‹ Naples et les napolitains Theodore VernesChapitre 12 sur 12 · L’AFFRANCHISSEMENT DE L’ITALIE · texte numérisé non relu

L’AFFRANCHISSEMENT DE L’ITALIE

Du silence de la servitude, l’Italie passe au tumulte des révolutions. Son affranchissement, depuis longtemps l’aspiration dominante de la plupart des partis politiques qui s’agitent dans la Péninsule, est aujourd'hui l'objet des préoccupations de l’Europe entière. Quelques-uns de ces partis se seraient contentés d’un timide ache-

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mincment vers la liberté; les autres, et c’est l'immense majorité , appellent de tous leurs vœux une violente commotion révolutionnaire, et n’ont reculé devant aucun des moyens propres à la provoquer. Si les patriotes italiens n’ont pu réussir jusqu a ce jour, s’ils n’ont fait couler le sang qu’au profit du despotisme, et non au profit de la liberté, c’est que le fatal aveuglement que Dante signalait déjà chez ses contemporains est demeuré leur partage. El pourtant les Italiens sont habiles; hommes d’action au besoin, ils savent aussi s'abstenir et calculer les forces nécessaires au succès; mais les questions de nationalité les ont toujours jetés dans cette sorte d’exaltation qui compromet le succès des meilleures causes. Au lieu de s’en prendre à eux-mènies, ils ne savent qu’accuser leurs princes et l’Autriche. Que demandent-ils, en effet? A être affranchis du joug étranger. Mais que ne commencent-ils plutôt à secouer le joug de leur mauvaise foi, de leur mobilité passionnée qui lès pousse toujours vers les folles exagérations,

des défiances et des haines invétérées de province à province, de ville à ville et d'individu à individu, causes premières de la profonde division de l’Italie, et, par conséquent, de sa servitude séculaire.

n’est que lorsque les Italiens auront compris la valeur du mot patriotisme et les sacrifices qu’il impose, lorsqu’ils seront persuadés qu’ils ne peuvent affranchir leur pays qu’en subordonnant leurs intérêts particuliers à ceux de l’unité nationale, lorsque, par leur retour à une vertu éprouvée ils auront fait leur noviciat de liberté, c’est alors, dis-je, mais seulement alors, que l’Italie sera mûre pour l’indépendance.

Mais, hélas ! qu’il y a loin de la réalité à cette séduisante perspective, et combien tous les amis de celte noble contrée doivent craindre de ne pas voir de longtemps s’effacer ces tristes paroles que depuis tant de siècles l’Italie porte gravées sur son front :

Servir sempre, o vincitrice, o vinla !

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Quels sont les moyens les plus propres à remédier aux fatales conditions faites à l’Italie? Tel est le problème sans cesse posé et non encore résolu.

En ce qui concerne Naples spécialement, on ne saurait douter que le climat n'ait contribué à amollir et à dégrader les mœurs. Pour se rendre compte de ses propriétés énervantes, il suffit de l’avoir habité pendant quelque temps. Jusqu’à un certain point, la race façonne l’individu et le pays façonne la race. On a beau se révolter contre ces nécessités, contre cette perpétuité de vice et d'indolence, si rarement démenties par l’histoire, il est impossible dans ces régions de n’en pas reconnaître la réalité! Le climat de l'Italie est, il est vrai, celui des anciens Romains; le climat du royaume de Naples est celui dans lequel se rendirent célèbres les Samniles, les Sicules, les Normands; mais ces grands souvenirs ne mettent que mieux en relief la dégénération de ces races guerrières et courageuses devenues des races efféminées et sans énergie. De là les

invasions fréquentes et faciles; de là les révolutions , les corruptions de tous genres , effet d’abord et causes naturelles ensuite. Aux zones tracées par la nature, semblent correspondre des zones intellectuelles; dans les temps modernes, à mesure que le soleil s’élève, le niveau moral s’abaisse.

Uneseconde cause d’avilissement pour ce pays, c’est la longue servitude dont il a souffert et dont il souffre encore. Elle l’a rendu incapable de toute aspiration généreuse et l’a privé même des notions les plus élémentaires de la liberté et de la responsabilité humaine. Pour donner aux facultés individuelles tout leur ressort et créer des vertus nationales , il faut que chaque homme trouve une large voie où il puisse marcher avec le sentiment de son avenir et de sa dignité. La forme et les traditions du régime en vigueur aujourd’hui ne sont pas faites pour remédier au mal. Aussi, les écrivains qui se sont occupés de l'Italie semblent-ils, en général, voir le salut de ce pays dans l’abolition des institutions actuelles.

