‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 92 sur 154 · AU CORPS LEGISLATIF · texte numérisé non relu

AU CORPS LEGISLATIF

« C’est alors que j'ai fait replier leurs tentes aux fils barbares de Mahomet; ils ont abandonné l’Europe aujourd’hui toute chrétienne. Constantinople était une capitale qui complétait mon empire, elle en est devenue la cinquième ville.

« Je n’ai qu’à me louer des rois mes feudataires.

« J'ai fait nettoyer les côtes de l’Afrique ; les brigands ont repassé l’Atlas. J'ai aussi créé là une France africaine, qui commence à l’Océan et finit à l'Égypte; mais pour peu de temps : j'ai d'autres desseins sur l'Égypte.

« Après avoir tant fait pour l'empire et l'Europe, j'ai pu faire quelque chose pour moi: j'ai retrouvé l’impératrice Joséphine. »

En disant ces mots, l’empereur parut ému, et son attendrissement fut partagé par la foule. Mais l'enthousiasme fut au comble, lorsqu’à ce moment Joséphine s'étant jetée aux pieds de Napoléon, l’empereur la releva et la pressa dans ses bras. On n’entendait que des acclamations et des cris de joie. Il continua :

« Mon bonheur est complet comme ma gloire!

« J'ai voulu que mes peuples eussent part à ce bonheur comme ils ont pris part à la gloire.

« Depuis mes dernières victoires et trois années de paix, mes trésors, malgré les immenses améliorations dont j'ai doté mon empire, se sont accumulés.

« Loin donc de vous demander, messieurs, de fixer le revenu de l'Etat pour cette année, je déclare que je puis m'en passer.

« Je remets à mon peuple tous les impôts ; pendant un an il ne sera rien perçu sous aucun prétexte. »

À l'annonce de cette libéralité inouïe , qui accordait près de deux milliards aux peuples de l’empire, l’enthousiasme fut tel, qu’il semblait que les voûtes du Panthéon

allaient s’écrouler.

Quand le calme fut rétabli, Napoléon se retournant vers les rois leur dit :

« Rois de l’Europe, faites aussi connaître à vos sujets que le souverain de l’Europe ne les oublie pas dans sa munificence : je leur remets les tributs de cette année.

« Messieurs, continua-t-il en s'adressant aux sénateurs et aux députés, voilà ce que j'ai fait ; je puis vous parler de l'avenir.

« Je vais m'emparer de l'Égypte et conquérir l’Asie.

« Je ne dois pas approfondir devant vous cette volonté, ma politique garde son secret; mais j'ai voulu que mes peuples fussent avertis. je ne crains pas que l’Asie le soit. »

L'empereur termina là son discours , et d’un geste il congédia l’assemblée.

Cette nouvelle de la guerre d’Asie était inattendue, et pénétra la foule d’admiration. Les acclamations succédèrent à ces paroles extraordinaires, et elles accompagnèrent jusqu'à son palais l’empereur, qui, avec son cortége, reprit le chemin des Tuileries.

Page 1