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CHAPITRE VII l'éloquence politique

/. Le Consiil.it. — //. L'Empire.

Dès les premiers jours du Consulat, Bonaparte écrivit au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Allemagne pour leur offrir la paix. La lettre au roi d'Angleterre est bien connue.

A S. M. le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande,

Appelé par le vœu de la nation française à occuper la première magistrature de la République, je crois convenable, en entrant en charge, d'en faire directement part à Votre Majesté.

La guerre qui, depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde, doit-elle être éternelle.' N'est-il donc aucun moyen de s'entendre? Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sfireté et leur indépendance, peuvent-elles sacritier à des idées de vaine grandeur le bien du commerce, la prospérité intérieure et le bonheur des familles.' Comment ne comprennent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la première des gloires.'

Ces sentiments ne peuvent être étrangers au cœur de Votre Majesté qui gouverne une nation libre et dans le seul but de la rendre heureuse.

Votre Majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir

sincère de contribuer efficacement, pour la seconde fois (1), à la pacification j^énérale, par une démarche prompte, toute de confiance et dégagée de ces formes, qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des États faibles, ne décèlent dans les États forts que le désir mutuel de se tromper (2).

La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent longtemps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'épuisement; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la fin d'une guerre qui désole le monde entier (25 décembre 1 799).

Bonaparte.

Le traité de Lunéville, qui désarma l'Autriche (9 février 1801), fut annoncé par une proclamation qui célébrait les bienfaits de la paix.

Proclamation pour la paix de Lunéville.

Aux Français,

Français, une paix glorieuse a terminé la guerre du continent. Vos frontières sont reportées aux limites que leur avait marquées la nature. Des peuples longtemps séparés de vous se rejoignent à leurs frères et accroissent d'un sixième votre population, votre territoire, vos forces (3).

Ces succès, vous les devez au courage de nos guerriers, à leur patience dans les travaux, à leur passion pour la gloire, à leur amour pour la liberté et pour la patrie. Mais vous les devez aussi à l'heureux retour de la concorde et à cette union de sentiments et d'intérêts qui, plus d'une fois, sauva la France de sa ruine...

Qu'une heureuse émulation féconde nos arts et notre industrie ; que d'utiles travaux embellissent cette France que les peuples ne nommeront plus qu'avec respect et admiration ; que l'étranger qui s'empressera de la visiter retrouve parmi

1 1) Allusion au congrès de Rastatt 1 1797'-

121 Argument spécieux. En s'adressant au roi, Bonaparte oubliait sciemment qu'en Angleterre c'est le Parlement qui gouverne et non la couronne.

(3) L'Autriche, pour la seconde fois, renommait à la Belgique et nous abandonnait la rive gauche du Rhin.

VOUS ces vertus douces et hospitalières qui caractérisent vos aïeux ; que le commerce, en reformant ses relations avec les autres peuples, y porte cette fidélité qui fixe la confiance et aussi la fortune.

Ainsi, notre commerce reprendra le rang qui lui est dû ; ainsi, se fortifieront les liens qui attachent à notre cause les peuples éclaires du continent de l'Europe; ainsi, cette nation même qui est encore armée contre la France abjurera des prétentions excessives et sentira enfin qu'il n'est pour les peuples comme pour les individus de bonheur véritable que dans la prospérité de tous (20 mars 1801).

La nation « encore armée >, c'était l'Angleterre. Fatiguée elle-même d'une lutte de près de dix ans, elle signa les préliminaires de Londres (1" octobre 1801) qui conduisirent à la paix d'Amiens.

De part et d'autre, la joie fut immense. Elle éclata en quelque sorte dans cette admirable proclamation du Premier Consul, destinée à coïncider avec l'anniversaire du coup d'État.

Proclamation.

Paris, 18 brumaire an X (9 novembre 180 1).

Français,

Vous l'avez enfin tout entière cette paix que vous avez méritée par de si longs et de si généreux efforts.

Le monde ne vous offre plus que des nations amies, et sur toutes les mers s'ouvrent pour vos vaisseaux des ports hospitaliers.

Fidèle à vos vœux et à ses promesses, le gouvernement n'a cédé ni à l'ambition des conquêtes, ni à l'attrait des entreprises hardies et extraordinaires. Son devoir était de rendre le repos à l'humanité et de rapprocher, par des liens solides et durables, cette grande famille européenne dont la destinée est de faire la destinée de l'univers.

La première tâche est remplie. Une autre commence pour vous et pour lui. A la gloire des combats faisons succéder une

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gloire plus douce pour les citoyens, moins redoutable pour nos voisins.

Perfectionnons-nous, mais surtout apprenons aux générations naissantes à chérir nos institutions et nos lois. Qu'elles croissent pour l'égalité civile, pour la liberté publique, pour la prospérité nationale. Portons dans les ateliers de l'agriculture et des arts cette ardeur, cette constance, cette patience qui ont étonné l'Europe dans toutes nos circonstances difficiles. Unissons aux efforts du gouvernement les efforts des citoyens pour enrichir, pour féconder toutes les parties de notre vaste territoire.

