‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 24 sur 90 · LES SUBALTERNES · texte numérisé non relu

LES SUBALTERNES

envoyés Tun et l'autre en mission dans le Midi, et ils n'avaient rejoint qu'après Waterloo. L'Empereui pourtant appréciait Planât; il l'avait choisi pour l'accompagner. Il devait bien souvent le regretter, et Planât, de son côté, aspira constamment à rejoindre son maître, mais ce fut le seul. Il n'avait rien à faire de Résigny, brave cœur mais tête folle, ni de Schultz, Polonais intrépide et dévoué, qui servait depuis 1783, d'abord dans son pays, puis en Turquie, puis dans la légion italo-polonaise et dans les lanciers de la Vistule ; qui, de 1809 à i8i3, avait été prisonnier des Anglais, et qui, comme capitaine dans l'escadron des Chevau-légers, avait suivi à l'île d'Elbe; encore moins de Piontkowski, aventurier dont la vie mystérieuse est constamment suspecte ; du lieutenant Mercher, sorti de Saint-Germain enjanvier i8i3, qui avait quitté son régiment pour suivre l'Empereur, sans qu'on sache de qui il avait pu s'autoriser; du lieutenant Autric (Mathieu-Marius), neveu du brave général Desmichels, que, à Digne, la baronne Desmichels avait amené et donné à l'Empereur; de Rivière, qui, au i" hussards, avait mis neuf années à gagner Tépaulette, malgré un coup de feu à Eylau et un coup de sabre à Wagram et que, pour des raisons inconnues, le général Montholon avait réclamé, en juin i8i5, pour aide de camp.

Et c'était tout : tel était l'état-major que l'Empereur avait gardé après que le vent des désastres eut passé sur lui. Deux généraux proscrits, dont

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un refusait de l'accompagner, deux chefs d'escadrons français, deux capitaines polonais, trois lieutenants, dont deux à un an de service. Quelle misère !

Au moins ceux qui allaient l'accompagner étaientils tels qu'ils pussent lui rendre dans la captivité l'essentielle consolation de le servir à sa guise, de le distraire, de fournir un aliment à son oisiveté, d'apaiser ses nerfs irritables, de lui tenir société? Sauf à l'île d'Elbe, où pourtant il ne chômait pas un jour d'audiences ni de visites, il n'avait jamais senti le poids des heures, entraîné qu'il était par la course effrénée de ses destins, par l'obligation des affaires auxquelles le jour et la nuit ne suffisaient point, par la représentation militaire et civile, par cette vie où, à juger par son œuvre, les années comptèrent pour lui comme les siècles pour le commun des hommes. Mais, à présent, il avait besoin qu'on l'entourât, qu'on le distrayàt, qu'on écartât les pierres de sa route, que, sans servilité ni bassesse, on lui formât une cour. Qu'étaient-ce donc les quatre hommes qui allaient vivre avec lui, — qu'il les eût choisis ou qu'ils se fussent imposés à son choix?

Un, dès qu'il s'offrait, n'avait pas à être discuté. le général comte Bertrand, grand maréchal du Palais. « Bertrand est désormais identifié à mon sort, a dit Napoléon; c'est devenu historique. »

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