ET EN ITALIE
par sa main impériale découvrirent des richesses immenses en antiquités, distribuées plus tard dans les musées de l'empire.
Quand le jour fut arrivé où, ces canaux étant achevés, le Tibre, ce vieux et jaune Tibre, dut quitter son lit éternel pourun lit inaccoutumé, alors on vit cette population italienne et presque romaine de Rome se précipiter dans son cher fleuve, s’y baigner avec amour, y plonger avec joie comme pour le préparer à cette grande révolution.
À un signal convenu, le canon se fit entendre, les cloches de toutes les églises s’ébranlèrent ; le pape, accompagné du sacré collége, donna sa bénédiction au peuple et au Tibre. L'empereur, du haut d’un trône fort élevé, donna l’ordre : les dernières barrières furent brisées, et le fleuve se précipita terrible et en mugissant dans ces canaux inconnus, et laissa son ancien lit à sec et livré nu aux regards de son peuple.
Vingt mille ouvriers et soldats furent employés à fouiller le lit abandonné du Tibre ; un ordre admirable régna dans ces travaux, et les moindres découvertes étaient enregistrées et placées dans les divers dépôts établis par l'administration.
Qui dira ce qu’il renfermait dans ses entrailles, ce vieux fleuve de Rome! Il y avait plus de deux mille ans que, jaloux, il engloutissait toutes les richesses de la république, de la ville des empereurs et des papes. Chaque invasion des barbares y avait accumulé des trésors. Il était comme pavé des plus magnifiques sculptures ; tout reparut, et les marbres, et l'or, et l’airain, et les statues, et les boucliers, et les armes ; une autre Rome, l’ancienne, qui dormait dans la noble fange du Tibre, ressuscita pour enrichir la Rome française.
Le grand ouvrage de MM. Visconti, Denon et Percier donne de précieux détails sur ce détournement du Tibre et les découvertes qui en furent la suite.
Napoléon était présent partout ; il présidait, avec cette joie simple et expansive qui est particulière aux grands esprits, à ces admirables travaux. Il se sentait fier des victoires qu'il remportait sur le passé, et ne pouvait se rassasier de cette ville qu’il voyait pour la première fois. Car, bien que ses expéditions l’eussent, à plusieurs époques de sa vie, conduit aux portes de Rome et de Jérusalem, il avait toujours évité jusque-là d'entrer dans leurs murs, comme s’il eût redouté alors le contact de la grandeur surhumaine de ces deux villes, et qu’il eût craint que sa gloire ne fût obscurcie dans leur gloire.