‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 25 sur 90 · LE GRAND MARÉCHAL BERTRAND · texte numérisé non relu

LE GRAND MARÉCHAL BERTRAND

C'était un petit homme chauve, grêle, peu représentatif, bon ingénieur, général médiocre, mais parfaitement brave; d'une intégrité absolue, d'un entendement court, d'un entêtement invincible et d'une belle tenue morale. D'une famille bourgeoise du Berry, — mais de ces bourgeois en roule pour la noblesse et déjà vivant noblement, — il se destinait au génie civil lorsqi^e éclata la Piévolution ; le 11 septembre 1798, il entra sous-Iieutenantélève à l'Ecole du Génie militaire. Très peu de temps à l'Armée de Sambre-et-Meuse, détaché d'abord à l'Ecole Centrale des Travaux publics, puis à la mission de Constantinople, il arriva en mai 97 à l'Armée d'Italie, d'où il rejoignit TArmée d'Egj'^pte. Il avait alors trois ans de grade de capitaine. Depuis ce moment, il fut l'homme de Bonaparte qui, en douze mois, le fît chef de bataillon, chef de brigade et sous-directeur des fortifications. Il revint d'Egypte général de brigade, et, après avoir commandé le génie au camp de Saint-Omer, il fut nommé, le 7 mars i8o5, aide de camp de l'Empereur. Général de division le 3o mai 1807, il épousa, l'année suivante, Fanny Dillon, fille du général Arthur Dillon, guillotiné en 1794, et de Laure Girardin deMontgérald, en premières noces ^P'dela Touche.

Les Dillon tenaient à ce qui est le plus grand dans l'Angleterre catholique et loyaliste. Un siècle durant, ils avaient été, en France, propriétaires d'un réofiment de leur nom et ils avaient, avec leur

sang, contresigné toutes les victoires de la royauté au xviii" siècle. Arthur Dillon, qui avait donné dans la Révolution, en fut vraisemblablement un des héros inconnus. Peut-être est-ce à lui que l'impartiale histoire attribuera d'avoir sauvé la France de l'invasion. De père, Fanny Dillon avait une sœur qui épousa M. de la Tour du Pin, préfet de l'Empire, l'un des négociateurs de Vienne, de ceux qui mirent Napoléon au ban des nations. De mère, elle avait un frère, M. de la Touche, et une sœur qui avait été mariée au duc de Fitz-James. Nul plus que celui-ci n'était ardent en ses convictions royalistes.

Petite parente de l'Impératrice, M""^ veuve Dillon avait reçu de l'Empereur deux pensions : une de 5.000 francs sur le Trésor public, une de 9.000 sur la Cassette. Elle avait eu jadis de terribles rivalités avec M""* de Beauharnais, lui ayant enlevé son mari et ayant ourdi contre elle la plus vilaine intrigue ; mais Joséphine, bonne fille, avait pardonné. Pour le mariage, l'Empereur donna à son aide de camp, outre les 87.000 francs de dotation dont il l'avait gratifié ci-devant, 200.000 francs de capital et le pavillon de la Jonchère, tout meublé, avec le parc qui l'entourait; à la mariée, 200.000 francs de dot en actions du canal du Loing, oo.ooo francs de diamants, 3o.ooo francs de trousseau.

Fanny Dillon, dont l'enfance s'était en grande partie écoulée en Angleterre, dans un milieu exclusivement royaliste et catholique, se fût plei-

nement réconciliée avec le nouveau régime, sous la condition que sa cousine lui fit faire un mariage égal pour le moins à ceux qu'avaient faits M"* de Beauharnais et M"* Tascher. Elle avait été fiancée à Alphonse Pignatelli, frère du comte de Fuentès, mais il mourut. On avait parlé pour elle du prince Aldobrandini, celui auquel Joséphine donna sa petite cousine La Rochefoucauld, avec l'hôtel de la rue de la Chaise et tant d'argent ; puis c'avait été le duc de Médina Sidonia, même le prince de Neuchâlel, et l'on était au prince Bernard de Saxe- Gobourg lorsque l'Empereur, revenant de Bayonne s'avisa qu'elle allait sur ses vingt-deux ans et qu'il convenait de l'établir. Bertrand l'aimait et il avait plusieurs fois sollicité sa main qu'elle lui avait toujours refusée. S'il était une médiocre proie, il valait mieux qu'une ombre. L'Empereur s'en mêla, y mêla M"* de la Tour du Pin dont il avait fait la préfète de Bruxelles. Joséphine en fit l'annonce à Fanny, qui se répandit en sanglots et retourna, désespérée à Beauregard, chez sa cousine M""^ de Boigne, née d'Osmond, qui lui offrait l'hospitalité. Le lendemain, elle revint à Saint-Cloud, espérant attendrir l'Impératrice, et elle était loute fondue en larmes lorsque l'Empereur entra. Elle osa lui reprocher de l'avoir trompée en ses espérances, et, s'animant par degrés, elle s'emporta à lui dire : « Quoi, Sire, Bertrand,

... Bertrand, Singe du pape en son vivant ! »

a Assez, Fanny «, dit sèchement l'Empereur; et il sortit de la chambre.

Pour classique qu'elle était, cette réminiscence de la fable : Le Singe et le Léopard n'était guère opportune. Si l'Enipereur passait beaucoup à ces petites parentes de Joséphine, dont les saillies, l'entrain et la gaieté le distrayaient à condition qu'il fût de bonne humeur, l'épigramme ici, contre un des généraux de son intimité, sentait l'émigré et offensait le système. Que serait-ce si on tournait en risée les noms qui n'étaient point de noblesse ? Aussi bien Joséphine se chargea de ramener à des sentiments moins altiers la descendante des Dillon. Elle lui parla des grandes places qu'aurait son mari et du titre ducal sous lequel l'Empereur ne manquerait point de celer le nom qui paraissait fâcheux. Bref, sans trop de peine, elle convainquit cette Fanny, qui appréciait peu le charme d'être fille et de demeurer la commensale de W^^ de Boigne. Le mariage eut lieu à Saint- Leu, chez la reine Hortense, et tout y fut à merveille.

Ensuite, Fanny se trouva fort bien du mari qui était tout à ses ordres et aux ordres de sa mère, de son frère et de tous les siens ; mieux encore de la grande vie, de l'hôtel rue Neuve-du-Luxembourg, n° i4; des voyages dans les résidences, des toilettes rafïinées qu'elle prenait chez Leroy et qui seyaient à son élégance blonde, à la longueur aristocratique de son corps, à son col très long

supportant sa tête petite, contrastée du noir dse yeux au clair de la chevelure. Après la campagne de 1809, durant rarmistice, elle rejoignit à Vienne son mari qui, pour le passage du Danube, avait reçu le grand aigle de la Légion ; elle fut de sa reconnaissance en Croatie ; elle prit sa belle part des fêtes et divertissements du mariage autrichien et pensa que l'Archiduchesse, elle aussi, avait trouvé son Bertrand; elle 'fit encore un voyage d'ingénieur en Hollande, mais ce n'étaient là que j»réliminaires. Le 9 avril 181 1, le comte Bertrand fut nommé gouverneur général des Provinces illyriennes, ce qui le mettait au rang des grands digni, taires. « Ah î çà, comtesse Fanny, dit l'Empereurvous allez là-bas remplacer le roi Marmont. Avezvous un bon cuisinier .' — Sire, répondit M°^ Bertrand, je conduis avec moi celui que j'ai ici à mon service et qui possède une grande réputation. — Ce n'est pas assez reprit l'Empereur. Il vous en faut deux, avec un officier de bouche, un bon maître d'hôlel, et vous irez à six chevaux, entendez-vous bien, Madame la Gouvernante? » Et ainsi fut-il.

Peu à peu, M"* Bertrand avait déployé son caractère. Elle était dominante et formelle, n'admettait guère qu'on lui résistât et eût volontiers usé, pour emporter une plus prompte obéissance, de moyens énergiques. Avec la domesticité, ils ne lui réussissaient plus, car, en France, « il y avait quelque chose de changé ». mais, à Laybach, ils étaient de mise. Elle emmena une bonne partie de

sa famille, sa mère, l'ancienne rivale de Joséphine, délicieuse encore avec ses cinquante-trois ans, mais éprouvant, à mastiquer des bouts de bougie, une joie surprenante ; puis ses deux enfants, ses neveux, Fitz-James, fille et garçon, un domestique immense et tous les raffinements du luxe parisien. On ne sortait qu'à six chevaux, les voitures menées à la d'Aumont; la table était plus soignée qu'aux Tuileries; les bals étaient merveilleux ; on y tirait en loterie les modes les plus nouvelles, apportées de Paris par courrier spécial et disposées gracieusement entre les colonnes d'un temple de l'Amour érigé dans la grand'salle. M""*^ Bertrand mettait tout en train, et, pour entreprendre les excursions de curiosité et de plaisir comme les voyages les plus fatigants et les plus périlleux, ne s'inquiétait point qu'elle fût enceinte ou non. Aussi prenait-elle comme une habitude des fausses couches. Il n'en était avec elle ni plus ni moins, et elle ne s'arrêtait presque pas. On a prétendu que nulle femme n'avait porté l'inexactitude au point où elle l'avait poussée ; elle en avait la passion, la manie plutôt ou la maladie ; mais, en Illyrie, c'était jeu de princesse! Qu'elle se plût dans ces splendeurs et qu'elle aimât s'y faire voir, point de doute. Elle envoie à ses parents de la Martinique la miniature de son mari en grand uniforme et la sienne « très plaisante, en velours vert avec des ornements d'or et un col monté, non autour du cou, mais autour de la robe. » Et cette miniature, passant par l'Angleterre, où

elle révéla la chérusque, fit l'admiration de tous les Dillon, leurs parents et leurs alliés.