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A mon sens, on s’exagère singulièrement l’importance de ce spécifique humanitaire et social ; et, en effet, ne venons-nous pas d’observer que les institutions napolitaines, bien que portant des fruits empoisonnés, sontexcellentes en ellesmêmes? Ne sait-on pas qu’à Rome les modifications apportées depuis la mort de Grégoire XVI dans les rouages du gouvernement pontifical, modifications consistant dans l’accessibilité des laïques aux fonctions administratives et en d’autres mesures plus ou moins libérales, n’ont en aucune façon remédié aux abus engendrés par la vieille et déplorable routine cléricale?

Une révolution serait-elle plus efficace qu’un simple changement dans les institutions? Les douloureuses expériences de 1848 ont prouvé une fois déplus que chaque révolution ne faisait que river plus étroitement les chaînes de l’Italie, parce qu’après la crise, les mêmes éléments se retrouvent en présence, plus hostiles et plus impuissants que jamais. Pareils aux fils deCadmus, qui se dévoraient entre eux, les Italiens ont,

plus que les étrangers eux-mèmes, déchiré l’Italie.

Jusqu'ici, les diverses parties de la Péninsule ont montré quelles étaient à peine susceptibles d’agrégation et bien moins encore d’assimilation. La division territoriale qui naguère contribua à sa gloire devint bientôt une des causes de sa décadence, et enfin de son asservissement.

De nombreux ouvrages ont été écrits pour prouver un fait qui semble n’avoir pas besoin de démonstration , à savoir que ce pays n'est pas bien organisé politiquement. Le principal argument sur lequel on s’appuie, c’est qu’il ne jouit pas tout entier de la plus importante condition de l'ordre politique, de celle sans laquelle tous les autres biens sont nuis, je veux dire de l’indépendance nationale. L’opinion publique, vivement émue par les événements actuels, semble rendre l’Autriche seule responsable de l'anéantissement de la nationalité italienne, élevantainsi un drapeau qui rallie tous les partis. On feint d’oublier, ou on oublie réellement que c’est la pa-

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paulé qui est la cause première, directe ou indirecte, de la perte de cette même nationalité. Pendant plusieurs siècles , l'indépendance de l'Italie parut grandir en raison de la puissance temporelle des papes, parce qu’ils marchaient

alors à la tète de la civilisation ; mais, après avoir

brillé d'un vif éclat, la nation italienne tomba au dernier rang des peuples chrétiens, quand la papauté, donnant elle-même l’exemple d’une corruption mortelle, perdit toute activité religieuse. L’influence politique de la cour de Rome, qui, sous Grégoire VII, touchaità la domination universelle, devint fatale à l’Italie et fut l’origine de sa propre servitude. Le gouvernement des papes ne s’est-il pas montré, d’ailleurs, le pire des gouvernements? Bien loin de servir d’appui à la liberté, les principes ecclésiastiques s’y sont toujours montrés contraires. Pie IX, ce pape plus généreux qu’éclairé, n’aurait pointconsenli à octroyer une constitution à son peuple, s’il avait saisi la portée des concessions auxquelles inclinait son cœur, et l'altération profonde quelles

devaient apporter aux principes de son gouvernement. Aussi, lorsqu’il eut compris, recula-t-il épouvanté devant son œuvre.

L’Église a sans doute conservé une certaine activité sacerdotale, mais elle a perdu tous les éléments de progrès administratif et politique. Les prêtres n’ont de confiance que dans les prêtres, et l’Église ne se résigne pas volontiers au nouvel état de choses qui l’oblige à se contenter du domaine spirituel et lui interdit d’absorber le domaine civil.

