CHAPITRE VIII
LA NAPLES MODERNE
Après le maniérisme de Luca Giordano, de Solimena, de Tiepolo. de Conca. et de tant d'autres, — de Watteau aussi, car le maniérisme ne fut pas seulement italien, — prit naissance en Europe « l'impérialisme '>. — si on peut employer ce terme pour désigner l'art du premier empire, art tout guerrier, qui copia, adapta le style gréco-romain, reproduisit les grands guerriers et les grands héros de l'antiquité. Ajax. Hercule, Thésée, Thémistocle. habilla les rois et les empereurs modernes à la romaine. L'art au début du XIX"' siècle eut le même but qu'au début du XVII'. mais usa de moyens très diflférents : il visa à l'effet, fut surtout un art décoratif et imposant. Ce fut l'époque en sculpture de Canova et de Thorwaldsen. en peinture de David. A« l'impérialisme »,qui finit avec la chute de l'Einpire, succéda 1' « orientalisme » et le « romantisme », dont Géricault avec le A^a/ifrogr de la Mcdiisc, Delacroix avec la Barque du Dante et le
Massacre de Scio, Paul Dclaroche avec les Giroiid/iis. W'rnet, Decamps, furent les maîtres.
Xaples cf)nnut les deux tendances suicessives de riiiipérialisme et du romaniisnie. Caiiova a laissé à Xaples plusieurs d-uvres intéressantes, notamment la statue équestre de Charles 111 sur la place du Palais-Royal, devant l'église Saint François de-Paulc ' Sa statue de Ferdinand I '.
Saint-François-dc-Paulo. Intérieur.
habillé en em])ereur romain, qu'on voitau .Musée National, est au contraire peu heureusement traitée : l'œuvre n'est remarquable que par son poids lç)o quintaux i et sa hauteur (3"', 60} - !
]^'é^l\se Sa//il-Fraiiço/s-i/r-I'iU/lc. qui fut commencée en 181 5 sur les ordres de Ferdinand, et à l'occasion de son retour au pouvoir, est la preuve en architecture de la tendance grécf)-romaine. File rappelle par sa
' I.autn- htatue équestre do nième style, sur hi iiK-ni"- pl.ice, celle de Kirdin.ind 1\'. est du n.'ipolitain Cali.
- De Tlionr^ihhcn, la statue de Cnnradiii. dans l'église du C'armiin'.
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fornu" le Panthéon de Rome, et par la colonnade qui la ])récède. Saint- Pierre. I.a construction a duré ciuatorze ans. L'intérieur est orné de nombreuses statues par Tomniaso Arnaud [Saint Aiipiistiii , Cali [Saint Jean Chrysostoiuc . 'Jitn Angelini (Saint Anibroise), Fabris \Saiijt Marc). Finelli Saint Malliicit . etc. Les toiles de Camuccini Saint François de Paulc /'cssnsi itant un mort et surtout de Benvenuti i7(7 Coiuinu nion de Saint Ferdinand . sont excellentes.
Pl.ice San Ferdiiiando.
Cannurini et Benvennti ont été jjarmi les meilleurs représentants en Italie de la peinture romantiiiue. .\ leurs ni.mis. il convient d'ajouter, pour la peinture romantique napolitaine, ceux de plusieurs autres artistes, dont la production s'échelonne dans les deux premiers tiers du XIX' siècle : Lapcgna, de Lanrentiis. \'ennli, Caniniarano. Ma/'sigli, de \'ivo, Giierra. ont lais.-.é à Naples, au Palais-Royal, à Capodimonte, à Caserte, dans diverses églises, d'assez nombreuses toiles Ils furent les élèves d'abord, puis les maîtres de l'Académie des Beaux-Arts de Xaples, dont Mr. Borzelli a excellemment écrit l'histoire jusc^u'en 1S60. On trouvera dans son étude l'indication complète de tous les représentants de la peinture napolitaine pendant la première moitié du XIX'' siècle : aucun d'eux n'a
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XAPLES
cherché à secouer le joug du conventionnalisme qui était alors de mode. Mt. Borzelli a suivi également la sculpture napolitaine à travers l'Académie des Beaux-Arts. Ccili. Solari, Augclini. Crcsceii:;o. Pcrsico,
Gradin! di Chiaia.
• lui ont beaucoup produit, d'autres encore dont il cite les noms et les œuvres, n'ont fait ciue suivre les tendances de l'époque, sans s'écarter des règles étroites, et restrictives de toute liberté imaginative, qui étaient alors enseignées '.
