ENTRETIEN DE L’ARMÉE
retombe nécessairement. Le gouvernement cherche seulement à le régulariser. Même exécutée strictement, la liquidation des bons de fournitures eût laissé fort à désirer (4) ;en fait, nombre de communes ne purent se mettre en règle ou s’y mettre entièrement (2). Les bons imprimés n’avaient, dans les premiers mois de 1807, paru que dans quelques endroits, « ce qui met les syndics dans l’extrême embarras ou de faire des fournitures irrégulières ou de n’en pas faire, Ce dernier parti leur produirait plus que des mauvais traitements (3) ». Et à côté des réquisitions régulières, de celles, en outre, que, vu l’urgence, on faisait faire par les intendants, sousintendants, tribunaux même, on pense à combien d’abus prêtait un système aussi primitif.
Les autres services sont tout aussi défectueux et, trop souvent, prêtent aux mêmes expédients.
Pour la solde, d’indéniables efforts furent faits (4), mais malgré les fonds envoyés de France, solde et masses se trouvèrent finalement en retard de six mois (5), c’est-à-dire à peu près au même point qu’au début : il était difficile qu’il en fût autrement.
L’habillement était peut-être de tous les services le plus négligé : en piètre état à l’arrivée, le climat, le genre de guerre l’eurent bien vite ruiné : « nu-pieds »,.« absolument nus » est le refrain de
(1) Le décret du 30 juin 1806 fixait un délai beaucoup trop court (il fut prolongé, à la demande du ministre de l’Intérieur)et n’accordait qu’un tiers au plus des fournitures faites en excès du taux prescrit. Le décret du 28 mars 1806 établit de nouvelles prescriptions, dont on attendait encore l’exécution trois mois après (Saliceti à Lamarque, 25 juillet 1808. A. Naples, Guerra, 1049).
(2) Rapport sur l’administration militaire, 25 janvier 1808. A. N., AF 1v, 1714 8. Arcambal, rapport général du 16 août 1808 (A. G., Naples).
(3) Le Blanc de Pommard au ministre des Finances. Arch. Rœderer, vol. 19, fo 118. Remède illusoire encore que de limiter les réquisitions aux chefs de corps, de subdivisions territoriales ou de colonne mobile, aux détachements moindres de 200 hommes et munis par les sous-intendants militaires de bons réguliers, qui seraient immédiatement renvoyés au sous-intendant du district. On avait aussi essayé de mandats admissibles en payement de contributions, ce qui troublait ensuite gravement les prévisions du ministre des Finances.
(4) Au 1er octobre 1806, il était dù, pour soldes et masses, 9 millions et demi de francs ; trois mois après, cet arriéré était tombé à 4 millions (rapport général au 4e octobre 1806. A. Naples, Guerra, 1049 bis). Cf. situation au 417 janvier 1807 et rapport de l’inspecteur aux revues, 11 janvier 4807 (A. G. Naples); rapport de Clarke à l’empereur, 12 décembre 1807, et lettres justificatives de Saliceti à Clarke (A. N., AF 1v, 1714 A).
(5) Rapport général d’Arcambal à Dejean, 16 août 1808. A. G., Naples : 3 661 000 francs (pour troupes françaises), un million d’arriéré pour traitements de réforme ou de retraite. À la Grande Armée, notons-le, c’est en février 1808 que Napoléon annonçait qu’il avait pris un décret pour liquider la solde de 1806.
tous les corps (1). Quand on voit les brillants uniformes de l’empire, on a peine à se représenter, à sa plus belle époque, des troupes faisant campagne en vêtements de toile ou en vestes, avec peu ou point de linge, heureuses de trouver des sandales de paysans, les officiers parfois à demi vêtus en civil, tous plus ou moins loqueteux. Ce dénûment était d’autant moins supportable que, non seulement en campagne, mais en garnison, on manquait souvent de tout effet de casernement (2), on couchait tout habillé presque à perpétuité : « Aussi la gale existe-t-elle d’une manière affreuse dans toutes les troupes (3). » Là encore on constate que les maigres fournitures furent pour une part envoyées par l’empereur.
Les officiers ne sont pas à meilleure enseigne que les soldats. Si ceux de Naples mènent une vie relativement agréable et sont à peu près régulièrement payés (4), ailleurs ils partagent la détresse commune et l’on prétend les empêcher d’exiger la table chez Phabitant. Les plaintes de P.-L. Courier, dont les appointements étaient dus depuis un an, ont du moins passé à la postérité (5) :
(1) Rapport sur l’habillement au 1% janvier 1807 (A. G., Naples). Dans le rapport spécial sur les besoins de l’armée des Calabres, nous lisons : le 1€ léger a perdu sa caisse à Maida et les soldats sont dans une «nudité presque entière »; au 22€ léger, toute la troupe est habillée « en toile »; le 1 de ligne «est tout nu », l'habillement lui étant dû depuis le 15 vendémiaire an XIV ; les soldats du 42 « ne sont vêtus que de toile; ils n’ont ni vestes ni culottes. Les effets de linge et chaussure n’existent plus »; au 102€, « l'habillement est tout à fait en lambeaux. Les soldats sont obligés de se couvrir d’habits de toute couleur ». C’est à un dénüment semblable que le général Compère attribuait la désertion fréquente des Corses (à Lamarque, 25 avril 1807. A. Naples, Guerra, 1048). Mêmes plaintes au 5€ italien, qui n’a plus ni culottes ni habits ; au 826, qui n’a pas vu ses foyers depuis trente-trois mois, n’a plus ni gilets ni capotes, a dû employer un mois de solde à acheter des pantalons ; au 24° dragons, au 1% de ligne, etc.
(2) Matière pourtant minutieusement réglée : pas moins de 254 articles au décret 30 juin 1807.
(3) Frégeville à Lamarque, Barletta, 10 mars 1807. Zbid., 1048.
(4) C’est à titre de récompense que le roi ordonne de mettre au courant la solde des officiers du siège de Gaëte (circulaire aux chefs de corps, 30 juill:t 1806. A. N., AF 1v, 1714 B,
(5) En voici une, inédite (A. Naples, Guerra, 1046), aut., adressée à César Berthier («combien de Laridons passent pour des Césars »). Il faut la rapprocher de sa lettre au ministre, 17 février 1807.
s Naples, 20 novembre 1806.
« Mon général, j’ai lhonneur de vous adresser ci-joint mes états de perte, réduits à la somme de 2 100 francs, conformément à l’ordre du jour du... relatif à cet objet. Je vous supplie, mon général, de vouloir bien considérer que ma perte réele s2 monte à.six fois cette somme, attendu qu’au lieu de trois chevaux j'en ai perdu sept, dont le moindre me coûtait 40 louis, et que le prix de mes.