‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 143 sur 164 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

de 1808, des bruits de conspiration étaient dans Pair, mais le « brigandage » était partout vaincu, sinon partout détruit.

Cependant l’œuvre civile s'était poursuivie sans relâche, posant les bases d’un Etat moderne et ce n’était pas seulement dans les décrets. Le modèle français fut plus d’une fois intelligemment adapté. Miot déclarait, dans son Rapport général, que ces institutions deviendraient « nationales » et, de fait, Porganisation inaugurée par Joseph s’imposera par sa supériorité évidente au respect de la Restauration. L’impulsion avait été donnée à tous les modes d’activité économique, et si les Français ont pour unesi grande part échoué, s’ils n’ont pu créer une classe nombreuse et aisée de propriétaires ruraux, donner l'outillage industriel qui devra suppléer à l’insuffisance agricole, les causes de: échec sont profondément enracinées et arrêtent encore leurs successeurs. L’enseignement populaire, résolument affirmé comme une nécessité, aurait sans doute progressé rapidement sans la Restauration. Le métier militaire, première condition du prestige de la nation, était remis en honneur dans la haute noblesse, qui ne s’en souciait plus, et attirait pour la première fois la bourgeoisie. Nulle occasion n’était négligée d'encourager le sentiment de l’honneur national.

Aux accusations d'exploitation et de pillage, il est équitable d’opposer le prix qu’a coûté à la France, en hommes, en argent, sans finalement qu’elle en ait recueilli les profits espérés, la révolution napolitaine, que tous les esprits éclairés appelaient de leurs vœux. Si des officiers, des fonctionnaires ont pu se garnir les mains en dépit de la vigilance infatigable du roi, dans l’ensemble Naples eut affaire, dans le civil et dans le militaire, à un haut personnel d'élite. Ajoutons que les sommes levées dans le pays, au profit de l'armée ou de particuliers, y sont restées pour la majeure partie, tout comme les terres, dont les donataires n’ont souvent d’ailleurs touché que les titres.

Les heureux résultats de la transformation rationnelle des institutions furent évidents, dès que le calme reparut. Educateurs sévères et peu modérés sur le prix de leurs leçons, les Français n’ont pas trouvé l’affection de leurs élèves : c’est le sort des « professeurs d'énergie ». Cependant les Français étaient la nation la plus capable de sympathie pour Naples, celle qui avait peut-être

avec elle le plus d'intérêts communs, sans parler des souvenirs historiques les plus glorieux, et beaucoup d’entre eux ont montré pour la « régénération » un zèle sincère. On peut déplorer pour le pays lui-même qu'il n’ait pas consenti à se plier davantage à la forte et nécessaire discipline, qui pouvait peut-être faire de l'Etat de la péninsule le plus vaste et le plus peuplé, le promoteur de la fédération, sinon de l'unité italienne.

En ce sens encore Joseph eût sans doute mieux valu à Naples que son successeur. Tout en résistant à l’accaparement de son autorité par un parti ou par les Napolitains en général, il s'était sincèrement attaché au pays. Il est à regretter que sa mémoire n'y soit pas restée plus populaire, que le temps, qui est galant uomo, comme Joseph lui-même le disait avec confiance, ait surtout effacé sa physionomie dans l'ombre de celle de Murat.

On n’a pas attendu la chute des Bourbons pour faire justice du nom d° « occupation militaire », imposé, dit un historien napolitain, à « l’une des plus mémorables époques de notre histoire (1) ». Le règne de Murat a été plus brillant, plus dramatique, plus national : il ne doit pas faire oublier les premières années, dont le rude labeur, malgré l’effroi et le découragement laissés par la contre-révolution, a réalisé en grande partie le rêve de la République napolitaine.

- (1) BrANCHINI, Storia delle finanse, livre VII, chap. Fr, $ 2.

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