‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 17 sur 154 · FUITE DE FERDINAND VII · texte numérisé non relu

FUITE DE FERDINAND VII

La houte police de l'empire tenait surtout des regards attentifs sur cette dernière résidence. On avait d'abord cru Ferdinand disposé à fuir, et à rejoindre l'armée anglaise et son peuple; miais ces soüpçons s'étaient calmés. Pendant un séjour de quatre années à Valençay, le roi Ferdinand, occupé de soins frivoles, éloignant toute idée politique, n'ayant fait aucune tentative, aucune maniféstation, avait fini par rassurer l'inquiétude de ses surveillants. Il avait mème résisté avec une énergie passive, dont il était difficile de mesurer la portée, à des propositions d’une évasion habilement préparée. |

En 1810, le baron Kolly, Piémontais et agent de l'Angleterre, était parvehu jusqu'à Ferdinand, sous le déguisement d’un marchand de diamants; il l'avait vivement pressé de fuir : tout était disposé pour gagner rapidement les côtes de la Gascogne, où une frégate anglaise l’attendait pour le transporter à Gibraltar.

Mais Ferdinand, soit qu’il soupçonnât un piége, soit qu'il préférât alors aux chances agitées de la fuife le repos de sa prison, rejeta toute participation à ce complot ; il fit plus, il dénonça à l'empereur les démarches du baron Kolly, qui fut arrèté et fusillé à Orléans.

Depuis cet événement, la captivité de ce prince avait été fort adoucie; sa correspondance assez fréquente avec Napoléon repoussait toute idée de fuite ; él y reproduisait sans cesse deux prières : une alliance avec une des nièces de l'empereur, la fille aînée de Lucien, et le changement de sa résidence , car le séjour de Valençay lui était devenu. insupportable.

Tout à coup, dans les premiers jours de février 1813, la nouvelle se répandit en France que Ferdinand Vil avait disparu du:château de Vaiençay. Les recherches de la police impériale furent impuissantes à découvrir les traces de sa fuite. Des indications habilement ménagées

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par les complices de cette intrigue laissaient croire que le prince s'était dirigé sur la route de Lyon ou sur celle de Bayonne. La police porta sur ces deux directions tous ses efforts, que l’habileté et le mystère du chanoine Escoiquiz, chef de ce complot, rendirent infructueux.

Pendant ce temps, le fugitif, méconnaissable sous des vêtements de femme du peuple, remontait vers Tours, et s'éloignant des routes et des villes, gagnait la côte de l'Océan, vis-à-vis l'île de Noirmoutier, où un brick anglais l’attendait et le transportait en Espagne.

Il débarqua à Santander, avec son libérateur Escoiquiz. Il se dirigea aussitôt vers Burgos, où il fut reçu par les généraux Wellington, Moore, Mina et Castanos, par les ducs de San Carlos et de l’Infantado, et par les grands et les autorités restés fidèles à son parti. 1] passa dans cette ville les armées en revue, distribua des titres et des grades, et, se mettant à la tête des forces anglaises et espagnoles, il fit, le 7 mai 1813, son eutrée à Madrid, aux cris enthousiastes du peuple et du clergé.

Cependant depuis quelques mois plusieurs corps de la grande armée du Nord avaient repris la route de France et étaient rentrés dans le centre de l'empire ; et Napoléon, après avoir fixé dans la guerre de Russie les destinées qu'il y avait agitées, quitta Hambourg, revint à Paris, où il décida immédiatement une nouvelle expédition en Espagne, avec des forces considérables dont il devait prendre le commandement.

Aussitôt la France fut agitée des préparatifs de guerre; les passages des troupes et du matériel qui se portaient vers le Midi, se succédèrent sans relâche ; les corps d'armée du prince de la Moskowa et du roi de Naples se rapprochèrent des Pyrénées, tandis que les troupes de la confédération du Rhin, entrant par Bâle, allaient dans les plaines de Toulouse se réunir à celles du royaume d'Italie. Ces forces formidables n’attendaient

TE

FUITE DE FERDINAND Vi. 29 plus que leur impérial commandant pour franchir les Pyrénées.

Napoléon était de retour à Paris depuis le 5 juin, mais il y était entré sans éclat, et il y demeura peu de temps. Lorsque le Sénat et les grands corps d’État vinrent le féliciter sur ses derniers triomphes, il répondit comme César, que rien n'était fait, lorsqu'il restait quelque chose à faire.

Pendant ce court séjour, il resta constamment enfermé aux Tuileries, travaillant sans cesse et avec une activité infatigable. — Le major général de l’armée, prince de Wagram, plusieurs maréchaux, les ministres de la guerre, de l'administration de la guerre et des finances, ne quittaient pas le château où ils avaient établi leur résidence temporaire. Les autres ministres travaillaient aussi fréquemment avec lui. Livré à de pareils soins, il se refusa à toute audience, réception, fêtes et cérémonies. Mais on apprit avec surprise que cette loi recevait une exception marquée pour un célèbre sculpteur. Canova était souvent reçu par l’empereur, qui déjà l'avait mandé à Hambourg. On n’ignorait pas l'affection que lui portait le saint-père ; ses voyages à Fontainebleau et à Paris devinrent si fréquents, et ses conférences avec les deux souverains si continuelles, que l'attention publique en fut vivement émue, et on ne doutait pas que, par son intermédiaire, il ne se préparât quelques résultats importants. Cette opinion se fortifia encore lorsqu'on sut que pendant les quinze journées du séjour de l’empereur à Paris, le roi de Naples, les cardinaux Fesch et Maury , et le ministre des cultes, M. de Préameneu, avaient fait successivement plusieurs voyaues au château de Fontainebleau.

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