On a émis l’idée de faire du pape le président d’une confédération italienne, de lui conférer une sorte de protectorat sur toute la Péninsule en amoindrissant son pouvoir temporel et en allégeant sa responsabilité politique. Cette sorte de transfiguration de la papautéest-elle réalisable? N’est-ce point là une papauté imaginaire créée pour le besoin d’une, cause dont les partisans sentent, plus qu’ils ne se l'avouent., que le prin-r cipal obstacle à son triomphe esta Rome? Dans la brochure semi- officielle qui a attiré l’attention

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publique il y a quelques mois, on s’appuie sur l’opiuion de l'illustre écrivain piémonlais Balbo; mais on s’est gardé de signaler son avis sur un point important, celui du protectorat du pape. Balbo déclare «que les confédérations sont indubitablement le meilleur moyen de conquérir l’indépendance, seule capable de les maintenir, mais que les papes, puissants auxiliaires d’une pareille entreprise, n’en sauraient être utilement les chefs. »

Où seraient, d’ailleurs, les limites du temporel et du spirituel? Dans la création projetée, l’esprit d’empiétement de la papauté et sa ténacité intempestive ne seraient-ils pas une barrière insurmontable? Ils n’ont réussi jusqu’à ce jour qu’à faire de la bonne cause une cause révolutionnaire cl à faire concourir tous les gouvernements italiens à un seul but, l’oppression des intelligences et des caractères. Cette solidarité malfaisante est semblable dans ses effets au vent dti midi dont le souffle énerve toute la Péninsule. Dans l’intérêt bien entendu de l’Italie, loin de-

tendre le pouvoir temporel des papes, il faudrait le supprimer ; il faudrait qu’il n’y eût à Rome qu’un pontife suprême et non un souverain, car tant que siégera dans la ville éternelle un prêtre-roi, l’Italie ne saurait être affranchie. •

Les diverses causes que nous venons d’énumérer suffiraient à elles seules pour expliquer l’état actuel de la noble contrée qui nous occupe; il en est une cependant que je n’ai point encore abordée et qui fait mieux comprendre que toutes ' les autres comment une si profonde et si rapide décadence a pu succéder à un aussi admirable développement de toutes les facultés humaines. Si l’Italie a vu s’évanouir si vite sa suprématie

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inlellectuelle en même lemps que son indépendance, c’est parce quelle est restée étrangère à la Réforme. Privé de ce'lle force nouvelle, déchiré par des factions politiques ou ecclésiastiques sans foi ni pudeur, incessamment miné par l'égoïsme effréné d'une multitude d’ambitieux et par l’abâtardissement des consciences, œuvre des papes plus encore que celle des princes, ce pays ne fut bientôt plus que l’ombre de luimême, la grande ombre , comme on pourrait l'appeler encore aujourd'hui.

Malgré l’évidence de ces faits, les ennemis du protestantisme ont avancé sur ce point d'étranges raisonnements, celui-ci, par exemple, que j’emprunteà un éminent écrivain déjà cité : « Depuis le commencement du xvi e siècle jusqu’à nous, les trois nations qui s’avancèrent le plus, et qui parvinrent tdur à tour à la suprématie, l’obtinrent précisément en raison inverse de la part qu’elles prirent à la Réforme. Ainsi, l’Espagne, qui en fut pure, resta la première; puis la France; ensuite l’Angleterre : preuve irrécusa-

bleque la Réforme ne vint pas en aideau progrès; preuve ce me semble, qu’elle fut pour lui une entrave. » Ce raisonnement est spécieux, mais fragile, comme tous les raisonnements inspirés par l’esprit de parti. Dans un chapitre précédent, notre philosophe, défendant la religion contre ses détracteurs, soutenait que, si le christianisme avait mis une si longue suite d’années à faire sentir son influence civilisatrice, c’est qu’il fallait des siècles pour asseoir une prépondérance durable et renouveler l'humanité. Cela

est confirmé par les faits. Pourquoi le même raisonnement ne s’appliquerait-il pas à la Réforme? n'y a-t-il pas dans ces deux phases de l'histoire religieuse une incontestable analogie d'action et de développement ?

BaJbo considère, à juste litre, le christianisme comme le plus grand progrès humain, comme le plus puissant propagateur de la civilisation et des lumières; mais, en comparant entre elles les différentes nations chrétiennes et en appréciant

l'influence de la Réforme sur chacune de ces ua-

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lions, il n’envisage la question qu’au point de vue purement intellectuel, oubliant ce qui constitue le fond même de l’homme, sa grandeur . morale.

11 est très-vrai que le grand mouvement religieux du xvi e siècle n’eut pas pour effet immédiat, en Allemagne et eu Angleterre, d’activer le progrès des manifestations les plus brillantes de la pensée; mais il fit davantage : il régénéra l’homme intérieur, et le préserva de la corruption de l’Italie, qui, en propageant les arts, les sciences et toutes les séductions de sa civilisation si vantée, propageait en même temps le relâchement et la dégradation des mœurs.

