‹ Naples et son golfeChapitre 23 sur 27 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LE BAROaUH A NAPLES FI\ DU X\'II ET XVIIP SIÈCLE;

Le baroque est, on le sail déjà, rexagératinn il'une qualité. — qualité qui était le .souci d'exprimer lu vie, de donner à- chaque mouvement, à chaque expression, la plénitude de la liberté. Il est né à Naples, et y fut en g-rand honneur : il correspondait en effet très exactement aux be.-^oins de l'âme napolitaine. On en tvoLiN'e les traces non seulement en peinture, mais aussi en architecture et en sculpture.

Soliiiiciia fut le peintre le plus célèbre du baroque : on le consi-

déra comme une sorte de yénie. et tous ses élèves.

ils furent

nombreux — .croyaient s'honorer beauoup en peignant i?//^? sol i nuiicSL'O ' Dans tous les sanctuaires de Xaples, ils ont laissé des toiles ou des fresques. c[uelcpiefois d'une exécution habile, mais toujours d'un goût détestable, lin dresser le catalogue serait un fastidieux et peu artistique tra\ail lin même temps qu'eux, travaillèrent des « décorateurs ». —

' Maria Kossi. Celebrano, de Mura ont été avec Solimena. avec aussi Matteis, Sinmnelli, Jacopo del Po. Giordano cités aa chapitre précédent, parmi les plus célèbres représentants du baroque. Leurs œuvres se retrouvent dans toutes les églises de Naples. Le Musée National en renferme éçalement un grand nombre.

,;;2 NAPLES

car on ne peut donner le nom d'architectes à ceux qui transfnrmrrent si déplorablement tant de chefs-d'œuvre. — qui recouvrirent les murs de marbres, d'ors et de stucs, d'un effet très brillant, mais tout à fait antiartistique. Toutes les églises de Xaples ont ainsi reçu des décorations baroques, qui font d'elles, comme l'a écrit Taine. des « casinos à l'usage des cervelles imaginatives ' ». Les monuments nouveaux qu'on construisit furent, eux aussi, dans ce style boursouflé et recherché, qui était alors seul apprécié-. Fiin;airo. Fontana. la plu])art des architectes

^Siin Lore 11^0 — c'est un exemple entre cent — a été, comme beaucoup d'autres églises de Naplcs, entièrement transformé et détérioré au xvir' siècle. Le gothique y devint du baroque. Les colonnes furent recouvertes de stuc, les longues fenêtres gothiques faites rectangulaires, les arcs à cintre aigu changés en arcs arrondis. L'abside seule demeura intacte. Beaucoup de monuments funéraires furent brisés et dispersés. Le prieur Rocco, dans son zèle d'embellir et de refaire San Lorenzo ' à la moderne *, comme l'écrit Celano. fut le bourreau de cette belle église. Quelques chapelles, notamment la troisième à dmite, (i-uvre de Fansaga, sont du xvii'' siècle : la Vierge du Rosaire de cette chapelle est de Stanzioni. D'autres peintres de l'époque sont également représentés. Audessus de la porte principale est un tableau, le Clirist portant la Croix et Saint François, qui est l'œuvre principale du .Napolitain Corso, élève de Polidoro da Caravaggio. — Le Dôme subit lui aussi, du fait du cardinal Innico Caracciolo et du cardinal Spinelli notamment, les mêmes détériorations que San Lorenzo. Plus tard, en 1837, on essaya de rétablir le gothique primitif. Les travaux, conduits par l'architecte Raffaele Cappelli, durèrent sept ans. On retira le stuc des colonnes, on gratta les enduits qui avaient été apposés, on rendit aux fenêtres et aux arcs leurs formes primitives. On ne put cependant parvenir à un résultat complet ; on atténua pourtant quelque peu l.i hideur des enlaidissements baroques. ^ San Paolo, San ApostoU, Santa Maria degli Angeli. Donna Rcgina. ont été elles aussi abominablement transformées et défigurées.

- A citer notamment, parmi les édifices construits d.ins le style du xviir' siècle, la sacristie de San Donienieo, vaste salon rectangulaire richement décoré. La voûte, surchargée d'ors et de stucs, a des frescjuc^ de Solimena. Giacomo del Po a peint en 1705 l'arc qui joint la sacristie à la chapelle des princes di Ardore, dont l'autel, de style baroque, est décoré d'une Annonciation, attribuée à Andréa da Salerno. Au-dessus de la porte qui mène de la sacristie au Trésor, un bon tableau de Solimena représentant San Filippo Neri aux pieds de la Vierge. Vis-à-vis de cette porte, une autre par laquelle on monte à une galerie, construite en 1709, autour de laquelle sont disposés quarante-cinq cercueils dont plusieurs renferment les restes des .\ragons. C'est de cette même époque que datent les portraits baroques des souverains défunts, et les inscriptions, les couronnes, et les sceptres de bois doré, dont on a décoré leurs cercueils.