' Pendant hi domination française, peintres et sculpteurs napolitains reproduisirent surtout les actions militaires des Français et de Murât.
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l'ne renaissance artistique très complète s'est produite à Naples vers 1860. Rousseau et Corot en France. Constable et Bonington en Angleterre, avaient rénové la peinture en y introduisant la vérité et la simplicité. Leur influence fut considérable : Léopold Robert immortalisa les sujets pojDulaires italiens, Hébert peignit la Malai'ia dans 1rs inai'ais Pont lus; en même temps travaillaient;! Rome, Ridel, Coghetti, Chierici. Consoni. dAzeglio, Van Mu\-clen. Bassi. A Xaples, une « école de plein
l'Iiulo liroïi.
La via Partetiope et le château de l'Œuf. (En haut, à gauche, l'extrémité du Fizzofalcone. 1
air » se forma, « l'école du Pausilippe » dont les membres, G/^aiitt'. Carclli, Manclli. La \'oIpc\ Pali^;/. « chasseurs au vol », « crocpièrent » incessamment la nature, notant ses mille aspects fugitifs et changeants.
Filippo Pali{;i fut un des peintres du milieu du xix' siècle qui eurent le plus d'action sur la peinture napolitaine. Réaliste, il se plut surtout aux tableaux champêtres : il passait tous ses étés à Cava, et en rapportait des ébauches multiples sur lesquelles il travaillait pendant l'hiver. Il fut deux fois à la tête de l'Académie des Beaux-Arts de Naples. et sans cesse s'efforça de combattre la peinture académique, conventionnelle.
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qui \' était encore enseignée Domenico .Morelli. qui fut a\ec Paiizzi l'un des plus grands maîtres de la peinture napolitaine de la seconde moitié du XIX" siècle, a retracé longuement dans Xapoli Xobilissima la vie et l'art de Paiizzi, dont il était à peu près le contemporain.
Morclli fut C(inime Paiizzi un réaliste, un naturiste: dans un >t\ie différent de Paiizzi - il a \)Av\i surtout des tableaux historiques ou religieux. — il s'est lui aussi constamment soucié de rester vrai et humain. .Ses premières œuvres, le Baiser du corsciire. les Martyres sur le hi'iclier. se ressentent encore des influences romantiques : mais bientôt il x- libéra du convenu. César Borgia à Capoite. les leoiioelasles (qui figura à l'exposition de Xaples de 1855), la Mali née florentine, la Barque de la vie. un Episode des vêpres siciliennes 'qui fut exposé à l'exposition de Florence de 1862. en même temjjs i|ue le (Conseil des dix de Celentano, le Buonticl ini^ntr de Allamura, cl d'autres u-uvres de Paiizzi et de \'crtunni , ÏAssonip/ion ilans la chapelle du Palais- Royal de Xaples , ses ébauches, comme la Déposition île croix. Jésus réveillant les Apôtres, sont des œuvres très belles. ])leines de sentiment, à la fois dans la forme et dans le coloris, d'une facture robuste et noble, .\insi (juc la rai)pel('- .\lr nalbnno, il exposa avec un très grand succès à l'exjjosition de Paris de 1867 : derôme, .Vleissonnier, Regnault prisaient fort ses toiles, de même que celles des autres représentants de l'école napolitaine d'alors. Pali^iii. Altaniura, (Celentano, Cortese. Wrtunni. ou celles de leurs jeunes élèves, dimt i)lusieurs devinrent célèbres, Miola. \etti. Boschetto, Parisi. Tot'ano. Toma '. En 1878. .Mnrelli peignit la Tentation de Saint Antoine, ([ui fut l'une de ses meilleures œuvres -.
Parmi les sculpteurs napolitains de la deuxième moitié du xix' sièide, réalistes, une place à i)art doit être faite à \'incen;o (jeniito. né en 185:.! Sim foucur. son Péc/ieiir. surtout son « Acquaiolo » vendeur d'eau), ses bustes de Car mêla, de Rasa, d'Anna Geniito sont presque tous des chefsd'œuvre. .Meissonnier le tenait en très haute estime. En 1886, le gouvernement italien lui commanda la statue de Charles \' ])our la façade extérieure du Palais-Royal, un i)euphis tard un « tri()m])he » comme surtout
T'inia. né en 1838 : Au Icnips Je l'Itufiiisilioii. Cl<->ii,-nt VII. Lmiisc SiinfcliiC ni f/is.,,:, l;i Coii/i-isiuii Jes prilrc.-i. le t Tour «Je l'Auiiun{i,U.j. la IHuic Je eenJres du \ ,-,w(., , /,• Hiimau Jn (linlre. le ViiUiijue, et beaucoup d'autres œuvres excellentes, dont quelqu -s unes sont au Musée de Capodinionte.
