‹ Naples: Sous Joseph Bonaparte 1806-1808Chapitre 86 sur 164 · ENTRETIEN. DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN. DE L'ARMÉE

« propos inconsidérés » : Le 16 avril 1807, on le nomma à la division de Pouille. Lamarque, en même temps que plus de talent et d’activité, apportait aussi plus de souplesse et une déférence qui lui conservera toujours les bonnes grâces de Joseph (1), quoiqu'il n’ait pas voulu le suivre en Espagne. Son esprit caustique, sa verve gasconne ne détonnaient pas trop dans un milieu qui, d’ailleurs, ne lui plaisait guère.

A la tête des officiers d'administration, deux hommes de mérite, Arcambal, ordonnateur en chef, et l'inspecteur aux revues Féraud, qui passait « pour être d’une probité à toute épreuve (2) ». Les efforts de ces hommes et du roi qui, outre sa bonne volonté, pouvait bien garder quelque expérience des rudes temps où il avait été commissaire des guerres, ne suffisaient pas à donner à l’armée « l’aisance » réclamée par l’empereur. L’extrême pénurie à laquelle celui-ci ne voulait pas croire, la diversité des corps, leur dispersion dans un pays aux communications pénibles et dangereuses rendaient l’administration particulièrement difficile. Il fallait aussi, comme partout, combattre la spéculation et la fraude.

Les fournisseurs ne sont certes pas venus à Naples pour modifier leur manière. Dès le début, le ministre se plaint qu’ils négligent leurs services pour intriguer et parle d”’ « abus intolérables (3) ». Joseph accuse l’entreprise des subsistances d'employer l'argent qu’on lui donne à acheter des protecteurs auprès de lui (4) et, suivant le général Merlin, elle est « vicieuse partout et n’est composée que d'hommes affamés de gain et de rapine; il faudrait en faire pendre quelques-uns (5) ». Observons que la tâche est ardue aux entrepreneurs, dont les agentsse trouvent sans crédit, dans un pays éminemment défiant et peu maniable en affaires (6); les militaires

(1) Cf. Lettres inédites, p. xxI. Son attachement pour Joseph paraît sincère (lettres à sa sœur Désirée). Il avait acquis un grand crédit : « une espèce de favori », suivant La Feuillade (inspiré par Saliceti, assez mal, paraît-il, avec Lamarque), d’ailleurs, ajoute-t-il, « homme courageux, zélé, plein d'esprit et de mérite ». (11 janvier 1809. A. E., Naples, 133.) L’Znconnue estime son caractère. (Mémoires, p. 263.)

(2) La Feuillade, note citée.

(3) Dumas au ministre de la Guerre, 26 juin 1806. A. G., Naples.

(4) Joseph à Napoléon, 15 juin et 8 août 1806 (Mémoires, t. IL).

(5) Merlin à Lamarque, 19 juillet 1807. A. Naples, Guerra, 1048.

(6) On leur refusait en province des valeurs à vue reçues du gouvernement, et celui-ci, au lieu de numéraire, leur donnait des denrées difficiles alors à négocicr; des traites étaient réclamées avant échéance. Partouneaux (à Jourdan,

font retomber sur eux leur mécontentement, s’arrogent le droit de commander aux employés des compagnies (ou de la régie), forcent leurs magasins, s’emparent de leurs moyens de transport, arrêtent les convois destinés à d’autres corps (1). On assure qu’à ce régime peu de compagnies s’enrichissent (2); les changements fréquents n’y semblent pas être un indice de prospérité.

Le service principal, les subsistances, alternativement en régie ou à l’entreprise (3), se heurte toujours aux mêmes obstacles et offre les mêmes vices. Les gardes-magasins négligent un service pénible, que d’ailleurs, en dehors de Naples et d’une partie de la Terre de Labour (4), on n’assure que par l’intermédiaire des communes, compagnies ou régie ayant charge de les rembourser. Or, les communes sont bientôt épuisées, obérées, et, à la veille de la grande insurrection, dans les Abruzzes, dans les Calabres, les généraux signalent la détresse et le mécontentement des habitants, le discrédit du gouvernement, l’entreprise ou administration n’ayant pas tenu leurs engagements (5).

C’est donc sur le système toujours odieux des réquisitions qu’on

Monteleone, 25 juillet 1808. A. G., Naples) reconnaît l’impuissance de la compagnie des subsistances, « malgré toute sa bonne volonté », tant les marchés sont désavantageux. En certains endroits, les fournisseurs assurent que la ration leur revenait au double du prix donné.

(1) Les rapports d’Arcambal (la plupart aux A. Naples, Guerra, 1045-1049) abondent en traits de ce genre : le commandant de Caserte fait arrêter le gardemagasin, qui n’avait pu fournir que de l’orge au lieu d’avoine et « il a menacé et maltraité tous les employés, qui sont en fuite et ne veulent pas retourner à leur poste ». Le 29€ de ligne survenant à Aversa, où il n’est pas attendu, pille tous les magasins; les chasseurs italiens, à Popoli, se servent eux-mêmes et ne donnent pas de bons. Le garde-magasin de la Polla est arrêté, son aide battu à devoir s’aliter ; un autre, à Portici, est cravaché. Un chef d’escadron d’artillerie, après avoir frappé le garde des fourrages, menace d’aller rouer de coups le commissaire des guerres. Sans parler des fournisseurs « passés à la savate » (RÔSSELET, p. 111 et 122). Les troupes d’Aversa, du pont de la Madeleine, retiennent les fourrages mêmes destinés aux magasins de Naples. La Garde se plaint que la cavalerie de la garnison envoie sur les routes pour arrêter la paille qu’on lui amène ; enquête faite, c’est elle qui aurait donné l’exemple.

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