L'obélisque de style baroque de San Domenico Maggiore a été érigée en 1737 par .Vaccaro, d'après Kansaga.

L'obélisque du Gesu Nuovo. en l'honneur de l'Immaculée Conception, fut érigée en 1750 ^ous la direction de Guiseppe di Fiore et de Filippo d'.^mato, et à la demande d'un jésuite iilors célèbre, le Père Pepe, qui avait sur le peuple un ascendant extraordinaire. (La place du Gesu Nuovo fut pendant quelques années décorée d'une statue équestre de Philippe V, œuvre de' Vaccaro, érigée^ en 1705 en souvenir de la visite qtr'ar.iit faite Philippe V :i Naples en 1702. En 1707, quand Naples passa sous la domination autrichienne, la statue de Philippe V fut détruite). L'obélisque est d'un style barfique, très lourd et contorsionné. Au sommet est une statue maniérée de la Vierge, plus bas, quatre statues de saints, non muins maniérés, appartenant à l'ordre des Jésuites,

nienlii innés au chapitre précédent, d'autres encore, \'inct'ii;o délia Moiiica, Giovaii Battlsta Cavagnl, Franccsco et Bartolo)iii)ico Picchintti, Oiiofrio Gisolfi, Franccsco Griinaldi, Giainbattista Guarini sacrifièrent aux goûts de l'époque, et édifièrent à Xaples des monuments baroques.

La sculpture fut, elle aussi, baroque. Si on veut étudier ce qu'a été à Xaples, en sculpture, l'art baroque, il faut visiter surtout la petite chapelle Sanscvero (proche de San Domenico;, qui en est le vrai sanctuaire. La chapelle fut construite en 1608 par Alessandro di Sangro'. Elle devint le lieu de sépulture des membres de la famille, et au milieu du xvui'' siècle, l'un des descendants du fondateur, Raimondo di Sangro, voulut l'embellir, et la décora telle qu'on la voit aujourd'hui. Le peintre .Maria Rossi, de l'école de Solimena. Francesco Celebrano, peintre et sculjDteur renommé, Paolo Persico, les sculpteurs Giuseppe Sammartin(j de Xaples, élève de Felice Bottigiieri -, ([u'on appelait volontiers le Santacroce de l'époque. Antonio Corradini, de Venise. Francesco Oueirolo, de Gènes, y travaillèrent. Raimondo di Sangro, prince de Sansevero, duc de Torremaggiore, marquis de Castelnuovo, prince de Castelfranco, grand d'Espagne de première classe, une des figures de gentilhomme les plus curieuses du xvili" siècle napolitain, dcmt, avec beaucoup de talent, Mr. Pabio Colonna di Stigliano a écrit l'histoire, ne négligea rien pour que la chapelle devînt un véritable musée. Malheureusement les œuvres ([u'elle contient sont d'un baroque achevé, et d'un mauvais goût déplorable. Tous les monuments funéraires cjui l'encombrent sont al:)ominablement recherchés : Quei-

en marbre ; plus bas encore, des bas-reliefs et des médaillons. Toutes ces sculptures sont de deux Napolitains, Francesco Pagano et Matteo Bottigiieri. Partout courent des festons de fleurs, de feuilles et de fruits; partout des rosaces et des corniches, d'une ornementation abominablement exagérée.

Un autre moine, un dominicain, le Père Rocco, à peu prés contemporain du Père Pepe, eut à Napicsau .xviii" siècle une influence également considérable. Doué d'un grand talent oratoire, il fascinait véritablement le peuple, qui avait en lui une confiance presque divine. Il fit du reste beaucoup de bien, fonda un grand nombre d'établissements charitables, créa un cimetière, organisa l'éclairage de la ville. C'est lui qui fit placer dans les rues de Naples plusieurs centaines d'images de la Vierge devant lesquelles des lampes devaient constamment rester allumées : ainsi les rues perdirent de leur obscurité, et gagnèrent en sécurité... Les images de la 'Vierge et leur éclairage subsistent encore aujourd'hui.

' Dès 1590, il existait une petite chapelle érigée par Giovan Francesco di Saftgro. L'emplacement avait été choisi à raison d'une image miraculeuse de la Vierge. En ibo8. la chapelle fut agrandie et transformée.

