Ferrari
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est vrai que vous avez ce tigre de Bourbon qui déchire vos membres et boit votre sang ; cet hvprocrite, ce fourbe, ce grand scélérat de Ferdinand ( scelleratissimo ) . Mais n’êtes-vous point Italiens, vous? N’avez-vous pas un poignard? Personne de vous ne donnera donc sa vie pour vingt-quatre millions de* frères? Un homme seul, un seul coup de pointe, rendra la liberté à l’Italie, changera la face de l’Europe î et personne ne voudra acquérir une pareille gloire ! *
« Non content de nous opprimer, il a conduit ses soldats dans les États romains ; mais Dieu l’a puni; ses soldats sont morts ou prisonniers; il a pris honteusement la fuite. Rome a vaincu ; Bologne a exterminé les Autrichiens; les Hongrois ont détruit l’empire d’Autriche et sont sur le point de venir à nous. Seuls, parmi tous les Italiens, nous méritons le nom de lâches et de poltrons ; nous seuls ne sommes pas Italiens!
«Une récompense de 100,000 ducats est offerte à quiconque délivrera T Italie du susdit tyran. Gomme il ne se trouve dans la caisse du comité que 65,000 ducats disponibles pour cet
objet, les 35,000 autres seront levés par sous-
cription. »
Les mazziniens trouvèrent-ils ces traits exagérés? Le crédit du comité ne leur inspirait-il qu’une médiocre confiance? Je ne sais; mais un fait certain, c’est qu’il ne se présenta aucun
grand citoyen pour répondre à cet appel si
rempli de bouillante sollicitude pour l’avenir de l’Italie et de l’Europe. •/ *
Près de la plage, la transparence et le peu de profondeur de l’onde permettent d’apprécier la nature et les inégalités du sol sous-marin ; mais, à mesure qu’on s’éloigne des côtes, quoique l’eau soit aussi pure, le regard se perd de plus en plus dans ses sombres abîmes. Il en est ainsi des faits contemporains, plus encore que des faits qui font déjà partie du domaine de l’histoire. La question vaut, d’ailleurs, la peine
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d’être étudiée à Naples. Sur ce terrain, on se
convaincra bientôt que Ferdinand II ne mérite .
Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité.
Au demeurant, la plupart des princes italiens K sont d’assez bonnes gens. S’ils sont désillusionnés, un peu trop désillusionnés sans doute, sur les avantages de la liberté, faut-il en accuser uniquement ceux qui, de gré ou de force, avaient octroyé des constitutions et des lois empreintes, à un certain degré, de l’esprit de progrès et de libéralisme? La faute n’en est-elle pas aussi à ce peuple qui ne sait ni user de la liberté, ni se résigner à la servitude ; qui ne connaît de la première que ses excès, et ne voit de remède contre la seconde que l’assassinat? Les faits contemporains n’ont -ils pas surabondamment prouvé que, si certains peuples ont su puiser leur force dans le sentiment du droit, les Italiens, malgré la grandeur et la légitimité de leur cause, n’ont su trouver d’auxiliaire que ;
dans les passions désordonnées et d’autre argument que le poignard?
Ferdinand II, roi moitié moine, moitié guerrier, tout en donnant des marques d’une singulière étroitesse d’esprit et de caractère, n’en est pas moins doué d’une remarquable pénétration ; il juge promptement les intentions et s’approprie les idées des hommes qui l’approchent ; mais il manque de cette grande faculté si nécessaire aux souverains, celle de généraliser les symptômes spéciaux et les idées particulières; il analyse et ne synthétise pas; en un mot, il pratique un individualisme mesquin, là où il devrait faire une large application de
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principes. Cette parcimonie, ce myopisme de F esprit imprime à ses actes des contradictions continuelles, lui fait retirer d'une main ce qu il vient d'accorder de l’autre, détruire par des décrets inattendus les espérances que ses bonnes intentions avaient provoquées, ou adopter des mezzo-termine qui ne contentent aucun parti.
