LE FILS
On diicùt que la vie à la mort s'y mélange :
Voyez-vous comme moi celte couleur étrange?
Quel germe destructeur, sous l'écorce agissant,
A sitôt délloré ce fruit adolescent?
Assailli malgré moi d'un effroi salutaire.
Je n'ose pour moi-même éclaircir ce mystère;
Le noir conseil des cours, aux peuples défendu.
Est un profond abime où nul n'est descendu ;
Invisible dépôt, il est dans chaque empire
Une énigme, un secret qui jamais ne transpire :
C'est ce secret d'État que, sur le crucifix,
Les rois en expirant révèlent à leurs fils.
Faut-il vous répéter un effroyable doute?
Écoutez; ou plutôt, que personne nécoute :
S'il est vrai qu'à ta cour, malheureux nourrisson !
La moderne Locuste ait transmis sa leçon.
Cette horrible pâleur, sinistre caractère.
Annonce de ton sang le mal hériditaire.
Et peut-être aujourd'hui méthodique assassin.
Le cancer politique est déjà dans ton sein.
I)K I/HOM.MK. 21)7
Mais non; niun ànio, en \ain de teriour^ ohseJee, Repousse en frissonnani une infernale idée; .rainie mieux accuser 1 étude aux lonj^ues nuits. Des souvenirs amers ou de vap^ues ennuis. Comme une jeune plante à la tijje légère, Que poussa Touragan sur la teiif* étrangèi-e. Loin du sol paternel languit, et ne produit Que des fleurs sans pai'fum et des boutons san> iniit Sans doute Torphelin que la grande tempête l']niporta vers le Nord dans son berceau de fête. Aujourd hui, comprimant de cuisantes douleurs. Tourne vers l'Occident des yeux chargés de pleuis.
0 chute désastreuse et sitôt îinieiiée!
C'était hiei' encor la pompeuse journée
Où le grand chancelier, au fiacas du ciiikmi.
Aux iastes de Tempire associait son nom ;
Cest I]iei' qu'à Paris, sans gardes, sans défense.
Il conviait \v peuple aux jeux de son enfance;
^2î)S LE FILS
Va le peuple, attentif aux mots qu'il épelait, Souriait à sa bouche encor blanche de lait. D'autres fois, agitant une soyeuse rêne, Sur la terrasse unie où se mire la Seine ' Il guidait de ses mains, dans la tiède saison, Deux paisibles coursiers à la blanche toison, Dans le temps que son père, entraînant dix armées, Écrasait sous son char les villes consumées.
Hélas ! tout fut détruit : le faible avec le fort ; Dans son mortier de fer, Tinexorable sort, Sous un marteau d'airain pila comme du verre lit le jouet d'enfant et le char de la guerre ; Et dans ce jour suprême où les rois, sur Paris Débordaient des soldats de leur gloire surpris. Quand, pour chercher au loin une ville meilleure, Il lui fallut quitter la royale demeure, () prodige inoui! l'orphelin bégayant Sembla prophétiser un oracle elfrayant.
DE LIKLAIMK
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IN»ui" Ja j)i('Jiii('i(' luis, iii(lu(;il(j el laroiidio,
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Il SLM'i'ail Montesquioii de s(>s bras (^nfaiiliii;
l'Ii hicn . ioii.'ïU'nips iiicuriri pai' rc précoce ora^jc. Il a cru, loiilel'ois, en stalnro, ou coura(ije;
ÔOO
LE KILS
Aujoiirdliui, le plus beau des princes de sa cour, De la ville étrangère il a conquis Tamour. Oh ! si d'autres destins eussent régi le monde ! S'il sortait du cercueil qui dort au sein de Tonde ! S'il vivait! s'il pouvait, encore à son midi. Contempler sous ses yeux son jeune fils grandi! Quels baisers sortiraient de ses lèvres de flamme, Quel océan de joie abreuverait son âme! Lui qui, sur un roc nu, de douleurs consumé. Réchauffait de ses pleurs un buste inanimé , Il verrait dans ce fils, qu'il laissa si débile, Ressortir de son sang le type indélébile. On dit que, jeune encor, pensif et soucieux. De ses hochets d'enfant il détournait les yeux : Que d'un sauvage instinct sa grande àme frappée Tressaillait C(unme Achille à l'aspect d'une épée ; Aujourd'hui, que du temps les rapides efforts Ont allié la grâce aux forces de son corps, Comme le jeune aiglon qui sent croître sa serre, Avide des plaisirs images de la guerre.