- Bottigiieri, Caccinis, Vaccaro furent en sculpture, avec Sammartinn, Corradini et Queirolo, les représentants principaux du baroque.

rolo. Corrailini, invraisemblaljlt's.

XAPLES

se sont complu d Aucune cependant

ins les exagérations les plus ne surpasse celles auxquelles donnèrent lieu les monuments de Antonio di Sangro, de Cecilia CJaetani. père et mère de Kaimondo, et la statue du ( lirisl mort.

\.r Disin^iiniio — d<' Oiicirolo — . érigé en souvenir il" Antonio di Sangro, (un homme nu, essayant, avec Taided'un génie ailé.

de se débarrasser du filet de ]>ècheur qui l'enserre .

est un véritable tour de force. Le groupe n'est remarquable que par la difticulié extraordinaire (|u'a dû \ainrre le sculpteur.

Il e.>t d'un seul bloc de marbre, et Oueirolo a (lu manier le ciseau à travers les mailles du filet < )n sent que son ])rineipal souci a été ce filet, dont l'exécution est du reste parfaite. .Mais si le travail est sans conteste habile, combien lamentable est l'idée qui \ a présidé! L'n ]-'rançais, qui voyageait en Italie à l'époque où le Disiiigaii- 110 et les autres sculptures de la chapelle furent exécutées, .M. J.a Lande, avait raison d'écrire au sujet du Disingaillio que « la grande difficulté du travail et la patience qu'il exigeait font tout le mérite de ce groupe singulier. » 11 n'en a aucun autre

ipelle San Severo. Le Disiiigaiino, par Q.ueirolo.

LE BAROQUE A XAPLES 125

Corrûdnii a pour honorer Cecilia Gaetani. sculpté la Pudeur: une

femme nue. recouverte d'un voile transparent, au travers duquel se

voient tous les détails du

corps : seuls, les mains

et les pieds sont libres.

La statue a dû elle aussi

demander beaucoup de

patience : l'exécution est

habile, mais cruelle décadence de l'art n'atteste-

t-elle pas ! Corradini eut

du reste une spécialité de

femmes voilées : on en

connaît au moins deux au

très, presque identiques à

celle de la chapelle San Severo.

Sauiiiinrl iuo . qui a laissé d'assez nombreuses œuvres dans les églises de Naples ' . a terminé le Clirist mort, qu'avait commencé Corradini . C'est encore une statue voilée.

Le Christ est étendu, entièrement recouvert d'un suaire cjui laisse voir tout le corps. Il produit uniimpression pénible, nullement une impression d'art.

Il a dû falloir un longeffort pour sculpter un pareil sujet, mais l'exécution ne laisse apparaître ■ aucune imagination : on la sent comme mécanique. La main a travaillé,

et l'esprit pas.

1 Voir notamment, Moïse et Aaron, sur la façade des Geroloraini, et plusieurs sculptures à San Martino. — On trouve des sculptures baroques dans toutes les églises de

Xaples.

Photo Broîi.

Cluipelle San Severo. La Pudeur, par Corradini.

Le l)aroque eut. iiiriiie à X;i])les où il fut si apprécié, une existence éphémère. En peinture, beaucoup délèves de Solimena ne tardèrent pas à se rendre compte de ses exaspérations et de ses défauts (iiuseppe Bonito. né en 1707. fut de ceux là.

Trrs différent île son mailrc. dont cependant nn retrouve les signes dans plusieurs de ses œuvres, Boiiito s'est efforcé de ])eindre la vie, sans maniérisme, ni artifices conventionnels. Sa ]iro(luiii()n a été considérable : il a ])cint des sujets religieux, et aussi de très nombreux tableaux de genre et des portraits remarquables. Parmi les ])remicrs. il faut citer la Vrrgiiii dilla Mercedc. une de ses premières œuvres, où l'influence de Solimena est encore très visible: la Virrgc appariiissant à Saiiil (llmrics Bo/roinée.

ces deux tableaux dans l'église (ira- /.iella; la Charilc. du jilafond de la sacristie de 1 église du iianco di i'icta: la Bèni'-i] ici ion dit temple de Sc!/(>ii!iiii . de la x'oùie de .Santa (hiara ; une Sainte Fûiii/IIc. et le Calvaire, à San (iiovanni e Teresa air Arco .Mirelli : Saint-Rapliaeh Sainte-Marguerite de (lortone. à San Raffaele : V A n iioneidt ion de la Vierge, le Mariage de la \'ierge, la Naissance do Jésus, la Circoncision, la Dispute des docteurs, dans la cathédrale de Vico Hquense : 1"////inaculèe Conception dans la chapelle royale de Caserte ; /(■.v//.v et Saint Pierre, au dôme de Castellammare, etc. — Les principaux tableaux de genre sont le Maître d'école, la .Maîtresse de /'/'orfrr/c, qui appartiennent aujourd'hui à .^lr (iiovanni (riardini. d'une extrême vérité d'expression : Y Opérai ioii du cliiruri^ien à .^lr. Licata) ; la Tireuse de cartes (à .Hr. Te.soronc,; des petits tableaux galants, d'une facture légère et ironique 'au marquis Patrizi , etc. — Les portraits

l'Iiulu .Mlnari.

