‹ Napoléon en Égypte, Waterloo et Le fils de l'hommeChapitre 25 sur 26 · LK I ILS · texte numérisé non relu

LK I ILS

Suiis dt's [uvtexlL'S vains divisait sans retour I/irascible amitié de Tune et Vautre cour; Si, le 1er à la main, vin^jt nations entières, Paraissant tout à coup autour de nos frontières, Réveillaient le tocsin des suprêmes dangers ; Snrtout si, dans les rangs des soldats étrangers, L'homme au pâle \isage, effrayant météore, Venait en agitant un lambeau tricolore; Si sa voix résonnait à l'autre bord du Uhin... Comme dans Josapliat la trompette d'airain, L'a trompette puissante aux siècles annoncée Suscitera les morts dans leur couche glacée : Qui sait si cette ^oix, fertile en mille échos. D'un peuple de soldats n'éveillerait les os? Si d'un père exilé renouvelant l'histoire. Domptant des ennemis complices de sa gloire. L'usurpateur nouveau, de bras en bras porté, N'entrerait pas en roi dans la grande cité? Tels, aux bruyants accords des cris et des fanfares, Les princes chevelus, dans les (la nies barbares,

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Paraissaient an milieu des l'raiics et de- (ici iiiiiiii>. Montés snr des |)avois soutenus pni- Iciiis ninifis.

Cest ainsi que, jouet d'un soujje lantastique, Je mêlais au passé l'avenir prophétique. L'heure avait déjcà fui : sous le long corridor La foule s écoulait, et je ré vais encor : Je comptais les anneaux de cette immense chiiînc Qui lia deux captifs dans les deux Sainte-Ilélcne ; Je voyais tour à tour et l'enfant au berceau. Et le saule qui pleure en gardant un tomlxMii, Et tous ces souvenirs de tristesse et de gloire Se heurtaient à la fois dans ma vague mémoire. Alors, comme apparaît et grandit sur les murs Un sceptre que l'optique esquisse en traits obscur: De la place où j'étais, au plafond de la salle. Se dressa lentement une ombie colossale; Trois fois elle loiirna des r(\gnrds de liii'ciii' Sur les armes d'Autriche cl le \icil cmpciciii :

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Elle éleva trois fois une voix gémissante. Puis emportant sou lils, farouche et menaçante. L'ombre se recoucha dans son pâle linceul : Alors finit le songe, et je me trouvai seul.

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' Hélas! je juis l;i \it" ;iii milieu irmi (irai^f.

Un se nié prend l'ait êtnuiireiiiciil sur nus intentions, si l'on supposait «(ue, dans ee murrean, nous avons vonlii jeter de la ^-^aieté ou du ridicule sur de douloureux souvenirs. A Dieu ne plaise que nous choisissions jamais pour sujet de plaisanterie de si liantes et si augustes infortunes! Noire idée ici a été de retracer l'état de notre éducation sous le réijinie impérial. Certes, il est inalheureusenient vrai que la génération qui s'élevait à cette époque grandissait dans une ignorance complète.

3li> NOTES

relaliveincnl au sort de la lainille royale. Soit dans les lycées, soit dans les collèges particuliers, on afleclait un profond silence sur cette histoire contemporaine ; le sujet de nos entretiens et le texte même de nos compositions étaient souvent tirés du bulletin de nos armées; et comme, au milieu de tant de prodiges, le gouvernement d'alors nous semblait indestructible, et qu'un nouvel ordre de choses était trop difficile à prévoir, il n'est pas étonnant qu'on s'occupât peu parmi nous du sort d'une famille qui devait changer la face de notre patrie. Aussi, à l'époque de la restauration, notre éducation fut presque à refaire : il nous fallut apprendre à connaître, non-seulement l'existence, mais les noms de ceux qui étaient appelés à nous gouverner. Ceci s'applique seulement aux hommes de notre âge , et personne ne peut démentir notre assertion. Nui doute que dans le même temps il n'existât un grand nombre de Français qui, à travers tant de changements politiques, avaient toujours suivi des yeux les restes proscrits de la fajnille royale, et qui, même sous le gouvernement de fait, n'en conservaient pas moins au pouvoir légitime leurs souvenirs et leurs affections.

- .l'avais lu vai^tiPiiH'iil , dans inoiiMt'iir l.o Ragois.

Les personnes qui sont tidèles à leurs souvenirs d'enfance se rappelleront sans peine l'histoire de France de M. Le Uagois ; [)onr les autres, nous devons ajouter que cette histoire en un volume signale, par demandes et par réponses, les principaux événements de nos annales, depuis IMiarauiond jusqu'à Buonaparic : là, chaque portrait de roi est accompagné d'une épigraphe lai lue et d'un distique Irancais, qui préparent nierveilItMiscincnl à rinlelli;.;('hn' {\n texte.

DU FILS DE I/IIO.MMi:. ôlô

Le poinl sur lequel r,iul(;nr p.irait insisl<*r 11* pins vivement, c'est le lieu de la sépulture de nos rois. — En effet, pour conipléuient o])Iigé de chaque chapitre, on lit : Où fut-il enterré? — Héponse : A Saint-Germain ; ou hien : A Saint- Denis.

Personne alors n'aurait pu pr(';voir qui! faudrait un jour varier la formule pour le dernier des héros de cette histoire, et dire : A Sainte-Hélène! !

