‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 16 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Chaque peuple a son génie, et c’est ce génie qu'il faut dompter plus encore que sa puissance, pour assurer la domination au vainqueur.

En Russie, Napoléon a" ait tâché de comprimer la pensée d’agrandissement ; il avait repris la Pologne à cet empire, il avait refoulé de l'Allemagne, et dans le Nord même il lui avait retiré d'importantes provinces. 11 n’avait pu faire davantage alors, car l'Orient était demeuré en dehors de sa politique ; mais il pressentait peut-être que tout n’était pas encore achevé de ce côté.

Chez l’Angleterre, cette autre grande ennemie, c’est le monopole du commerce du monde, qui est sa politique et son génie; et en attendant plus, l'empereur développait et assurait plus vigoureusement que jamais l'exécution du décret de Berlin sur le système continental.

Mais Napoléon n’ignorait pas qu’il laissait encore dans le midi de l’Europe deux antagonismes formidables que ‘ses victoires n'avaient pu affaiblir, et dont sa politique n'avait pu même arrêter le développement.

C'était, en Espagne, le fanatisme de la religion et de l’ancienne royauté où commençaient à s’allier quelques principes de liberté.

C'était, en Italie, et même en France, la papauté captive et fulminante, tenant les peuples en suspens, leur refusant leurs prêtres et leurs évêques, et inspirant à la fois la terreur par ses excommunications, la pitié par ses miséres.

Ainsi, après l’asservissement du nord de l’Europe, trois forces restaient encore à vaincre, l'Angleterre, le pape et l'Espagne.

L'Espagne, bouleversée depuis cinq ans par la guerre civile, incendiée, sanglante, était orgueilleuse cependant de sa longue rébellion. Elle soulevait les cœurs de ses cafants au triple cri de sa religion, de ses rois captifs et de la liberté, et si forte d'elle-même, elle se sentait puissamment soutenue par les armées anglaises sous le commandement du duc de Wellington.

La position de la Péninsule était bien grave alors, la

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AFFAIRES D'ESPAGNE. , 27 royauté de Joseph hien chancelante, et tandis que les succès de Napoléon en Russie. lui assuraient dans le Nord tant de prépondérance, l'Espagne restait en dehors de cette influence et de cette atmosphère de la victoire ; et les armées françaises qui y luttaient laborieusement avaient été partout repoussées après des désastres considérables, et malgré des victoires signalées, mais stériles.

Au commencement de l’année 1813, le Portugal avait pour la troisième fois été évacué par les-troupes françaises. Le duc d'Abrantés, obligé de céder devant les forces supérieures de lord Wellington, s'était retiré dans l’'Estramadure, où il parvint à opérer sa jonction avec le corps d'armée du duc de Raguse; mais, dans cette province encore, le sort favorisa les armées combinées de l’Espagne et de l'Angleterre ; les Français furent repoussés jusqu’à Ciudad-Réal, où une bataille importante fut donnée et gagnée par le général anglais, qui, ayant dissipé ces deux corps de l’armée française, marcha sur Madrid et s’en empara ; justement fier d’avoir pour la première fois depuis vingt ans changé la fortune, et de se trouver, à la suite de ces succès inespérés, maître du Portugal et de la moitié de l'Espagne. |

La sublime exaltation des Espagnols, qu'on ne peut appeler le fanatisme quand il s’agit d’un sentiment qui fait mourir pour la patrie, aidait admirablement ces résultats. Dans le royaume de Léon, le comte de la Romana, à la tête de vingt mille hommes, avait, sous les murs de Valladolid. défait le corps du maréchal Jourdan, malgré les efforts héroïques du vieux guerrier, et rejeté les Français de cette partie du territoire.

Mais là s’arrêtaient les succès de l'ennemi. Tout l’orient de la Péninsule, des Pyrénées à Gibraltar, demeurait soumis au roi Joseph. Le maréchal Suchet, dont la gloire, . dans cette guerre, restera impérissable, avait, par une. suite de batailles et de siéges comme ceux de Tarragone cet

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la prise mémorable de Valence, affranchi l'Audalousie et le royaume de Valence, tandis que le maréchal Souit, incessamment victorieux, ne cessait pas d'occuper la Catalogne, l’Aragon et une partie des Castilles.

Cet état de choses s’expliquait aisément. Lors de sa gigantesque expédition de Russie, Napoléon avait retiré de l'Espagne, pour les réunir à son armée, des forces considérables, et, depuis leur éloignement, les succès avaient été partagés, et les armées anglo-espagnoles avaient même repris un avantage incontestable.

Après avoir quitté Madrid, Joseph s'était retiré à Valence. C’est là qu’il apprit la funeste nouvelle de la bataille des Arapiles, gagnée par Wellington sur le duc de Raguse, et qui donna au vainqueur le royaume de Léon et la Navarre.

Tel était l'état des affaires en Espagne au commencement de l’année 1813, lorsqu'un événement extraordinaire vint encore les compliquer.

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