‹ Naples et son golfeChapitre 5 sur 27 · NAIT.KS · texte numérisé non relu

NAIT.KS

sous l'influence latine, A'()î;'(?/)(>//.v, c^ue les (irecs prononçaient et écrivaient Ncapolis. — Beaucouj) ont contesté l'autlienticilé du nom de PartluiWpc qu'on n'a retrouvé sur aucune monnaie. 11 semble cependant probable que ce nom a été porté par ce qui fut lembrycm — ou l'un des embryons — de la Xaples actuelle. Quelques mille ans avant l'ère chrétienne, des colonies grecques de races diverses (chalcidienne, erétriennej s'établirent à Capri, à Sorrente, à Ischia, et c'est par celle d'Ischia, composée sans doute de Chalcidiens. que C'umes fut fondée. Kusèbe place la fondation de Cumes en 1050 avant Jésus-Christ. Les Cuinains colonisèrent ])ar la suite la contrée oii ils résidaient, et ])arvinrent ainsi à Xa]iles. Ils y trouvèrent d'autres colons grecs, sans doute des colons venus de Rhodes, qui avaient édifié une petite cité sur le promontoire de Pizzofalcone. Celui-ci était habité de])uis les temps les plus reculés : on a retiré en effet de ses grottes des armes et de nombreux instruments domestiques, remontant à l'âge de la ])ierre. cjue .^l. d'Ali d'Ossio a longuement et savamment étudiés. On a également établi que, ])ostérieurement, il y avait été construit un port. c|ui devait s'appeler Phalèrc. comme du reste beaucoup d'autres. Dans l'antiquité, ce terme était en quelque sorte généricjue : il s'a])pliquait à tout lieu « blanclii ])ar !'(''(inne (h's Ilots ». ilomèrc ])arle ilans l'Iliade de Ciiiiuitii pluilcrioiiUi. Sel inoiite désignait de même tout lieu de molli hirssi. 11 }■ eut autrefois Ijeaucoup de Pliûlrrc. depuis celles situées sur les côtes d'l''ubée et de Crète jusf|u'au ]")ort d'Athènes Le terme de pliûlci'iont a, emjjloyé ])ar Homère ])our ('unies, iloil s'appliquer avec autant de r.iisons au Pizzofalcone, qui, comme la roche cuméenne, était l)attu ]3ar la mer.

]^a cité même construite sur le l'izzofalcone par les colons de Rhodes et leurs prédécesseurs, s'appelait-elle Phalèrc on Parthenopc'fW semble probable qu elle jiortait ce dernier nom. qui était celui de la .Sirène (|u"on ])rétendait morte en ces lieux. La légende de la .Sirène est en effet très ancienne, et (;'est toujours dans les parages de Capri, d'iscjiia, de la péninsule sorrentine. qu'on s'est jîIu à faire vivre — et mourir — les filles d'Acheloos et de Calliope. Leur i-ulte a été répandu de]niis la plus haute antiquité dans toute l'Italie méridionale

(Juand les Cumains eurent découvert ParlhcnopCy leur premier soin fut de la détruire, elle et ses habitants. La jalousie .seule les guidait. .'Mais l'oracle ayant déclaré que la cité de la Sirène devait être relevée, et le culte de celle-ci rétabli. iU appelèrent à eux des Grecs de la mère patrie, sans doute des Chalcidiens. et des îles environnantes, et réédifièrent la ville. Cela se passait vers le Vl' siècle avant notre ère

Ces divers événements sont r;i])pnrlés par les auteurs anciens, ce (jui leur donne quelque authenticité. L'intervention de Toracle est racontée notamment ])ar Scimno di Scio, la venue des Chalcidiens jjar Sivabon. Pline insiste tout spécialement sur l'importance de l'élément chalcidien dans la création de Xaples : ^lour lui, les Chalcidiens sont les véritables fondateurs de la cité.

