la 2® lune de 1703; il députa le prince héritier pour sacrifier au Tombeau des Ming, où on lit encore l'inscription due au pinceau impérial et envoyée à cette occasion : Tche-long T'ang Song f^ m j|ç 5^. «Le règne de Hong-ou rappelle celui des T'ang et des Song.yy
(1) Lettres Édifiantes IX. p. 429, En outre, plusieurs de ces souvenirs sont empruntés à l'ouvrage chinois du R. P. P. Hoang, JE SC $ *•
Cf. Parva adumbratio et Lettres de Jersey, déc. 1890 p. 201, d'après le travail^ du P. Hoang.
(2) Du Halde, IV. p. 341. L'ouvrage parut à La Haye en 1737.
(3) Le Ta-hing-kong est le kong-Tcoçm que l'on croise en allant du Yangrou-hiu (palais des affaires étrangères) à 8e-hoa men^ au carrefour où se tient le marché. Mur d'honneur. Murs peints en rouge. Servait en 1895 fku pao-kia-kiu fljs ^ J^*
944 CH. XIII. DYN. liA^MAIITS (XXU') M9 T4 TB'lNO, 1644.
Cinquième yisitQ de rBmpereur en 1705 (3* lune). Il choisit le même logement qu'en 1689, 1699 et 1703. Lhéritier présomptif fut encore délégué pour lee faorifioe» funéraires au Htao ling B|. Le 18 de la même lune (3*, 1705), anniversaire de la naissance 49 K'wg^hh fut un jour de réjouissances publiques. Le monarque ordonna même nux académiciens de convoquer les bacheliers au Kong^yuen Jf K (local des examens littéraires) pour célébrer cette date illustre. Puis, il fit en personne cinq promotions au grade de licencié. Le Ming^tao c/iou-yuen W El # R ^^9^^ fûors de lui un Pten jg (inscription horizontale) Tsi^Vong^lien^
Sixième visite impériale en 1707. La résidence Hingmkong rcstf &%6e au même Hôtel. K'angr-hi va sacrifier au Hiao ling ift fSt devant la Tombe de Hong^u et distribue aux vieillards les plus honorables de la ville des cadeaux de mets et d'étoffes. De sa main il transcrivit de« vers du philosophe Tchou Hi ^ M pour les offrir à Tchao Lien-tsHé jg m ^, sous-préfet du Clian0* yuen hi$n, une partie de Nankin et de ses faubourgs (1).
(1) S^trAot from Bohinuùn Onttoe, pp. 456 uid 457.
First WQ went ten da3r8' jonmey to Nanking, a oity well worth leeîng ; they say \% hM 1^ nuUiqp of people Ux it : it i« regaUurly built, and the ttreets are ail atraigbt, and 0¥PIW one aRoth«r in direct linea. But wben I compare the miierable people of thew Wnntri©a with ours, tbeir fabrîcs, tbeir manner o| Uving, tbeir govemment, tbeir religion, tbeir wealth, and tbeir glory, as some oaU it, I mnst oonfess ihat I soarœly tbink it wortb my wbile to mention tbom bere. We wonder at tbe grandeur, tbe pomp, tbe cérémonies, tbe gQvemment, tbe manufactures, tbe commerce and conduct o{ tbese péoples ; not tbat tbere in really any matter for wonder, but because, baving a true notion of tbe barbarity of tbose countries, tbe ignorance and tbe rudeness tbat prevail tbere, we do not expect to find any sucb tbings so far off. Otberwise wbat are tbeir buildings to tbe palaces and royal buildings of Europe ? Wbat. tbeir trade to tbe unlversal commerce of England, Holland, France, or Spain? Wbat are tbeir clties lo ours for wealtb, strengtb, galety of apparel, rich fumiture, and infinité variety? Wbat are their ports, suppliéd witb a few junka and barks, to our navigation, our merebant fleets, our large and powerful navies ? Our Gity of London bas more trade ihan half tbeir mighty empire ; one Englisb, I>uteb, or Frencb men-of-war of eighty gims wonld be able to flgbt almoit ail tbe sbipping belonging to Obina; but tbe greatness of tb«r vealtb, tbeir trade» tbe power ol tbeir govemment, and tbe strengtb of tbcâr f^muei m»y be a Uttla surphsing tQ us because, as I bave said, we do not expeot suob tbingB among them, considering tbem as a barbarous nation of Pagans, little better tbsu savages. But ail tbe forces of tbeir empire, tbough tbey were to bring two millions of men into tbe field together, would be able to do notbing but ruin tbe empire, and starve tbemselves ; a million of tbeir foot could not stand before one embattled body of our infantry, posted so as nôt to be surrounded, tbough tbey were not to be one to twenty in yiumber ; nay, I do not boast if I say that thousand German or Englisb foot, and ten thousand horse, well managed, could defeat ail the forces of China. Nor is tbere a fortified town in China that could hold out one month against the batteries and attacks of a European Army. They bave firearms it is true, but tbey are awkward and uncertain
t II. M^B DE TOURNON k NAN&IH. S4T
Abordons un autre ordre de souvenirs moins glorieux. «Le 22 nov. (1706) écrit M^ Pavier, dans son beau Péking, à Haè-^ nan près de Nanking, malgré les protestations du légat, M^ de Tournon rentrant à Canton, on arrêta M^ Appiani (1663-1732), (lazariste) qui l'accompagnait; on le chargea de chaînes et on le conduisit à Péking pour y être jugé» p. 195. Après avoir été conduit enchaîné au Se-tch'oan où il avait été missionnaire, il fut ramené à Pékin. Il fut ensuite relâché provisoirement à la prière des jésuites français, puis exilé à Canton où il mourut prisonnier en 1732.
