I. Les médecins de Napoléon à Sainte-Hélène ; Autour de
Sainte-Hélène, 3^ série.
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est à qui le paye, à qui lui fait espérer d'être mieux payé. Par suite, tout ce qu'il avance sans l'appuyer de documents formels est suspect. Toutefois, mieux que les Français, il aide à comprendre Lowe.
Ce que j'ai pu connaître des souvenirs de Bertrand m'a paru rédigé très tardivement avec des erreurs de mémoire évidentes.
Les Récits de Montholon n'ont aucune valeur ; ils ont été écrits vingt ans au moins après les événements, revus sinon rédigés par un romancier illustre et je me suis expliqué ailleurs [Le Cas Gourgaud — Autour de sainte- HÉLÈNE i" série) sur leur véracité. L'objet de cette publication a été fort différent de ceux que le prince Louis Napoléon qui en paya l'impression, eût pu être tenté de lui attribuer.
L'édition anglaise (en langue anglaise) renferme certains documents qui ont été truqués dans l'édition française postérieure et le récit qui a plus tard été repris, est, dans cette première édition, plus sincère quoique aussi peu intéressant. Les Lettres publiées de Montholon à sa femme, sont entre les plus précieux documents qu'on ait mis au jour : de même certaines lettres en appendice aux Souvenirs de 3/™' de Montholon.
Antommarclù a certainement tenu un jour-
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nal ; pour certains faits de la maladie qui sont contrôlables, il fournit même des indications qui ne sont pas inutiles. Tout le reste est de pure invention et il ne faut admettre aucun des propos de l'Empereur rapportés par le prosecteur Corse, lequel a certainement employé un teinturier pour étirer son journal en deux volumes. De ces mémoires, une première édition fut imprimée et parut en Angleterre ; la comparaison avec l'édition postérieure, imprimée en France, est édifiante.
Restent les souvenirs de Marchand dont j'ai dû la communication à l'ancienne amitié de M. le Comte Desmazières et ceux de Saint- Denis sur lesquels je n'ai pu jeter qu'un coup d'œil, mais dont la conformité avec ceux de Marchand m'a paru témoigner d'une amitié étroite et si l'on peut dire d'un contrôle mutuel. Ce sont, après Gourgaud, les plus précieux témoignages, et ils fournissent sur la dernière période de la vie de l'Empereur, des informations qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Mon vieil ami G. Glairin m'a communiqué en outre des Lettres précieuses de son grand'père, le comte Marchand. Ecrites de Sainte-Hélène sous l'œil des geôliers, elles provoquent une émotion profonde, mais elles n'apportent guère de renseignements nouveaux.
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Tels sont les témoignages recueillis. On peut y ajouter quelques lettres dispersées de gouvernantes, de domestiques, quelques livres de compte, quelques indications fournies par des passants, quelques « interviews » prises par de grands seigneurs ou de grands fonctionnaires anglais; rien de cela ne permet de rétablir, même sommairement, la vie quotidienne de Napoléon depuis 1818 jusqu'à l'extrême fin de 1820.
J'ai donc dû procéder d'une façon différente pour chercher à exprimer les idées que m'avait suggérées l'étude des documents imprimés ou manuscrits. La situation juridique de Napoléon m'a paru expliquer, justifier, exalter sa résistance à l'oppression anglaise. Tout dérive de là, tout y doit être rapporté. J'ai donc précisé dans le détail quelles raisons avaient déterminé l'Empereur à chercher un asile sur le Bellérophon et comment les Anglais l'y avaient attiré et ly avaient traité. De l'abus de la force commis envers lui, ont résulté toutes les résistances qu'il y a opposées : C'est la première partie de ce livre : De Malmaison au Northumberland .