Si la destruction et la reconsiru'ticui de l\irl liriiopc semblent certaines, le lieu même où était cette /'<7/7//</;(i/i< l'est beaucoup moins Nous l'avons placée sur le i'izzotalcone, mais beaucoup lui assio-nent un autre em])lacement : la petite colline de San Giovanni .Mag-yiore. 31. de Petra. (jui tient pour cette dernière oj)inion, tout en reconnaissant que Xaples a dû être fréquentée dès l'âge de la ])ierre. i)ui-< plus tard par des rameaux de la orande famille pélasgique, ne tient nul compte des découvertes faites dans les grottes du Pizzofalcone, qui établissent pourtant que cette colline fut habitée par des Troglodytes. D'autre part, il est démontré par les fouilles opérées dans la via .Mezzocannone. et ainsi cjue le soutient .\\. de l*eti"a, qu'une cité très ancienne existait sur la colline île .San diov.inni .\laggiore...

Il ]nirait vraisemljlable (|ue si, à l'origine même, c'est le Pizzofalcone qui a été habité, la poi)ulatii>n s'est cependant jjortée peu à ])cu vers l'est, vers San (iiovanni .Alaggiore. l.a cité que les Cumains démolirent était-elle située ■ ur le Pizzofalcone, ou déjà sur la colline de San (iiovanni 31aggiore : on ne le sait encore. Il est certain que des fouilles nouvelles seraient nécessaires sur le i'izzofalcone, et peut être aussi dans la vallée qui s'étend entre celui ci et la colline de San (iiovanni .^\aggiore, laquelle forme actuellement le centre même de Naples... lin tout cas, la reconstruction opérée par les Cumains sur les conseils de l'oracle a été faite sur la colline de San tiiovanni .Maggiore. On a trouvé dans la via Mezzocannone, et aux environs de celle-ci. les restes de deux murailles très anciennes, cpn établissent d une part que la colline de San (iiovanni fut habitée, il'autre part ([ue la colline vcjisine, celle de l'Université, le fut aussi. lù voici comment ces deux faits peuvent s'expliquer :

Les Chalcidiens a])])elés ]iar les Cumains jugèrent iro]) exiguë, et surtout mal construite, la J'artluiiopc de San (iiovanni .'Nlaggiore Ils construisirent à coté d'elle, sur la colline voisine de l'Université, une ville nouvelle, ré.gulière, carrée, selon les règles alors en usage. ],e Pirée a été le type de ces cités où toutes les rues étaient droites, et se coupaient perpendiculairement. La NcapoIlsAn ville nouvelle, avait, comme

NAPLHS SOUS LA DOMINATION GREC()L'E ET ROMAINE g

limites extrêmes, la via 31ezzocannone à l'ouest, la porta San Gennaro au nord, San Agostino alla Zecca à l'est. l'Université au sud. Si l'on trace

des lignes entre ces différents points, on dessine un rectangle, cpii était celui même occupé par A^capol/s. I.es rues y sont encore aujourcriuii régulières et droites : la straila Forcella, la strada de Tribunali, la

strada Sapienza, qui datent de plusieurs siècles avant Jésus-Christ, sont des v^oies rectilignes que coupent à angles droits d autres voies rectilignes.