L’Espagne, elle, échappa à la Réforme. Elle se mit, pour ainsi dire, à l’école de l ltalie, et en rapporta, avec les merveilles de la renaissance, des germes destructeurs qui se développèrent rapidement. A peine le mal s’était-il déclaré, qu’il était déjà sans remède, et la mo- .narchic de Philippe II, n’ayant pas pour, se retremper le souffle vivifiant du protestantisme,

ne üt qu’un saut de la virilité à la décrépitude .

Après l’Espagne vient la France, qui, elle aussi, emprunta des lumières de toutes sortes au grand foyer qui rayonnait au delà des Alpes, et, là encore, sous François I er et ses successeurs, alliés aux Médicis, on vit s’introduire une corruption d’autant plus dangereuse qu’elle se déguisait sous des dehors plus brillants. Si la France ne succomba pas à son tour comme les deux Péninsules, c’est que les doctrines de Calvin passèrent ses frontières. La Réforme n’y domina point, elle y éprouva même de cruelles défaites ; mais ses tendances morales et son esprit rénovateur y imprimèrent des traces profondes et durables. Sous son influence, la France est demeurée gallicane et janséniste, quoi qu’en disent les ultramontains de nos jours, qui ne parviendront jamais à étouffer chez nous les semences de libéralisme et de tolérance. Si la condamnation des Madiai ou la séquestration du jeune Israélite Mortara excite leur joie à Rome,

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en France ces faits ne provoquent que la plus énergique réprobation.

Il est vrai que la culture intellectuelle en Angleterre n’a produit tous ses fruits que plus lard, à une époque qui n’est pas très-éloignée de nous. Mais la précocité est-elle un signe de force, et ce retard, dont se prévalent les détracteurs de la Réforme, ne prouve-t-il pas, au contraire, d’une façon éclatante la puissance spirituelle et durable d’un mouvement religieux qui a progressivement amené un peuple à ce degré d’élévation et de développement universel, tandis que le catholicisme des Borgia et des Médicis laissait retomber l’Italie dans les ténèbres intellectuelles et morales, en même temps qu’il la plongeait dans une humiliante senilude? Ne pouvant nier la supériorité des sociétés protestantes, les ultramontains cherchent à établir que, loin d’èlre due à la renaissance religieuse, cette supériorité doit être attribuée à l’affaiblissement de son influence sur ces peuples et à l'infiltration nouvelle dans Jeur sein des tendances catholiques.

Adopter ces conclusions, ce serait vouloirs armer contre le protestantisme d'arguments puisés dans ses succès mêmes. Ce serait raisonner — ou déraisonner — comme l'a fait un écrivain catholique, M. Nicholas, quia publié un lourd volume pour prouver que la réformation est la mère du socialisme, du communisme et de toutes les erreurs coupables qui troublent les sociétés modernes. Le moment était assez mal choisi pour émettre cette opinion. On était au lendemain de la révolution de 1848, et, pour faire justice d'un sophisme aussi grossier, il suffisait d’avoir observé en témoin impartial les grands désordres politiques et sociaux de cette époque. On avait pu voir, en effet, que, tandis que l’Autriche, l’Italie, l'Espagne et la France étaient minées par le socialisme, les nations entachées d’hérésie, l’Angleterre, la Prusse, la Hollande, les États-Unis, se maintenaient dans un calme d'autant plus remarquable que les bouleversements des pays voisins semblaient fatalement contagieux. M. Nicholas

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ne se troubla point pour si peu, et se retrancha bravement derrière l’argument que voici : « Si les nations protestantes, dit-il gravement, ont su conserver leurs institutions et la paix intérieure, cela tenait au reste de catholicisme qu elles avaient gardé ; si les nations catholiques ont été bouleversées, celte explosion ne doit être attribuée qu’aux éléments protestants quelles renferment. »

L’illustre Balbo reconnaît bien cependant que les nations hérétiques ont part au trésor de moralité chrétienne, principe de toute civilisation, de toute culture intellectuelle et de tout progrès. Il reconnaît qu’elles ont plus de vertu que la nation italienne. Il accorde une vertu supérieure à l’Angleterre et déclare qu’il l’envisage comme étant chargée de l’apostolat chrétien dans les temps modernes; ce qui ne l’empêche point d’aflirmer que, pour parvenir à une si grande situation, elle a suiviun mauvais guide.

