‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 35 sur 90 · LES OFFICIERS DE LA COMPAGME · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS DE LA COMPAGME

i3 mai il se portait bien. « Vous ne sauriez imaginer, lui répond Fesch, le 22 août, le bonheur qu'a apporté votre lettre à ma sœur et à moi; c'est la première fois que nous avons des nouvelles de Longwood. Quelle demande pourrais-je vous faire sans craindre de vous être importuii .^Vous-même vous pourriez connaître ce que vous pourriez dire de bien agréable à sa mère et à son oncle qui le chérissent de tout leur cœur. A-t-il reçu de nos nouvelles? Pourrions-nous lui en faire parvenir? Voudriez-vous avoir l'extrême complaisance de nous en donner lorsque vous en recevrez de Sainte-Hélène ? Sauriez-vous nous indiquer ce que nous pourrions lui envoyer qui put lui être agréable, des livres ou autre chose )

N'y a-t-il point une émotion bienfaisante à constater que, en dépit des haines nationales et des préjugés, cette femme, au cœur maternel, a pensé qu'il y avait là-bas une mère douloureuse? Elle, simplement, écrit : « Je l'ai vu. Il allait bien. » Et cette lettre pitoyable apporte la première attestalion qu'il vive encore.

On n'eût pu attendre de telles attentions de l'amiral Sir George Cockburn qui réunissait momentanément tous les pouvoirs comme commandant de l'escadre et comme gouverneur de File. Il était plus hautain, moins souple, plus convaincu de son importance, plus infatué de son grade et de sa noblesse, car il était cadet de grande famille; il

igS NAPOLEON A SAINTE-HELENE

avait des manières, il était du monde, mais il était Anglais, marin, amiral; sa consigne était stricte et il savait l'observer. « Gomme geôlier nous n'eûmes qu'à nous louer de lui, a dit Las Cases, mais comme hôte, nous eûmes à nous en plaindre. » Cockburn n'estimait point qu'il lut un hôte, ni qu'il eût à remplir vis-à-vis du général Buonaparte des devoirs d'hospitalité; étant chargé de sa garde, il entendait remplir vis-à-vis de son roi ses devoirs de loyal sujet, tout en témoignant à son prisonnier les égards que lui méritaient la position qu'il avait occupée, la carrière qu'il avait remplie et la fortune qui lui était échue ; mais, de là à considérer que Napoléon eût été empereur, qu'il eût légitimement occupé un trône, non pas ! La doctrine anglaise s'en fût trouvée renversée tout entière. Sir George Gockburn qui faisait ses preuves depuis le début du xiii" siècle et dont un lointain ancêtre avait obtenu, en i358, du roi d'Ecosse David II la baronnie de Garridon, au comté de Linlithgow, était d'une famille qui, depuis des siècles, marquait dans l'armée, au parlement et dans la politique ; son frère, major général, avait été soussecrétaire d'Etat pour la Guerre et les Golonies ; lui-même, né en 1772, entré tout jeune dans la Marine, commandait, à vingt-trois ans, la frégate Me leagre au combat du i3 mars 1795; en 1809, il avait son pavillon de commodore sur le Pompée, lors de la prise de la Martinique. 11 avait été de l'expédition de Walcheren et, promu amiral le

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