En présence de tels actes , on a trop souvent lieu de se demander comment il est possible d’unir tant de perspicacité à tant d’aveuglement.
Cela n’enlève rien à l’attrait personnel du roi; tous ceux qui l’approchent en sont plus ou moins subjugués. Undes chefs radicaux de 1 848 , mis en présence de son souverain, s’écriait avec feu : « Sire ! que ne vous ai-je connu plus tôt, je ne serais pas révolutionnaire! »
Le roi est instruit, érudit même ; néanmoins, il craint les supériorités et s’en défie. Il connaît fort bien tous les faits historiques, et pourtant on ne peut pas dire qu’il connaît l’histoire. Il se pique de posséder la science de la législation, et il pratique avec passion le
gouvernement du bon plaisir. Il redoute et repousse avec raison les prétentions de la papauté, qui ne tendent pas à moins qu’à imposer à Naples une sorte de vasselage, et en même temps il rend des décrètsuui restituent • à l’iîglise la plupart de ses anciens privilèges et font reculer le pays d’un siècle en arrière.
Jl ressuscite l’inquisition tracassière, domina- - trice et intolérante du clergé et le "place audessus du droit commun.
Par une double contradiction, en réintégrant le clergé dans sa puissance, le roi a confié la • direction des cultes à un laïque, quand, d’après certaines conventions avec Rome , cette direction aurait dû être remise aux mains d’un évêque. C’est le remords placé à côté de la faute.
Doué d’une activité qui serait remarquable " / ' ‘ •; x même dans un climat moins énervant que celui de Naples, Ferdinand veut tout voir et tout
examiner par lui-même, jusqu’aux détails les
plus infimes. Si ce zèle était vraiment intelli-
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gent, l’industrie, les sciences et les arts pourraient en recevoir un encouragement d’autant plus efficace qu’il procéderait directement de la volonté royale. Malheureusement, ce sont les résultats inverses que l’on constate de toutes parts. Le maître ne donnant pas l’exemple, le groupe des hommes qui aiment et respectent les sciences et les arts est encore plus restreint que celui des savants et des artistes. Le roi ne cherche point à mettre d’entraves à l’immoralité qui se manifeste autour de lui, non-seulement dans la société, mais aussi parmi les prêtres ;
Mais il fait des tableaux couvrir les nudités,
et la Vénus de Praxitèle est soigneusement dé- . robée à tous les regards.
lia réglé lui-même la longueur des jupes des danseuses et leur a prescrit des maillots verts pour calmer les jeunes imaginations. Il interdit toute espèce de jeux dans les cafés, où la pro-
hibition n’a pas même épargné l’innocent domino, et il encourage par tous les moyens possibles la loterie, qui traîne à sa suite la misère et l’immoralité. Il refuse à Rome certains privilèges, et il accorde à saint Ignace de Loyola les honneurs militaires et la paye de maréchal de camp, que les bons pères ne se font point scrupule d’encaisser. Il opère la conversion des rentes 5 pour 100 pour diminuer les charges du trésor, et il nomme à des directions financières, avec des traitements de faveur, des hommes, ou inutiles, ou notoirement, incapables de remplir leurs fonctions.
Tout en prétendant donner de l’impulsion à l’industrie, il défendit à ses sujets de prendre part à la grande Exposition française de 1855. En revanche , il autorisa dans ses États l’usage de la photographie, qui avait failli être interdite comme, une nouveauté dangereuse.
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Ce qui ne laisse pas d’imprimer au pouvoir un prestige et un ascendant très-réels, c’est
qu’en général le roi est conséquent avec ses
principes ; c’est qu’il possède précisément les qualités dont son peuple est dépourvu; il a de la fermeté et de la persévérance, tandis que les classes inférieures n’agissentque par explosion, et que la noblesse, privée d’énergie, se contente d’une opposition frondeuse et contenue. Plus on étudie le caractère de ce prince, plus on est frappé des analogies qu’il présente avec celui de Philippe II, dont un illustre écrivain’ nous