Cet élément formulé, j'ai montré quels personnages allaient s'agiter dans le décor de Sainte- Hélène : ceux qui ont suivi l'Empereur et dont personne n'a jusqu'ici recherché la biographie
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exacte et le caractère véritable, de même que personne n'a exposé les mobiles auxquels ils ont obéi. De précieux documents inédits m'ont permis de mettre en lumière des personnages auxquels la postérité accorde infiniment plus de considération que ne faisaient les contemporains. J'ai exposé sans réticence ce que j'ai trouvé. Il m'a semblé que les pièces, extraites la plupart d'Archives publiques, n'avaient pas besoin de commentaires : elles se suffisent. La reconstitution du milieu est l'un des points nouveaux de cette étude. Je crois n'avoir pas laissé dans l'ombre le moindre des figurants.
Je me suis moins attaché au personnel anglais : un seul individu présente un intérêt majeur Hudson Lowe. Certaines communications précieuses qui m'ont été faites par des Anglais, la série des articles que lui ont consacrés, lors de sa mort, dans des revues spéciales, ses camarades-officiers, m'ont permis, je crois, de mapprocher davantage de sa psychologie et de le traiter sinon avec sympathie du moins avec quelque justice. Je n'ai vu en lui qu'un agent d'exécution et j'ai cherché, derrière le bourreau, le Ministère anglais. Je n'ai point tenté, bien que les éléments en fussent rassem blés, de peindre tous ceux qui ont eu quelque rapports avec l'Empereur ; l'Amiral et Lady
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Malcolni, l'Amiral Planpin, le Général et Lady Bingham, les officiers des divers régiments. A quoi bon ? Non plus les passants : ce n'est point d'eux que dépend l'action du Drame ; ils n'y influent pas plus qu'ils n'y participent, et tout ce qui en distrairait je l'ai évité. En même temps que les personnages, j'ai tenté d'esquisser le décor et une abondante collection de vues photographiées m'y a aidé. Je ne saurais certes avoir la prétention de décrire un pays où je ne suis point allé, mais l'ensemble des documents iconographiques que je me suis procurés m'a permis d'en prendre une idée et de situer le Héros dans des paysages approchant au moins de la réalité.
Ainsi ai-je préparé l'action dont tout esprit réfléchi pouvait dès lors imaginer les péripéties successives, inévitables et dirai-je infaillibles ; à condition de supposer de cette action, certaines phases sur lesquelles manquent les informations, mais que rendent nécessaires le choc de caractères désormais connus et cette vie en cage dont s'exaspéreraient les hommes les mieux doués de patience. Il eût été d'un art plus subtil et peut-être approchant de plus près la vérité de laisser le lecteur rêver ce drame entier dont nous ne connaissons que quelques scènes et reconstituer un ensemble dont je ne pouvais
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retrouver que des lambeaux déchirés. Mais c'eût été me soustraire à l'obligation que je m'étais imposée. J'ai donc rangé en ordre, autant que je l'ai pu faire, les questions qui se sont présentées durant la Captivité et qui ont déterminé la lutte entre le Captif et son geôlier. J'ai tenté de les exposer clairement, de faire le partage des responsabilités. Est-ce ma faute si toujours, du misérable Hudson Lowe j'ai dû, pour frapper juste, m'élever à ceux qui lui envoyaient leurs ordres.
Après avoir recherché quelles raisons avaient fatalement amené la lutte entre Napoléon et Lowe, après avoir rendu compte des incidents de cette lutte, j'ai montré dans leur jeu les personnages dont j'avais ci-devant décrit les caractères et par là s'est dévoilée une des pires cruautés de la Captivité ; j'ai dit les départs successifs, l'oisiveté, l'ennui, le terrible et douloureux ennui ; puis autant qu'il m'a été possible, j'ai suivi la progression de la maladie. J'ai eu plus de moyens pour la raconter et je l'ai fait avec quelque détail. Mais, si souvent que ma plume ait tremblé dans ma main, j'ose penser qu'on ne trouvera dans ces pages ni déclamation, ni hors d'œuvre. Je me suis appliqué à exposer, avec une sincérité entière, les faits que les documents me fournissaient, non les
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impressions qu'ils me suggéraient. J'espère qu'il n'a rien subsisté de celles-ci dans un récit dont la passion eût fait suspecter la véracité.
Frédéric Masson,
Clos des Fées, igio-igia.