A la fin de 18 12, Bertrand, remplacé à Laybach par Junot, fut appelé à un service de guerre et chargé, pour la première fois, d'un commandement en chef — celui du 4* corps de la Grande Armée, qu'il avait organisé à Vérone. Rien ne l'y avait préparé : néanmoins il fit à peu près figure. « Ses moyens, a dit Ameil, étaient peut-être audessous de son imagination. Il ne s'en faisait point accroire là-dessus. Il n'a jamais repoussé un conseil. L'intimité dans laquelle il vivait avec le général Morand lui fit le plus grand honneur. » D'autres sont plus sévères, critiquent àpremenl ce goût qu'eut l'Empereur d'attribuer des grands commandements à des officiers généraux ses aides de camp, qui n'avaient ni capacité ni expérience — tels Bertrand et Lauriston, « quoiqu'il y eût une grande différence dans la trempe de caractère de ces deux officiers ». Excellent ingénieur, Bertrand ne sortait point de la règle en menant mal un corps d'armée.

Lorsque l'Empereur dut pourvoir au remplacement de Duroc, grand maréchal du Palais, blessé à mort îe 22 mai, au combat de Makersdorff, il hésita quelque temps ; Caulaincourt faisait fonction, puis, à Dresde, Drouot. Il agita les noms de Lauriston, de Drouot, peut-être de Narbonne et même, a-t-on dit, de Flahaut, avant de s'arrêter à Bertran d. Pour la fidélité, il ne pouvait mieux

choisir. Bertrand, nommé le i8 novembre, reçut l'ordre de se rendre à Paris et de laisser à Morand le commandement de son corps d'armée. Il prêta serment le 20 et s'installa aux Tuileries. Très neuf en ses fonctions, il s'enquit, mais sans se mettre au ton, et ne réussit guère. M*"" Bertrand avait installé près d'elle sa mère et son frère, M. Levassor de la Touche, qui n'avaient aucun scrupule à répéter ce qu'ils entendaient; les parents royalistes, flairant la catastrophe, se pressaient aux nouvelles ; cela constituait pour elle une situation pénible, car, personnellement, elle était fidèle et dévouée. Le Grand maréchal, qui avait été nommé par l'Empereur aide-major de la Garde nationale de Paris, n'en put remplir les fonctions, retenu qu'il fut, jusqu'au dernier jour, au Grand quartier général. Au 3o mars, M""" Bertrand, grosse alors de six mois, quitta Paris avec l'Impératrice, qu'elle suivit à Blois et à Orléans. D'Orléans, elle vint à Fontaibleau pour prendre ses dispositions avec son mari afin de le rejoindre à Tîle d'Elbe. Bertrand n'avait pas hésité. Son inflexible droiture n'admit pas un instant qu'il se séparât de l'homme qui lui avait confié — depuis six mois à peine — la sûreté de sa personne et la direction de sa maison. Durant que Bertrand faisait avec l'Empereur ce périlleux voyage où les embûches avaient été préparées de longue main, M"" Bertrand gagnait Châteauroux, où elle devait attendre chez son beau-père, le moment propice. Au début de juillet, elle partit,

munie de tous les passeports exigés. Enceinte de huit mois, elle voyageait avec son beau-frère, ses enfants, un domestique et une femme de chambre. A Bourges, le i3 juillet, au moment même où les chevaux étaient mis, le baron Didelot, préfet du Cher, assisté de son secrétaire général, intervint. Un officier de paix, « sur et intelligent », tout exprès arrivé de Paris, monta dans la voiture. « La voiture fut fouillée, toutes les malles, coffres et boîtes furent visités avec le soin le plus scrupuleux. » On n'y trouva aucun papier. Certains dénonciateurs, gens du monde bien pensants, avaient annoncé que la comtesse emportait deux cent cinquante lettres. On en découvrit douze, bien comptées, toutes insignifiantes, dans son écritoire et dans le portefeuille de son beau-frère. « M""^ Bertrand, écrit le policier, parut surprise et affectée de cette saisie, qui était commandée par

les circonstances Elle montra d'autant plus de

mécontentement que, selon elle, le roi savait que son mari devait rentrer en France au mois d'avril prochain. »

Ainsi elle n'entend point sacrifier sa vie au roi de l'île d'Elbe et compte que, moyennant une année de séjour, elle libérera leur reconnaissance. D'ailleurs, cette femme si bien née ne saurait se plier à ce qui est l'essentiel de la vie de cour, l'exactitude. Elle pousse la méconnaissance des heures à un degré rare, même pour une femme, et, à l'île d'Elbe, cela devient un objet de que-

relies avec l'Empereur, qui s'est toujours piqué d'exactitude pour les autres. Plusieurs fois on l'a attendue pour passer à table ; une fois elle arrive lorsque l'Empereur a pris place dans la salle à manger avec sa mère et sa sœur. Elle veut s'excuser. « Madame, lui dit l'Empereur, ce n'est pas bien ni poli que vous vous fassiez attendre. » Elle demeure interdite, pleure un peu, et la princesse Pauline détourne les chiens. Mais il lui en est resté une sorte de dépit, et, sous le prétexte de sa santé, elle s'abstint de sortir, de se promener, de dîner chez l'Empereur. D'ailleurs elle était accouchée, au mois d'août, d'un enfant qui mourut au mois d'octobre, par une déplorable erreur du pharmacien. Toute sa famille anglaise compatissait à « pauvre M""* Bertrand, très emiuiée à Elbe » ; Lady Jerningham disait : « Elle l'écrit à sa mère à Paris, mais, je pense, le climat sera bon pour elle. » L'Empereur, lorsque, au jour de l'an i8i5, elle était venue lui présenter ses vœux, n'avait eu pour elle que des caresses, mais rien n'y faisait. Tout comme sa cousine l'Impératrice, hors de Paris, cette créole pensait mourir. Aussi, à peine l'Empereur sorti de l'île d'Elbe, elle n'écouta rien ni personne. L'ordre était qu'elle suivit Madame mère et la princesse Pauline; elle s'embarqua, malgré Madame, avec ses trois enfants, ses domestiques et quelques femmes d'employés de la Maison, sous la conduite d'un sieur Mialaret, contrôleur des Droits réunis (celui dont la fille fut

M"* J. Michelet), <jui avait, paraît-il, accepté la mission de les conduire à Paris. Elle aborda vers Antibes, eut fort à se plaindre du préfet, M. de Bouthilier, fut transférée à Marseille, où elle fut enfermée dans les prisons de la ville, les hommes étant détenus au Château d'If. Elle ne fut libérée que sur les ordres envoyés de Paris par l'Empereur.

Durant les Cent-Jours, elle se réinstalla dans son appartement des Tuileries, mais sans entrain et sans goût aux choses : Bertrand avait une si mé- <liocre confiance aux événements que, prenant ses précautions, il avait placé en fonds anglais toute la portion disponible de sa fortune. Bien lui en prit; ce fut sur cet argent que, durant deux années au moins, l'on vécut à Sainte-Hélène.

Après Waterloo, elle fut naturellement assidue à Malmaison et ne parut point faire d'objections à un départ dont, pour son mari même, elle comprenait la nécessité. Son voyage de Malmaison à Rochefort, sous Tescorte du capitaine Piontkovv'ski, qui s'était constitué son défenseur, ne fut marqué que par des incidents attestant la fidélité de la nation à son chef. Arrivée à Rochefort, dans ces sortes de conseils à porte ouverte qui se tenaient autour de l'Empereur et où chacun donnait son avis, elle fut des plus vives pour qu'on allât en Angleterre. Bertrand lui-même a écrit : « Jamais le général Bertrand n'a conseillé à l'Empereur de se rendre en Angleterre. La comtesse Bertrand, il

est vrai, le désirait et elle le disait. » Anglaise de naissance, elle croyait fermement à l'honneur anglais, à l'hospitalité britannique. N'avait-elle point, elle, fille d'un général français, été accueillie par ses parents anglais comme leur enfant? Au lieu d'un asile, c'était une prison que l'Angleterre réservait à celui qui était venu se placer sous la protection de son pavillon. Et quelle prison! M""* Bertrand s'affola. Elle écrivit aux ministres « pour qu'ils empêchassent son mari de suivre Buonaparte, assurant qu'il ne le faisait que par honneur et à regret ». On lui répondit que le ministère ne s'occupait pas de ces détails. Alors, elle courut à la cabine de l'Empereur, entra sans être annoncée, fit une scène de larmes, de désespoir et de colère, et, comme l'Empereur répondait à ses objurgations qu'il ne pouvait défendre à Bertrand de l'accompagner, elle se jeta à la mer. Elle fut arrêtée par M"** de Montholon, qui la saisit par une jambe. Mais ce suicide manqué ne la calma point, et, jusqu'au dernier moment, elle s'acharna, employant tous les moyens, les discours, les larmes, les violences pour empêcher Bertrand de remplir son devoir. Il fallut à cet homme un sentiment très vif de l'honneur, une volonté vraiment admirable pour résister ainsi à une femme qu'il adorait; il tint bon. Toutefois, il concéda une promesse de rester seulement une année, et sa femme en prit acte. « Mon cher cousin, écrivit-elle à Lord Dillon, nous partons pour