Poëîc avoiiliUTiix,

Comme mon luit, en écrivant cet ouvrage, n'est pas de donner ni un récit d'aventures personnelles, ni un itinéraire de Paris à Vienne , je franchirai rapidement la distance qui sépare ces deux capitales ; d'ailleurs les relations de ce genre ont été faites par de meilleurs ohservateurs que moi ; ainsi je ne dirai rien de Rastadt, célèhre par son congres ; de Carlsruhe, dont les rues ahoutissent à un centre commun, comme les lames d'un éventail déployé; de Stuttgard, où j'eus le plaisir d(! voir M. SrhwaI), traducteur de notre Napoléon en Egypte; de 3Iunich, toute rajeunie par ses édifices; d'LIlm, d'Augshourg, et de Saltzhourg, où commence l'Autriche. Je me hâte d'arriver à Vienne, qu'on prendrait de loin pour un fauhourg noiràlre, entouré de plusieurs grandes villes.

Soumis à l'usage des lieux, le jour même de mon arrivée, je me rendis aux bureaux de la police, pour demander un permis de séjour. Là, il fallut subir une inlinité de questions, sur le motif de mon voyage, sur les personnes qui pourraient répondre de moi, sur mes moyens d'existence, sur le séjour (|ue je présumais faire dans celte ville ; enfin, sur ma religion

r,I-5 NOTES

et mon cnraclère. Je donnai tons les renseigements qu'on exii-ea. Sur les deux dernières questions, je répondis que j'étais catholique, apostolique et romain ; et quant à mon caractère, je déclarai que j'étais homme de lettres, ce qui parut sonner assez mal aux oreilles de mon inquisiteur; cette dénomination lui paraissant un peu trop vague, il poussa l'attention jusqu'à ine demander ffuels étaient les ouvrages que j'avais publiés jusqu'à ce jour : je ne crus pas utile de me vanter auprès de lui des Mlh'liade , des Perjronnéide , des Corbicréide , ni même d'un poëme où le vénérable 3Ietlernich figure au nombre de nos héros; je me contentai de lui dire que je composais des poésies, et qu'au besoin j'écrivais en prose sur divers sujets. Cette réponse, assez peu nette, parut le satisfaire ; et, moyennant un florin, bon argent, que je déposai sur son bureau, il m'accorda pour un mois le droit de bourgeoisie dans la capilale de l'Anlriche.

Grâce à quelques lettres de recommandation que j'avais obtenues à Paris, et au hasard qui me fit rencontrer le plus obligeant de mes compatriotes, j'eus accès dans les maisons les plus honorables de Vienne : je m'étais d'abord convaincu de l'extrême bonté de ce peuple, en comprenant dans ce mot même la populace. La qualité d'étranger semble leur imposer une obligation de services tout à fait bénévoles et désintéressés. Plusieurs fois, égaré dans mes courses, j'ai demandé mon chemin à des femmes, à des vieillards, ou même à des enfants, et je voyais avec étonnement ces obligeants cicérones se déranger eux-mêmes de leurs affaires et de leurs amusements, pour me mettre sur la voie, et me quitter sans même soupçonner qu'on pût leur offrir une récompense pour une chose si siuiple. \Vi('A\ différents en cela de cette hideuse canaille de

Di; riLS liK I/IIOM.MV:. r,i;i

Ldiiilrt's, liuijowrs [nC'\v ,\ liiiilf-i" cniilrc un rti-ujLjL'r iiiolTijusii, toujours épiaiil l'occasion de l'égarer, de le lourvoxer, s'il a la malheureuse idée de lui demander une indication dr rlieiiiin.

J'avoue cependant fine, tout en rendant justice au bon naturel de ce peuple, je conservais encore des préventions contre la caste aristocratique; je me figurais que la morgue i;t le mépris pour l'étranger s'étaient réfugiés dans les salons : mais combien je lus proniptement détrompé de ces fausses idées!

Ma qualité d'auteur et colle de Français étaient pour moi une double recommandation qui m'ouvrit bientôt les salons de Vienne. Là se trouvaient réunis les littérateurs les plus distingués de cette capitale. Parmi eux, je citerai d'une mauière particulière 31. Hammer, premier orientaliste d'Europe ; madame Pichler, auteur à'Agatocîe et d'une foule de romans remarquables; enfin, M. Sedlitz, jeune poète hongrois, dont les ouvrages font les délices de Vienne. M. Hammer, qui joint à l'instruction la plus profonde une modestie et une simplicité toutes germaniques, m'accorda des témoignages précieux de sa bienveillance ; il fit mémo pour moi ce que je sui^ persuadé qu'il n'a, fait pour personne au monde une pièce de vers que je me plairais à citer ici, si ses éloges étaient moins exagérés,

M. Sedlitz a fait également un effort en ma faveur, et cela par suite d'une conversation qui paraîtra singulière. Le jeune poète, après avoir exprimé sur nos ouvrages les opinions les [dus flatteuses, voulait à toute force obtenir de moi que notre premier poëme ne serait pas rimé. "Mais,lui disais-je,ce serait une innovati(tn lidii-ule en France, et personne ne nous lirait.

— Essayez, répondait-il. — Mais Voltaire l'a essayé : il a fa il ce qu'on appelle des vers blancs, et cette tentative n'a pas réussi. D'ailleurs enlever la rime à notre poésie, c'est la dépouiller de tout son charme et la rendre abordable à tous nos prosateurs. — Essayez, persistait-il; on pourra se moquer de vous d'abord, et ensuite on vous imitera. " Et comme à cette époque il n'était bruit dans les salons de Vienne que d'un morceau de poésie dont il était l'auteur, il voulut bien se donner la peine de me le traduire en français, vers par vers, et mot par mot. C'est une espèce de songe, d'évocation tout à fait dans le genre germanique : Napoléon et sa vieille armée y ressuscitent sous la plume du poëte, et je pense qiu^ celte pièce, marquée au type original, fera plaisir à nos lecteurs.

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