Soyons le lien et l'exemple des peuples qui nous environnent. Que l'étranger, qu'un intérêt de curiosité attirera parmi nous, s'y arrête, attaché par le charme de nos mœurs, par le spectacle de notre union, de notre industrie et par l'attrait de nos jouissances ; qu'il s'en retourne dans sa patrie plus ami du nom français, plus instruit et meilleur.

S'il reste encore des hommes que tourmente le besoin de haïr leurs concitoyens ou qu'aigrisse le souvenir de leurs pertes, d'immenses contrées les attendent ; qu'ils osent y chercher des richesses et l'oubli de leurs infortunes et de leurs peines. Les regards de la patrie les y suivront ; elle secondera leur courage. Un jour, heureux de leurs travaux, ils reviendront dans son sein, dignes d'être citoyens d'un État libre et corrigés du délire des persécutions.

Français, il y a deux ans, ce même jour vit se terminer vos dissensions civiles, s'anéantir toutes les factions. Dès lors, vous pûtes concentrer toute votre énergie, embrasser tout ce qui est grand aux yeux de l'humanité, tout ce qui est utile aux yeux de la patrie. Partout le gouvernement fut votre guide et votre appui. Sa conduite sera constamment la même. Votre grandeur fait la sienne et votre bonheur est la seule récompense à laquelle il aspire.

Bonaparte.

Proclamation pour le 14 Juillet IS02.

L'année suivante, l'anniversaire du 14 juillet lui inspirait cette proclamation, où déhorde la juste fierté des grandes choses accomplies :

Paris, 2 1 messidor an X (14 juillet 1802)

Français,

Le 14 juillet commença en 1789 les nouvelles destinées de la France. Après treize ans de travaux, le 14 juillet revient plus cher pour vous, plus auguste pour la postérité. Vous avez vaincu tous les obstacles et vos destinées sont accomplies.

Au dedans, plus de tête qui ne fléchisse sous l'empire de l'égalité ; au dehors, plus d'ennemi qui menace votre sûreté et votre indépendance. Plus de colonie française qui ne soit soumise aux lois, sans lesquelles il ne peut exister de colonie (1).

Du sein de vos ports, le commerce appelle votre industrie et vous offre les richesses de l'univers ; dans l'intérieur, le génie de la République féconde tous les germes de prospérité.

Français, que cette époque soit pour nous et pour nos enfants l'époque d'un bonheur durable ; que cette paix s'embellisse par l'union des vertus, des lumières et des arts ; que les institutions assorties à notre caractère environnent nos lois d'une impénétrable enceinte ; qu'une jeunesse avide d'instruction aille dans nos lycées apprendre à connaître ses devoirs et ses droits ; que l'histoire de nos malheurs la garantisse des erreurs passées, et qu'elle conserve, au sein de la sagesse et de la concorde, cet édifice de grandeur qu'a élevé le courage des citoyens.

Tels sont les vœux et l'espoir du gouvernement français. Secondez ses efforts, et la félicité de la France sera immortelle comme sa gloire.

Bonaparte.

Pi oclamation pour le Concordat.

Le Concordat, négocié avec le pape Pie VII, venait d'être signé le 15 juillet isOl et appliqué en avril 1802. Bonaparte le présenta comme une grande mesure de pacification

1 1 1 Allusion à l'expédition qu'il venait d'envoyer contre Saint-Domingue, sous le commandement du général Leclerc.

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qui s'ajoutait à celles que venait de prendre le gouvernement.

27 germinal an X (17 avril 1802

Français,

Du sein d'une révolution inspirée par l'amour de la patrie éclatèrent tout à coup au milieu de vous des discussions religieuses qui devinrent le fléau de vos familles, l'aliment des factions et l'espoir de vos ennemis. Une politique insensée tenta de les étouffer sous les débris des autels, sous les ruines de la religion même. A sa voi.x cessèrent les pieuses solennités où les citoyens s'appelaient du doux nom de frères et se reconnaissaient tous égaux sous la main de Dieu qui les avait créés ; le mourant, seul avec sa douleur, n'entendit plus cette voix consolante qui appelle les chrétiens à une vie meilleure, et Dieu même semblait exilé de la nature.

Mais la conscience publique, mais le sentiment de l'indépendance des opinions se soulevèrent, et bientôt égarés par les ennemis du dehors, leur explosion porta le ravage dans nos départements. Des Français oublièrent qu'ils étaient Français et devinrent les instruments d'une haine étrangère. D'un autre côté, les passions déchaînées, la morale sans appui, le malheur sans espérance dans l'avenir, tout se réunissait pour porter le désordre dans la société.