Sainte-Hélène ; nous y passerons un an, ensuite je reviendrai en Angleterre avec mon mari et mes trois enfants... » Et le général écrivit lui-même : « J'ai le projet de revenir en Angleterre l'année prochaine ; j'écris à Lord Keith pour m'obtenir les autorisations nécessaires, et je vous prie de vouloir bien seconder la demande qu'il fera à ce sujet. »

Voilà le chef de la Maison, l'homme essentiel, le personnage décoratif, celui qui devrait jouer le premier rôle et ranger tout le personnel à ses ordres. Il n'est là qu'en passant; dans douze mois il partira, et, par suite, il ne saurait faire de projets ni prendre de responsabilités. Entre son dévouement à l'Empereur, son amour pour sa femme, sa faiblesse pour ses enfants, il est constamment étreint et s'égare. Il ne satisfait personne et se mécontente lui-même. Plus il sera honnête, plus il montrera de vertus, plus il prouvera sa droiture, moins il fera sa cour, et M"* Bertrand le trouvera d'autant moins attentif qu'ailleurs il sera plus dévoué. Dès Rochefort, elle s'est rendu compte de l'isolement absolu dans lequel elle sera condamnée à vivre et qui, pour une femme telle qu'elle est, sera entre les pires supplices. Elle est, en effet, peu disposée à frayer avec de nouvelles connaissances qui ne touchent pas à la société où elle naquit et où elle vécut, au moins jusqu'à son mariage; plus tard même, semble-t-il, car elle prit l'époux plus que son milieu, vivant très intime

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avec sa mère, son frère, ses neveux, cousins et cousines, auxquels se joignait la maison militaire tlu général, mais peu mêlée à la Cour et point du tout à la Ville. Jamais, ni ici, ni là, elle n'aurait d'ailleurs pu rencontrer M. ni M™° de Montholon^ et c'étaient pour elle des personnages qu'il ne lui semblait point qu'elle pût jamais fréquenter.

Ce n'était pas que Charles-Tristan deMontholon ne fût d'une famille ancienne qui, au xvi* siècle^ fournit deux gardes des Sceaux et qui, depuis lors, se distingua dans la robe ; mais il y avait l'homme même et son personnel.

Au xviii^ siècle, Mathieu de Montholon, conseiller au parlement de Metz, eut de Marie-Louise Maurin, fille d'un conseiller à la Cour des Aides, un fils aussi nommé Mathieu, qui entra au service et acheta une compagnie dans Schomberg-Dragons. Il épousa M"^ de Rostaing, qui était de la Cour et tenait à tout par son père, maréchal de camp, et sa mère, née Lur-Saluces. Par ce grand mariage, il se faufila d'abord chez le duc de Penthièvre, dont il devint un des familiers et duquel il obtint Penthièvre-Dragons. De là, il prit son essor : il eut l'agrément de Monsieur pour la charge de premier veneur, qu'il acheta du comte de Botherel-Quintin ; cela pouvait le mener bien haut, mais il lui manquait d'avoir les honneurs de

LE COMTE DE MONTHOLON loî

la Cour et. premier veneur du frère du roi, d'avoir suivi la « chasse de Sa Majesté et d'être monté dans ses carrosses ». Ce n'était plus là question de faveur, et il y avait des règles qu'on n'avait point encore entrepris de violer. En 1784, M. de Montholon fit présenter ses titres par son père, lequel se qualifiait conseiller d'Honneur au parlement de Metz. 11 allégua que sa famille, connue depuis le xvi' siècle, se rattachait ci-devant à une famille d'ancienne noblesse, les seigneurs de Lee et de Monthelon ou Montholon en Antunois ; mais la construction parut fragile, et les preuves ne furent point reçues ; en compensation, Mathieu de Montholon, le conseiller au parlement de Metz, obtint des lettres du 6 octobre 1787, portant reconnaissance d'ancienne noblesse d'extraction et autorisant le fils aîné dudit sieur de Montholon à prendre à l'avenir le titre de comte de Lee Ce Lee avait une apparence britannique, mais il est divers Lee en Bourgogne (entre autres un hameau de la paroisse de Culètre). On ne profita pas moins par la suite des confusions que procurait l'homonymie avec les Lee anglais, dont était un André, lieutenant général et grand'croix de Saint-Louis, mort à Saint-Germain en 1784, et un autre André, lieutenant-colonel du régiment de Bulkeley, mort à Paris en 1787. Mathieu de Montholon, — le premier veneur, — qui se faisait appeler le marquis de Montholon, mourut d'accident en 1788, laissant quatre enfants : Charles-Tristan (comte de Lee\

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âgé de cinq ans; Louis-Désiré, qui en avait trois, et deux filles : Marie, de onze ans, et Félicité-Françoise, de huit. La veuve se remaria, deux ans plus tard, à M. Huguet de Montaran de Sémonville, qui, pour lors, était conseiller au Parlement, mais qui, durant sa très longue vie, toucha à toutes choses de la politique et des affaires, et qui réussit merveilleusement, par une intrigue constamment active, à se tenir en équilibre dans des places d'importance. Il s'occupa, avec un dévouement quasi paternel, des enfants de sa femme, mariant Marie au comte de Sparre ; Félicité, d'abord au général Joubert, puis au général Macdonald, adoptant les deux garçons, dont l'aîné, Charles-Tristan, avait, dit-il et ici on peut le croire, obtenu à cinq ans la survivance de la charge de premier veneur de Monsieur, la finance en étant réservée.

M. Huguet de Sémonville avait réclamé, en plein Parlement, la convocation des Etats Généraux, mais il n'y fut point élu ; il se consacra pourtant à en suivre les séances et servit, dit-on, d'intermédiaire en diverses de ces négociations que le régime parlementaire rend opportunes, où la corruption est le principal mobile et qui profitent surtout à ceux qui les mènent. La Cour sentit le besoin de s'attacher uii homme aussi remarquable, et M. de Sémonville, envoyé comme ministre, d'abord à Bruxelles, puis à Gènes, emmena chaque fois sa nombreuse famille. A Turin, où il avait été nommé, on ne voulut point reconnaître son caractère, et,

par manière de compensation, il fut nommé par le roi ambassadeur à la Porte. La République lui conserva cette place, ce qui prouve ses talents, et il s'embarqua avec tous les siens sur une frégate de la nation, la Junon, qui devait le conduire à son poste. On sait que, pour attendre des renseignements sur les intentions du Divan, Sémonville relâcha à Ajaccio, où il joua un rôle politique, rattachant à lui les membres fort désemparés du parti français, et en particulier les Bonaparte, qui essayèrent de lui être utiles lorsqu'il fut dénoncé sur une pièce compromettante trouvée aux Tuileries. Il était entré dès lors en relations avec Joseph et avec Napoléon, surtout avec le jeune Lucien, qui, lors de son retour en France, l'accompagna comme secrétaire-interprète, à moins que ce ne fût comme délégué de la Société populaire d'Ajaccio, et multiplia, dans les clubs de Toulon et de Marseille, les motions en sa faveur. Ce garçon de dix-huit ans qui, pour son début oratoire, faisait proscrire tous les siens et séparait la Corse de la France, ne fut pas au moins sans servir puissamment son patron.

Charles-Tristan de Montholon a dit que, durant ce séjour à Ajaccio, il fut logé chez M"" Bonaparte qui fut pleine de bontés pour lui, que Napoléon lui apprit les mathématiques et Lucien le latin ; mais il a dit tant de choses *.

I. Entre autres, qu'alors, à neuf ans, il était élève de marine ; qu'il avait pris part à l'expédition de Sardaigne, qu il y avait été

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Sémonville, qui était parvenu une fois de plus à se justifier et à garder sa place, ne pouvait plu& penser à rejoindre son poste par la voie de mer que fermaient les croisières anglaises ; il prit la route de Genève, d'où, par la Suisse, il passerait en Toscane : il avait à remplir, près du grand-duc,^ une mission analogue à celle dont Maret était chargé près de la cour de Naples. Tous deux furent^ ainsi c -le leurs suites, arrêtés à Vico-Soprano, sur le territoire des Grisons, par des agents et de& soldats autrichiens. Charles-Tristan a prétendu alors qu'il avait été blessé en défendant son beaupère. Il existe trois rapports sur cette arrestation : par Camus, Sémonville et Maret : nulle part il n'est question de cette blessure du jeune Montholon.

