‹ Naples et les napolitainsChapitre 20 sur 28 · CHIA J A · texte numérisé non relu

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s’y succèdent. Ici, c’est une confrérie au lugubre appareil, dont les membres, revêtus de

la cagoule blanche ou noire, portent un mort à sa dernière demeure. A peine a-t-elle défilé, qu’il se forme des groupes autour de danseurs turcs et chinois, dont l’entrain et la gaieté étourdissante contrastent avec l’aspect funèbre du convoi de tout à l’heure. Mais voici la danse qui s’interrompt brusquement. Une clochette se fait entendre, c’est celle du saint sacrement. Deux hommes accoutrés de longues robes rouges marchent devant le prêtre; ils semblent prendre leur part d’une réjouissance plutôt qu’assister à une triste cérémonie. Tout mouvement cesse autour d’eux ; les assistants se découvrent et tombent à genoux ; les voitures' s’arrêtent, beaucoup de personnes en descendent pour s’agenouiller aussi sur les dalles. Les soldats du poste le plus rapproché et quelques gens du peuple se joignent au nouveau cortège qui passe , laissant la place à un petit théâtre ambulant annoncé par le cri par-

ticulier du Polichinelle napolitain , personnage criard et fanfaron. Ces changements à vue s’accomplissent au milieu d’une foule bariolée, mendiants en haillons, galériens vêtus de rouge ou de jaune, soldats qui semblent être, non . les gardiens, mais les camarades des forçats, prêtres et moines de tous ordres et de toutes couleurs, bénédictins, chartreux, capucins et tutti quanti , le tout brochant sur un fond de lazzaroni qui fourmillent et semblent sortir de terre. Les rapides corricoli fendent ce flot vivant sans aucune précaution, et ne cèdent le pas qu’à la voiture des morts, toute dorée et empanachée, que son apparence et ses allures feraient prendre pour un carrosse de gala.

Mêlez à tout cela les marchands d’oranges, les zampognatori jouant devant la madone, les amazones et les cavaliers, les troupeaux de chèvres et de vaches , les ânes pliant sous le faix qui semblent les seuls êtres occupés et raisonnables, les légères citadines qui s’élancent sur l’étranger fraîchement débarqué et le

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serrent contre les murs pour lui prouver la

nécessité d’aller en voiture étrange pêle-mêle de c

débauche de couleurs et d’ombres, de cris / "* v stridents et de vagues rumeurs, une fête pitto-

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Dans l’après-midi, les scènes et l’agitation populaires font place au mouvement et au fra- fyT cas des équipages. Le Corso commence cà trois heures: il est obligatoire pour quiconque se respecte. J’ai vu mainte dame préférer aux

paisibles et radieuses perspectives de Pausi-

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quelque disgrazia de fortune ne leur permet pas de posséder d’équipage, elles vont seule-

ment à l’église, où elles se font accompagner d’un laquais de louage, affublé de l’antique .. livrée. Jadis certains maris l’endossaient, se flattant de n’être pas reconnus; mais on en

voit moins aujourd’hui qui poussent l’écono-

mie jusqu’à sacrifier ainsi leur orgueil à leur *

■ . , vanité.

Rien ne saurait donner l’idée du despotisme de Ghiaja. S’y montrer est le premier devoir, la plus importante occupation des gens de bonne compagnie. Le prétexte est de voir, le but , d’être vu.

11 suffit d’y manquer un seul jour pour que l’on vous croie mort ou ruiné. Les femmes sont très-nombreuses au Corso ; le premier coup d’œil ne leur est pas toujours favorable ; mais

on ne tarde pas à trouver aimables ces visages expressifs sans affectation et gracieux sans . coquetterie. Pendant ces heures de rapide promenade* l’affluence des équipages* le train .

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et l’air magnifique de beaucoup d’entre eux, la richesse et la variété des toilettes, tout contribue à donner à Chiaja l’extérieur vivant et animé des Champs-Élysées. Malheureusement, tout cela c’est le mouvement et non pas la

vie. Une existence machinale, que n’ennoblis-

sent ni les spéculations de l’esprit, ni les préoccupations d’un avenir politique, est-elle faite pour contenter un peuple généreux ? Les étrangers ne peuvent que gémir en comparant ce qu’est ce peuple à ce qu’il pourrait être. '

DE L’ART A ÎNAPLES

Dans la relation d’un voyage que le prince de Coudé fit à Naples en 1625, le lecteur est fatigué de la naïve admiration de ce grand seigneur peu lettré. Les mots beau et belle y sont répétés pour ainsi dire à chaque phrase; il y a même telle ligne où ils reviennent deux ou trois fois. Cette monotonie est presque une condition du sujet. L’emploi continuel de cette épithète répond assez bien à l’impression d’un

voyage en Italie et spécialement à Naples. En aucun pays la nature n’a répandu avec plus de profusion les dons capables de faire naître et ' de stimuler le goût et la passion des arts.

Nulle part le paysage ne présente plus de richesse et plus de grâce dans les lignes et les couleurs; nulle part la race humaine n’offre des types d’une beauté plus accomplie que ceux qu’on rencontre, sinon à Naples même, du moins dans les environs. Et cependant, les arts ne s’y sont point élevés au degré de splendeur qu’ils ont atteint dans d’autres villes d’Italie moins favorisées par la nature. Chose étrange! Naples, où rien ne ressemble à ce qu’on voit ailleurs, n’a pas, en peinture, produit d’école proprement dite. Elle a sans doute donné le jour à un très-grand nombre d’artistes, dont plusieurs de premier ordre; mais, à l’exception de Salvator Rosa, aucun d’eux ne s’est distingué par un style original.

On sait que « la culture des arts était beaucoup plus ancienne à Naples qu’à Rome ; on

prétend même que le dessin s’était perfectionné à Naples et en Sicile longtemps avant de l’être * à Athènes. Mais, si, dans l’antiquité et même jusqu’au xn e siècle, Naples fut supérieure à tout le reste de l’Italie dans la culture des beaux-arts, elle perdit cette prééminence à dater de la renaissance, et, une fois l’art arrivé à sa perfection au xvi° siècle, le mérite de : l’école napolitaine ne fut plus qu’un mérite d’emprunt »

A l’époque de la renaissance, les dispositions particulières de l’esprit napolitain firent tomber cette école dans un dévergondage plus effréné encore que celui de l’école romaine. Elle dépassa en imagination érotique et mythologique les artistes qui se plaisaient à peindre au Vatican le pape Alexandre VI prosterné aux pieds de Julie Farnèse, sous prétexte de lui faire adorer la Vierge; ou Cupidon dirigeant ses .

flèches empoisonnées contre le cœur de sainte Agnès en extase.

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