POLONAIS
« La Pologne est relevée, elle reparait puissante parmi les‘autres États de l’Europe.
«Depuis longtemps je méditais le moment ‘de sa résurrection.
«Polonais! votre dévouement à ma personne ë&t votre admirable courage m’avaient inspiré de la reconnaissance... Je paye aujourd’hui ma dette... Vous avez une patrie... et voici votre roi!»
En ce moment, Napoléon abaissa la main jusque sur la tête de Poniatowski debout et au-dessous de lui; c’est ainsi qu’il le désigna, et ce geste, ainsi que ces paroles, furent accueillis par des cris d'enthousiasme et d’admiration.
Il ajouta :
« Votre constitution était vieille et en désaccord avec l’ordre établi en Europe. Je me suis occupé de la réviser, en père qui vous regardera toujours comme ses autres enfants.
«Que ce jour soit à jamais une fête parmi vous, car c'est de lui que date la restauration de la Pologne ! »
Ces dernières paroles furent reçues avec moins de faveur : une sorte de stupeur silencieuse contrastait chez les uns avec l’enthousiasme des autres. C’est qu'en effet ces derniers mots apprenaient à la Pologne que ses vieux priviléges étaient anéantis, et que désormais elle n'était plus que la feudataire de la France ; mais-enfin elle existait, et‘ leur joie fut grande.
Napoléon avait remarqué cette impression mélangée
qu'avait laissée son discours ; mais sans paraître y prendre part, il fit signe au prince Poniatowski de s'approcher. Celui-ci ayant monté quelques marches, s’agenouilla devant l’empereur et déposa dans ses mains l'épée de général français. L'empereur la reçut, le releva, lui remit une couronne d’or, et tous deux s’embrassérent. Puis, ayant traversé une galerie, ils reparurent ensemble à un balcon du palais où les rejoignit l'empereur Alexandre, qui, jusque-là, s'était abstenu de paraître à l’investiture d’un royaume qu'il perdait. | Ainsi fut rétablie la Pologne.