M"* de Sémonville avait été laissée libre ainsi que ses enfants et la femme du secrétaire d'ambassade. Elle rentra à Paris où Napoléon la retrouva deux ans plus tard; il écrivait à Joseph, le 9 août 1795 : « J'ai vu hier M""" de Sémonville dont le mari doit être échangé contre la petite Capet. Elle est toujours la même, ainsi que ses deux filles fort laides, mais la petite a de l'esprit.» Charles- Tristan ne pouvait manquer de bons appuis : à seize ans, le 7 octobre 1799, il fut nommé adjoint

grièvement blessé et qu'alors on l'avait amené chez Madame Bonaparte, laquelle l'avait maternellement soigné durant plusieurs mois. Or, Sémonville est parti pour Toulon à la fin de mars, tout de suite après l'expédition de Sardaigne.

tlii génie parle général Championnet, commandant en chef l'Armée d'Italie. Le i8 mars 1800, il fut confirmé dans l'emploi d'adjoint de deuxième classe et, le 3i mai, promu lieutenant et détaché, comme aide de camp, près du général en chef Augereau, moyennant quoi, un an plus lard, le 3 novembre 1801, il passa capitaine. Il a dit que, détaché à l'Armée d'Allemagne, il avait fait la campagne de Hohenlinden et que, pour sa belle conduite, il fut honoré d'un sabre d'honneur. Nulle trace. Au contraire, à partir de l'an IX (1801), sa fortune militaire hésite. Il est réformé, avec traitement, le 22 décembre ; détaché près le ministre des Relations extérieures le 2 août 1802 (peut-être en Danemark, près de Macdonald) ; il rentre dans l'armée le 3o décembre, comme aide de camp du général Klein, de chez qui il revient, le 12 mai i8o3, près de Macdonald. Après de tels services, il mérite, à coup sûr, d'être avancé, ce pourquoi son beau-père Sémonville réclame pour lui, du ministre de la Guerre, le 18 novembre i8o4, le grade de lieutenant-colonel et un emploi au 4* régiment de dragons. « Le régiment avec lequel mon fils a eu l'honneur de servir a bien voulu lui conserver de l'intérêt et en attacher un réel à lui voir remplir ce grade. » Berthier, lié de vieille date avec Sémonville, propose à l'Empereur M. de Montholon, le recommandant en son nom et au nom de « M. Maret, ministre et secrétaire d'État, qui prend un intérêt particulier à l'avancement de cet officier, à la famille Juquel il

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est étroitement attaché ». Berthier n'oublie aucun des titres qui peuvent faire valoir les Sémonville en vue d'influer sur l'Empereur, mais celui-ci répond en marge : « Cet officier n'a pas le temps de service nécessaire. » Montholon, hier si pressé de reprendre rang dans un régiment, « les circonstances rendant oisif le service de plusieurs étatsmajors », ne s'en souciait que lieutenant-colonel. Il reste donc dans les états-majors où il n'a rien à faire. Le ii septembre i8o5, quittant le général Macdonald, il se fait mettre en congé de six mois pour servir durant ce temps à l'Etat-major général de la Grande Armée ; il obtient dans la semaine d'y être définitivement employé : c'est là une faveur essentielle qu'il doit à Berthier. Il énonce donc un fait doublement inexact lorsqu'il écrit : « L'Empereur ne reconnut Montholon que sur le champ de bataille d'Austerlitz. Il dit le soir à Berthier : «J'ai « vu un officier de chasseurs qui, sûrement, est « le Montholon que j'ai connu à Ajaccio. Faites-le « chercher et prenez-le pour aide de camp. » Or, ce fut seulement le 6 septembre 1807 qu'il devint l'un des aides de camp du prince de Neufchâtel, alors que sa présence à l'Etat-major général lui avait déjà valu l'étoile de la Légion le i4 mars 1806 et le grade de chef d'escadrons, le 9 janvier 1807. Avaitil fait un service au i5* Chasseurs, où il avait été classé pour ordre, cela paraît douteux, mais il n'était pas moins en passe de tout obtenir. Dans la seule année 1809,1e 1 3 mai, il fut promu adjudant-

commandant — grade de colonel ; le 28 mai, par lettres patentes de cette date, il fut nommé comte de Sémonville sur transmission du titre de son beau-père; le i5 août, il reçut une dotation de 4.000 francs sur les biens réservés en Hanovre au Domaine extraordinaire ; le 21 décembre, il fit partie de la grande promotion des chambellans. Voici en quels termes, après avoir énuméré ses titres, il avait posé sa candidature : « Le délabrement de sa santé, suite des fatigues de la guerre, ne lui permettant pas de continuer à servir activement, il sollicite l'honneur d'être attaché à la Maison de S. M. 1 Impératrice qui l'honore de sa protection. » Là semblait devoir s'arrêter sa carrière militaire. Quelle avait-elle été et pour être à vingt-six ans colonel ne fallait-il point qu'il se fût signalé ? En effet, il a dit que, à léna, il avait été blessé en chargeant avec Auguste Colbert : ses états de service ne le mentionnent pas. Le marquis de Colbert qui recueillit — avec quelle passion ! — les Traditions et Souvenirs de son père, n'en sait rien. Il a dit que, à Heilsberg, il avait sauvé d'une destruction totale quelques bataillons de la division Savary ; il n'y avait pas de division Savary ; il y avait la brigade des Fusiliers de la Ciarde dont Savary, aide de camp de l'Empereur, venait à l'instant de recevoir le commandement et, nulle part, Savary, dans ses Mémoires, ne fait la moindre allusion à Montholon. De même, à Eckmûhl, il avait chargé à la tête de la cavalerie wurtember-

geoise ; à Madrid, à la tête des Marins de la Garde, il avait repris l'arsenal, pour quoi il avait été fait baron de TEmpire avec d.ooo francs de dotation et officier de la Légion ; à Wagram, il s'était signalé au point que l'Empereur l'avait nommé comte de l'Empire et l'avait attaché comme chambellan à sa personne. Nulle de ces assertions ne se trouve confirmée ni par un document officiel, ni même par un témoignage ; la plupart sont formellement contredites. M. de Montholon avait obtenu, grâce à son beau-père, un avancement singulièrement rapide, mais aucun de ses grades n'avait été conféré sur le champ de bataille, aucun n'avait été la récompense d'une action d'éclat.

Si cet adjudant-commandant de vingt-six ans avait eu derrière lui un si magnifique passé, on peut douter qu'il eût sacrifié l'avenir à une place de chambellan. Il est exact qu'il reçut le titre de comte, grâce à un majorât qu'avait établi en sa faveur M. de Sémonville ; il est exact qu'il fut, grâce à la protection de l'impératrice Joséphine, nommé chambellan, mais toutes ses autres allégations — toutes sans exception — sont contredites par les pièces officielles.

Durant les années 1810 et 181 1 il fit quelque service comme chambellan, mais il ne fut point employé ni distingué dans les grandes cérémonies ; il fut seulement détaché près de l'oncle de la nouvelle impératrice, le ci-devant grand-duc de Toscane, devenu, par la grâce de Napoléon, grand-duc

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de Wurtzbourg et membre de la Confédération du Rhin. N'est-ce pas là ce qui, moyennant l'influence de Sémonville, le désigna pour être accrédité près de Son Altesse Impériale, en qualité de ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire, au traitement annuel de 40000 francs? Il fit ainsi partie d'une fournée de diplomates que l'Empereur prit dans le salon de service le 20 janvier 18 12 et qui, du jour au lendemain, se trouvèrent avoir contracté l'éducation, l'instruction, la fidélité et la discrétion qui conviennent aux fonctions de chef de poste.

Il y avait alors à Paris deux soeurs élégantes et coquettes qui avaient épousé les deux frères. Elles étaient de finance par naissance et mariage : leur grand-père Jean Le Vassal ou Vassal, receveur général en Languedoc, avait acheté d'être anobli par une charge de secrétaire du roi, et il avait marié fort bien ses enfants, la fille à un Séguier, avocat général au parlement de Paris ; le fils, Jean- André, à une Pas de Beaulieu. De là ces deux belles personnes : Jeanne-Suzanne-Lydie et Albine-Hélène. Elles furent unies à deux frères Roger, financiers genevois établis à Paris, mêlés à toutes les grandes affaires et considérés, au point qu'ils devaient l'un et l'autre, Daniel qui avait épousé la cadette des Vassal et Salomon-Louis qui avait épousé l'aînée, recevoir, les 10 février 1809 et 17 mai 1810, collation du titre de baron moyennant l'établissement de majorats de 8.400 et de

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i3.ooo francs. Salomon-Louis eut deux fils qui épousèrent, par la suite, l'un M'^^ Thuret, l'autre M"* Le Roux, veuve de M. Régnier, marquis de Massa; Daniel n'eut qu'un fils, qu'on appela, après la Restauration, le comte Roger (du Nord) et qui joua une sorte de rôle dans le monde parlementaire. Au début de 1809, dans des conditions sur lesquelles on ne saurait insister, Daniel Roger dut demander d'être séparé de corps et de biens de sa femme, laquelle ne semblait point alors connaître M. de Montholon ; il obtint la séparation le 26 avril. Plus tard, suivit une instance en divorce durant laquelle M*"® Roger s'établit en intimité avec M. de Montholon et tous deux convinrent de se marier dès que la sentence serait rendue, M""* Roger paraît avoir loué, en janvier 181 2, une chambre à Draveil, village de l'arrondissement de Corbeil, afin d'y acquérir le domicile exigé par le Code Napoléon. Le divorce fut prononcé le 26 mai ; aussitôt on publia les bans dans cette mairie où M. de Montholon était aussi inconnu que M""* Albine-Hélène Vassal. Montholon quittant sans congé son poste de Wurtzbourg, arriva à Paris, y prit quatre témoins obscurs et s'en fut, avec eux et la future épouse, à Draveil, où, le même jour 2 juillet, le maire, bien disposé ou intimidé, maria gravement ces deux étrangers. Il ne demanda qu'on lui représentât ni l'autorisation de l'Empereur, ni les actes respectueux qui auraient dû être signifiés à M""' de Sémonville, ni les actes établissant la date

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du divorce de M"* Roger. Il se contenta d'insérer dans l'acte public de mariage ces énonciations fournies par M, de Montholon : en ce qui le concerne : « sa mère n'a formé aucune opposition » ; en ce qui concerne M"" Roger : « divorcée par acte rendu par le tribunal de première instance de la Seine le 21 avril 1809. » Et, par-dessus, il offrit à déjeuner aux nouveaux époux qui, aussitôt après, rentrèrent à Paris avec leurs témoins.

