‹ Napoléon à Sainte-Hélène, 1815-1821Chapitre 83 sur 90 · LES OBSEQUES · texte numérisé non relu

LES OBSEQUES

la victoire. Les Anglais ni les Oligarques du monde entier ne sont parvenus à le découronner; mourant dans celle étable où l'ont confiné la bonne foi et la générosité britanniques, il demeure tel qu'il a voulu être pour sa nation, pour son fils, pour la postérité : le Chef quatre fois unanimement acclamé par son peuple, le Souverain oint et sacré par le Souverain Pontife, l'Elu de la France et de Dieu. Nulle puissance au monde n'a prévalu contre lui et ses prédictions prophétiques annoncent aussi formellement le désastreux suicide de Castlereagh que l'extinction de la dynastie hanovrienne, que leffondrement de l'Oligarchie britannique et Vécroulemenl de son empire.

A deux heures, en présence de Bertrand et de !Montholon, de trois officiers et de sept médecins anglais, de Tabbé et des serviteurs personnels de l'Empereur, Antommarchi procède à l'autopsie. Il V a, entre les médecins, discussion quant au foie, dont on a constaté les adhérences à l'estomac et dont le volume paraît extraordinaire. Il est enflé, dit Shorlt ; il ne lest point, dit Arnott ; et Sir Thomas Reade, l'assistant de Lowe, intervient. D'ailleurs, il n'y a point à* en douter, la cause de la mort est le squirre à l'estomac ; l'existence a même été prolongée par le gonflement du foie qui a obturé la perforation. Une fois recueillies, les observations que l'Empereur a ordonné que l'on fit sur son cadavre pour préserver son fils de la maladie dont il est mort, Berlrand et Montholon

s'opposent à ce qu'Antommarchi pousse plus loin les opérations et fasse un examen du cerveau. Le cœur est détaché et placé dans un vase d'argenf qui, selon le désir de l'Empereur, devrait être porté à l'impératrice Marie-Louise ; l'estomac de môme. Mais le représentant d'Hudson Lowe s'oppose à la sortie du cœur, il dit que l'estomac seul sera envoyé en Angleterre. De même, déclare-t-il, que son gouvernement s'oppose à tout embaumement.

Après l'autopsie, lorsque les médecins anglais allaient se retirer. M"'* Bertrand leur a demandé s'il ne serait pas possible de trouver du plâtre propre à mouler la tôle de l'Empereur. Le docteur Burton a répondu qu'il y avait dans l'Ile du gypse propre à en faire, qu'il allait en ville et s'occuperait d'en procurer.

Antommarchi cependant a recousu les ouvertures faites pour T^autopsie, et, aidé par Marchand, il a pris, sur le cadavre, les mensurations les plus précises, les seules que l'on ait du corps de l'Empereur. Ensuite, Marchand et Saint-Denis ont procédé à l'habillement; ils ont revêtu Napoléon de l'uniforme des Chasseurs de sa garde : bas de soie blancs, bottes à l'écuyère, éulotte et veste de Casimir blanc, chapeau à cocarde tricolore, habit vert a parements rouges avec insignes de la Légion, de la Couronne de fer et de la Réunion, la plaque et le grand cordon de la Légion.

Ainsi vêtu, le corps de l'Empereur est, à quatre heures du soir, porté dans son ancienne chambre

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