MANUFACTURES
On a déjà remarqué que la matière première des soieries est pour la France un objet de 50 millions. Nous recevons du royaume d'Italie pour lu millions de soies filées et organisées. Celte valeur de 40 millions donne lieu à une fabrication d'étoffes pour 124 millions. C'est donc pour nous un bénéfice de main-d'œuvre de 84 millions, qui triple la valeur de la matière première.
Nous avons exporté en 1812 pour 70 millions de soieries en étoffes pures ou mélangées. La ville de Lyon entretient aujourd'hui li,500 métiers. En 1800, il n'y en avait que 5,500.
Le nombre de nos manufactures de draps s'est sensiblement augmenté. L'aisance plus généralement répandue a beaucoup influé sur la consommation intérieure, particulièrement en lainages moins grossiers.
Le nombre des métiers et des ouvriers fabricant les draps, bonneteries et autres étoffes de laine a plus que doublé depuis 180O.
Nous vendons annuellement à l'étranger pour 28 millions de draperies.
L'année moyenne de nos anciennes exportations en draperies n'était que de 19 millions.
Nous avons naturalisé chez nous la fabrique des casimirs; nous avons perfectionné par des machines ingénieuses les divers procédés de la manufacture.
Les toiles de coton se sont multipliées sans que nous ayons cessé d'employer les chanvres et les lins de notre sol.
La valeur totale des lins et chanvres fabriqués en France est de 252 millions ; mais la matière première entre dans cette valeur pour 80 millions de produits de notre sol et pour 15 millions d'im-
portai ions. Ce genre de manufacture alimente notre commerce extérieur pour une somme annuelle de 57 millions. Celte valeur de 37 millions était la même avant 1790. Mais jadis nous recevions de ces tissus de L'étranger pour 18 millions par an; aujourd'hui nous en recevons seulement pour 7 millions. L'époque actuelle a donc un véritable avantage.
Le coton offre dans la manufacture de grandes facilités qui lui sont propres.
Des machines ingénieuses ont porté la filature de coton au plus haut degré de fin. Le gouvernement a proposé le prix d'un million à l'inventeur d'un mécanisme qui perfectionnerait la filature du lin autant que celle du coton, et qui diminuerait ainsi le prix de la main-d'œuvre nécessaire à l'emploi de nos matières premières.
Mais jusque-là les cotonnades conservent des avantages qu'il eût été dangereux de se dissimuler. Le gouvernement a dû s'occuper des moyens de ne recevoir, du moins de l'étranger, que la matière brute, et de reserver à la France tout le bénéfice de la manufacture.
Long-temps on a répété que la partie la plus importante de cette main-d'œuvre ne pouvait point nous appartenir; que le lissage, que le filage même seraient toujours plus parfaits chez l'étranger. Nos lois ont repousse d'abord tous les tissus de l'étranger. On s'était alarmé de l'ellet que devait produire cette prohibition; mais bientôt de nombreux métiers ont fabriqué chez nous les toiles de coton avec une perfection à laquelle nos concurrens étrangers n'ont pas même pu atteindre.
Cependant* ils nous fournissent encore le fil avec lequel nous formions ces tissus. La prohibition a été décrétée. Depuis lors nous sommes affranchis de tout recours à l'étranger pour telle partie que ce soit de la manufacture des cotons , et loin de recevoir aujourd'hui des objets manufacturés de ce genre, nous en fournissons au dehors.
Avant 1790, on introduisait annuellement en France pour 24 millions de cotons soit filés soit en laine. Cette valeur représentait 12 millions de livres de coton ; nous recevions pour 15 millions eu
objets fabriqués, et la contrebande des toiles et des mousselines était considérable.
70,000 ouvriers étaient alors employés aux diverses mains-d'œuvre du coton en France.
Après nos troubles, depuis Tan X jusqu'en 1806, Ion a introduit en France des cotons pour une valeur annuelle de 48 millions.
Noua recevons , outre cela , des tissus pour une valeur de 40 millions.
Les importations de toiles ou fil ont d'abord été réduites à un million, et depuis deux ans elles ont entièrement cessé. Nous avons au contraire exporté, et Tannée moyenne des exportations a été de 17 millions.
La main-d'œuvre des cotons occupe aujourd'hui 235,000 ouvriers.
La méthode qui substitue la houille au charbon de bois dans les forges et hauts-fourneaux est devenue certaine.
Les autres mines, celles de cuivre, d'alun . de gypse, les carrières de marbre, etc., produisent 12 millions.
Les manufaelures qui ont pour matières premières les métaux, la quincaillerie, la coutellerie , l'orfèvrerie, la bijouterie , l'horlogerie, les places, les verreries, les porcelaines, ne sont pas devenues l'objet d'exportations annuellement très-considérables; mais réunies elles forment une masse qui, avant 1790, fournissait 50 millions par an à nos exportations , et qui aujourd'hui leur donne 42 millions.
Tous ces objets sont pour nous une richesse purement industrielle d'un milliard trois cents millions.