Mémoire» de FoaUtnij-llamiil, V
MARIE DE MÉDICIS cm
d'Ancre et d'ÉperaoD ; aon ambassadeur a l'entrée au cooseil secret de la reine.
Si la FraQM est ainsi livrée à sa vieille ennemie, que sera-ce de riialie? 11 faut remonter ou descendre très loin dans l'histoire pour y trouver l'exemple d'une pareille défaillance, faute deux fois grave, parce que les confédérés de la Ligue se déclaraient pr*t9 h tenir leurs engagements et qu'un pareil abandon va tuer, pour longtemps, la foi de la péninsule dans la parole &moç4ise. Si -c'était pour la rendormir aussitôt, à quoi bon l'avoir réveillée? Pourquoi lut avoir fait honte dosa servitude si e'eat pour l'y ramener si vile, avec un dépit de plus, un courage de moins ? Tout habituée qu'elle fût aux déceptions, celle-ci parut A l'Italie trop dure, trop injuste, vraiment trop imméritée : quel BT^mcnt décisif dans l'avenir à tous les conseillers de prudence et de lâcheté ! Quoi t cet Esp^nol contre qui le roi de France, hier encore, appelait vax armes la moitié du monde, c'est lui qui préside maintenant au gouvernement de sa veuve I Et cette veuve, par une dernière ironie du sort, csl Italienne, de cette race des Médicis fatale entre toutes A la liberté! Encore si la Régente se bornait & ajourner les projets du mort : mais il suffit de no leur avoir point été hostile pour être désormais suspect. Qu'un conflit 5'élève entre l'Espagne et l'un ou l'autre des États qui s'appellent encore les Stati liberi, l'on peut être assuré do trouver la Régente et son amant florentin du côté du roi catholique. Pour une fois qu'un duc do Savoie n'a point été te premier à ae tourner vers le soleil levant, en a-t-il été atsex cmellement puni? Au lendemain de la mort de Henri IV, Charlea-Emmanuel avait écrit ft Va reine qu'il n'attendait qu'un «igné pour jeter dans le Milanais une armée piémontaise, seul et dernier rempart do l'Italie : « Si je désarme, ajoutail-il avec âne fierté qui ne lui était pas habituelle, il n'y aura plus « d'hommes libres dans la péninsule ; elle ne contiendra que a de* lraUre« et des esclaves. * On n'essaya môme pas de lui niéiiiger un accommodement honorable avec l'Espagne et il fallut que le fape intervint. Charles-Emmanuel enverra son fils k Madrid demander pardon à genoux au Roi catholique d'avoir
■M ÎNTHODUCTION
projeté la libération d'Italie, d'avoir voulu être l'allié de France. A cette condition soulement, il conservera son duché'. Un peu plus tard, dans l'alTairc du Montrerrat, la Régente » mettra avec l'Kspagne pour chaasnr le duc de sa petite cod* quCte.
Rien de plus douloureux à constater que ces faiblesses, non seulement parce qu'oUos sont honteuses, mais parce quiue fois de plus* en quelques heures, du fait d'une étrangère que le peuple n'a point adoptée un seul jour et sans que la France m(>me y soit pour rien, on voit s'effondrer et crouler de IobIk parts le lent et patient travail d'une diplomatie vraiment fraDçaise. Voici notre rocher de Sisyphe : cette confiance et celte sympathie des Italiens, sans lesquels nous ne pouvons rien dans la péninsule, à peine les avons-nous relevées à travei^ mille difficultés, que nous les laissons échapper dans une heure de lassitude ou d'abandon, et tout est à recommencer. Seule* ment, quand on recommencera, il sera trop tard. A l'origine de nos interventions, il suffisait que notre avant-garde parût sur les Alpes pour que tous les cœurs fussent avec nous. Maintenant, trop d'espérances ont été trop souvent et tropcruellemenl déçues; la sfeve est épuisée de la végétation spontanée qui se dressait de toutes parts, drue et forte à notre approche; c'est sur un sol jonché de ruineset de décombres qu'il faut semer la moissocqui, parfois, selëvcra encore, mais pauvre et maigrecomme cette terra elle-même, ravagée par les invasions et qui a fait son deuil de la liberté. Puisque, à chaque nouvelle tentative, le joug espagnol s'alourdit davantage, ne serait-il pas plus sage de renoncer une bonne fois h. une lutte devenue impossible? La servitude, au moins, ne sera pas plus dure. Ce conseil de la prudence et du découragement a été déjà bien des fois enteadn par l'Italie ; elle s'y est abandonnée de nouveau, et comment lui en vouloir? Quand lo mariage de Louis XIII avec Aooe d'Autriche consomme le mélange du sang de lienrî IV et du sang de Philippe II, quand la France se fait espagnole, cooQment s'étonner que Florence et Milan, Naples et Gênes se