Pour arrêter ce désordre, il fallait rasseoir la religion sur sa base ; et on ne pouvait le faire que par des mesures avouées par la religion même. C'était au souverain pontife que l'exemple des siècles et la raison commandaient de recourir pour rapprocher les opinions et réconcilier les cœurs. Le chef de l'Eglise a pesé, dans sa sagesse et dans l'intérêt de l'Église, les propositions que l'intérêt de l'État avait dictées ; sa voix s'est fait entendre aux pasteurs; ce qu'il approuve, le gouvernement l'a consenti et les législateurs en ont fait une loi de la République.

Ainsi disparaissent tous les éléments de discorde ; ainsi s'évanouissent tous les scrupules qui pouvaient alarmer les consciences et tous les obstacles que la malveillance pouvait opposer au retour de la paix intérieure. Ministres d'une religion de paix, que l'oubli le plus profond couvre vos dissensions, vos malheurs

et vos fautes ! Que cette religion qui vous unit, vous attache tous par les mêmes nœuds, par des nœuds indissolubles, aux intérêts de la patrie ! Déployez pour elle tout ce que votre ministère donne de force et d'ascendant sur les esprits ; que vos leçons et vos exemples forment les jeunes citoyens à l'amour de nos institutions, au respect et à l'attachement pour les autorités tutélaires créées pour les protéger ; qu'ils apprennent de vous que le Dieu de la paix est aussi le Dieu des armées, et qu'il combat avec ceux qui défendent l'indépendance et la liberté de la France.

Citoyens qui professez les religions protestantes, la loi a également étendu sur vous sa sollicitude. Que cette morale commune à tous les chrétiens, cette morale si sainte, si pure, si fraternelle, les unisse tous dans le même amour pour la patrie, dans le même respect pour ses lois, dans la même affection pour tous les membres de la grande famille! Que jamais des combats de doctrine n'altèrent ces sentiments que la religion inspire et commande! Français, soyons tous unis pour le bonheur de la patrie et pour le bonheur de l'humanité ! Que cette religion qui a civilisé l'Europe soit encore le lien qui en rapproche les habitants, et que les vertus qu'elle exige soient toujours associées aux lumières qui nous éclairent !

La République helvétique, qui avait remplacé, en 1798, la vieille Confédération, était livrée à des désordres intérieurs qui menaçaient de l'ouvrir à nos ennemis.

Bonaparte décida brusquement d'inter\'enir et le fit savoir à nos voisins par cette lettre magistrale :

Bonaparte, Premier Consul de la République française, aux dix-hint Cantons de la République helvétique.

Habitants de l'Helvétie,

Vous offrez depuis deux ans un spectacle affligeant. Des factions opposées se sont successivement emparées du pouvoir. Elles ont signalé leur empire passager par un système de partialité qui accusait leur faiblesse et leur inhabileté.

Vous vous êtes disputés trois ans sans vous entendre ; si l'on vous abandonne plus longtemps à vous-mêmes, vous vous tuerez trois ans sans vous entendre davantage. Votre histoire

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prouve d'ailleurs que vos guerres intestines n'ont jamais pu se terminer que par l'intervention efficace de la France.

Il est vrai que j'avais pris le parti de ne me mêler en rien de vos affaires. J'avais vu constamment vos différents gouvernements me demander des conseils et ne pas les suivre, et quelquefois abuser de mon nom, selon leurs intérêts et leurs passions.

Mais je ne puis ni ne dois rester insensible au malheur auquel vous êtes en proie. Je reviens sur ma résolution, je serai le médiateur de vos différends ; mais ma médiation sera efficace, telle qu'il convient aux grands peuples au nom desquels je parle.

Habitants de l'Helvétie, revivez à l'espérance! Votre patrie est sur le bord du précipice ; elle en sera immédiatement tirée ; tous les hommes de bien seconderont ce généreux projet.

Mais si, ce que je ne puis penser, il était parmi vous un grand nombre d'individus qui eussent assez peu de vertu pour ne pas sacrifier leurs passions et leurs préjugés à l'amour de la patrie, peuples de l'Helvétie, vous seriez bien dégénérés de vos pères.

Il n'est aucun homme sensé qui ne voie que la médiation dont je me charge est pour l'Helvétie un bienfait de cette Providence qui, au milieu de tant de bouleversements et de chocs, a toujours veillé à l'existence et au maintien de votre nation, et que cette médiation est le seul moyen qui vous reste pour sauver l'une et l'autre.

Car il est temps enfin que vous songiez que, si le patriotisme et l'union de vos ancêtres fondèrent votre République, le mauvais esprit de vos factions, s'il continue, la perdra infailliblement, et il serait pénible de penser qu'à une époque où plusieurs républiques se sont élevées, le destin eût marqué la fin d'une des plus anciennes. (8 vendémiaire an XI — 20 septembre 1802) (1).

Exposé de la situation de la République. — Message au Sénat et au Corps législatif.