Ce déjeuner et la cérémonie qui l'avait précédé ne furent point sans coûter cher à Louis Beaupied, maire de Draveil ; mais sa double condamnation n annula point les effets du mariage. <f C'était à M"" de Sémonville à l'attaquer, écrivit le Grand Juge, si elle croyait avoir des motifs suffisants pour le faire annuler. » Mais, s'il était marié, Montholon ne fut plus chambellan et il reçut l'ordre de cesser immédiatement l'exercice de son emploi à Wurlzbourg. Sa Majesté, écrivit le ministre des Relations extérieures, « a jugé le mariage que vous avez contracté incompatible avec les honorables fonctions qu'elle a daigné vous confier ».

Tout cela traîna. L'Empereur était en Russie et Montholon avait tablé sur son absence; mais, de son quartier général, Napoléon gouvernait l'Empire et il se réservait de statuer sur des cas de cette gravité. Toutefois, fallait-il que les lettres allassent et revinssent. La destitution fut donc prononcée seulement le 8 octobre ; Montholon ne prit son audience de congé que le 3i octobre; les

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poursuites contre le maire de Draveil ne furent ordonnées que le 4 décembre.

Dans une des biographies qu'il s'est consacrées, M. de Montholon a attribué « sa destitution à un mémoire qu'il adressa à l'Empereur sur la situation intérieure de l'Allemagne et sur les dispositions des princes confédérés ». Ailleurs il a écrit : « En 1812, un rapport que quelques prêtres fanatiques imposèrent à Savary provoqua, fort mal à propos, la colère de l'Empereur... Sa disgrâce fut complète. »

Il semble qu'alors M. de Montholon dépensa en peu de temps, outre la fortune qu'il pouvait avoir recueillie de son père, celle que M"* Roger avait pu lui apporter. Il excella, toute sa vie, dans un art de s'endetter où nul ne l'égala et qui lui paraissait tout simple. En cette même année 181 2, il devint père d'un fils auquel il donna les noms de Charles-François-Napoléon-Tristan. Cette naissance prématurée acheva de rendre difficile sa situation à Paris où sa famille et la société se montrèrent aussi froides que la Cour vis-à-vis de sa femme. Il se réfugia à Changy, près Nogent-sur- Vernisson, où il vécut dans une retraite obligée.

S'il n'était plus diplomate ni chambellan, Montholon comptait toujours comme adjudant-commanmant dans le cadre d'activité. Après la campagne de Russie, on fit appel à tous les officiers non employés et il fut désigné, au début d'avril i8i3, pour se rendre à Metz et y remplir les fonctions

de chef d'état-major de la 2* division de cavalerie légère. « Cest avec le plus vif regret, répondit-il au ministre, que je suis obligé d'exposer à Votre Excellence que, par suite de mes blessures, celle entre autres d'une fracture du côté gauche, je suis dans l'impossibilité de monter à cheval sans éprouver des hémorragies affreuses. » Cette blessure n'étant pas portée aux états de services provenait, sans doute, d'une chute accidentelle; elle fut constatée et M. de Montholon fut remplacé dans son emploi. Au mois de septembre, on pensa l'envoyer chef d'état-major du prince d'Essling qui commandait à Toulon, — position essentiellement sédentaire, — mais il esquiva la désignation ; le 4 décembre, il fut avisé qu'il était mis à la disposition du général Decaën, commandant en chef dans les Pays-Bas, quartier général à Gorkum. A quoi il répondit qu'il s'y rendrait aussitôt « que sa maladie le lui permettrait. Je serais parti sans délai, écrivit-il le 9 décembre, si je n'étais retenu par la fièvre. » Le ministre riposta, le 7 janvier i8i4 ' par Tordre au général Hulin, commandant la i" division militaire, de rechercher Montholon où qu'il fût et de lui intimer formellement de rejoindre le i" corps d'armée. Découvert à Paris le 22 janvier, il essaya de se couvrir d'un certificat médical attestant qu'il ne pouvait à ce moment faire un service actif; mais, en même temps, il sollicita le commandement d'un département, « heureux si, dans ce poste, il pouvait trouver

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l'occasion de prouver à Sa Majesté son dévouement sans bornes à sa personne ». Le 3 mars seulement, il reçut avis que l'Empereur lui confiait le commandement du département de la Loire et que le général commandant la 19* division lui remettrait ses lettres de services. Hulin, par ordre, fit appeler Montholon qui promit de partir sur-lechamp. Il se rendit, en effet, à Montbrison où 1er préfet, M. de Rambuteau, nouvellement arrivé du département du Simplon, où il avait joué un rôle si honorable, organisait la défense, formant des escadrons et des bataillons provisoires dans les sept dépôts des régiments réfugiés sur son territoire et créant ainsi le noyau de la petite armée dont Montholon prit le commandement vers le 10 ou 12 mars. Il y avaitlà quatre à cinq mille homme& marchant d'assez mauvaise grâce, d'ailleurs mal armés et sans instruction militaire. Les bataillonsque le préfet avait formés des ouvriers des forges tinrent mieux, mais les gardes nationaux refusèrent le service et désertèrent à l'envi. Montholon avait pour mission d'appuyer le maréchal duc de Castiglione et, dans ce but, il s'était porté vers la Franche-Comté, quoique Rambuteau eût souhaité qu'il marchât sur la rive droite de la Saône. Obligé de se retirer sur Lyon et Roanne, il fut prévenu à Roanne par le préfet qui concentra toute la garde nationale à Rive-de-Gier, et transporta le chef-lieu du département à Saint- Bonnet-le- Château, en pleine montagne. Il y envoya sa femme et ses

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enfants qu'accompagna M"*® de Montholon. M. de Montholon, quittant sa troupe, les y rejoignit. De Saint-Bonnet, le 24 mars, il annonce l'occupation <le Saint-Etienne par les Autrichiens et sa retraite sur les montagnes « pour y compléter l'organisation du faible corps qu'il a réuni et conserver tous les moyens d'inquiéter sans cesse l'ennemi en défendant pied à pied toutes les positions et portant sans cesse des partis sur tous les points qui se trouveraient dégarnis ».

Si les troupes dites réglées et les gardes nationales ne rendaient point facile la tâche du commandant ; si « en entendant battre la générale, 0-0 hommes désertaient sur 1.000 à i.ioo » ; par <,'ontre, des partisans, des paysans, des troupes dites cantonales montraient une vigueur et une iictivité qui eussent mérité une autre direction. Avant l'arrivée de Montholon, le 5 mars, M. G. de Dam^s, chef des partisans de la 19* division militaire, avait détruit, à Saint-Bois, une reconnaissance autrichienne; plus tard, avec 2.000 hommes qu'il avait rassemblés il s'était proposé de marcher de Montbrison sur Saint-Etienne, et, lorsque Montholon eut abandonné Montbrison, il avait prouvé qu'on pouvait y tenir, en le réoccupant au moins durant quelques heures; le 3o mars, les troupes cantonales défendaient victorieusement Roanne contre des hussards autrichiens; le 3 avril, les partisans repoussaient l'ennemi à Feurs et détruisaient le pont de bateaux qui venait d'y être jeté.

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Nulle part, Montholon n'avait paru : il n'avait point bougé de Saint-Bonnet.

Le 2 avril, le général Poncet, commandant la division, lui envoya l'ordre de quitter cette position de tout repos pour se rapprocher de la Loire dans la direction de Feurs et empêcher le passage de la rivière. Les partisans l'y avaient prévenu ; mais le succès qu'ils avaient remporté ne pouvait arrêter les Alliés, déterminés à briser la résistance des populations. Moyennant les renforts considérables envoyés au prince de Cobourg, les Autrichiens qui avaient débouché de Saint-Etienne et passé la Loire près de Saint-Rambert, s'emparèrent, le lo, de Montbrison ; une autre de leurs colonnes menaçait Roanne qui capitula le même jour. Déjà, Montholon avait évacué son département et s'était retiré vers le Puy-de-Dôme. Le 9, au moment de quitter la 19* division, il requit à Noirétable les proposés du payeur de lui verser « la somme de 2.000 francs imputable sur le i" trimestre i8i4 pour ses appointements, plus le mois de décembre i8i3 arriéré ». Le i4, à Clermont-Ferrand, il enleva de la caisse du payeur général du département la somme de 5.970 francs, « pour valoir sur la solde des troupes qu'il commandait, l'arrivée de l'ennemi dans une heure ne permettant pas de régulariser les paiements ». Ces deux réquisitions devaient avoir des conséquences.