Musée National.

La Modestie, par Sammartino.

LE lîAROQUE A XAPLES

de membres de la famille Lignola.ceuxdeLeonardo V di Toccoet du prince d'Acaia et .Montemiletto, celui de Luigi .Moncada ,'au musée Filangierii, sont en tous points remarquables, et rappellent les plus fortes œuvres flamandes, (Jn voit aussi de lîonito, au Palais-Royal, deux tableaux, représentant l'un les Mfiubi-rs de F ainbassade de Turquie, \enue k Naples en 1741. l'autre les Membres de F ambassade de Tripoli, venue à

San Dùmenico M.igoiorc. La s.icrisiie. I:ii haut, les cercueils des princes de la maison d'Aragn

Naples l'année suivante, admirablement exécutés. Peintre officiel de la Cour, directeur de l'Académiede dessin etdenu. de 1755 à sa mort (1789), tenu en grande estime par le roi et la noblesse. Bonite exécuta encore beaucoup d'autres peintures : il a fait notamment plusieurs cartons des tapisseries célèbres représentant l'histoire de Don Quichotte, qui furent exécutées par la fabrique royale de tapisseries de Naples, créée en 1737: il a peint aussi des fresques au clu'iteau de Portici, et au Palais-Royal de Naples... Si quelques-unes de ses œuvres religieuses se ressentent encore du maniérisme de Solimena. beaucoup d'autres sont d'un dessin excellent et d'une composition très étudiée : peut-être prit-il modèle sur

,28 N A pli: s

.Mengs dont il connaissait et admirait les œuvres, notamment la Prcscnlûtion. à la chapelle de Caserte. et les fresques de Saint lùisibr. à l'Esquilin de Rome. 3lais même quand il fut « baroque ». l'.onilo sut éviter les défauts grossiers de ses contemporains : on s'en rendra cominc en comparant son tableau de Santa Chiara, la Bciu'dictioii du Uuiplc de Salomon. à celui de Cirillo, représentant le même sujet, mais avec d"étranges arrangements de personnages et de bizarres jeux de lumière. Les portraits de Bonito sont, eux. de tout j^remier ordre, et le placent certainement au-dessus de \'aii l)\ck. cl tout jin-s de Rembrandt Xapoli nobilissima. t. XI. p. Si. 103, 122. 15-1. 180: t. XII, p 12.)

De l'école de Honilo fut Mo;\illo. qui en i 7SS peignit à fresques la salle de San Eligio. dans l'établissement charitable de ce nom ' : lui aussi s'affranchit du maniérisme de l'époque, et rechercha surtout le vrai. Son rnloris est frais et gracieux, et le dessin .soigneusement étudié".

lieaucoup de peintres allemands fréquentèrent Xaples et la Cour des 13(jurbons au XYllT' siècle : Raphacl Mciigs. Aiigclica KtUiJfnianii. les deux frères Hackcrt Philippe, peintre. etCieorges. graveur . Cristoforo Knicp, Fi'igcr (qui peignit à Caserte la bibliothèque de la Reine]. Glii'l- Itiiniic Tischbciii. ont laissé des œuvres de valeur.

Angclica Kiiiiffinaiiii. née en 1741. que Dumas a appelée la (icorge .Sand de la peinture, séjourna quelque temps à Xajiles .^larie-Car()line. qui admirait fort son talent, lui tlenianda les ])iirtraits de la famille rovale. Angelica KauflFnuinn accei>ta. mais ])our é\iier la tutelle de la Cour, partit pour Rome, doii elle ra])i)orla en 1784 le tableau célèbre qu'on voit aujourd'hui à Capodimonle. et le portrait de la duchesse de Corigliano, <iui appartient à la famille Corigliano. Penilant son second séjour à Xaples. elle fit le portrait d lùnnia Lyon, et celui de Domenico Cirillo, aujourd'hui au musée de San .Martino. .\ngelica Kauffmann a peint aussi son ])ro])rc jjortrait. <iui est aux Offices, à Morence.