- Les priiilres Dalbono. Michetti. Mancini. Fabron. Keina. \'elii. Kaj;ione, Huuni>core, qui app.it li. niient a la deuxième moitié du xix" siècle, méritent également d'être cités.
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de table pour le palais de Capodimonte. Gemito. neurasthénique, douta de son talent : pendant plusieurs années, l'esprit malade, entouré des soins vigilants de ses amis et de ses admirateurs, notamment de la duchesse d'Aoste, qui l'accueillit souvent à Capodimonte. il ne produisit plus rien. Il est à présent entièrement rétabli, et travaille comme par le passé. C'est l'un des plus grands sculpteurs de l'Italie contemporaine '.
Lu M.iriiia le long du port).
Durant tout le XIX'' siècle, de très nombreux et importants travaux ont été effectués à Naples qui. peu à peu. l'ont transformée, et lui ont donné son aspect actuel, .^lurat fut un des souverains qui s'occupa le plus de l'embellissement de la ville ". On lui doit notamment la via di Posi-
' A citer encore parmi les sculpteurs réalistes de la deuxième moitié du xix" siècle (un peu antérieurs à Gemito), Amendola, d'Orsi, Alfano, Jerace, Ximenes.
- Caroline Murât fit décorer et meubler très richement le palais royal de Naples, et celui de Portici, où elle demeura souvent. Une partie du mobilier provenait de l'Elvsée. qu'elle avait habité à Paris avant de venir à Xaples. Jacob, l'ébéniste célèbre, exécuta pour elle, comme pour tous les princes de la famille Bonaparte, de nombreux meubles qui sont actuellement dans les appartements privés du palais royal de Naples. Dans
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lippo ', la façade de San Carlo, la place du Plébiscitt". le jardin boUmiiiuc ralignement de la via Foria, le champ de Mars, et la magnifi(]ue voie de Capodichino, qui ne fut pas achevée. A l'entrée de cette voie, avait été projeté un grand arc de triomphe, haut de 39 mètres et large de 61. L'arc ne fut malheureusement pas construit.
Des svcutrûiiunli (éventrements) successifs ont amené la démolition de quartiers entiers : les (|uarliers de Santa I-ucia, de Pendino, de Porto, de Chiaia", ont été ces dernières années entièrement transformés. Des rues nouvelles, larges et aérées, ont succédé aux ruelles étroites et malsaines : les travaux du cours Victor-Iùninanuel. à mi-haulcur de la colline tle San -Martine, ont été inaugurés en i.S53et. pcjursuivis très lentement jusqu'en iS6o. achevés en 1^^7,5 '; le Corso l'mberto. la via Tassn. la ])lupart des'
les sulles ouvertes au public, on peut voir cependant un très beau si-crctaire empire, de Jàcob.
' Tout le Ions; de la strada di Posilippo sont des villas exi|uises, dont les jardins descendent en pente douce jusqu'à la mer. Beaucoup, comme la villa Roccaromana. ont des grottes. La plup.irt datent du début du .\i.V sii'cle. A cette époque, deux Napolitains Michèle Fiorillo et Giuseppe Pucci, étaient pnipriétaires de presciue tous les terrains de la côte, qu'ils vendirent peu à peu.