Que fit-il ensuite? Il a fait écrire par l'un de ses biographes : « Le général Montholon n'ayant

plus aucun chef dont il pût prendre les ordres, confia son commandement au colonel Genty, du 5* léger, et il se rendit immédiatement près de l'Empereur à Fontainebleau... 11 conjura l'Empereur de lui permettre de l'enlever dans les montagnes de Tarare. L'enlèvement opéré, le général Montholon, avec environ 8.000 hommes qu'il avait dans le département de la Loire, aurait conduit l'Empereur aux 24.000 braves que la trahison d'Augereau enchaînait à Valence et qui, à leur tour, ayant Napoléon à leur tête, se seraient facilement réunis aux corps d'armée d'Eugène, de Soult, de Suchet, etc.. L'Empereur médita beaucoup, hésita longtemps. Il lui dit en l'embrassant : « Restez en « France, gardez-moi votre fidélité et partez d'ici « sans que les commissaires étrangers vous voient. » Le général Montholon obéit : il vint à Paris, déposa son commandement entre les mains du ministre de la Guerre et ne servit pas les Bourbons. »

En effet, le 16 avril, M. de Montholon, de son quartier général de Pongibaud, adressa à ses troupes une proclamation où on lisait : « Soldats... de toutes parts l'air retentit des cris de vive Louis XVIII et la déposition de l'Empereur Napoléon, est prononcée par le Sénat conformément à la Constitution à laquelle vous avez juré fidélité... Le silence des ministres me décide à me rendre à Paris... » Peut-être a-t-il passé à Fontainebleau ainsi qu'il le dit dans une lettre adressée le 6 juin i8i5, à l'Empereur qui, en l'annotant favorablement, en

reconnut sans doute la véridicité. « Le 21 avril 18 14, a-t-il écrit, dix-huit jours après la trahison de l'Armée de Lyon dans laquelle je servais, j'ai été à Fontainebleau offrir à Votre Majesté la brigade que je commandais et que je lui avais conservée fidèle, au milieu d'une armée rebelle et d'une population révoltée. Je n'ai pas craint alors le danger auquel m'exposait ma résistance aux ordres du maréchal Augereau, aux séductions du marquis de Rivière et aux insistances de ma famille. Tout dévoué à Votre Majesté, j'ai tout sacrifié pour Elle. » Il faut croire à une erreur de plume lorsqu'il écrit 21 avril. Dans une lettre en date du 20, datée de Paris, Hôtel de Bretagne rue de Richelieu, adressée au colonel Genty et signée marquis de Montholon, il dit : « Faites reconnaître Louis XVIII pour roi de France et de Navarre. L'Empereur Napoléon m'a déclaré le 18 à Fontaiuebleau avoir abdiqué et engage les Français à servir fidèlement le Roi». Quant au projet que peut-être il n'avait pas été le seul à former, s'il l'a formée il avait été ébruité de façon que, selon des écrivains royalistes, Augereau, d'accord avec les généraux autrichiens, prit les mesures nécessaires pour le faire échouer. Quoi qu'il soit de cette démarche, à cette même date du 20 avril, « le comte de Montholon, commandant le département de la Loire », faisait une autre démarche, prouvée celle-là, près du comte Dupont, commissaire au département de la Guerre pour le roi Louis XVIII : « J'ai l'honneur, écrivait-il, d'ex-

poser à Votre Excellence qu'accablé depuis dixhuit mois de la disgrâce du Gouvernement par suite d'un rapport du général Savary, mon avancement militaire a été complètement arrêté et que déjà j'ai près de six ans de grade dadjudant-commandant. Permettez-moi, Monseigneur, de solliciter de votre bonté le grade de général de brigade. Je servirai le roi aussi fidèlement que mes pères servaient Henri II et François I". » Le 25, par une lettre signée : marquis de Montholon, il demandait Saône- «t-Loire au lieu de la Loire, dont le commandement lui avaitété maintenu; cela lui tenait dailleursmoins au cœur que le grade; d'avril à juillet, trente-six maréchaux de camp avaient été nommés par le roi t!t le marquis de Montholon ne figurait point sur les listes. De Paris, où il résidait de préférence, il écrivit à Louis XVIII le 3i juillet cette lettre qui doit être publiée tout entière : « Sire, j'ai ressenti les augustes bienfaits de Votre Majesté avant qu'il me fût permis de les apprécier. Je n'avais pas atteint 1 âge de six ans que Votre Majesté daigna, par une faveur spéciale, me conférer, à la sollicitation de M"^* la princesse de Lamballe, à laquelle j'avais l'honneur d'appartenir, la place de premier veneur, occupée précédemment par mon père et qui a péri sur ma tête. Sire, parvenu à seize ans, privé de ma fortune et de mon prince, j'ai cherché à me rendre au moins digne de l'honneur que j'avais reçu de vous. « \'olre Majesté venait d'ordonner le licenciement des Armées royales.

« J'ai servi mon pays. Treize campagnes, dix grandes batailles auxquelles j'ai concouru, trois blessures, plusieurs chevaux tués sous moi, tous mes grades obtenus à l'armée, tels sont les titres que j'ai l'honneur de déposer aux pieds de Votre Majesté. J'ose la supplier de se faire rendre compte de mes services par son ministre de la Guerre et de me permettre de verser tout mon sang pour elle dans le grade de maréchal de camp qu'occupent aujourd'hui mes cadets. » Il signe : « Le colonel marquis de Montholon, beau-fils de M. le comte de Sémonville^ grand référendaire de la Chambre des Pairs. »

Il fut nommé maréchal de camp, et son brevet, à la date du 24 août 1814, fut signé par le roi et contresigné par le ministre de la Guerre.

Si le roi ne le rétablit pas dans la charge de premier veneur, au moins lui en rendit-il les honneurs et y joignit-il les entrées de sa Chambre, ce qui parut une grâce insigne et un acheminement à la haute faveur ; mais, à ce moment même, éclata cette affaire de Clermont, l'enlèvement de la caisse du receveur général, sans qu'aucune justification eût été produite de l'emploi des fonds. Remplacé dans son commandement, Montholon réclama d'abord avec une sorte de modération d'être replacé ou de toucher à Paris la solde d'activité (24 octobre). « Mes longs et bons services, écrit-il, le rang que j'occupais à la cour du roi, celui de ma famille me font espérer, Monseigneur, que vous voudrez bien ne pas rejeter ma demande. » Mais les accusations

LE COMTE DE MONTHOLON aa3

se précisent et s'aggravent; Augereau, que Montholon prétend être son ennemi, intervient : il ne s'agit de rien moins que du conseil de guerre. « Le général Montholon se préparait à se défendre, écrit un de ses biographes officieux, lorsque le comte d'Artois, frappé sans doute par les souvenirs de ce nom familier à l'ancienne cour, l'envoya chercher par le marquis de Champagne et lui ordonna d'expliquer les circonstances qui avaient donné lieu à la dénonciation dont il était l'objet. Le général Montholon répondit sans hésiter ; sa réponse, forte d'énergie et de précision, le justifia pleinement. Le comte d'Artois ordonna la cessation des poursuites... Le général Montholon se retira dans ses terres. »

Ces énonciations sont, comme toujours, inexactes. Le général Dupont ayant ajourné sa décision sur les instances qu'avait formées M. de Montholon, celui-ci les renouvela, le 6 décembre, près de son successeur, le maréchal Soult, alléguant que le ministre « avait reconnu la justice de sa demande et l'avait assuré même qu'il allait le remettre en activité à Paris ». Sur quoi il réclamait d'être employé dans le gouvernement de Paris. Sa requête fut appuyée avec une extrême vivacité par ses beauxfrères, le maréchal Macdonald et le comte de Sparre. Soult ne se laissa pas fléchir et passa. Le II janvier i8i5, le marquis de Montholon, voyant qu'il n'avait point à espérer un commandement^ demanda au moins une compensation. « Je réclame,

écrit-il, de la justice de Votre Excellence, la décoration de commandant de la Légion d'honneur. J'ose espérer que vous daignerez ne pas la refuser à mes longs services et surtout à mon ancienneté de grade d'officier de la Légion d'honneur. » Officier? M. de Montholon est porté comme membre de la Légion d'honijeur du 14 mars 1806 dans ses états de service ; il prend cette qualité de membre de la Légion dans son acte de mariage, en 1812 ; il est désigné comme simple légionnaire sur toutes les listes antérieures à 1814 ; il faut croire que tout le monde s'y était trompé — et lui-même.

Il n'eut point la cravate de la Légion et pas davantage un département ; il fut invité à ne point paraître à la Cour ; il se trouva exclu de tout, mis en quarantaine et singulièrement mortifié. Ce pourquoi, avec sa femme, accouchée — plus régulièrement — le 28 novembre 1814, d'un second fils, Charles-François-Frédéric, il disparut et s'en alla vivre à la campagne.

Lorsque l'Empereur arriva, il se compromit par un acte désespéré : il alla au-devant de lui, le rejoignit, a-t-il dit, dans la forêt de Fontainebleau, lui donna des renseignements sur ce qui se passait à Paris et sur les dispositions des troupes réunies à Villejuif, et il assuma le commandement des régiments qui rejoignaient : 4* et 6° lanciers, i" et 6* chasseurs. De cela aucune trace ; mais ailleurs il écrit : « Depuis le retour en France de Votre Majesté, jusqu'à l'arrivée à Paris, j'ai cherché l'occa-

sion de la servir et, le 20 mars, je marchai à la tête de son escorte. » Cela semble possible. Néanmoins, son nom ne se trouve sur aucune des listes, visées par Drouot, des officiers ayant rejoint l'Empereur depuis son débarquement ou ayant passé aux Tuileries la nuit du 20 au 21 mars.

