PREPARATIFS DE GUERRE
vaisseaux qui s'en reviendront en France, et, par ce moyen, on frustrera le Roi d'Espagne de tout l'avantage qu'il s'est liguréde tirer de l'envoi de ces troupes à Naples, parce que, d'ailleurs, dans ces longues uavigatioos, il en meurt toujours beaucoup de fatipnes et do misère ; et pour le reste, ce sont de nouveaux aolitkis qui ne sont pas fort h appréhender.
Alin que M. le cardinal Grimaldi et vous voyez à. quel point on s'applique aux aiTaircs de Naplcs, je vous dirai que parmi les corps que l'on a résolu d'y envoyer et que l'on fait travailler à grande h&te pour mettre au plulûl en bon état, il y a le vieux régiment de Sault et celui de Vcrvins, de trente compagnies chacun, et le régiment colonel de cavalerie de douze^ sans qu'on oublie rien pour faire que le» autres corps qui les accompagne" ronl soient forts et commandés par de bons ofûcicrs.
Quoi que je vous aie mandé de ne parler à qui que ce soit de ce que vous allez faire à Pîombino, vous pouvez pourtant le communiquer à M. le Bailli de Valençay, étant assuré qu'il tiendra la chose fort secrète et qu'il n'y aura qui que ce soit qui la pénètre. Je lui ai mômc adressé ce paquet^ avec ordre, si vous fites parti, de l'ouvrir pour prendre mémoire des choses qui regardent l'armement naval dos ennemis, et le départ de lenrs galères et vaisseaux afm qu'il tâche d'en profiter (Isns la sortie que feront tes nôtres ; après quoi je lui ai écrit de refermer le paquet, et do vous l'adresser par la voie la plus sûre à Piombino sous perdre un moment de temps, ou, s'il voit que rescadro des galères soit en état de partir quatre ou cinq jours après, le consigner au chovalierdeChasteluspour vousle rendre.
Les instructions qu'on vient de lire portent la date du tf avril ; le tnéme jour, la révolution napolitaine avait pris fin et la restauration «pagnole s'était accomplie. A la suite des incidents du mois de dcceuibre, le gouvcrucmcnt espagnol avait, en effet, compris que, i*U était dirOcile de: ressaisir Naplcs par la force ouverte, il sufGsail de diviser les Napolitains pour rétablir les affaires do t'Escurial dans les Deux-Siciles. Le cabinet de Madrid a^iL cette fois avec beaucoup d'habileté : le duc d'Arcos, objet de l'exécration publique, fut nppelé et remplacé par le comte d'Ooate, homme adroit et insinuant,
ou PmSSlS-BBSANÇON, I6ifl.
qui enln aussitôt en Dêgociations avec les chefs populaires que Gniai, mal conseillé par le comte de Hodëne et par un aventurier, Km Duncan de CérUantes, dont il avait fuit son confideot, avait commil la faute grave de s'aliéner. Comme le retour de la flotte française èt«il anuoacé, et pendant que (îuise était allé occuper la petite ilc de Niùta, pour faciliter le débarquement des Iroupea eoGn promises par M&zarin, Gennaro Aneae et ses complices livrèrent de nuit aux i^iagnob une des purteii de la ville et la grosse tour qui servait d'arsenal. Don Jaoo d'Autricbe et le romte d'Onate entrèrent aussitôt avec leun troupes, criant : < La paix! la paix! Point de gabellesl ■ (6 avril.) U canaille napolitaine les acclama, et le duc de Guise, revenu en lùoit hâte de Ntsila, ne put rentrer dans Naples dont il trouva toutes Id portes fermées. Abandonné do presque tous ses gens, Guise tenta M B'cnfuir vers les Abruïzcs et fut fait prisonnier auprès de Capoue.