- Mr. Fabio Colonna di Sti.i;liano a public um- étude fort intéressante sur le 11 borgo di Chiaia «, (jui s'étendait entre la strada di l'hiaia et la Torretta, et occupait tout le quartier appelé aujourd'hui Kione Araedeo. La via Puteolana le traversait de part en part, suivant à peu prés les rues nommées actuellement Strada Cavalle rizza. Santa Maria in Portico et Ascensione. La place des Martyrs est bordée par trois beaux palais, le palais Nunziante qui date de 1855, le palais Portana {|ui date de 1745 et fut construit par GiotTredo, et le palais Calabritto cjui a des façades sur la via Calabritto et la piazza délia N'ittoria et date du .wii' siècle. Winvitelli y fît des restaurations importantes. L:i colonne des Martyrs, ([ui occupe le milieu de la place, a été érigée en l'honneur des Italiens morts pour la liberté pendant les révolutions de 1799, de 1820, i8.|8 et 1859. Elle est l'œuvre de l'architecte Enrico Alvino, qui a transformé une colonne plus ancienne élevée à la n Madonna délia Pace ». Le » borgodi Chiaia » renferme encore dans ses ruelles étroites beaucoup de vieux palais, de vieilles églises et de vieux couvents, tout pleins de souvenirs historiques : le palais Hisignano, le palais Torella du .wii'' siècle, les églises Santa Caterina. au coin de la via dei Mille, San Pasquale, dell'Ascensione, Santa Maria in Portico. La caserne de cavalerie de San Pasquale occupe l'emplacement d'un palais célèbre où résida longtemps Pierre de Tolède. Beaucoup de rues nouvelles ont été percées : en bordure même de la via dei Mille, à coté de maisons neuves, de vieilles demeures : les pal.'iis Kilangieri, d'Avalos, Roccella, l'église et le couvent de Santa Teresa. Tout près de la piazza Vittoria Colonna, s'élevait au .wii" siècle la splendide villa Manso, où séjourna le Tasse. Cette villa n'existe plus aujourd'hui. La via Amedeo et les contreforts de la colline de San Martino sont couverts de grands j.irdins et de riches villas modernes. Dans l'Arco Mirelli, deux églises San Giovanni i- Ti'resa et San Francesco degli Scarioni, l'une et l'autre du xvm' siècle
" Ln Floriiliiiiia, délicieusement située au-dessus du (|uartier Amedeo, derrière le Corso Vittorio Kmmanuele, appartint au mmistre Saliceti, puis à son gendre, le prince de Torella, avant d'appartenir à Ferdinand I"'. Elle fut construite par Nicolini, qui édifia aussi, à la demande du roi, le grand pont reliant la Floridiana à la villa Lucia, lequel
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grandes rues de Xaples datent aussi du milieu ou de la fin du XIX" siècle. De la même époque, les belles statues de \'ictor-Enimanuel sur la place du 3lunicipe. de Dante sur la place Dante, etc.. Parmi les grands monuments édifiés, on peut citer notamment : la galerie Principe di Napoli. dans la via Rnma, construite de 1876 à 1882: la galerie Umberto, en face de .San Carlo, ccmstruite de 1887 à 1890: le palais Cuomo, via del
Maisons sur I.i Marina.
Duomo, dans le style de la Renaissance, construit en 1882 à la place d'un édifice du XV' siècle ; la nouvelle grotte du Pausilippe '\'. chap. ix) construite de 1882 à 1885.
Tous les grands travaux pulilics effectués à Xaples dans la seconde moitié
existe encore aujourd'hui. Ferdinand avait en effet acheté un terrain voisin de la Floridiana, et y avait fait construire li villa Lucia Tout autour de la Floridiana et de la villa Lucia s'étendaient de splendides jardins qu'on a conservés. L'une et l'autre furent occupées pendant longtemps par la duchesse Lucia di Floridia, seconde femme de Fer ■ dinand. Celle-ci mourut en 1N26, un peu plus d'une année après le Roi. La Floridiana appartient actuellement au prince de Gerace.
du XIX" siècle, qui ont tant contribué à son assainissement, ont malheureusement amené la démolition de nombreux souvenirs artistiques et historiques.... Au surplus, la transformation de la ville n'est pas enccjre achevée, et, à Theure actuelle, un quartier nouveau, plus spécialement industriel, se crée derrière la gare centrale, en vertu d'une loi du 8 juillet 1904, qui, en vue d'atténuer la misère du peuple et d'assurer une renaissance économique, a accordé des facilités spéciales aux industriels qui viendraient s'établir à Xaples. Le port, la gare centrale, les alDords tlu Castel Xuovo. sont eux aussi en pleine transformation. On projette également de construire une nouvelle voie ferrée, plus courte que la ligne actuelle, qui relierait Xa])les à Rome par Gaète, et qui. passant sous la ville en tunnel, servirait à celleci de métropolitain. D'autres grands travaux publics, comme 1 adduction de l'électricité et de 1 eau dans le nouveau quartier industriel, amèneront certainement encore d'importantes démolitions et reconstructions. Un peut prévoir que pendant longtemps, à raison du caractère industriel et commercial qu'elle prendra, Xaples se modifiera chaque jour.
Plioto Bru^-i.
Vendeur d'herbes.
Pouzzoles (au fond, le cap Misène).