Paris, I'-' ventôse an XI 20 février i8o?).

Les événements n'ont pas trompé les vœux et l'attente du gouvernement. Le Corps législatif, au moment où il reprend

(i) Cette intervention aboutit à un Acte de médiation signé le 19 février 1S05 et qui permit à Napoléon d'ajouter à ses titres celui de « médiateur de la République helvétique » .

ses travaux, retrouve la République forte de l'union des citoyens, plus active dans son industrie, plus confiante dans sa prospérité.

L'exécution du Concordat, sur laquelle les ennemis de l'ordre public avaient fondé de coupables espérances, a donné presque partout les résultats les plus heureux. Les principes d'une religion éclairée, la voix du souverain Pontife, la constance du gouvernement ont triomphé de tous les obstacles. Des sacrifices mutuels ont réuni les ministres du culte; l'Église gallicane renaît par les lumières et la concorde, et déjà un changement heureux se fait sentir dans les mœurs publiques. Les opinions et les causes se rapprochent, l'enfance redevient plus docile à la voix des parents, la jeunesse est soumise à l'autorité des magistrats ; la conscription s'exécute aux lieux où le nom seul de la conscription soulevait les esprits, et servir la patrie est une partie de la religion.

L'instruction publique, cet appui nécessaire des sociétés, est partout demandée avec ardeur. Déjà s'ouvrent plusieurs lycées ; déjà, comme le gouvernement l'avait prévu, une multitude d'écoles particulières s'élèvent au rang d'écoles secondaires. Tous les citoyens sentent qu'il n'est point de bonheur sans les lumières : que, sans talents et sans connaissances, il n'y a d'égalité que celle de la misère et de la servitude.

Une école militaire recevra de jeunes défenseurs de la patrie ; soldats, ils apprendront à supporter la vie des camps et les fatigues de la guerre ; par une longue obéissance, ils se formeront à l'art de commander, et apporteront aux armées la force et la discipline unies aux connaissances et aux talents.

Dans les lycées comme dans l'École militaire la jeunesse des départements nouvellement incorporés à la République vivra confondue avec la jeunesse de l'ancienne France; de là, fusion des esprits et des mœurs ; de là, communication des habitudes et des caractères ; du mélange des intérêts, des ambitions et des espérances, naîtra cette fraternité qui, de plusieurs peuples, ne fera qu'un seul peuple, destiné par sa position, par son courage, par ses vertus, à être le lien de l'Europe.

L'Institut national, qui a sa puissance sur l'instruction publique, a reçu une direction plus utile et désormais il déployera sur le caractère de la nation, sur la langue, sur les sciences, sur les lettres et les arts une influence plus active.

Pour assurer la stabilité de nos institutions naissantes, pour éloigner des regards des citoyens ce spectre de la discorde qui leur apparaissait encore dans le retour périodique des élections

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à la suprême magistrature, les amis de la patrie appelaient le Consulat à vie sur la tête du premier magistrat. Le peuple consulté a répondu à leur appel, et le Sénat a proclamé la volonté du peuple...

Dans l'intérieur de la France régnent le calme et la sécurité. La vigilance des magistrats, une justice sévère, une gendarmerie fortement constituée et dirigée par un chef qui a vieilli dans la carrière de l'honneur ont imprimé partout la terreur aux brigands. L'intérêt particulier s'est élevé jusqu'au sentiment de l'intérêt public. Les citoyens ont osé attaquer ceux qu'autrefois ils redoutaient, lors même qu'ils étaient enchaînés au pied des tribunaux ; des communes entières se sont armées et les ont détruits. L'étranger envie la sécurité de nos routes et cette force publique qui, souvent invisible, mais toujours présente, veille sur ses pas et le protège sans qu'il le réclame.

Après avoir exposé les heureux résultits obtenus dans le domaine administratif, le message se plaît à signaler les progrès de la prospérité matérielle.

Nos fabriques se multiplient, s'animent et s'éclairent ; émules entre elles, bientôt sans doute elles seront rivales des fabriques les plus renommées de l'étranger. 11 ne manque désormais à leur prospérité que des capitaux moins chèrement achetés ; mais déjà les capitaux abandonnent les spéculations hasardeuses de l'agiotage et retournent à la terre et aux entreprises utiles. Plus de vingt mille ouvriers français, qui étaient dispersés dans l'Europe, sont rappelés par les soins et par les bienfaits du gouvernement, et vont être rendus à nos manufactures.

Parmi nos fabriques; il en est une, plus particulière à la France, que Colbert échauflfa de son génie. Elle avait été ensevelie sous les raines de Lyon. Le gouvernement a mis tous ses soins à l'en tirer. Lyon renaît à la splendeur et à l'opulence, et déjà, du sein des ateliers, ses fabricants imposent des tributs au luxe de l'Europe. Mais le principe de leur succès est dans le luxe même de la France. C'est dans la mobilité de nos goûts et dans l'inconstance de nos modes que le luxe étranger doit trouver son aliment ; c'est là ce qui fait mouvoir et vivre une population immense, qui, sans cela, irait se perdre dans la corruption et dans la misère.