De ce jour où, à l'en croire, il s'était à ce point signalé par son dévouement jusqu'au 2 juin, Montholon garde le silence; a-t-il pensé qu'il serait compris sur la liste supplémentaire des chambellans qui parut seulement le i" juin et sur laquelle il n'était pas? Gela peut être. Le cas n'en est pas moins étrange. Le 2 juin seulement, par une lettre au prince d'Eckmûhl, ministre de la Guerre, il demande sa mise en activité et sa confirmation dans le grade de maréchal de camp. « Je n'ai fait, dit-il, aucune demande pour être confirmé et je me suis borné à demander du service. » Le 5 juin, il écrit à l'Empereur lui-même ; il lui rappelle ce qu'il est venu lui dire à Fontainebleau le 21 avril de l'année précédente et le 20 mars de cette année : « Sire, écrit-il, Votre Majesté jugera si, de tous ses serviteurs restés en France, aucun plus que moi ne s'est rendu digne de ses bontés par son constant dévouement et, s'il m'est permis de déposer à ses pieds le pénible sentiment que m'a fait éprouver la préférence qu'elle a donnée sur moi à plusieurs de mes camarades dont la conduite fut opposée à la mienne.

« Sire, par le dévouement dont j'ai fait preuve,

je pouvais avoir l'espoir d'être appelé à un service militaire près de Votre Majesté ; par mon nom, le premier de la magistrature française, ma fortune territoriale et l'existence de ma famille, je pouvais avoir des droits à faire partie de la Chambre des Pairs. Je ne réclame point auprès de Votre Majesté ce que j'eusse été doublement heureux de devoir à sa bienveillance, mais je la supplie de m'accorder de l'activité et un poste d'honneur. »

L'Empereur renvoya cette lettre à son aide de camp « le général Flahault », lequel, de plus, se trouva saisi, par le ministre de la Guerre, d'un rapport en date du 4 sur la pétition de Montholon du 2 ; le même jour 5, sans autre enquête, Montholon fut nommé — ou confirmé — dans ce erade de maréchal de camp qu'il avait reçu de Louis XVIII Il a dit qu'il avait été destiné à commander une brigade Jeune Garde ; il a dit qu'il avait reçu le commandement d'une division de deux régiments de marins et de deux régiments de tirailleurs ; il a dit que, le i5 juin, il avait été nommé aide de camp de l'Empereur et général de division — après dix jours de maréchal de camp; tout cela est faux: M. de Montholon ne fut pas employé militairement pendant les Cent-Jours ; au retour de Waterloo, quoiqu'il n'eût point été nommé chambellan, il fit un service comme tel en habit écarlate ; il y marqua de l'assiduité et du dévouement, et il se plut à déclarer que, où irait l'Empereur, il le suivrait. Il se trouvait dans une terrible passe : comblé de

grâces par les Bourbons, il avait rejoint l'Empereur et s'était attaché à son service ; il pouvait donc dire, peut-être croire, qu'il serait proscrit ; socialement, il était dans la position la plus fâcheuse, plus qu'embarrassé d'argent, brouillé avec sa famille, écarté de la Cour et même de la Ville. A suivre l'Empereur, à le suivre avec sa femme et l'aîné de ses fils, il avait tout à gagner, rien à perdre, même dans l'hypothèse qu'il n'eût pas dès lors envisagé l'une des combinaisons qui ouvraient constamment à son esprit la spéculation des fortunes imaginaires.

Tel est, uniquement d'après ses lettres et les biographies qu'il s'est consacrées mises en regard des documents officiels, l'homme destiné à jouer auprès de Napoléon le rôle prépondérant et à se rendre le maître en la maison de l'Empereur. Rien de ce qui s'y est passé n'est compréhensible si l'on n'a pénétré un caractère que mettrait bien mieux en lumière la succession des événements postérieurs à 1821 auxquels il prit une part mal étudiée jusqu'ici. Mais les traits qu'on a rapportés suffisent à former une opinion au moins sur M. de Montholon.

Il est moins aisé d'être fixé sur M"' de Montholon : qu'elle fût coquette, intrigante, habile, experte en louanges et toujours prête ; qu'elle fût décidée à faire place nette et à écarter quiconque contrarierait les ambitions de son ménage, c'est ce qu'on voit dès le premier jour ; mais qu'elle joigne

à ces défauts une remarquable endurance, le mépris de ses aises, une admirable exactitude^ une égalité d'humeur qui lui permet de recevoir, sans broncher, les rebuffades et de faire presque toujours bonne mine, c'est ce qu'on ne saurait contester et, pour jouer son jeu, cela lui donne bien des atouts.

Pour lutter contre le ménage Montholon, il eût fallu une souplesse extrême, un sang-froid imperturbable et une éducation raffinée ; le général Gourgaud n'avait aucune de ces qualités. Né d'une famille qui tenait à la fois aux coulisses des théâtres et à la domesticité de la Maison royale, il était apparenté de très près à tous ces Gourgaud, qui,, sous le pseudonyme commun de Dugazon, parurent aux Français, à l'Opéra et à l'Opéra-Comique et marquèrent si fort que leur nom désigne un emploi. Son grand-père, Pierre-Antoine, après avoir débuté sans succès à la Comédie, avait couru la province et fait divers métiers, même celui de directeur d'hôpitaux à l'armée d'Italie. De Marie- Catherine Dumay, qui, elle aussi, avait joué la comédie, en particulier au théâtre de Strasbourg, il avait eu au moins quatre enfants, dont trois entrèrent au théâtre : Jean-Baptiste-Henri Gourgaud, dit Dugazon, un des premiers comiques des Français, qui épousa Louise-Rosalie Lefèvre, de la

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Comédie Italienne, la célèbre M""' Diigazon ; Marianne du Gazon qui débuta en 1768 à la Comédie dans les soubrettes ; Marie-Rose Gourgaud-Dugazon, laquelle, ayant épousé Paco-Vestris, de la Comédie Italienne, frère de Vestris r% le célèbre danseur de l'Opéra, obtint le 19 décembre 1-68, sous le nom de M"* Vestris, un ordre de début à la Comédie où elle fut reçue, en 1769, premier rôle tragique et comique. Le quatrième enfant de Pierre-Antoine Gourgaud, Etienne-Marie, n'entra point au théâtre ; il étudia la musique non sans succès, fut reçu l'un des quatorze violons du Roi à i.5oo livres d'appointements et 5oo livres de gratification ; à quoi il joignit une place de musicien ordinaire de la Chapelle. Cet Etienne-Marie épousa Hélène Gérard, dont la famille entière était de la domesticité royale et qui, elle-même, était une desremueuses du duc de Berry. De ce mariage naquit, le 14 novembre 1-83, Gaspard Gourgaud, puis une fille qui devint M""^ Tiran. On a dit que Gaspard avait été le frère de lait du prince : à cinq ans d'intervalle! L'a-t-il connu avant la Révolution? Peu. Il avait cinq ans et demi lorsque, en juillet 1789, les Princes, fils du comte d'Artois, jusque-là internés loin de la Cour au château de Beauregard, sous l'exclusive tutelle du duc de Sérent, leur gouverneur, suivirent leur père en émigration. On a dit que Gaspard avait d'abord été destiné à la peinture, qu'il avait même passé à l'atelier de Regnault. A quel âge ? A seize ans, le 23 septembre 1799, il

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fut admis à l'École polytechnique qui menait alors à tout — et à rien. Il se tourna du côté du militaire, entra à l'Ecole de Châlons le 22 octobre 1801 et en sortit le 23 septembre 1802, lieutenant en second au 7° régiment d'Artillerie à pied. Il avait été un brillant élève et avait marqué des aptitudes aux mathématiques ; aussi, trois mois après sa sortie de Châlons, le 4 janvier i8o3, fut-il adjoint au professeur de fortifications à l'école de Metz. Il compta au 6° d'Artillerie où il passa lieutenant à huit mois de grade, et servit d'aide de camp au général Foucher (de Gareil) lorsque celui-ci quitta le commandement de l'École de Metz pour aller prendre le commandement en second de l'artillerie au camp de Saint-Omer. Gourgaud fit avec son général les campagnes d'Allemagne, fut blessé à Austerlitz et reçut l'étoile de la Légion après Pultusk. Capitaine en second le 3o août 1808, il rentra le 22 septembre au 6® d'Artillerie et fut employé au siège de Saragosse. Dès lors, il avait concentré ses visées sur une place d'officier d'ordonnance, mais quelle chance avait-il d'y parvenir? « Toutes les places d'officiers d'ordonnance sont données, il y a même des surnuméraires, lui écrivait de Madrid un camarade, ofïicier d'ordonnance luimême. Le moyen pour vous d'y arriver serait de devenir aide de camp d'un des aides de camp de l'Empereur, s'il y en a quelqu'un à qui vous puissiez être fortement recommandé. » Gourgaud commença donc des démarchesprès du général Lacoste, aide

