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CHAPITRE V[!l

LA <' CORRESPONDANCE > ET CE qu'on y trouve

/. L'universalité de l'esprit de Napoléon. — II. Le théâtre. — ///. La poésie, l littér titre et l'histoire. — IV. L' éducation des filles. — V. Les beaux-arts.

Pendant cette existence promenée d'un bout à l'autre de l'Europe, Napoléon trouvait le temps d'ajouter aux Proclamations, aux Bulletins, aux Discours, au dépouillement des rapports de toute espèce, la plus active, la plus copieuse et aussi la plus intéressante correspondance qu'on puisse attendre d'un homme d'Etat. Dans ces lettres, dont nous ne possédons d'ailleurs qu'une partie, Napoléon se découvre tout entier avec sa vivacité d'esprit, son humeur impérieuse, son despotisme tracassier, mais aussi avec sa lucidité admirable, son jaillissement d'idées et sa haute raison politique. Enfin, on ne le connaissait comme écrivain qu'avec \t Moniteur et les ouvrages de Sainte-Hélène. La Correspondance est venue confirmer ses qualités littéraires et achever sa réputation.

Cette correspondance porte sur tous les sujets : guerre, politique, administration, finances, etc. Laissons tout cela, et demandons-lui seulement ce qu'on sera surpris d'y trou-

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ver : des vues personnelles sur la littérature, l'histoire, la pédagogie, les beaux-arts et les questions religieuses.

il avait, comme nous le savons, beaucoup lu. Il aimait les lettres et se piquait de goût littéraire, à l'occasion même de critique dramatique. C'est ainsi qu'il écrivait à Fouché, de Milan, le l*^^' juin 1805 :

... Il me paraît que le succès des Templiers (1) dirige les esprits sur ce point de l'histoire de France. Cela est bien, mais je ne crois pas qu'il faille laisser jouer des pièces dont les sujets seraient pris dans des temps trop près de nous. Je lis dans un journal qu'on veut jouer une tragédie de Henri IV. Cette époque n'est pas assez éloignée pour ne point réveiller des passions. La scène a besoin d'un peu d'antiquité, et, sans trop porter de gêne sur le théâtre, je pense que vous devez empêcher cela, sans faire paraître votre intervention. Vous pourriez en parler à M. Raynouard qui paraît avoir du talent. Pourquoi n'engageriez-vous pas M. Raynouard à faire une tragédie du passage de la première à la seconde race? Au lieu d'être un tyran, celui qui lui succéderait serait le sauveur de la nation. C'est dans ce genre de pièces surtout que le théâtre est neuf, car sous l'ancien régime on ne les aurait pas permises (2). L'oratorio de Saul n'est pas autre chose. C'est un grand homme succédant à un roi dégénéré. Etc.

L'année suivante, le succès de Raynouard lui inspirait encore ces réflexions envoyées du fond de la Pologne.

De Pultusk, le ?i décembre i8oc>.

M. Raynouard est très capable de faire de bonnes choses, s'il se pénètre bien du véritable esprit de la tragédie chez les

(i) Les Templiers, tragédie de Ravnouard, représentée avec un grand succès (i8oO.

(2) si. La preuve en est dans cet essai de théâtre national, au dix-huitième siècle, marqué par les pièces de Belloy (le Siège de Qjljis. 1765 ; diston et Bayard, \11i)\ et quelques pièces de Voltaire (Zaïre, Tancride, etc.).

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