Pliilippc Hackcrl . i|ui fut l'un des ju-intres favoris dt' l'enlinaml W . était né à Prenzlau en i 7.17 II mourut à Florence en 1806. Il a été surtout un peintre de paysages. L'une de ses jjremières toiles fut une vue du ])alais de

' In voit aussi des tableaux de Mozzillo à Santa Caterin.i a Kurniclln, et des fresques u.iii^ 1 \i;lise do rOspedaletto.

- On Voit au Musée National, it à Capodimonle. beaucoup de toiles des écoles italiinnes et des écoles étran;.;éres du .wiii' siècle. L'école de Venise avec C^inali-ttn, Tiepolo, celle de Rome avec Panini et Conca. recule allemande avec Mi-ngs. .\n.i;i.-lica Kauffm.inn. sont très brillamment représentées. De Conca, à Santa Chi.ira. au plafond. />; rtinc Je Sab,i <•/ Salomnii.

Caserte, prise de San Leucio, que lui avait commandée une grande-duchesse de Russie. Il exécuta ensuite de nombreuses aquarelles ou huiles pour Ferdinand IV. dont beaucoup sont à Caserte. On lui doit des vues de Castellammare, de Sorrente, des ports de Xaples, de Livourne. de Gaète, beaucoup de tableaux de chasse, — car il accompagnait le Roi dans tous ses déplacements Ses paysages sont soigneusement exécutés, mais

Musée Je Sjii' M.irtino. Crèche (xviir siècle '

empreints d'une sorte de tristesse septentrionale, cj^ui contraste avec la lougue habituelle du .^lidi. C est à la demande de Ilackert qu'Andres vint à Naples et restaura plusieurs tableaux, entre autres la Danae du Titien, hiPiciû d'Annibal C'arrac'.ie. et la Déposition tic C/'o/.v de Ribera ,V. ciaprès p. 135 . Ouand les Français entrèrent à Naples, Philippe Hackert, ([ui s'était réfugié avec son frère au palais Cellamare. fut expulsé de la ville. Il se fixa à Livourne, ]3uis à Florence.

Tisilibcin était né en 1751. Il voyagea en Italie, vint à Rome et à Naples avec (.Tcethe en 1787. A Xaples. il se lia avec llamilton, et avec

I30 XAPLES

lùnma J^yon, qui posa pour Iphigénie dans son grand tableau /pli/gniic etOrcstc. A la mort de Bonito, en 178g. il devint directeur de l'Académie deXaples, oii il réagit avec vigueur contre la peinture « alla Solimenesca ». 11 quitta Xaples en 1799, et visita longuement l'Italie et l'Allemagne. A son retour au pouvoir. Ferdinand IV le sollicita en vain de revenir dans sa capitale. Il mourut en iS^q, laissant des Mémoires fort intéressants. Sas portraits, ses tableau.^ historiques, ses compositions Il impérialistes » (V. chap. Vlll), sont très nombreux.

La sculpture et l'architecture suivirent la même évolution que la peinture.

La sculpture sur bois montre très nettement l'alliance cjui a été tentée, et .souvent heureusement réalisée, du baroque et d'un style plus classicjue, moins recherché. Les portes de l'église et de la sacristie du Carminé, de .San Ciregorio Armeno 'appelée communément .San Liguoro , des palais .Maddaloni, .Siigliano, d'Angri, ..Montemiletto, du monastère de San Antoniello, etc . iiui (lal( ni du X\lir siècle, sont d'une décoration très riche, mais souvent de bon goût, et dépourvues d'exagérations fantaisistes '.

Il convient encore de noter tout spécialement l'art de la porcelaine, auriucl Xajjles s'adonna très heurcusiini nt au Will' siècle. Charles III, qui avait épousé .^Iarie-Amélie de W'alpurga de Saxe (1738 . voulut que Naples eût comme la .Saxe ses porcelaines. C'est à lui c[u'on doit la l'cibriqilc de Citpodimontc. qui produisit en porcelaines et en biscuits tant d'œuvres remarfpiables. Le cliimisie .Schepers, ipii puss^'^daii seul à l'époque les seci"ets de la fabrication de la porcelaine, en fut le ^jrcmier directeur. On chercha longtemps de la terre à cuire, et tinalement on adopta celles de Fuscaldo et de Paola en Calabre. L'usine, un grand édifice rectangulaii-e. très sim])le. fut édifiée par l'architecte .Sanfelice dans le parc royal tie Capodiniunte : les machines et les fours furent construits avec le plus grand soin. A partir de 17^3, la fabrique donna un rendement régulier : les plus habiles modeleurs et miniaturistes de répof|ue, (liuseppe et .Stefano Grue, Ciiacomo Xani notamment, y travaillèrent (Jn prit pour modèles des sujets de .Saxe ou de Chine, mais en ayant soin d'y apporter toujours des modifications. Le beau cabinet en porcelaine, imitant la pr)rcelaine chinoise. (|u"un voit actuellement à Capodi-

