‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 15 sur 154 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

L'empereur quitta Saint-Pétersbourg et la Russie au commencement du mois d'avril 1813. I] avait eu la pensée de laisser dans cette capitale une armée d'occupation; mais, cédant aux prières d'Alexandre, et satisfait d’ailleurs par d’autres garanties importantes, il fit évacuer cette ville par ses troupes, laissa des forces considérables à Cronstadt, et s'embarqua dans ce port pour Stockholm. |

Le czar avait accompagné Napoléon jusqu'à Cronstadt ; Charles XIV, roi de Suède, vint aussi à sa rencontre avec les clefs de sa ville, car il semblait qu’il n’eût déjà plus que des rois pour gardes. il entra en vainqueur et comme en maître dans cette capitale, et le drapeau tricolore flotta seul sur tous les édifices, afin qu’on sût bien que Stockholm était remplie par Napoléon.

Il accomplissait ainsi sa destinée de fouler du pied toutes les capitales du monde.

Son séjour à Stockholm fut court ; cette ville agréable, mais médiocre en population et en puissance, l’'ennuya vite. La Suède est une nation qui n’a pas de force par elle-même, et qui peut seulement placer un poids dans la balance des coalitions européennes. Cette politique de

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satellite avait si peu d'importance, surtout à cette époque, aux yeux de l’empereur, ‘qu'il ne crut pas devoir s’occuper de la mesurer ou de laffaiblir, et, dégagé bientôt de ces rapports inutiles avec Charles XIV, il s'embarqua pour Dantzig. .

Il s'arrêta peu de temps dans cette ville, et se rendit presque aussitôt à Hambourg, où il avait convoqué, pour le 11 mai, un congrès des rois du continent.

Déjà tous les rois étaient arrivés, attendant le maître. ayant amené avec eux les magnificences de leurs cours, et les confondant toutes pour en faire une cour et une magnificence dignes de Napoléon.

Il arriva bientôt lui-même avec les rois de Naples et de Westphalie, et sa réception dans le grand salon du palais du Sénat eut cela d’incroyable qu’il n’y avait que dés souverains pour l’attendre et l’accueillir.

C’étaient les empereurs d’Autriche et de Russie, les rois de Prusse, de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, de Suède et de Pologne.

Dans une première pièce se tenaient les princes souverains de la confédération du Rhin, les ambassadeurs de Turquie et de Suisse et les premiers ministres des puissances.

Napoléon traversa lentement ce premier salon ; et le grand chambellan, ouvrant la porte de celui où étaient les souverains, dit d’une voix retentissante : «L'empereur !»

A ce nom, les deux empereurs et les rois se levèrent, et par un hommage simultané semblèrent reconnaître sa toute-puissance.

Napoléon s'étant assis au milieu d'eux, entra aussitôt en matière, expliqua le but du congrès, et fixa les bases et les heures des conférences. H termina en les conviant aux fêtes splendides que le grand maréchal du palais avait préparées par ses ordres.

De ce salon l’empereur passa dans une longue galerie,

qu'il traversa, et, conduit par l’empereur d'Autriche, il entra dans une salle admirable, où le spectacle le plus éblouissant vint ravir ses regards.

Sur un trône était l’impératrice Marie-Louise avec son fils le roi de Rome, et autour d’elle et comme elle chargées de diamants et de parures étincelantes, l’impératrice d'Autriche, six reines, et les sœurs de l'empereur. Parmi toutes resplendissaient surtout la princesse Borghèse et la belle reine de Prusse un peu confuse et dont un vif incarnat colorait les joues.

Maïs Napoléon ne vit rien que sa femme et son fils, il les pressa dans ses embrassements : cette surprise valait pour sen cœur ün triomphe, et il exprima avec attendrissement sa reconnaissance pour une entrevue inespérée et préparée avec un si gracieux mystère. Il demeura assez longtemps au milieu de cette cour de reines, et le soir même commença le tourbillon des plaisirs.

Chaque matinée était réservée aux eonférences politiques des souverains. Les ministres y étaient quelquefois appelés.

Le soir, c'étaient des fêtes continuelles, des festins somptueux, des feux d’artifice sur l’Elbe et dans les jardins, enfin des bals et des spectacles d’une magnificence merveilleuse.

Les comédiens français et'italiens avaient été appelés à Hambourg pour enchanter ce parterre de rois.

Pendant une représentation de Cinna Napoléon reçut une lettre qu'il ouvrit et lut. On remarqua sur sa figure un éclair de joie, comprimé aussitôt par un sombre froncement de sourcil : il veriait d'apprendre la mort de M. Rozzo di'Borgo. ee

IFy avait entre Napoléon et M. Pozzo di Borgo une biaine implacable, ur haine corse, née avec 'eux, et ne devant pas même s'éteindre à la mort. Depuis dix ans M. Pozzo di Borgo parcourait l’Europe, fuyant devant les

traités et. les .coriquêtes, et se réfugiant toujours là où il y avait un-ennemii de Nàpoléon, pour conjurer sa haine, et lui inspirer la guerre ; vendetta sublime, où lembéehe et le poignard étaient les champs de bataille et les armées, | |

M. Pozzo di Borgo avait quitté Saint-Pétersbourg quelques jours avant l'entrée de l’empereur ; il se rendait en Angleterre, lorsque le navire qui le.portait fit naufrage en vue de l'Écosse, sans pouvoir être secoëru.

Cette mort était une victoire pour Napoléon qui ne put d’abord dissimuler sa joie. La sombre émotion qui la réprima était-elle le regret d’une juié iuvolontaire, ou d’une vengeance incomplèté ?

Les fêtes splendides continuaient cependant ; celles de Dresde, qui à pareil mois de l'année précédente avaient jeté un éclat si vif, ne pouvaient leur étre comparées. Alors l’empereur de Russie.et le roi de Suède y manquaient, ennemis qu’on allait vaincre, aujourd'hui augmentant la foule, vaincus et tributaires. |

Napoléon apparaissait partout au prernier rang, et l’on s’accoutumait déjà à le nommer le roi des rois.

Pour lui cette pompe et cè faste n’oceupaient que médiocrement sa pensée, il avait d’autres soins, et sous cette splendeur il agitait les destinées de l'Angleterre.

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