‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 36 sur 90 · SIR GEORGE COCKBURN · texte numérisé non relu

SIR GEORGE COCKBURN

12 août 1812, il avait pris une part active etheureuse à la guerre contre les Etats-Unis. Il était destiné aux plus hautes fonctions et aux grades les plus élevés — lord de l'Amirauté, conseiller du Grand amiral duc de Clarence, amiral du Royaume-Uni et grand-croix de l'ordre du Bain. Un tel homme ne pouvait manquer d'être fortement attaché à la politique qui avait prévalu dans son pays, d'avoir embrassé les préjugés du parti qu'il devait bientôt soutenir de ses votes au parlement et qui allait l'associer à son administration ; mais, en même temps, il était de trop bonne maison pour s'abaisser à des tracasseries qu'il eût trouvées indignes d'un homme bien né.

Certes, étant Anglais et amiral, il avait partout gardé la première place et lorsque, l'Empereur ayant le mal de mer, Bertrand avait demandé pour lui une cabine plus vaste : « Dites au général, avait répondu Gockburn, qu'il est contraire aux règlements du bord de prêter la cabine de l'amiral à qui que ce soit, à plus forte raison à un prisonnier de guerre » ; il avait entendu que l'Empereur se pliât aux règlements qu'il avait établis, et, lorsque la cloche du dîner ayant sonné à trois heures, Bertrand vint lui dire que l'Empereur, souffrant, demandait qu'on retardât : « Dites au général, avait-il répondu, que j'ai l'ordre formel de ne faire pour lui aucun changement au service du bord » ; certes, sur son vaisseau, il avait marqué qu'il entendait être le maître, — cela d'une façon

aoo NAPOLEON A SAINTE-HELENE

si raide que certains de ses compatriotes s'indignèrent ; mais, à Sainte-Hélène, tout en se réservant à lui-même, en sa qualité d'Anglais et de gouverneur, la meilleure habitation, il s'empressa, pour rendre moins désagréable au général Buonaparte la demeure que celui-ci avait choisie ; il fit dresser des tentes ; il organisa mal que bien des chambres ; puis, lorsque Longwood fut désigné, à défaut d'autre, et que Napoléon s'attacha à vouloir s'y installer dans la pensée d'échapper aux fâcheux, d'avoir une sorte de liberté dans une enceinte naturellement fortifiée qu'il put parcourir à son gré, ou simplement par besoin de changer; lorsque l'amiral se trouva dans l'obligation d'établir, en la petite maison du lieutenant-gouverneur, la suite disproportionnée de l'Empereur : douze maîtres, quatorze domestiques français, des domestiques anglais, des nègres, des Chinois presque à la centaine ; il s'employa avec une activité admirable, adjoignant aux ouvriers mis en réquisition dans l'île entière, les charpentiers de ses navires et des corvées de marins qui traînaient, de Jamestown à Longwood, les bois apportés du Gap ou de la Côte d'Afrique; il s'ingénia à présenter la maison sous une parure qui dissimulât le mieux possible le délabrement des murs et des parquets, la misère de l'installation, la pauvreté du mobilier.

De cela Napoléon devait souff'rir moins qu'un autre ; moins que certains des hommes qui l'entou-

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