Cette régularité dans le plan de Xcûpol/s. — J'ari luiiopf. nu l'nliopolis 'la vieille ville . était au contraire tortueuse et courbe : on s en rend coin])te auiourd'juii encore en allant à Sanfiiovanni .Maggiore et en visitant ses alentours immédiats, — a été la cause de controverses multiples. Certains ont dit : seuls, les Athéniens savaient construire des cités régulières: donc A''ci7/'()//,v n'a pas été construite par des Chalcidiens.niais par des Athéniens. On leur a répoiidii i|u'oulrc le témoignage des historiens anciens, il \ avait celui des monnaies, et que celles-là comme ceux-ci prouvaient que les Athéniens n'avaient i)ris une i)art à la construction de N^eû polis que tardivement. Il serait, à notre avis, aussi absurde de leur en refuser une que de les considérer comme les seuls fondateurs de la nouvelle cité. Strabon. ajirès Jaitazio. dit avec raison que .Vi-ûpolis doit la vie à des Chalcidiens d'abord, à des Ischiens ensuite, à des Athéniens enfin. ].es monnaies qu'on a nHrouvées confirment cette ojiinion. Les ])lus anciennes portent une tète dr sirène, et c'est seulement |>lus tard qu'apparaît la tète d'.4///(7/</ (iû/cij/û (casquée). Des monnaies fra|)])ées à Xaples en 424 avant J.-C, en riionncur de la ])aix de (lela <-oncluc entre les cités siciliennes et Athènes, portent notamnu-nt c-ette dernière effigie. M. de Petra a savamment écrit l'histoire des ])remières monnaies cumaines et napolitaines, ipu ont ])ermis de fixer, au moins approximativement, au V siècle, la \cnue des Athéniens à Xa])les'.

Les Athéniens, une fois fixés à Ncupol/s. lui im|)rimèr'enl leurs coutumes et leurs traditions. C'est l'athénien Diotimo (|ui y créa les to/.vc /<;;//piiâichc-. qui se perpétuèrent pendant longtem])s. Le vico IciiiiptidicO a du son nom à ces réjouissances public|ues. C"'est sur l'organisation munici])alc d'Athènes ([Uf Xcûp(>//.s co])ia sa pro|)re organisation : celles friitric, comme toutes les autres institutions de réi)oque grecque, durèrent même cjuand Xa]iles fut tombée au ])ouvoir de Ronu". Tite Live nous dit avec beaucou]) de détails — • dont quchpies-uns ])araissent du reste inexacts, — les événements i|ui marcpu'-rent les années 328-320 avant Jésus-Christ, à la suite desquels Konu- conclut avec Xa]des un traité d'alliance. Ce qu'il imjjorte de retenir, c'est cjue Xcnpolis et l'aU opolis firent à Filone et à ses troupes un accueil différent : tandis (|ue celle-là résistait ou tentait de résister, celle-ci se rendait. — comme du r<'sic un

' V. sur la doniin.Tli'in sfrecque et romaine à Naples, au point de vue liistniiciue, mon ouvrage Niiplcs. unies historiques cl soiiiilef, Pion, 1910. cliap. 1.

XAPLES SOUS LA DOMINATIOX GRECQUE ET ROMAINE ii

siècle plus tût. vers 420, elle s'était rendue devant les Samnites, déjà maîtres de Cumes. Et la conquête romaine fit aux deux cités, la vieille et la nouvelle, cjue séparaient toujours leurs murs, un sort différent. Mais bientôt, on songea à les réunir. Jusqu'alors, elles ne communiquaient que par des portes, dont l'une, la porta Vctitosa a été découverte en même temps que les murailles de la via Mezzocannone Elles avaient conservé leurs deux noms : Palcopolis.

Nea polis. ïite Live écrit que Palcopolis dis^jarut : « Palcopolis fuit ». Ce qui ne veut pas dire que les Romains la détruisirent. mais seulement qu'ils la réunirent à Ncapolis. Celle-ci. en effet, tandis que Palcopolis végétait, avait pris plus d'extension et d iniportance. I^a vieille cité, la cité mère, était devenue un simple faubourg.

Aucune monnaie ne fut frappée à son

nom : c'est toujours Ncapolis que les monnaies mentionnent. — Et la réunion de P<7Zro/)o//.s" à 7V('(7/)o//5 explique peut-être pourquoi on n'a jias toujours distingué entre les deux cités. Depuis l'époque romaine, en effet. il n'y en eut plus c|u'une seule : Ncapolis. On oublia parfois que celle-ci était faite de deux éléments, dont l'un le plus ancien, celui qui eut dû attirer l'autre, se fondit au contraire en lui.