Quatorze millions, produit de la taxe des barrières, et dix millions d'extraordinaire ont été, pendant l'an X, employés

aux routes publiques. Les anciennes communications ont été réparées et entretenues. Des communications nouvelles ont été ouvertes. Le Simplon, le mont Cenis, le mont Genèvre nous livreront bientôt un triple et facile accès en Italie. Un grand chemin conduira de Gênes à Marseille. Une route est tracée du Pont Saint-Esprit à Gap ; une autre de Rennes à Brest par Pontivy. A Pontivy s'élèvent des établissements qui auront une grande influence sur l'esprit public des départeme.nts dont se composait l'ancienne Bretagne ; un canal y portera le commerce et une prospérité nouvelle.

Notre commerce maritime recherche les traces de ses anciennes liaisons, en forme de nouvelles, s'enhardit par des essais. Déjà, une heureuse expérience et des encouragements ont ranimé les armements pour la pêche, qui fut longtemps le patrimoine des Français. Des expéditions commerciales plus importantes sont faites ou méditées pour les colonies occidentales, pour l'Ile-de- France, pour les Indes. Marseille reprend sur la Méditerranée son ancien ascendant.

Sur le continent, tout nous offre des gages de repos et de tranquillité.

La République italienne, depuis les comices de Lyon, se fortifie par l'union toujours plus intime des peuples qui la composent. L'heureux accord des autorités qui la gouvernent, son administration intérieure, sa force militaire lui donnent déjà le caractère et l'attitude d'un Etat formé depuis longtemps et, si la sagesse les conserve, ils lui garantissent une destinée toujours plus prospère.

De nouvelles secousses ont ébranlé la République helvétique. Le gouvernement devait son secours à des voisins dont le repos importe à son repos ; et il fera tout pour assurer le succès de sa médiation et le bonheur d'un peuple dont la position, les habitudes et les intérêts font l'allié nécessaire de la France.

La Batavie rentre successivement dans les colonies que la paix lui a conservées. Elle se souviendra toujours que la France ne peut être pour elle que l'amie la plus utile ou l'ennemie la plus funeste.

En Allemagne se consomment les dernières stipulations du traité de Lunéville...

Le gouvernement garantit à la nation la paix du continent et il lui est permis d'espérer la continuation de la paix maritime. Cette paix est le besoin et la volonté de tous les peuples. Pour la conserver, le gouvernement fera tout ce qui est compa-

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tible avec l'honneur national, essentiellement lié à la stricte exécution des traités.

Mais en Angleterre deux partis se disputent le pouvoir. L'un a conclu la paix et paraît décidé à la maintenir. L'autre a juré à la France une haine implacable ; de là, cette fluctuation dans les opinions et dans les conseils et cette attitude à la fois pacifique et menaçante.

Tant que durera cette lutte des partis, il est des mesures que la prudence commande au gouvernement de la République. Cinq cent mille hommes doivent être et seront prêts à la défendre et à la venger. Étrange nécessité que de misérables passions imposent à deux nations qu'un intérêt égal et une égale volonté attachent à la paix !

Quel que soit à Londres le succès de l'intrigue, elle n'entraînera pas d'autres peuples dans des ligues nouvelles, et le gouvernement le dit avec un juste orgueil : seule, l'Angleterre ne saurait aujourd'hui lutter contre la France.

Mais ayons de meilleures espérances et croyons plutôt qu'on n'écoutera dans le cabinet britannique que les conseils de la sagesse et la voix de l'humanité. Oui, sans doute, la paix se consolidera tous les jours davantage, les relations des deux gouvernements prendront ce caractère de bienveillance qui convient à leurs mutuels intérêts ; un heureux repos fera oublier les longues calamités d'une guerre désastreuse, et la France et l'Angleterre, en faisant leur bonheur réciproque, mériteront la reconnaissance du monde entier.

Bonaparte (i).

Espérances peu fondées, car les difficultés renaissaient entre les deux pays et faisaient prévoir une rupture inévitable.

La même éloquence, peut-être avec un ton plus haut, va se retrouver dans les écrits de l'Empire.

II) Correspondance, t. VIII, t>iOi.

Discours au Sénat (1" vendémiaire an XIV — 23 septembre 1805); avant de partir pour la campagne de I805, contre l'Autriche.

Sénateurs,

Dans les circonstances présentes de l'Europe, j'éprouve le besoin de me trouver au milieu de vous et de vous faire connaître mes sentiments.

Je vais quitter ma capitale pour me mettre à la tête de l'armée, porter un prompt secours à mes alliés et défendre les intérêts les plus chers de mes peuples.