' Les portes plus simples de Saint-François-de-Paule, de Santa Maria délie Grazie, du palais Scaletta, du palais Partanna. dans le style s;rcc. de Santa Maria di Piediprutta. du .Musée Filangieri, dans le style médiéval ou Renaissance, très artistement travaillées, sont postérieures, et datent de la première moitié du .\i.\' siècle.

monte, futterminéen i75y, et coûta 70.ooo(lucats. Il fut placé d'abord dans la villa de Portici, et c'est seulement en 1860 qu'il tut transporté dans le palais actuel de Capodimonte '. Un magasin de vente des porcelaines de la fabrique ro^^ale fut établi d'abord à côté du théâtre San Carlo, puis tout près de l'entrée même du Palais-Royal. En 1759, quand il cjuitta Xaples pour l'Espagne. Charles III emporta tout ce qui servait à la fabrica-

riiolo Bro;i

Musée de l'apoJimome, Ferdinand I' '', la reine l'aroline et leurs enfants, par Angelica Kauirniann.

tion . et fonda à .Madrid l'usine du Buen Retiro. Pendant plusieurs années, Naples ne fabriqua plus de porcelaines. Mais en 1771. Ferdinand IV rétablit cette inilustrie d'art non à Capodimonte. mais dans le château royal de Portici, et plus tard dans les jardins du Palais-Roval de Xaples (à peu près à l'endroit où sont actuellement les deux chevaux de bronze). Ce fut alors la grande époque de la pâte dure (caolin de Caprarola), succédant à la pâte tendre qu'on avait d'abord employée. On s'inspira surtout de la statuaire antique, dont tant d'œuvres étaient

' Le palais a été terminé de 1834 à 183g. On a utilisé les bâtiments construits pour la fabrique de porcelaine. V. infra. p. 134.

NAPLES

importéesà Xaples des propriétés des Fai-nèse. Kn 1782, on cominença la fabrication des biscuits qui eurent un succès considérable Les !-"rançais. en 1799. saccagèrent la fabrique, et emportèrent un très grand nombre de biscuits et de porcelaines. Un des plus beaux — qu'ils épargnèrent ])put-

l'li..lo Bi...'..

Musée de CapoJimonte. Cabinet chinois en porocl.iine de Capodimon:e.

être à '-ause de son importance et de la difficulté de le trans])orlcr — fut le groupe i\e Jupiter foiulroViVil les i;r,7iifs. (i-uvresplendide de Tagliolini. quon voii aujounriiui à Capadiinonle. Au retourde Ferdinand, la fabrication reprit, et de cette période datent encore de très belles pièces, comme le groupe A' Apollon sur son char cntoiin' des Muses, le Triomphe de l'Anioiiret /'sychê. B.Uitms d l'Aii/o/ir. le JiiiienienI de I\iris. etc. Ln i»o5. lors du s'-cond départ des liourbons. la fabrique devint une entre-

prise privée sous la direction de Jean Poulard-Prad. qui la garda même après le retour de Ferdinand IV en 1815. Mais la fabrication périclita : on se contenta surtout de faire venir des porcelaines françaises de Sèvres, et

Musée de San Martino. Le Jugement Je Kiris, porcelaine de Capodimonte.

de les décorer avec des miniatures En 1836. lors dune épidémie de choléra, la fabricjue cessa toute production, et vendit ses modèles et son matériel à la fabrique de Doccia. propriété du marquis Ginori. en Toscane, qui existe encore aujourd hui. — Le musée établi dans le palais de Capodimonte et celui lîe San Martino permettent d'étudier très complè-

,34 XAPLI-S

tement l'histoire des porcelaines et des biscuits de Capodimonte (Xapoli nobilissima. t. III. p. 131. 182).

Du xviu' siècle, datent à Xaples ilc nombreux palais conçus et exécutés dans un style plus simple, moins exagéré que le baroque. La ville subit aussi de multiples transformations et embellissements.

Le Palais-Royal, qui fut construit fort lentement et par étapes successives. — il avait été commencé en 1600 par Fontana, — a été considérablement agrandi en 1733 par Vanvitclli'. II fut incendié en 1833. et restauré postérieurement-.

Le théâtre San Carlo, avec lequel communique directement le Palais- Royal, a été construit en 1737 par Mrdraiio. Il fut incendié en 1816. puis réédifié sur le plan primitif.

