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LES AUDIENCES

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LE LEVER

portières i^tjrtent de la même manufacture, dont les meubles meublants sont en bois doré, où le plafond représente le triomphe de Minerve, et toujours Marie-Thérèse. On forme le cercle. L’Empereurle parcourt et parle presque à chacune des personnes présentes, car il aime que son lever soit nombreux, il ne lui plaît pas qu’on y manque, et c’est à leur assiduité à cette cérémonie matinale que certains doivent d’échapper aux soupçons que leur conduite devrait faire naître. Talleyrand, même aux jours où il semble le plus en disgrâce, arrive le premier, reste le dernier. 11 a reçu le premier choc, n’a été ni arrêté ni fusillé; il revient donc chaque matin ; l’Empereur ne lui parle pas ; on s’écarte de son contact, on fait le vide autour de lui ; mais il reste, et, imposant sa figure impassible, il attend, comptant sur l’oubli facile que Napoléon a des injures. Et la fin lui donne raison.

Toutefois, plus encore qu’aux dignitaires , qu’aux ministres avec lesquels, dans la journée, il aura son travail particulier, l’Empereur parle aux figures inaccoutumées, aux fonctionnaires ou aux officiers généraux auxquels il a fait dire par le chambellan de service de venir au lever, et dont il a quelque renseignement à recevoir.

Ce n’est pas que, lorsqu’il a lieu de faire une algarade à quelqu’un de ses ministres, il se contienne parce qu’il y a foule et que la leçon soit moins nette et moins vive ; mais là comme par-

12G LA JOURNÉE DE l’eMPEREUR

tout, il ne parle que d’affaires et ne perd point de temps aux bagatelles. Nulle conversation qui n’ait pas pour objet l’administration ou la politique, qui frise la galanterie ou vise des amusements à prendre ; des questions qui souvent déconcertent par leur précision et leur minutie et exigent une réponse nette, un chiffre brutal, une explication la plus courte possible ; un interrogatoire qui est d’un juge et que sa mémoire inscrit mieux que ne ferait un greffier; une attention constamment éveillée, que rien ne lasse, et qui se promène sur l’Empire et sur l’Europe avec autant d’aisance qu’elle ferait sur une commune d’un millier d’âmes, qui, sans préparation aucune et sans note consultée, va de l’Escaut au Danube, de Napoléonville à Erfurth, toujours aussi présente, aussi impérieuse, sans hésiter, ni se reprendre, tordant ainsi la nature humaine pour en extraire des faits qui servent à ses desseins, c’est le spectacle qu’il donne chaque matin, et qui, aux assistants, impose davantage tous les jours l’habitude de ne plus penser par euxmêmes, tant il se charge de penser pour tous.

Le lever ne se prolonge point comme on pour rait croire, car il n’y a pag de discours oiseux ; et si l’Empereur a le désir de vider à fond une question, ou si quelque grand fonctionnaire a des doutes à lui soumettre, ce sera en audience particulière.

I,E LEVER

Ces audiences commencent dès que le lever a été congédié par un salut : elles sont données dans ce même salon, car, on ne saurait trop le répéter, personne n’entre dans le cabinet. D’abord, ce sont ceux des personnages qui ayant les grandes entrées, ont manifesté, au lever, le désir de parler à l’Empereur. Puis ce sont tous ceux qui ont sollicité et obtenu d’être reçus. Le chambellan de jour a entre les mains une liste dont il ne se départit point, car l’Empereur en a le double par devers lui et ne veut point de tour de faveur : mais il est des sots, M. de Rémusat, par exemple. Un jour à Saint-Cloud, le comte Dubois, préfet de police, montant en voiture dans la cour du château, au sortir de l’audience de l’Empereur, s’entend appeler du balcon par Napoléon qui a omis un ordre important. Dubois revient en hâte, mais, dans le salon de service, il trouve M. de Rémusat, chambellan de jour, qui refuse de le laisser pénétrer. Dijbois se démène, donne des explications, M. de Rémusat n’entend à rien. 11 ne connaît que sa consigne. Pendant ce temps, l’Empereur s’étonne, puis s’impatiente, enfin ouvre la porte et trouve Dubois en grande querelle avec ce portier récalcitrant. On prétend que l’Empereur laissa échapper un mot désobligeant sur l’esprit de M. de Rémusat. Qui sait si un autre n’eût pas été plus juste? Il s’agissait alors de Fouché, le bon ami de de Réuuisat; elle venait de le réconcilier avec son autre

bon ami, M. de Talleyrand, et il était tout simple que le Premier chambellan ne tînt point à ce que les ordres donnés contre son complice fussent aggravés par l’Empereur.

Sauf avec les ministres et les fonctionnaires qu’il a retenus après le lever, il est rare que dans ces audiences de la matinée, toutes fort brèves, il s’agisse d’affaires générales. Presque toujours ce sont des solliciteurs qui ont à présenter quelque requête personnelle, et l’Empereur sait à ce point, par avance, de quoi il sera question qu’il ne donne guère d’audience que lorsqu’il est déterminé à accorder la grâce qu’on lui demandera. Pourtant, il lui plaît parfois de montrer à tout-venant ses pires ennemis dans ses antichambres, en posture de suppliants, et alors il leur fait attendre quelque peu leur tour de faveur; car il lui importe que l’on sache par le monde que, si tel conspirateur a été gracié, tel prisonnier relaxé, tel exilé rappelé, au moins la mesure a été sollicitée, et il s’imagine que la présence, constatée dans son palais, d’un membre d’une famille obligera ses alliés à tenir une certaine discrétion dans ses propos.

On étonnerait fort les gens sï l’on donnait la liste complète de ceux et de celles qui ont obtenu des audiences, et par suite des faveurs : En dehors des princes de la Maison de Bourbon, — et encore en était-il qui recevaient des secours importants et un subside habituel — la plupart des

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