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LE THÉÂTRE

anciens. La fatalité poursuivait la famille des Atrides, et les héros étaient coupables sans être criminels. Ils partageaient les crimes des dieux.

Dans l'histoire moderne, ce moyen ne peut être employé. Celui qu'il faut employer, c'est la nature des choses ; c'est la politique qui conduit à des catastrophes, sans des crimes réels (1). M. Raynouard a manqué cela dans les Templiers. S'il eût suivi ce principe, Philippe le Bel aurait joué un beau rôle ; on l'eût plaint et on eût compris qu'il ne pouvait faire autrement. Tant que le canevas d'une tragédie ne sera pas établi sur ce principe, elle ne sera pas digne de nos grands maîtres. Rien ne montre davantage le peu de connaissance que beaucoup d'auteurs font voir des ressorts et des moyens de la tragédie que les procès criminels qu'ils établissent sur la scène.

11 faudrait du temps pour développer cette idée et vous sentez que j'ai autre chose à penser. Toutefois, je crois l'auteur des Templiers capable de faire de bonnes choses. {Correspondance, t. XIV.)

Richelieu écrivait des tragédies. Napoléon se bornait à la critique dramatique. Plus tard il osa davantage. A Sainte- Hélène, il se donna le plaisir de corriger une tragédie de Voltaire, Mahomet.

Ce n'est pas qu'il trouve la pièce mauvaise. Au contraire. Elle était de celles qui furent jouées à Erfurt en 1 808. Sa critique porte principalement sur le caractère du prophète, suivant lui injustement déprécié par Voltaire, et ravalé au niveau d'un vulgaire empoisonneur.

Quoi, Mahomet qui a détruit les faux dieux, renversé le temple des idoles dans la moitié du monde, propagé plus que qui que ce soit la connaissance d'un seul Dieu dans l'univers ; Mahomet considéré comme prophète à Constantinople, à Delhi, au grand Caire, au Maroc ; Mahomet ne serait arrivé à ces grands résultats que par les moyens qu'ont employés les Damiens et les Bastide, pour s'emparer de la succession de leurs voisins.''

Pour que l'ouvrage de Mahomet soit vraiment digne de la scène française, il faut qu'il puisse être lu sans indignation aux

( 1 1 Pas très claire, cette théorie.

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yeux des hommes éclairés de Constantinople comme de Paris. Mahomet fut un grand homme ; intrépide soldat, avec une poignée de monde il triompha au combat de Bender (1) ; grand capitaine, éloquent, grand homme d'État, il régénéra sa patrie et créa, au milieu des déserts de l'Arabie, un nouveau peuple et une nouvelle puissance.

La situation des esprits et la force des factions dans la Mecque n'est pas suffisamment développée. La politique de Mahomet est à peine et très faiblement tracée.

Bref, il propose de supprimer l'amour de Mahomet pour Palmyre, inutile et comme hors d'œuvre , de supprimer ça et là quelques vers, enfin de remanier tout le cinquième acte (2).

A la gloire des armes et de la politique Napoléon aurait voulu joindre celle des lettres, comme Louis XIV. Mais il se plaignait de ne pas rencontrer autour de lui les talents qu'il souhaitait.

Il écrivait un jour à Champagny, ministre de l'Intérieur : « M. de Champagny, la littérature a besoin d'encouragements. Vous en êtes le ministre. Proposez-moi quelques moyens pour donner une secousse k toutes les branches différentes des belles-lettres qui ont de tout temps illustré la nation. » (De Posen, 12 décembre 1806.)

Champagny proposa donc des moyens qui parurent sans doute insuffismts, car l'Empereur revint à la charge. Le ministre se remit au travail et envoya deux nouveaux rapports, le 2 avril 1807. Ils nous valent d'ingénieuses réflexions sur les ouviages de l'esprit, la poésie, l'enseigne-

' \\ Il a voulu dire Bidcr. Il confond avec ses souvenirs de l'histoire de Charles XII.

121 Voir Mémorial \\ III, avril 18161, et Marchand, Précis du guerres dt César, qui donne, à la suite, les corrections impériales.

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