Les Palais lie Cascrtc. di- Portici{\'. clui]) ix , de Capodiiuontc (V. ci-après), la Favorita (V. iliap ix . datent aussi du xviir siècle. Ils furent construits sous Charles lil.

Le Palais de Capodiiuontc a été éilifié par Midrano'. C'est une construction extrêmement lourde, dont l'eiïet n'est heureux que si elle e.st vue de très loin.... du centre de Naples. Tout autour sont de vastes jardins. qui contiennent le casino de la Kein(>. ])elil pavillon de chasse, un ancien ermitage des Capucins, construit en 1817. et une faisanderie célèbre.

I.e ])alais abrita jiendanl longlenijjs les collections farnésiennes ; plus tard, après le départ de Charles II F. il fut choisi comme résidence pour l'infant don l'ilijipo. La construction fut continuée sous Ferdinand I'^ et

' Viiuvilclli de Kiimc fut avec Siiiif\-/iie. MeJrdno et Fiiga (à ciui mi Juit notamment. r.\lbiTi;(> dci Poveri. et les Granili [v. chap. ix]\ un des architectes qui travaillèrent le plus à Naples au xvrir' siècle, dans le style non baroque. On lui doit, outre la Villa Xazionale et le l'alais Royal, le palais de Caserte. San Marcellino. la reconstruction de l'Annunziata, les palais d'Ani^ri dans la via Koma. et Genzano dans la via Médina C'est sur ses plans qu'ont été réparée la coupole du Gesu Xuovo. et édifiée sur la Pia/.za del Mercatello la statue équestre de Charles 111.

' Les deux chevaux — de fer. et non de bronze comme on le croit .l'ordinaire, — cjui sont placi's le long de la grille des jardins du Palais-Royal, ont été donnés en 184Ô par l'empereur de Russie Nicolas l'^à Ferdinand II. en souvenir de la visite qu'il avait faite à Naples l'année précédente. Ils sont du baron Cloot. qui exécuta également les quatre chevaux du pont Dutchknfî à Pétersbourg. Les piédestaux ont été décorés par Cali.

" La .strada Nuova di Capodimonte <|ui conduit au Palais a été commencée sous la domination fran<,-aise; les travaux ont été inaugurés par Murât le 24 mars 1809. — Sur la colline de Capodimonte ont été édifiées de fort belles villas qui jouissent d'une vue merveilleusi'. 1,'une des plus célèbres est la villa del Balzo. qui appartient aujourd'hui au marquis Mi-dici . Celte villa a été construite en 180Q. sur l'emplacement d'une ancienne résidence d'été des dominicains de Santa Caterina a Kormello. I.e lieu avait du être fréquenté dans lantii|uité : on a retrouvé un curieux sarcophage de marbre, une statue, ■et un co'.omb.aire.

ne fut véritablement achevée qu'eu 1839 sous Ferdinand II. qui y dépensa deux millions de piastres. Ferdinand I" chargea plusieurs des peintres allemands dont il était entouré. 31engs. Angelica Kauftmann, Kniep, Fûger. les frères Hackert, Tischbein. de réparer un certain nombre de

Pliolu AlmaiL

La rue et la place Santa Tiinita Maggiore. Obclisque et église du Gesu Nuovo.

tableaux que le transport de Parme ou de Rome à Xaples avait détériorés '. Les collections furent plus tard installées au .^lusée National, et on réserva les salles du palais pour les œuvres d'artistes vivants, de préfé-

' Les Français emportèrent plusieurs tableaux célèbres ; Ferdinand IV. en 1806, quand pour la seconde fois il dut quitter son royaume, fit de même, et porta à Palerme un grand nombre d'œuvres remarquables. Quelques-unes ont été restituées.

renre napolitains. La galerie de peinture actuelle tut organisée surtout depuis 1864. sous la direction très habile de Domenico Morelli, l-"ederico -Maldarelli et Annibale Sacco.

On peut suivre aisément à Caj^odimonte le développement de la peinture napolitaine contemporaine, l'école classique avec ses tableaux de héros ou de divinités grecques et romaines, et l'école réaliste — la double

La place du Plébiscite.

A gauche, U Préfecture (au-dessus. San Martino et le château S'-Elme: :à droite, le Palais-Royal.

école réaliste — de .\l()relli et de Pali/./,i \'. ch. VUI . 1 )i- .\liirclli. le .Musée possède les Iconoclastes, le Tasse et Éléoiiore. les Martyrs, un Néophyte, les Corps des Martyrs au riel; d'Angelica Kauifmann. plusieurs portraits, dont celui célèbre ûe Ferdiiiaiiit V et de sa t'amilli : des toilesde V'igée l.c llrun.de l)a\i(l, de (iérard; des tableaux historiques; une sjilendide collection de porcelaines et de biscuits de ("apodimonte: quelques-unes des ta])isseries de 1778 représentant l'Iiistciire de Don Quichotte; une collection d'armures, etc., etc.