La Naples romaine fut d'abord civitas fœdci-ata. plus tard elle tlevint municipe. plus tard encore colonie. On a retrouvé un marbre portant ces mots : « Colonia Aiirilia, Ai/i^nsta. Antoiiiaiia Fclix, Ncapolis ». et

La vieille grotte du l'ausilippe.

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diverses autres inscriptions qui attestent que c'est sous Alexandre Sévère que le titre honoriiique de colonie lui fut décerné. Les deux surnoms d" >i Aurélia » et d" « Augusta » lui avaient été donnés par .Marc Aurèle. « Antoniana Félix » par Caracalla. Devenue romaine. Xaples n"en conserva ]3as m^ins ses haljitudcs. son caractère, inènic son oryani-aliiin |iiiliti([ue grecciue. Ce qui n'empêcha pas les empereurs de la combler de faveurs. Ils avaient en elle une alliée fidèle, surtout ils étaient séduits par la beauté de son site et la douceur de son climat Auguste. Adrien l'agrandirent, puis Valentinicn 111. On a découvert en 1747. un nuirbre (|ui rapp:.-lle les travaux exécutés sous celui-ci : <• />/'/ l'huitl itis Wilrnl i iiinniis

aiigiistissiiniis, y lit-on lu^apol ilaïunn iivilûli-m lul oiiiius

tcrrcv urûriijuc inciirsiis cxposilain cl lutlla sctiiril oie i^ciiu/riifriii iiiffcnli sliiilio alqitc sumpin mûris lurribusqiir iiiiniivil. » .V la tin de l'empire romain. Xajdes s'étendait à l'est à i)eu près jusqu'au Castel Capuano et au Carminé; au nord, c'était toujours la Porta San (iennaro (ILii la délimitait; à l'ouest, le Pizzofalcone, dont le nom était alors Egla, licla ou lùliia^ était habité surtout \y<\r de riches romains qui y avaient fait construire de somptueuses villas. C'était là qu'était la célèbre \ iUa île I.ui-ulUis. dont les jardins tleurissaienl aussi la jiclile lie voisine, l'Ile de .^legaris, où fut édifié plus tard le Castello deU'Ov'o. La villa de JAicullus ne pouvait rivaliser qu'avec quelques autres, édifiées sur les fiancs du Fausilippe, et dont l'une surtout, qui appartint d'abord à ce même jnitricien. plus fameux encore parsa sensualité (|ue |)ar ses conquêtes, jjuis à un autre syljarite de marque, Vedius Pollion, est restée célèbre On en voit encore, ou en devine ])lutôt. rjuelques restes. La petite île de la Gaiolii. à la laquelle on accéchiit de la terre ferme ])ar des arches, le village si jjiltoresque de .Marocchiano. cjui dépendait, lui aussi, (h' la villa, et où une colonne cannelée in<]ii|ue encore l'emplacenu'nl d'un icmiilc de X'i'-nus I'.u|)lée. le cap Conjglio couronné d'arbres verts. Xisida qu'un tunnel creusé au fond de la mer joignait à la cote, revivent. em]ir('inls de la splendeur du ])ass(''. jîour (|ui les visite avei' \'irgile comme guide. Le poète qui habita, lui aus-,i. sur le l'ausili|)]K'. était un familier de l'ollion : il a dédié à son ami l'une île ses églogues ". et céléliré le faste de sa demeure. .S(jn nom est même resté attaché aux lieux où s'élevait celle-ci :

' I.ij nom lie Pi;;ofiiliOin- n";i ijik-re ct<- ailupté t|u";ui xni'- siècle, ;iii ti-nips îles Siiuubcs. Les noms d'£^/,7. I:cl,i ou /:V///.7 provenaient peut-être de celui illlerrule. l'nc légende dit en effet eiuHercule menait paitre sur le Pizzofalcone les troupeaux (luil avait volés à Géryon.

'^ I-a .f églooue du sixième livre de X'EiiciJi: est intitul.-e Pullion.

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