‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 18 sur 90 · L OPINION ANGLAISE · texte numérisé non relu

L OPINION ANGLAISE

pensable que soit une pareille mesure, elle est cependant, dans un sens constitutionnel, la plus ffrande innovation dans les lois de l'Anorleterre depuis que notre constitution a été amenée au point de perfection où elle est. En effet, c'est une innovation de transformer un établissement anglais en une prison d'Etat, dans laquelle nous tiendrons renfermé pour la vie un souverain détrôné (car il a été universellement reconnu pour souverain). Ce ne serait pas même une moins grande innovation de notre part de tenir ainsi enfermé un individu anglais pour une infraction aux lois qui ne serait pas très criminelle et de nous établir geôliers au nom de ceux qui se croiraient le plus offensés. » Si telle était l'opinion qu'exprimaient les journaux de l'opposition, le courant qui commençait à se former dans la nation était bien autrement fort. Chaque jour, l'affluence augmentait à Plymouth et de façon à devenir inquiétante. De tous les points de l'Angleterre, arrivaient des gens qui espéraient apercevoir Napoléon. « Le dimanche 3o, écrit Maitland, la multitude des bateaux fut plus considérable que je ne l'avais encore vue. Je suis certain de ne pas exagérer en disant qu'il y en avait autour du vaisseau plus de mille, dans chacun desquels, en moyenne, il n'y avait pas moins de huit personnes. » Pour les écarter, on avait recours à des mesures d'une brutalité sauvage. A force de rames, les chaloupes de garde chargeaient ces barques légères de façon que, si elles les rencontraient, elles les

coulassent à pic, et cela arriva. On en élait encore à la curiosité, sans doute, mais elle tournait à l'enthousiasme. Les femmes portaient à leur corsage des œillets rouges et en agitaient des bouquets : autant que les hommes, elles poussaient des acclamations. Gela pouvait-il être toléré? D'ailleurs, Lord Keith était informé qu'un writ avait été obtenu d'un magistrat, à l'effet d'obliger qu'on mît Buonaparte à terre, et qu'un homme de loi était en route pour venir le signifier. Or, il fallait gagner encore quelques jours : d'une part, pour que le traité réglant avec l'Europe le sort de l'Empereur eût été signé; d'autre part, pour que, à défaut du i?e/lerophon, hors d'état d'entreprendre le voyage de Sainte-Hélène, le Northumberland, qui devait y mener l'Empereur, fut complètement prêt. Que faire ?

« Buanaparte nous donne beaucoup de trouble à Plymouth, écrit, le 3 août, Lord Liverpool à Lord Gastlereagh. Nous avons été obligés de donner ordre au navire, par télégraphe, de croiser jusqu'à ce que le Norihumberland puisse faire route. Nous avons eu des preuves abondantes qu'il eût été tout à fait impraticable de le détenir ici sans les plus graves inconvénients. » Et le 4 • « Trouvant, d'après le rapport fait par Sir Harry Bunbury lors de son arrivée hier, et d'après les lettres qu'écrit Lord Keith, que de considérables inconvénients résultaient du concours de peuple dans la baie de Plymouth, aussi bien que de l'esprit d'opposition

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