Les vœux des éternels ennemis du continent sont accomplis. La guerre a commencé au milieu de l'Allemagne. L'Autriche et la Russie se sont réunies à l'Angleterre, et notre génération est entraînée de nouveau dans toutes les calamités de la guerre. Il y a peu de jours que j'espérais encore que la paix ne serait pas troublée ; les menaces et les outrages m'avaient trouvé impassible; mais l'armée autrichienne a passé l'Inn, Munich e?t envahie, l'électeur de Bavière est chassé de sa capitale ; toutes mes espérances se sont évanouies.

C'est dans cet instant que s'est dévoilée la méchanceté des ennemis du continent. Ils craignaient encore la manifestation de mon profond amour pour la paix ; ils craignaient que l'Autriche, à l'aspect du gouffre qu'ils avaient creusé sous ses pas, ne revînt à des sentiments de justice et de modération. Ils Vont précipitée dans la guerre. Je gémis du sang qu'il va en coiiter à l'Europe. Mais le nom français en obtiendra un nouveau lustre.

Sénateurs, quand, à votre vœu, à la voix du peuple français tout entier, j'ai placé sur ma tête la couronne impériale, j'ai reçu de vous, de tous les citoyens, l'engagement de la maintenir pure et sans tache. Mon peuple m'a donné, dans toutes les circonstances, des preuves de sa confiance et de son amour ; il volera sous les drapeaux de son Empereur et de son armée qui, dans peu de jours, auront déjà passé les frontières.

Magistrats, soldats, citoyens, tous veulent maintenir la patrie hors de l'influence de l'Angleterre, qui, si elle prévalait, ne nous accorderait qu'une paix environnée d'ignominie et de honte, et dont les principales conditions seraient l'incendie de nos

flottes, le comblement de nos ports et l'anéantissement de notre industrie.

Toutes les promesses que j'ai faites au peuple français, je les ai tenues ; le peuple français, à son tour, n'a pris aucun engagement avec moi qu'il'n'ait surpassé. Dans cette circonstance, si importante pour sa gloire et la mienne, il continuera de mériter ce nom de Grand Peuple dont je le saluai au milieu des champs de bataille.

Français, votre Empereur fera son devoir, mes soldats feront le leur, faites le vôtre.

Il prétendait tirer rEsn:igne de sa torpeur, comme il avait arraché la Suisse aux discordes intestines, et il adressait aux Espagnols, de même qu'en 1802 aux dix-huit Cantons, cet appel qui ne fut pas entendu :

Proclamation aux Espagnols (I8O8).

Espagnols, après une longue agonie, votre nation périssaTt. J'ai vu vos maux. Je vais y porter remède. Votre grandeur, votre puissance fait partie de la mienne.

Vos princes m'ont cédé tous leurs droits à la couronne des Espagnes. Je ne veux point régner sur vos provinces, mais je veux acquérir des titres éternels à l'amour et à la reconnaissance de la postérité. Votre monarchie est vieille ; ma mission est de la rajeunir. J'améliorerai vos institutions, et je vous ferai jouir, si vous me secondez, des bienfaits d'une réforme sans froissements, sans désordres, sans convulsions.

Espagnols, j'ai fait convoquer une assemblée générale des députations des provinces et des villes. Je veux m'assurer par moi-même de vos désirs et de vos besoins.

Je déposerai alors tous mes droits, et je placerai votre glorieuse couronne sur la tête d'un autre moi-même en vous garantissant une constitution qui concilie la sainte et salutaire autorité du souverain avec les libertés et les privilèges du peuple.

Espagnols, souvenez-vous de ce qu'ont été vos pères. Voyez ce que vous êtes devenus. La faute n'en est pas à vous, mais à la mauvaise administration qui vous a régis. Soyez pleins d'espoir et de confiance dans les circi>nstances actuelles, car je veux que

VOS derniers neveux conservent mon souvenir et disent : « Il est le régénérateur de notre patrie. »

Donné en notre palais impérial et royal de Bayonne, le 25 mai 1808 (i).

Ouverture de la Session législative (3 décembre 1809).

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, depuis votre dernière session, j'ai soumis l'Aragon et la Castille, et chassé de Madrid le gouvernement factieux formé par l'Angleterre. Je marchais sur Cadix et Lisbonne, lorsque j'ai dû revenir sur mes pas et planter mes aigles sur les remparts de Vienne. Trois mois ont vu naître et se terminer cette quatrième guerre punique (2). Accoutumé au dévouement et au courage de mes armées, je ne peux cependant, dans cette circonstance, ne pas reconnaître les preuves particulières d'amour que m'ont données mes soldats d'Allemagne.