A iiiurr-.Tun Wmu'. :> ln,n<-liir un n.Mn. Il pousse linnluii.'iil ^uu touiMcr liau^^KiHU
Heureux quand, Ub,e euliu do ses Uisles études, Exerçant à son gié ces nobles habitudes. Dans une immense plaine il étend son essor! Mais lombraf,eux pouvoir d un austère mentor Redoute, dans ce cœur (dein de vie et de sève. Ces arts ambitieux par qui Hiommc séléve :
Ail lieu (le ci'^ loisirs que le S()n])(;(Hi pi'oseiil, Les [)i'()l)]eiiies (IKinlide absorbent son esj)i'iL VA (i(^s soins xioilants. ou la peur se décèle. De celle ànie inllaïuinahic cloiinuMil rcliucellc
Insensés! à quoi bon ees pénibles délouis?
Pour soustraire à ses yeux l'histoire de nos jours.
Donnez-lui pour palais la vonte sépulcrale;
Tout lui parle de nons dans votre capitale :
Là, Wagram à l'Autriche a servi de tombeau;
Cette plaine est Essling ; cette île c'est Lobau ;
Ce palais de Schœnbrunn*. fantôme de Versailles,
Abrita nos guerriers après trente l)atailles ;
Tous ces humbles hameaux, ces villages sans noms.
Son père les noircit du feu de ses canons ;
Sur quelque endi'oit du sol que son pied se dirige.
Il marche sur riiistoire, il remue un prodige.
Non, non, il n'est plus temps; vossoins viennent trop tard.
Tout linsliuisil : un signe, un <'oup cTceil . \o linsai'd.
IM: L IIO.M.MK. "(i.-,
Oiic flis-je? (Juand. (•Ii;i>s(' de J Kiii(»|)(' (lircliciiiK' Don Mi^jurl vinl ([uèter l'assistance de Vienne, Ce grossier Portugais, (jui ses! fait roi dejniis''. Imi( Ini-méme un écho de ces nuTveilleux biuils.
Il sait donc désormais, il n'a plus a connaitic
Ce qn'ii est, ce qu'il fut. et ce qu'il |)(Mi\;iil elic
Oh! (jue tu dois souvent te dire et repassei-
Dans (juel large avenir tu devais te lancer:
Combien dans ton berceau fut conrt ton ])ieiniei ii'xcl
Doublement protégé par le droit et le glai\e.
Des peuples rassurés espoir consolateur.
Petit-fils d'un César et fils d'un empereui'.
Légataire du monde en naissant roi de Rome,
Tu n'es plus aujonidliui rien que le fils pi: l'uommi !
Pourtant quel fils de roi, contre ce nom obscur
N'échangerait son titre et son sceptre futur?
Mais quoi! content d'un nom ([ui \anl un diadème Ne veux-tu rien un jour cou((uérir par toi-niéme?
ÔOi
I.a nuit, quand douze lois ta pendule a irénii, Qu'aucun bruit ne sort plus du palais endormi, Et que seul, au milieu dun appartement vide. Tu veilles, obsédé par ta pensée avide. Sans doute que parfois sur ton sort à venir Un démon familier te vient entretenir.
Oui, tant que ton aïeul, sur ton adolescence De sa noble tutelle étendra la puissance, Les jaloux archiducs, comprimant leur orgueil. Du vieillard tout-puissant imiteront TaccueiL Mais qui peut (garantir cette paix fraternelle? Peut-être en ce moment la mort lève son aile. Tôt ou tard, au milieu de ses gardes hongrois, Elle mettra la faux sur le doyen des rois ; Alors il sera temps d'expliquer ce problème D'un sort mystérieux ignoré de toi-même : Fils de Napoléon, petit-fils de François, Entre deux avenirs il faudra faire un choix. Puisses-tu, dominé par le sang de ta mère, Bannir de ta pensée une vaine chimère,