Signalons le court séjour (17 déc. 1706 au 17 mars 1707) à Nankin, de Ms^ Charles Maigrot, vicaire apostolique du Fou^kUn, évêque de Conon, vicaire-général du Patriarche, dont le nom résonne si souvent dans les controverses sur la Question des Rites, Il partit de Nankin pour se rendre à Canton par la voie de terre (1).
C*est de Nankin même que M@^ de Tournon lança le 22 janvier 1707 son «célèbre mandement de Nankin, promulguant le décret de Clément XI, qui condamnait les rites chinois. x> (À. Pavier, Péking).
Il avait sacré évêque le jésuite Antoine de Sylva, ^ ^ ^. L'Archevêque de Goa s'empressa de faire valoir son titre 4le Primat des Indes, et exigea la démission de ce dernier, qui redevint simple missionnaire de la mission catholique de Nankin.
Lors de la violente persécution de Yong-tcheng ^ Jg, notre église fut confisquée (1724) et deux ans plus tard on transforma en grenier public notre résidence, dont une portion subsistait encore en 1846. Le dépôt de riz actuel (g^ ^)
in their going off ; and their powder bas bat little strengtb. Their anmes are badly disoîpllned, and want sldll to attaok, and temper to retreat ; and tberefore I must confeas, it seemed strange to me wben I oame home, and heard onr people aay snoh fine tbings of tbe power, glory, magnificence and trade of tbe Cbineae ; becanse as far as I saw, tbey appeared be a herd of ignorant sordid slaveSi snbjected to a govemment qualifled only to raie sucb a people ; and were not its distance inconoeivably great from Muscovy, and that empire in a manner as rade and ill-governed as they, tbe Ozar of Mnscovy migbt witb ease drive tbem ail ont of tbe country, and oonquer tbem in one campaign ; and bad tbe Czar (wbo is now a growing prince) f allen tbis way, instead of attacking tbe warlike Swedes, and eqnally improved bimself in tbe art of war as tbey say be bas donc ; and if none of tbe Powers of Enrope bad envied or interrapted bim, be migbt by tbis time bave been Emperor of Cbina, instead of being beaten by tbe Elng of Sweden at Narva, wben tbe latter Wfis not one to six in nnmber.
(1) Cf. de Mailla XI, 311. Voir anssi B4 Robert 0. Jenkins, ''The Jesuita in China** London 1894.— On lit p. 118, que le légat Me de Tonraon écrivit : «Le 17 décembre 1766, le jour même de mon arrivée à Nankin.»
Cbarles Maillard de Tonrnon patriarcbe d'Antloohe, né à Turin en 1667, parti le 2 juillet 1701, arrivé à Pondicbéry en nov. 1703, à Canton en avril 1705, à Pékin le 4 déc. de la même année.
248 CH. ZIII. DYN. RSGNANTB (xXir) DBS TA TS'ING, 1644.
avoisinant aujourd'hui au nord la Mission Catholique, marque à peu de chose près le site de rancien établissement dont le terrain fut partiellement restitué aux chrétiens en 1864 en exécution du traité, v. «Nankin port ouvert» p. 231.
Vers 1727, une tartare chrétienne de la famille impériale se trouvait mariée à un fils du vice-roi de Nanlcin. Répudiée, je ne sais pour quelle cause, elle est renvoyée à Pékin, tandis que des princes chrétiens sont exilés dans ce Kin^ling ^ [^ qu'elle quittait.
De terribles inondations désolent le Kiang^^nan en 1734 et 1736; le voisinage du Yang^tse dut cruellement se faire sentir dans la région nankinoise, à en juger par le régime hydrographique de la contrée.