Le palais est habité actuellement par le duc et la duchesse d'Aoste. Pour le mettre ])lus facilement en communication avec Rome, on songe

à le relier par un embranchement direct à la nouvelle voie ferrée qui sera construite entre Rome et Naples. (V. ci-après p. 148.)

La stradû di Chiaia^, qui fut jadis une partie de la via Puteolana reliant Naples à Pouzzoles. ne fut comprise dans l'enceintede Xaples qu'en 153g sous Pierre de Tolède. Jusqu'en 1636, ainsi que l'a expliqué y\. Colonna di Stigliano, elle ne communiciuait avec le Pizzofalcone que par une mauvaise rampe presc^ue impraticable Kn i63f:i, on

* Plioto Alinaii.

L.i vill.i N.uionalt et la Kiviera di Cliiaia (au fonJ, le Pausilippe).

améliora un peu — fort peu — celle-ci. mais on construisit un pont au-dessus de la Chiaia pour faire communiquer le Pizzofalcone avec la colline de San Martino. En 1834, le pont fut restauré, et la rampe remplacée par l'escalier couvert à trois étages, dont on se sert encore aujourd'hui.

La strada di Chiaia était autrefois fermée du côté de la mer par une

' A l'angle de la strada di Chiaia et de la strada Santa Caterina, sur la pente de la colline de San Martino, était au xvm'^ siècle le palais Cellamare, qui fut l'un des pUis beaux de Naples. et a aujourd'hui perdu sa splendeur passée. — A noter encore, parmi les grands monuments construits à Naples au xvin'- siècle sous Charles III et Ferdinand, l'Albergo dei Poveri par Fug^a, dans la strada Foria ; l'édifice qui sert actuellement de l3'cée, sur la piazza Dante.

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porte qui fut plusieurs fois restaurée, et finalement abattue en 1782. Des alignements successifs ont peu à peu donné à cette rue sa forme actuelle, lille était au xvill siècle, et aussi pendant la première moitié du xix", le rendez-vous des élégances napolitaines. Elle est aujourd'hui encore très fréquentée.

La rivicra di Chiaia est bordée de beaux palais qui datent presque tous de la fin du XVIT siècle ou du début du XVlir. Dès cette époque, la riviera présentait à peu près l'aspect qu'elle a aujourd'hui. C'est au début du xvr siècle qu'on commença de dessécher son sol marécageux, et de planter des jardins. Les palais Satriano. Ischitella loccupé aujourd hui par un hôtel , Ulloa. Serracapriola, surtout les palais Scaletta et Siritfnano ont été des résidences somptueuses, aujourd'liui hélas défigurées.

La Villa Na^iioiiale a été créée en 1780 et considérablement agrandie depuis cette époque. KUe fut organisée par ^'anviteIli. Pemlant longtemps, on l'a réserva, d'après .M. Renedetto Croce, « aux personnes civilement et décemment vêtues » : les gens en livrée et les pauvres n'y avaient pas accès. I^lle était fermée à chacune de ses extrémités par des grilles, flanfjuées de ])avillons où se vendaient des rafraîchissements, i )e chaque côté, parallèlement à la mer, deux belles allées de tilleuls ; plusieurs statues antiques de Pompéi et de Pouz/.oles. et des fontaines. Le Taureau Farnè.sc fut i)endant longtemps placé sur la fontaine centrale en stuc, qui était l'œuvre de Sanmartino. C'est à la Villa Xazionale que se tinrent ajjrès 1780 les foires annuelles de Xaples, qui, depuis 1738, avaient lieu devant le Palais-Royal. Elle est actuellement une délicieuse promenade, très ombragée, ornée d'un grand nombre de statues, et de la lielle fontaine de d'Auria. autrefois à Santa Lucia. Au centre est l'aquarium, fondé en 1872, dont les collections sont uniipies au monde

Le xix" siècle a fait naître à Xaples. comme ailleurs, un art très différent de celui du xvill". X'aples a compté, et comiJte encore, des artistes de'grand talent, qui maintiennent le renom artistique auquel elle a si justement droit. — KUe a subi également des transformations ci des agrandissements multiples (lui lui ont donné son aspect actuel

La place du Plébiscite et Saint-François-de-Paule. Statues équestres de Charles III et de Ferdinand I'-''. ^Sur la hauteur, le château Saint-Elme et San Martino.)

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