Le génie de la France a conduit l'armée anglaise ; elle a terminé ses destins dans les marais pestilentiels de Walcheren. Dans cette importante circonstance, je suis resté éloigné de quatre cents lieues, certain de la nouvelle gloire qu'allaient acquérir mes peuples et du grand caractère qu'ils allaient déployer. Mes espérances n'ont pas été trompées. Français, tout ce qui voudra s'opposer à vous sera vaincu et soumis ; votre grandeur s'accroîtra de toute la haine de vos ennemis. Vous avez devant vous de longues années de gloire et de prospérité à parcourir. Vous avez la force et l'énergie de l'Hercule des anciens.

J'ai réuni la Toscane à l'Empire. Ces peuples en sont dignes par la douceur de leur caractère, par l'attachement que nous ont toujours montré leurs ancêtres et par les services qu'ils ont rendus à la civilisation européenne.

L'histoire m'a indiqué la conduite que je devais tenir envers Rome. Les papes, devenus souverains d'une partie de l'Italie,

(i) Ce fut son frère aîné Joseph, successeur des Bourbons de Naples en 1806, qui fut chargé bien malgré lui de remplacer les Bourbons d'Espagne. Il dut y renoncer en 1813.

( z ) Guerre soudoyée par l'Angleterre qu'il compare souvent à Carthage, et terminée par la paix de"Vienne, 14 octobre.

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se sont constamment montrés les ennemis de toute puissance prépondérante dans la Péninsule. Ils ont employé leur puissance spirituelle pour lui nuire. Il m'a donc été démontré que l'influence spirituelle exercée dans mes Etats par un souverain étranger était contraire à l'indépendance de la France, à la dignité et à la sûreté de mon trône. Cependant, comme je reconnais la nécessité de l'influence spirituelle des descendants du premier des pasteurs, je n'ai pu concilier ces grands intérêts qu'en annulant la donation des empereurs français mes prédécesseurs (1) et en réunissant les États romains à la France.

Par le traité de Vienne, tous les rois et souverains mes alliés, qui m'ont donné tant de témoignages de la constance de leur amitié, ont acquis et acquerront un nouvel accroissement de territoire.

Les provinces Illyriennes portent sur la Save les frontières de mon grand Empire. Contigu avec l'empereur de Constantinople, je me trouverai en situation naturelle de surveiller les premiers intérêts de mon commerce dans la Méditerranée, l'Adriatique et le Levant. Je protégerai la Porte, si la Porte s'arrache à la funeste influence de l'Angleterre ; je saurai la punir si elle se laisse dominer par des conseils astucieux et perfides.

J'ai voulu donner une nouvelle preuve de mon estime à la nation helvétique en joignant à mes titres celui de son Médiateur, et mettre un terme à toutes les inquiétudes que l'on cherche à répandre parmi cette brave nation.

La Hollande, placée entre l'Angleterre et la France, en est également froissée. Cependant elle est le débouché des principales artères de mon Empire. Des changements deviendront nécessaires ; la sûreté de mes frontières et l'intérêt bien entendu des deux pays l'exige impérieusement.

La Suède a perdu, par son alliance avec l'Angleterre, après une guerre désastreuse, la plus belle et la plus importante de ses provinces. Heureuse cette nation si le prince sage qui la gouverne aujourd'hui eût pu monter sur le trône quelques années plus tôt ! Cet exemple prouvera de nouveau aux rois que l'alliance avec l'Angleterre est le présage le plus certain de leur ruine.

Mon allié et ami, l'empereur de Russie, a réuni à son vaste

(il Regarder Pépin le Bref et Cliarlemagne comme des « empereurs français et ses « prédécesseurs », c'est une de ses plus jolies trouvailles.

empire la Finlande, la Moldavie, la Valachie et un district de la Galicie. Je ne suis jaloux de rien de ce qui peut arriver de bien à cet empire. Mes sentiments pour son illustre souverain sont d'accord avec ma politique.

Lorsque je me montrerai au delà des Pyrénées, le Léopard épouvanté (1) cherchera l'Océan pour éviter la honte, la défaite et la mort. Le triomphe de mes armes sera le triomphe du génie du bien sur celui du mal, de la modération, de l'ordre, de la morale sur la guerre civile, l'anarchie et les passions malfaisantes. Mon amitié et ma protection rendront, je l'espère, la tranquillité et le bonheur au peuple des Espagnes.

Messieurs les députés des départements au Corps législatif, j'ai chargé mon ministre de l'intérieur de vous faire connaître l'histoire de la législation, de l'administration et des finances dans l'année qui vient de s'écouler. Vous y verrez que toutes les pensées que j'ai conçues pour l'amélioration de mes peuples se sont suivies avec la plus grande activité; que dans Paris, comme dans les parties les plus éloignées de mon empire, la guerre n'a apporté aucun retard dans les travaux. Les membres de mon Conseil d'État vous présenteront différents projets de lois et, spécialement, la loi sur les finances. Vous y verrez leur état prospère. Je ne demande à mes peuples aucun nouveau sacrifice, quoique les circonstances m'aient obligé à doubler mon état militaire. {Correspondance, t. XX.)

Discours du 19 décembre I813.

