CHAPITRE XIV
Cette journée, comme toutes les journées impériales, fut belle et pure, tant Dieu était d'accord avec Napoléon.
Dès trois heures de matin, les canons des Invalides, des forteresses de Saint-Denis et de Montmartre, des palais des rois de Rome et d'Angleterre, se firent entendre sans discontinuer ; il semblait que ce ne fût qu’un seul coup dont le son aurait duré neuf heures, tant ils se succédaient dans leurs tonnerres. Il fut, dit-on, tiré trois mille trois cents coups.
La tente dont nous avons parlé était recouverte de soie écarlate ; les ballons de gaz qui la soulevaient étaient rattachés à la terre par des colonnes dorées, au-
tour desquelles se repliaient les draperies, laissant à jour et libre à la vue l’intérieur de l'enceinte.
Cinquante trônes, placés beaucoup plus bas que celui de l'empereur, dominaient le reste des siéges de l’assemblée où pouvaient s'asseoir plus de dix mille personnes. |
Ces trônes et ces siéges étaient depuis plus d'une heure occupés par une foule de rois, de princes, de sénateurs, de membres du corps législatif, de ministres, de grands fonctionnaires, de maréchaux, de généraux, de députés de toutes les nations, lorsque, midi sonnant, les fenêtres du palais s’ouvrirent, l’impératrice, précédant la famille impériale, descendit s'asseoir sur une estrade à quelques pieds [au-dessous du trône, et bientôt après Napoléon parut.
On ne peut dire les acclamations qui l’accueillirent.
Il n'avait pas le costume impérial, mais simplement son habit de guerre et son chapeau si connu.
Il s’assit sur son trône, la tête couverte. Le silence le plus profond s'établit. Quelques instants aprés il se leva, et prononça avec enthousiasme ce discours : j