Ainsi se termina la révolte de Naptes dont Moutglat a pu écrirt dans ses Atcmoires que, « si le cardinnl de Bîcbelieu eôt été rivant, elle eiU ou une bien plus grande suite ». Mazarin perdit toat pour avoir cherché à concilier l'intérêt français, qui lui commandait ds soutenir résolument le duc de Guise, et les passions de la reine qni préférait voir Naples entre les mains de son frère que de celles d'on autre que « le petit Monsieur, frère du roi ».
Malgré la gravité de l'éehec qu'il venait de subir, Hazarin ne renooçi point & son projet de chasser le^i &pagno)s du royaume de Napltt. On verra par les lettres suivantes qu'il continua, jnsqu'Hu rooii d'août 1648, de provoquer de nouvelles tentatives dans le royaume. Il était malheureusement trop lard. Avec la moitié des forces qu'il envoya h celte époque dans le» eaux de Procida et de Salerne, il ett assuré, au printemps précédent, le succès de Guise el 1 etablisseouBl d'un royaume français dans la basse Italie.
XÉHOIRE Dtt r.ARniNAl. !MA7.*HIN A BIONSEIGNKl'R LE CARDINAL ORIV*!^' LK l'Hl.NCK TUONAS ' £T UV PLESSFS-BESANÇON
15 aoAl I6k8.
Sa Majesté, ayant nnVemenl examiné en quel endroit il est plus e.vpédianlpourlc bien de son service d'employer son arm^ft
I. Thomaf de Savoie Curî^an, (ûfiquièmo fils de CbirlftS'EmmuiUftl, tig« dl U iDAÙon de Carignan, né «n 1596. li suItU U poliliqu« hésiluilc de sa hiaUoo, s'»I-
navale et les troupes qui sont embarquées dessus, en cas qu'après l'entreprise qu'ils avoïent résolue au delà de Prochila ', faite ou faillye, on ne voye pas jour à pousser, ou faire aucun progrès dans le Royaume de Napics, elle a estimé, dans la conjoncture présente des affaires, que la meilleure résolution qu'elle puisse prendre, lorsque, comme ïl est dit, il n'y aura ricu de considérablc à espérer du côté de Napics, c'est de faire venir l'armée mux c4te3 de Catalogne pour tenter Tenlreprise de Taragonne '; à quoi la conquête de Tortose peut apporter de plus grandes facilités qu'il n'y en a eu par le passé, la place se trouvant coupée de tous côtés, cl ne pouvant plus y rien entrer que par mer. Il semble que fermant à ceux de Taragonne la seule voie qui leur reste pour être secouruft, comme il paroït aisé, notre armée navale prenant la première son poste sous la place, l'entreprise ne jieut quasi manquer de réussir, puisque notre armée de terre M trouve déjà de beaucoup supérieure k l'ennemie, et qu*elle pourra encore être notablement renforcée par les troupes extraordinaires qui sont embarquées sur la navale, et qui mettront |)ied-à-lerre pour cette occasion, et parcelles eulin qu'on avoit préparées pour le débarquement àNaples, et qu'on pourra faire en ce cas passer en Catalogne.
Il est superflu de dire qur^He seroit l'importance d'une pareille conquête. Mais, afin que M. le cardinal Grinialdi et M. le prince Thomas puissent être mieux informés de tout ce qui regarde celte affaire. Leurs Majestés ont jugé à propos de leur faire porter cette dépêche par le sieur de Laiinay qui a été présent ^La beaucoup participé à la gloire de la prise do Tortose, qui a de
liant Uni^ i l'Espagne, qui par le MÏUnais menaçait lo Pîârncint, Untât A la France, «|Ul ffurreillait la Savoie par le DaaphiiM^. Ailachd d'abnrd au pai-ii espagnol, ït ftenlU en 103!» la bataille d'.\r«in contre le^ maréchaux do CbAlîllon et de Brèié. Apr^ phuiran altcmaUvcs, il pavu déflnitireineni au servie» de la France (1642) »l obUni le gnde de giïnêraliasimo des arméen do France ei dn Savoio en Italie, On a TU dan» U notice préliminaire qu'il jotia un rAle tiV^i inférieur à celui que Maxarin lui •Tait' destina daiu l'affaire de Naides. Kn 1656. le duc de ModAnn ayant ét4i attaqua par Im KêfofuuAâ, U prince Tbomas partit 4 «on accours et mourut en roule, à Turin. I. Ils du golfe de Neples. Voir la notice de l'inatruction nUranU.