Après les revers de la campagne de 1813, au moment où l'invasion approchait de la France, il ouvrait en ces termes la session législative :

Sénateurs, conseillers d'État, députés des départements au Corps législatif, d'éclatantes victoires ont illustré les armées françaises dans cette campagne ; des défections sans exemple ont rendu nos victoires inutiles. Tout a tourné contre nous. La France même serait en danger sans l'énergie des Français.

Dans cts, circonstances, ma première pensée a été de vous appeler près de moi. Mon cœur a besoin de la présence et de l'affection de mes sujets.

(i) Le Léopard, c'est l'Angleterre. Encore une de ses métaphores. Il ne retourna pas dans la péninsule, comme il se le promettait.

Je n'ai jamais été séduit par la prospérité. L'adversité me trouverait au-dessus de ses atteintes.

J'ai plusieurs fois donné la paix aux nations lorsqu'elles avaient tout perdu. D'une part de mes conquêtes, j'ai élevé des trônes pour des rois qui m'ont abandonné.

J'avais conçu et exécuté de grands desseins pour la prospérité et le bonheur du monde. Monarque et père, je sens ce que la paix ajoute à la sécurité des trônes et à celle des familles (1). Des négociations ont été entamées avec les Puissances coalisées. Rien ne s'oppose de ma part au rétablissement de la paix. Je connais et je partage tous les sentiments des Français. Je dis : des Français, parce qu'il n'en est aucun qui désirât la paix au prix de l'honneur.

Sénateurs, conseillers d'État, députés des départements au Corps législatif, vous êtes les organes naturels de ce trône. C'est à vous de donner l'exemple d'une énergie qui recommande notre génération aux générations futures. Qu'elles ne disent pas de nous : « Ils ont sacrifié les premiers intérêts du pays ! Ils ont reconnu les lois que l'Angleterre a cherché, en vain, pendant quatre siècles, à imposer à la France. »

Mes peuples ne peuvent craindre que la politique de leur Empereur trahisse jamais la gloire nationale. De mon côté, j'ai la confiance que les Français seront constamment dignes d'eux et de moi.

A ce discours, le Sénat répondit par une adresse qui exprimait tout son dévouement aux volontés impériales. Le Corps législatif, au contraire, affecta une indépendance inattendue. Dans son adresse, rédigée par M. Laîné, député de Bordeaux, il demanda à prendre connaissance ' des intérêts politiques de l'Etat --^ et se permit d'émettre < le vœu du pays pour la paix -j.

Le moment était bien choisi! La Chambre fut aussitôt prorogée, son adresse supprimée; et, dans la réception du V' janvier 1814, aux Tuileries, les députés qui étaient venus présenter leurs hommages subirent une semonce retentissante.

(i~» Langage qui venait un peu tard.

Aux Tuileries {\^^ janvier 1814).

Députés des départements, vous pouviez faire beaucoup de bien et vous avez fait beaucoup de mal. Deux batailles perdues en Champagne eussent été moins funestes. Est-ce bien le moment de me faire des remontrances quand deux cent mille cosaques franchissent les frontières?...

Que voulez- vous .'' Vous emparer du pouvoir.^ Mais qu'en feriez- vous .' Qui de vous pourrait l'exercer.' Avez- vous oublié les Assemblées de la Révolution.' Ce ne sont pas des orateurs qu'il faut maintenant à la France, c'est un général. Y en a-t-il un parmi vous?

Et, d'ailleurs, qui êtes-vous, pour parler ainsi? Le peuple ne vous connaît pas. Il ne connaît que moi, quatre fois choisi par lui, et chaque fois avec cinq millions de suffrages. Vous parlez du trône ; mais qu'est-ce que le trône? Quelques pièces de bois recouvertes de velours. Tout dépend de celui qui s'y asseoit. Le trône, c'est un homme, et cet homme, c'est moi avec ma volonté, mon caractère et ma renommée.

Si vous aviez des plaintes à élever, il fallait attendre une autre occasion. Mais l'explication aurait eu lieu entre nous. Quand on veut laver son linge sale, on le fait en famille, et non en public.

Votre M. Laîné est un méchant homme. // est vendu à V Angleterre. J'aurai l'œil sur lui. Du reste, je ne me défie pas de vous en masse. Les onze douzièmes de vous sont excellents, mais ils se laissent conduire par des meneurs. Retournez dans vos départements ; allez dire à la France que, quoi qu'on lui dise, c'est à elle qu'on fait la guerre auta)it qu'à moi, et qu'il faut qu'elle défende, non pas ma personne, mais son existence nationale. Bientôt, je vais me mettre à la tête de l'armée; je rejetterai l'ennemi hors du territoire et je conclurai la paix, quoi qu'il en puisse coûter à ce que vous appelez mon ambition. C'est alors que je vous rappellerai auprès de moi.

On sait à quoi aboutit la campagne de France.

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