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de camp de l'Empereur, qui commandait l'artillerie devant Saragosse. Mais Lacoste tut blessé à mort le i" février 1809, et le capitaine en second alla faire la campagne d'Autriche sans trouver une occasion de se distinguer. A peine la paix signée, il écrivit pour retourner en Espagne où le général Foucher le demandait ; il se croyait si sûr qu'il n'attendit point la réponse et partit avec armes et bairaeres. Il trouva à Bavonne Tordre de retourner en Allemagne. Il allégua son excès de zèle, les dépenses qu'il avait faites. « J'ose prier Votre Excellence, écrivit-il, de vouloir bien me dispenser de retourner à cette dernière armée et de me permettre de m'instruire dans la fabrication des armes en m'employant dans une de leurs manufactures... Je m'adresse à l'indulgence de Votre Excellence, disait-il encore, pour la prier d'oublier mes torts et de raaccorder mes frais de poste. " Le général Gassendi, auquel l'affaire fut renvoyée, écrivit" en marge : « M. Gourgaud a obéi, reconnaît sa faute, est jeune, bon officier; il a conséquemment des droits à l'indulgence du ministre... » et il proposa qu'on l'employât à la manufacture de Versailles. Il y fut nommé le 24 février 18 10, et de là il mit en branle tous ses protecteurs II parvint ainsi jusqu'à M. de Nansouty, premier écuyer, qui, en l'absence du Grand écuyer, était chargé du travail des officiers d'ordonnance ; au mois d'août, il fut mis sur la liste. C'était le ciel ouvert. « Mais, répondit le Grand maréchal à un ministre qui le pressait en

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faveur de Gourgaud, jusqu'à présent Sa Majesté s'est refusée à l'aire aucune nomination et elle les a ajournées indéfiniment. »

Cet ajournement était d'autant plus grave pour Gourgaud qu'il avait en vue, à ce moment, un mariage inespéré. Sans doute la personne qu'il recherchait n'était pas bien jeune ni belle, à en croire son père lui-même ; mais elle avait de la fortune, était destinée à en avoir davantage et elle était la fille d'un des premiers personnages de l'Empire : le sénateur comte Rœderer. A la vérité, M""*" Rœderer, née Guaita, ayant divorcé et s'étant remariée au général Poissonnier-Desperrières. M"" Marthe Rœderer vivait avec sa mère et, si celle-ci paraissait favorable, le sénateur, de qu. tout dépendait, ne paraissait nullement disposé à donner son consentement. Mais Gourgaud n'arriverait-il pas à vaincre ses répugnances s'il se présentait en officier d'ordonnance de Sa Majesté ? Il fut nommé le 3 juillet i8n e/i môme temps que Christin, Taintignies, Galz-Malvirade et Lauriston. La proposition qui le concernait était des plus flatteuses : « A de l'instruction et des talents, a bien fait la guerre, est en état de bien observer et de bien rendre ce qu'il a vu ; sait bien dessiner; parle espagnol et allemand. »

L'uniforme bleu clair à broderies d'argent, si seyant qu'il fût, n'eut point raison encore des préjugés de M. Rœderer. « On ne peut me dire, écrivait-il, ni qui est le père, ni qui est la mère, ni qui

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sont les frères et sœurs du jeune homme, il n'a que le grade de capitaine; il est vrai qu'il vient il être nommé officier d'ordonnance de l'En^pereur, mais cela le fera chef d'escadron dans un an ou deux, et alors, et aujourd'hui, quelle est sa fortune? »

Même lorsque tout Paris parla de Gourgaud qui, à Givet, fit passer Leurs Majestés sur un pont volant quand l'inondation eut enlevé le pont fixe, Roederer ne se rendit pas : il donnait son consentement, non son approbation. Pourtant, le i""^ janvier 1812, « le chevalier Gourgaud, officier d'ordonnance », avait reçu une dotation de 2.000 francs. C'était au moins un commencement.

Durant la campagne de Russie, il chercha et trouva les occasions de se faire remarquer. Blessé légèrement à Smolensk le 16 août, il entra le premier au Kremlin et découvrit la mine que les Russes y avaient préparée, ce qui lui valut d'être nommé, le 3 octobre, baron de l'Empire, à la vérité en même temps que Mortemart, d'Hautpoul et Christin, ses camarades; mais il estima qu'il n'y avait eu que lui; son zèle en fut augmenté : il fut de ceux qui, après Jacqueminot, traversèrent la Berezina à la nage, avant l'établissement des ponts, pour reconnaître les rives. Il en sortit, car tout lui succédait. Le 3o novembre, à un bivouac voisin de celui de Sa Majesté, ne trouva-t-il pas le colonel Rœderer — le fils aîné du sénateur — blessé d'une balle « qui avait traversé les lèvres en coupant les

dents à la fleur des gencives »? Il l'amena à Ivan, le chirurgien de l'Empereur, le fit panser et ne le quitta qu'en deçà de Wilna. A son arrivée à Paris, il se crut autorisé à porter des nouvelles au sénateur, qui le reçut fort bien mais ne céda point tout de même. Il parut alors renoncer, pour le moment, à ses projets et se consacra à son avancement. Le 27 mars i8i3, il fut promu chef d'escadron d'artillerie à cheval : suivant la règle, il devait alors quitter Tétat-major de FEmpereur; mais il avait rendu des services, il abattait du travail, il savait demander; il fit valoir le précédent créé en 1810, lors de la promotion au grade de chef de bataillon du capitaine du génie Deponthon, maintenu souschef du bureau topographique. A la vérité, il n'avait point de fonctions spéciales : il convenait qu'on lui en créât. Le 27 mars, l'Empereur prit ce décret: « Il y aura près de nous un premier officier d'ordonnance du grade de chef d'escadrons. Il sera chargé de régler le service de nos officiers d'ordonnance, de signer les instructions à leur donner et de correspondre avec eux pour les missions qu'ils doivent remplir. » Le même jour, il nomma le chef d'escadrons Gourgaud aux fonctions de premier officier d'ordonnance.

C'était là une faveur inappréciable et qui n'était point pour faire des amis au nouveau commandant. « Le premier officier d'ordonnance avait, pour son travail, l'accès au Cabinet intérieur de l'Empereur; il avait place à la table des secrétaires du Cabinet,

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logement dans les palais; il accompagnait l'Empereur dans ses voyages » et devenait officier de la Maison avec tous les privilèges que comportait ce titre, el, de plus, les grandes entrées. Son traitement, fixé à I2.000 francs sur la Cassette, était plus que doublé par les gratifications et se cumulait avec le traitement du grade dans la Garde. Leaojuin, alors que les autres officiers d'ordonnance obtenaient des dotations de i.ooo et de 2.000 francs, il en avait une de 4-ooOj sur le propre mouvement de l'Empereur; le 3o août, après Dresde, il recevait l'aigle d'or, mais il ne se ménageait pas. A la vérité, Ton est embarrassé d'admettre toutes ses narrations, car il est seul à les certifier, et certaines se trouvèrent fortement contestées. Ainsi, il raconta que, le 29 janvier 1814, le soir de la bataille de Brienne, il avait tué d'un coup de pistolet un Cosaque qui était sur le point de percer l'Empereur de sa lance; il fit même graver le récit de ce haut fait sur la lame de son sabre ; Napoléon, en ayant eu connaissance, nia le fait de la manière la plus vive, face à Gourgaud, qui ne put ni le prouver ni se défendre, mais ne le fit pas moins, plus tard, inscrire dans ses étals de services. Le 11 février, il fut blessé à la bataille de Montmirail, légèrement sans doute, car, le 8 mars, il dit avoir dirigé une expédition heureuse de deux bataillons et trois escadrons de la Vieille Garde sur Chivy et Laon. Ces divers faits d'armes lui valurent, le i5 mars, le grade de colonel d'artillerie à cheval;

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le 23, la cravate de commandant de la Légion.

Le i4 avril, à Fontainebleau, TEmpereur le congédia avec une gratitlcation de So.ooo francs qui ne lui fut point payée. Il lui écrivit : « J'ai été très satisfait de votre conduite et de vos services. Vous soutiendrez la bonne opinion que j'ai conçue de vous en servant le nouveau souverain de la France avec la même fidélité et le même dévouement que vous m'avez montrés. »

On a dit « qu'il avait dû partir avec l'Empereur pour Tile d'Elbe... mais que, la veille du départ, il demanda la permission d'aller embrasser sa vieille mère et lui faire ses adieux ; il alla et ne revint pas ». Sa situation était pénible; sa mère et sa sœur étaient sans fortune ; à lui-même tout manquait : ses dotations de 6.000 francs, son traitement de 12.000, ses gratifications, même qui sait? son grade. On comprend qu'il ait hésité ; on comprend moins que, sollicitant un emploi, il se soit montré .contre les Bourbons « extrêmement mécontent ». Il avait pourtant réclamé la protection du duc de Berry qui, à diverses reprises, intervint et le sauva des conséquences de ses discours. Il fut rétabli, le 10 juillet, colonel au corps de l'Artillerie; il fut décoré de la croix de Saint-Louis, ce qui n'était point une grâce; mais, ce qui en était une, il fut nommé, le i^"" novembre, chef de l'état-major delà i" division militaire à Paris. Le 20 mars 181 5, au moment où ses camarades, officiers d'ordonnance de l'Empereur, le venaient chercher pour aller

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