L'artiK^e de Cataloinie Ataït commandée par le maréchal d« Sclinmberg qui
rempiactï comme? vice-roi te frire de Uaxarln (IftU). Schomber^r répara iea
« de d'Harcourt et de Condd en a'emparanl de Tortooe ; il ee préparait Ji tenter
It ittf* de Tarra^ooe, torla cùla de la Méditerranée, que l'annéo lran{aiao arait
~ itiae première fois en 16U.
DU PLESSIS-6ESANÇ0N, 4648.
longuo maiD grande connoissancc do ce pay&-là et de tout ce qui s'y peut faire, et qui pourra les éclaircir pleinement sur iom les doutes qu'ils poiirroient lui proposer touchant ces aifaires-Iâ.
Si M" le prince Thomas fait le voyage, il trouvera en arrivant on Catalogne les ordres néceiïsaircs de Sa Majesté sur la façon dont toutes choses devront se passer entre lui et le maréchal de Schomberg'f qui se trouve en la possession de la qualité d« Vice-Roi, laquelle porte avec soi de grands avantages et prérogatives dans le pays, mais cela n'empêchera pas que Leurs Majestés no veuillent que Son Altesse ne reçoive toute sorte de satisfaction, ainsi que lui dira plus particulièrement le sieor de Launay.
Et, en ce cas, M. le cardinal Grimaldi pourra débarquer i Toulon et venir à la cour, où Leurs Majestés seront bien aises de voir Son Excellence et de lui témoigner elles-mêmes le vif ressentiment qu'elles ont do son zèle et de ses services. Que si, pour des considérations qu'on ne peut juger, M. le priDC« Thomas aiaioit mieux ue pas faire le voyage de Catalogne et s'en retourner en Piémont, ou venir ici, Sa Majesté désireroit que M. le cardinal Grimaldi voulût se donner la peine de se tramporter encore sur l'armée en Catalogne où Son Excellence^ comme plénipotentiaire, auroit l'entière direction des choses. Et M. le duc de Richelieu' lui rendroit tous les respects et déférences qu'il sauroit désirer, se confonnaiit entièrement à tout ce que le dit sieur cardinal Grimaldi lui diroit être du service do Sa Majesté et M. le maréchal de Schomberg aussi, agissant à terre, aura lee mêmes déférences pour tout ce qui viendra de sa part.
Cooune la place de Mahon dans l'île de Minorqoe n'a jamais été trop bonne ni trop bien gardée, et qu'on a eu avis certain que, dans cette conjoncture-ci, elle l'est encore moins qu'à l'ordinaire, les Espagnols eu ayant presque tout tiré pour fournir
1. Charles do Schomberg, duc d'fiftlluin. pair et miirécbAl de France, était fib d« Hcari de Schomberg auquel il succéda comme gouTcrntiur du Languedoc (lSSi)>
2. Armand-Jciui du Plessis, né en 1029, éuil fils de Françoùi de Vi^erot, s4ii4ik des galAre* de Louis XIII. Son gruid-ondo. le cardinal de RicheHea, la substttoa aux nom et armes det du Plesris. Devenu duc de Richelieu et de Pronuc, {oir de Piuc« et cheraUer de» ordres du roi, il succéda à son père comme gioixtl des gaïftres (iM3), et conurva cette charge jusqu'en IMI . 11 mnomt ta 10 mai iTlS.