‹ NapoléonChapitre 21 sur 66 · PROCLAMATIONS ET RÉCITS MILITAIRES · texte numérisé non relu

PROCLAMATIONS ET RÉCITS MILITAIRES

/. Uîle d' Elbe. — //. Le retour. — ///. Waterloo. IV. Après Waterloo.

Ce qu'il fit dans l'île d'Elbe, et comment il en sortit, il nous l'a conté lui-même dans des pages simples,, claires, alertes, comme toutes celles de Sainte-Hélène (1).

Suivant son habitude, il commence par décrire le pays où il nous conduit.

L'île d' Elbe.

L'île d'Elbe est située entre la Corse et la Toscane. Porto- Ferrajo est éloigné de trois à quatre lieues du continent d'Italie ou du cap de Piombino. L'île de Paliuajola, dépendante de l'île d'Elbe, est à mi-canal. Tous les bâtiments qui vont de Gênes, de Livourne à Civita-Vecchia et à Naples, traversent le canal de Piombino et passent à la vue de Porto- Ferrajo. C'est un mouvement continuel. Il n'est pas de jour où il n'en passe plusieurs centaines de toutes les grandeurs et de toutes les nations. Du côté de la Corse se trouve, dans le canal, l'île de Pianosa, qui est à trois lieues de l'île d'Elbe et à dix

(i) Correspondance^ t. XXXI, et Commentaires, t. V. — Voir, sur ce séjour de Napoléon à l'ile d'Elbe, les intéressants souvenirs de Pons (de l'Hérault), qui y était administrateur des mines : Souvenirs de l'Ile d'Elbe. Pion 1897, in-8".

132 XAPOI.KOX ÉCRIVAIN'. — CHAP, VI

des côtes de Corse. Les bâtiments de Marseille, de Toulon et d'Espae:ne passent par ce canal pour aller dans le Levant. L'île d'Elbe a deux excellentes rades, celle de Porto- Ferrajo et celle de Porto- Longone ; des escadres de vingt à trente vaisseaux de guerre peuvent y être en sûreté : elles sont appuyées par les fortifications des deux places fortes...

L'île contient deux petites villes, deux beaux ports, sept gros villages, ce qui fait, avec les deux villes, neuf communes. La population peut être évaluée à douze mille âmes. L'île est couverte de vignes ; la principale production est le vin ; on en exporte ordinairement pour plus d'un million. Ce vin est très bon, et il est préféré, à Gênes et en Toscane, à tous les autres vins d'Italie. 11 n'y a pas du tout de mûriers; cependant ils peuvent y venir, et la soie serait une ressource considérable. Il n'y a que deux ou trois jardins d'oliviers, ne faisant que trois ou quatre cents barils d'huile. Il paraît que cet arbre réussirait bien, mais la récolte est encore plus incertaine qu'en Toscane et en Provence...

Tous les arbres fruitiers viennent fort bien. Les plaines de Porto- Ferrajo et de Campo sont les plus étendues de l'île; on y récolte des blés qui suffisent pour la nourriture de l'île pendant quatre mois. L'Empereur y fit introduire la culture des pommes de terre et les prairies artificielles qui y étaient inconnues.

Dans la deuxième partie de l'île, près de Capoliveri, est la montagne de la Calamita ou de l'Aimant. L'aimant y est en grande quantité ; il est très beau.

Dans la troisième partie, ou celle de Monte Grosso, est la mine de fer de Rio. Elle emploie quatre ou cinq cents ouvriers, donne de l'occupation à une cinquantaine de bâtiments qui transportent le minerai ; les plus grands de ces bâtiments sont de cent dix tonneaux. Le minerai n'est pas fondu dans l'île ; on l'envoie à Naples, à Civita-Vecchia, à Gênes, en Toscane, où sont des fourneaux. C'est le meilleur fer de l'Europe. C'est une ressource de 700 000 à 800 000 francs, dont 300 000 sont le revenu net du propriétaire de la mine, qui appartenait au Domaine.

Il y a à Porto- Ferrajo plusieurs madragues. La pêche est abondante sur les côtes de l'île. Les Génois et les Napolitains y viennent pêcher ; c'est un objet de 200 000 à 300 000 francs d'exportation. La madrague peut rendre au prince de 30 000 à 40 000 francs.

Page 1