L’argumentation de M. Nicholas est nette et concluante pour un ultramontain; mais, malgré

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tout ce qu’elle a d’irrésistible, je doute que les Italiens y soient très-sensibles. Ils se seraient peut-être résignes sans trop de peine à faire usage d’un instrument de progrès, et à suivre un guide qui les eût conduits lentement mais sûrement à la grandeur, à la vertu et à l’indépendance des nationalités protestantes.

En ce qui les concerne spécialement, il serait plus logique et plus exact de dire avec un de leurs penseurs éminents, Leopardi :

* Pourquoi l’Italie, qui était demeurée tout aussi étrangère à la Réforme que l’Espagne, se laissa-t-elle ravir sa suprématie des siècles antérieurs et tomber dans cet abaissement dont elle n’a pu se relever depuis? — Parce qu’elle perdit son indépendance. — Mais pourquoi la perditelle? — Parce qu'elle était corrompue. — Or, comment son orthodoxie catholique ne l’avaitelle pas préservée de la corruption?» Parce que, apparemment, cette orthodoxie, privée des forces vives de la Réforme, était impuissante à lui donner la vertu comme moyen d’indépendance,

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pas plus que l'indépendance comme moyen de vertu.

Les donneurs de conseils répètent aux Italiens opprimés :

« Que l’indépendance soit votre but, la vertu votre moyen. »

Mais où puiseront-ils celte vertu qu'on leur recommande, sinon dans des croyances plus capables de donner l’essor à l’activité individuelle et publique, aux notions du droit et de la justice, aux inspirations de la morale chrétienne, qui seules peuvent élever et maintenir une nation ? La renaissance religieuse est le sine qua non de la renaissance politique.

Les Italiens, dans ces derniers temps, ont compromis souvent, et parfois déshonoré leur cause, en traduisant leurs aspirations les plus légitimes par des folies ou des attentats. Il est à craindre que ces tendances funestes ne fassent avorter toute tentative de rénovation qui se produirait en dehors de l 'élément moral et reli-

gieux. Toutefois, ce n’est point une raison de désespérer de l’avenir, car ces ardentes passions contiennent plus de germes de vie que l’indifférence et l’engourdissement universels. Elles ont déjà fait naître nombre de courageuses individualités; il reste au peuple à montrer que leurs sacrifices et leurs souffrances n’ont pas été incompris.

Les révolutions elles interventions étrangères ne sont pas les uniques moyens de salut. Elles sont sujettes à inspirer des soupçons et des défiances qui paralysent les plus généreux efforts.

Ce ne sont pas seulement les systèmes ou les hommes au pouvoir qu’il faut changer; il faut transformer l'homme lui-même, le relever de son avilissement, lui procurer les bienfaits d’une éducation libérale et éclairée, et surtout le nourrir de l’esprit du christianisme dégagé des erreurs qui l’obscurcissent ou le dénaturent.

Je ne crains pas de le répéter, il n'y a guère

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d'a (franchissement possible de l'Italie qu’à condition qu'elle secouera la lulelle sacerdotale et rejettera le bi lion clérical pour ne conserverque l’or pur de l’Évangile. Je demeure convaincu que ce noble pays, si grand encore dans ses ruines, si riche dans sa pauvreté, où la civilisation moderne a brillé de son premier et de son plus vif éclat, mais qui n'a plus aujourd'hui dans ses veines inertes que le vieux sang papal, je suis convaincu, dis-je, que ce pays 11e trouvera que dans la transforma! ion de ses croyances un remède à sa caducité intellectuelle et morale, d'autant plus frappante que les nuages de l’obscurantisme se sont étendus sur un ciel plus lumineux.

Combien de temps durera ce grand travail de rénovation? Dieu seul le sait, car seul il modère ou précipite le cours des événements. Ce qui importe, c’est que les Italiens sachent bien que vers ce but doivent se tourner leurs vœux et leurs efforts. Si longue et si pénible que soit l’épreuve^ l’issue n'en saurait ctre douteuse, oar

« les nations chrétiennes peuvent être atteintes de maladie, mais non pas mourir (I). »

(1) Gioberti.

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